I. Pastor, t. VIII, loo
100 HISTOIIIE PAnriALE, HISTOIRE VRAIE
que fonda, à Florence, Maisile Ficin. Pic de la Alirandole en fut, plus tard, l'un des oracles et Laurent le Magnifique aimait à s'y délasser du gouvernement de Florence d;ms les magnifiques discussions pliilosopliiques qui y étaient instituées. Or celle Académie était résolument clirétienne et l'eiîort de ses membres fut de concilier la forme antique et l'inspiration chrétienne, la philosophie et la foi. Celui qui la dirigea, « Marsile Ficin, a passé par dix ans de doutes, d'angoisses et de souffrances que ni l'amitié ni la musique ni même Platon ne pouvaient guérir. De celte crise, il est sorti chrétien ; à l'âge de quarantedeux ans, il s'est converti. » Dès lors tous ses eiforts sont consacrés à prouver la vérité du christianisme ; c'est l'objet de son traité de Christiana religiove et de sa Tkeologia platonica. Son apologétique est rigoureusement orthodoxe; car, dit-il en tête de ses ouvrages, « de toutes les choses qui ont été traitées par moi, ici ou ailleurs, je ne veux rien avancer qui n'ait été approuvé par l'Fglise *. » Et ainsi, les platoniciens de Florence ne firent usage de leur raison que pour la mettre au service de la foi, et ils ne se servirent de leur science de l'antiquité que pour mieux défendre le christianisme. « Ils ont prosterné les dieux de l'Olympe et le sphynx des vieux temples aux pieds du Crucifié ^. »
11 en fut de même de beaucoup d'humanistes allemands de la Renaissance. Une certaine école essaie de fmre croire que la Réforme de Luther sortit de la Renaissance parce que, délivré des chaînes de la scolastique par le libre examen, l'esprit allemand ne tarda pas à perdre la foi dans l'Église catholique; le protestantisme n'aurait été qu'une étape par laquelle l'esprit allemand, au cours de la Renaissance, aurait passé de la théologie étroite du Moyen Age à la large philosophie, négative de toute
I. Pb. MoNMiER.Le Quattro Cento, t. II, p. io5 et suiv. a. Ibid., p. i3i.
HEXAISSANCE CIIUETIENNE, IIENAISSANCE PAÏENNE 101
religion. Élaborées par des esprits ignorants et simplistes ou "partiaux, ces théories ne tiennent pas compte de l'existence et de la persistance en Allemagne, avant e» après Luther, au xv« et au xvi» siècle, d'un humanisme chrétien.
c Les premiers humanistes allemands, dit Janssen, ceux du xv« siècle, avaient vu dans l'étude de l'antiquité un des plus puissants moyens de cultiver avec succès l'intelligence humaine, un terrain inépuisable et fécond pour toutes les nobles aspirations. Mais, dans leur pensée, les classiques grecs et latins ne devaient pas être étudiés dans l'unique dessein d'atteindre en eux et par eux le terme de toute éducation ; ils entendaient les mettre au service des intércls chrétiens. Ils trouvaient excellent que l'esprit de leurs contemporains se retrempât dans l'étude de la vie intellectuelle des anciens et acquit une connaissance plus exacte de l'antiquité, mais, par l'étude des classiques, ils ne voulaient pas se borner à former TintcUigence et le goût : ils désiraient avant tout parvenir, grâce à eux, à une intelligence plus profonde du christianisme et à l'amélioration de la vie morale. » Ils ne faisaient d'ailleurs en cela que suivre les conseils qu'avaient donnés les Pères de l'Eglise, dès le ive et le v" siècle, lorsque, par la bouche de saint Jérôme, de saint Augustin, de saint Ambroise, ils avaient conseillé de se servir de la forme classique pour revêtir des pensées chrétiennes. Disciple du cardinal de Cusa, Rodolphe Agricola avait proclamé en Allemagne, dans la seconde moitié du xv« siècle, les principes d'une Renaissance chrétienne tels que les avait formulés Pétrarque dans l'Italie du xiv' siècle. Dans son épitre à son ami Barbirianus, « il recommande instamment l'étude des philosophes, histoi-iens, orateurs, poètes de l'antiquité ; mais il ne faut pas, selon lui, étudier trop exclusivement les anciens; car, ditil,, ou ils ne connaissaient pas le but véritable de la vie, ou ils ne le pressentaient qu'obscurément et comme à Ira-
vers uu uiiago, en sorte qu'ils en parlent plus qu'ils n'en sont convaincus. 11 faut donc, ajoute-t-il, monter plus haut, parvenir jusqu'aux Saintes Ecritures. Ce sont elles qui dissipent toute obscurité et mettent à l'abri de toute illusion ou troiilile. 11 faut diriger sa vie d'après leur enseigueinent et bàlir son salut sur leur direction bénie. » Ainsi parlait cet esprit délicat, grand chrétien eu même tomp^, qui fut enseveli avec l'habit de saint François (lt!)5)'. A sa suite, Winipheliug invoquait le témoignage des Pères et en particulier de saint Grégoire de Nazianze et de saint Grégoire le Grand, pour montrer combien la culture antique pouvait servir la pensée chrétienne, et ces théories étaient répétées par les représentants de l'humanisme chrétien, Heynlin von Stein, Gabriel Biel et surtout Jean Trilhème. Ce dernier a été assurément l'un des plus grands savants de l'Allemagne du xvi« siècle; théologie, philosophie, histoire naturelle, médecine, histoire, littérature, lui étaient également familières. Dans son abbaye de Sponheiin, il réunit une immense hil)liothèi]ue et forma parmi ses religieux de nombreux élèves. Au moment même où la Renaissance allemande allait être lancée par Erasme dans le rationalisme et par Reuchlin dans le fanatisme anticatholique, Trithème continuait à recommander l'union harmonieuse des classiques anciens profanes et des écrivains sacrés. « 11 est clair, disait-il, «pie dans les auteurs de l'antiquité, plus d'un récit pourrail nuire à la délicatesse morale, mais nous ne devons pas pour cela en abandonner la lecture. Efforçons-nous seulement d'éliminer, autant que possible, ce qu'ils contiennent de dangereux et, suivant le conseil de saint Basile, faisons comme les abeilles qui sucent entièrement la plante ouïe poisonqu'elle renferme, mais n'eu emportent que le miel *. »