‹ Histoire partiale, histoire vraieChapitre 80 sur 201 · I. Pastor. t. VIII, p. i · texte numérisé non relu

I. Pastor. t. VIII, p. i

». Pastor, op. cit. t. m, a8G.

ni la dignité sacerdotale ; son testament nous prouve que, jusqu'à la fin de sa vie. il les conserva intactes.

Même à la Cour de Léon X où avait largement pénétré lépicuréisme de la Renaissance, on remarquait des prélats qui savaient uuir merveilleusement l'esprit chrétien et la culture des lettres antiques. En face d'un Bembo à la plume élégante mais libertine, nous y admirons la pure figure de Sadolet •. « Théologien, philosophe, orateur, poète, auteur et diplomate », il était en même temps « prêtre constamment exemplaire ». Il se préoccupa sans cesse de la réforme religieuse et il refusa de profiter lui-même des abus qui s'étaient introduits dans le gouvernement de l'Eglise. Retenu à Rome par Léon X qui avait pour lui la plus grande estime, il n'aspirait qu'à retourner dans son évêché de Carpentras, « pour s'y consacrer au Christ, son unique maître. » £n même temps qu'il servait Dieu et l'Église, il écrivait des lettres dans le style des lettres de Cicéron « modèles d'élégance et d'habileté dans la forme, pleines d'une grâce académique et imprégnées de cette fine politesse, comme on la connaissait seulement à la Curie •. »

Attirés par ces papes et ces cardinaux, amis des lettres et généreux mécènes des écrivains et des artistes, un grand nombre d'humanistes affluèrent, au xV et au XVI' siècle, à la Cour ponlificale, exerçant des fonctions dans les différentes branches de l'administration, professant aux Universités, administrant la bibliothèque du Vatican, peuplant le Collège des secrétaires apostoliques et recevant presque tous des pensions et des bénéfices.

Dans leur nombre, il s'en trouva qui firent preuve d'une réelle incrédulité et de mœurs méprisables ; Laurent Valla écrivit des pamphlets contre les papes qui le protégeaient

I. Sadolel fut créé cardinal parPaul III, quelques années après la mort de Léon X.

a. Pastor, op. cit., t. VIII, 97.

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etrArélin professait que les filles perdues sont plus utile? ù la société que les religieuses ! Ceux-là étaient les vieux représentants du paganisme ressuscité et nous laissons à M. Calvet le triste soin de les admirer. Leur présence ù la Curie serait à déplorer si c/Zc n'était pas une preuve de la largeur d'esprit et de la tolérance dont l'Église {it preuve, au A'P et au XVI^ siècle, en face du grand mouvement de la Renaissance. Elle lui témoigna une faveur qui parfois alla jusiiu'à l'aveuglement et à la faiblesse, mais qui confond singulièrement les sectaires ignorants qui l'ont accusée d'avoir comprimé, en tout temps et en particulier à l'époque de la Renaissance, le développement de l'esprit humain.

Toutefois, en face de ces humanistes, tels que Valla, Albert!, l'Arétin, Filelfe, le Pogge, qui affichaient à la Cour des papes leur paganisme épicurien, il y en eut d'autres qui surent unir l'amour de la raison et de la beauté antique au respect de la foi chrétienne et à la pratique de la morale évangélique. L'humanisme chrétien lieu rit aussi à Rome, dans l'entourage des papes et do cardinaux tels que Bessarion.

Sous Eugène IV, Ambroise Traversari, général des Camaldules, en fut l'un des plus admirables représentants. Né, en 1386, d'une humble famille, il était entré à quatorze ans dans l'Ordre des Camaldules à Sainte-Marie des Anges de Florence, et, dès lors, il avait mené de front la vie monastique et la vie littéraire, suivant les cours de grec de Chrysoloras, entretenant une volumineuse correspondance avec les lettrés de son temps, recherchant et traduisant les œuvres des auteurs latins et grecs, mais en même temps édifiant par ses vertus les religieux de son Ordre qui bientôt l'élurent leur supérieur. Eugène IV remarqua cet esprit délicat qui était aussi un saint religieux. Le généralatdes Camaldules étant devenu vacant, il le lui conféra, avec la mission de rétablir chez ses moines les antiques observances ; en même temps, il

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lui confia le soin de fouiller les bibliothèques où il découvrit des œuvres ignorées d'Origène, et il lui fit éditer et traduire les œuvres de plusieurs Pères grecs.

