‹ Histoire partiale, histoire vraieChapitre 83 sur 201 · Ja.vssem t. II, p. gi · texte numérisé non relu

Ja.vssem t. II, p. gi

RENAISSANXE CnRÉTIEN.NE, nENAISSANCE PAÏENNE 193

La plupart des humanistes français de la même époque ne pensaient pas autrement. Leur maître à tous fut assurément Budé. « Il fut philologue, en apportant dans la philologie quelques préoccupations d'archéologie. Né à Paris en 1467, il ne se donna aux « humanités .qu'à l'âge de vingt-quatre ans. Il apprit les mathématiques sous Lefèvre d'Etaples, revint au droit qu'il avait étudié dans sa première jeunesse, mais surtout s'intéressa à l'histoire, à la philosophie et s'attacha avec passion à l'étude du grec qu'il finit par écrire courammentdans toute sa pureté. Sa puissance de travail... sa passion de savoir, tout annonce et résume en lui, dans sa pleine expression, le savant de la Renaissance. «Après avoir rappelé que t quinze ans avant la première fondation du Collège de France, Budé en avait déterminé l'esprit », M. Lemonnier termine ainsi son portrait : « C'est l'homme dont la curiosité universelle s'intéresse à toutes les connaissances etquivalescherchcrdansl'antiquitéil'hommequiretrouve. par l'étude de la langue, des lois, des écrivains, des philosophes, des monuments, les civilisations grecque et latine, qui élargit ainsi les horizons, sort des traditions et des façons de penser de ses contemporains, conçoit d'autres idées, d'autres mœurs, un autre idéal ^.. » Par sa valeur personnelle, par la situation qu'il occupa à la Cour de Louis XII et de François I", par son enseignement au Collège de France dont il fut le directeur, par ses ouvrages et sa science universelle, Budé était vraimentle représentant le plus complet de cette Renaissance qu'on nous montre élevant contre l'Eglise et ses dogmes la toute-puissance de son libre examen et de sa critique, n est donc fort important de savoir ce que pensait Budé des relations du christianisme et de l'humaoisme.

I . Histoire de France de Lavisse, t. V, parlio I, par H- Lemossieb. pp. 163-1C3.

BISIOIKE PARTULE, UISIOIIIL VRAIB !•*

Il dénonce, à plusieurs reprises, les abus qui s'étaient glissés dans la vie religieuse; mais il a confiance en Dieu qui a promis son assistance à l'Eglise et quand l'heure sera venue, sa Providence la réfoiniera. Aussi t il parle avec piété des choses pieuses et la vivacité de l'esprit critique n'a jamais fait tort chez lui, à l'ardeur des convictions religieuses. » Budé était donc un chrétien dans toute l'acception de ce terme, croyant à toutes les vérités de la foi, soumis à tous les préceptes du catholicisme. C'est à la lumière des enseignements du christianisme qu'il juge les auteurs anciens. Il reproche à Pline et à Tacite de n'avoir pas su reconnaître la vérité chez ces chrétiens près desquels ils ont vécu. Ailleurs enfin, il proclame que i la sagesse antique n'est que folie pour quiconque est instruit de la vérité chrétienne'. » « Si la vérité, dit-il, a quelquefois pénétré jusqu'à d'autres que des adorateurs du vrai Dieu, ce n'était pas en son état de vérité première. Elle fut d'abord altérée dans les temples de l'Egypte ; à Athènes, elle fut ensuite diversement trans formée dans la philosophie du Portique, dans celle de l'Académie, puis du Lycée. Elle reparut enfin, dans toute sa splendeur, aux lieux mêmes qui en avaient été le berceau, quand Notre-Seigneur l'eut répandue parmi les hommes, et propagée dans le monde grec, latin, barbare, en envoyant partout de ses disciples". » Et ailleurs, dans son fameux traité de transitu Hellenismi ad Christianismum, Budé fait de la philologie, c'est-à-dire de l'encyclopédie des sciences humaines, le vestibule de la théologie ; € l'esprit humain s'élevant de hauteur en hauteur, passe sans effort de la sagesse païenne à la sagesse chétienne ». La scolastique avait fait de la philosophie la servante de la théologie; Budé réduit au même rôle la grande science de l'humanisme, la philologie. Pour lui, comme pour

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