Comme Traversari, Maffeo Vegio représenta au plus haut degré, à la Cour pontificale, l'humanisme chrétien. Né à Lodi, en 1407, il avait fait ses études à Milan et, de bonne heure, avait témoigné d'un goût tout particulier pour la poésie et la littérature ancienne. Virgile était alors son auteur favori et il composait un treizième livre de l'Enéide, un poème sur la mort d'Astyanax et quatre autres sur l'expédition des Argonautes. Un autre amour, de plus en plus invincible, le gagnait, substituant de jour en jour à sa passion pour les auteurs anciens une vraie ferveur pour les études sacrées. C'était l'amour de saint Bernardin de Sienne et de saint Augustin. Encore enfanl, il avait entendu, en 1418, à Milan, les prédications de saint Bernardin et il en avait gardé une telle admiration pour l'illustre franciscain qu'il devait plus tard écrire sa ^^e. Chrétien de plus en plus austère, il s'élevait contre les usages superstitieux et grossiers qui déparaient trop souvent les fêtes religieuses. Il protestait enfin contre les poètes orduriers qui s'inspiraient du naturalisme de la Renaissance, et, dans les polémiques qu'il engageait contre ces écrivains, il savait garder la dignité et la décence. Ce fut à bon droit qu'on put graver sur sa tombe cette epitaphe : « Tu n'étais pas lascif comme le sont trop souvent lès poètes : tu avais l'âme pure, le corps chaste K »

Il mit son talent au service de Dieu ; la mythologie antique qui lui avait inspiré ses œuvres de jeunesse, céda définitivement le pas aux saints du christianisme. Do plus en plus épris de saint Augustin, il composa son éloge et celui de sainte Monique. Après la canomsation Je Bernardin de Sienne, il écrivit la vie du nouveau saint, puis ceUe de l'humble religieux que fut le pape Celestm V,

GuuiuD. op. eu...

1S« HISTOIRE rxnTIALE, HlSTOinE VRAIE

enfin un poème en l'honneur de saint Antoine abbé. Comme MalTeo Vegio, le poète Grégoire Correr se soumit à l'inspiration chrétienne, du jour où le pape l'eut attaché à sa personne. Arrière-neveu de Grégoire XIT, cousin dEugène IV, il avait été l'un des plus brillants élèves de Viutoriu de Feltre. Dès sa jeunesse, il avait abordé avec succès les différents genres de la littérature laline, composant, en hexamètres virgiliens, un poème sur l'éilucalion, empruntante Juvénalson style mordant pour blâmer, en six satires, les vices de son temps, traduisant en latin les fables d'Esope et mettant en tragédie la fable de Térée et Procné. Il était au premier rang des écrivains profanes de son temps et ouvrait son fime aux plus vastes espérances lorsqu'il fut appelé à Rome, en 1429, par son cousin le cardinal Condulmer. Aussitôt, il changea d'allure. Sur les conseils du pape Martin V et sous l'influence du cardinal son parent, il consacra sa plume à Dieu et aux saints. Dès lors, ses œuvres poétiques, tout en conservant leur élégance classique, s'inspirèrent de la piété la plus vive, du christianisme le plus pur. Comme Vegio, il regretta le temps où il s'était attardé aux futilités de la mythologie et à l'imitation servile de l'antiquité païenne; en 1440, il conseillait à Cécile Gonzague d'abanilonner le conmierce des écrivains profiines et de substituer, dans ses études, le Psautier à Virgile, l'Evangile à Cicéron. Pendant le long séjour qu'il fit, vers cette époque, à Florence, il vécut dans la société des humanistes et des lettrés qui le considérèrent comme un des leurs, et dans la société du libraire Vespasiano da Bisticci, qui nous a laissé de lui cet éloge, dans ses Vies des hommes illustres : « Il y a lieu d'espérer que Correr estmaintenant au paradis; toute sa vie a été admirable, tant il a fait la guerre aux vices, suivant jusqu'à la fin la voie de la vertu, sans jamais s'en écarter '. »

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