‹ Histoire partiale, histoire vraieChapitre 84 sur 201 · I. Delaruei.lr. GutUaume Budts p. iga · texte numérisé non relu

I. Delaruei.lr. GutUaume Budts p. iga

a. Cilé par Delaruellb. Ibidem,

saint Thomas, la connaissance de la Trinité divine, telle que nous la révèle la foi, est la connaissance suprême de laquelle toutes les autres tirent leur lumière.

Ainsi ce père de l'humanisme français, ce génie de la Renaissance, ne parle pas autrement que l'Ange de l'École, le grand docteur du Moyen Age.

Ce n'est pas seulement parmi les humanistes que l'on trouve, à l'époque de la Renaissance, des hommes profondément épris de l'idéal chrétien ; il y en eut encore plus parmi les artistes.

C'est un fait qui n'a pas été suffisamment mis en lumière qu'un grand nombre de peintres, sculpteurs et architectes delà Renaissance ont été des religieux appartenant à divers ordres monastiques. Le plus connu de tous, le dominicain fra Giovanni Angelico a été même un saint ; l'Église l'a béatifié parce que sa piété et sa vertu furent aussi sublimes que son art. t Fra Giovanni fut homme simple et très saint dans ses mœurs, dit de lui Vasari; et ceci fera signe de sa bonté que le pape Nicolas V, voulant un matin lui donner à déjeuner, il se fitscrupule de manger de la viande sans la permission de son prieur, ne pensant point à l'autorité du pontife... Il s'exerça continuellement dans la peinture et ne voulut jamais travailler autre chose que des saints... Il fut à son choix d'avoir des dignités parmi le? frères et au dehors et il n'en tint compte, affirmant qu'il ne cherchait d'autres dignités que de fuir l'enfer et de «acheminer au paradis... En somme ce Père, que l'on ne louera jamais assez, fut en toutes ses œuvres et di.scours très humble et modeste, et dans ses peintures facile et dévot; et les saints qu'il peignit ont mieux air et ressemblance de saints que ceux d'aucun autre... Aucuns disent que fra Giovanni n'aurait jamais mis les mains à sespinceaux si d'abord il n'avait fait oraison. Il ne fit jamais un cmcifix qu'il ne se baignât les joues de larmes ; d'où l'on connaît dans les visages et les attitudes de ses figures

la bonté de son sincère et grand esprit dans la religion chrétienne*. »

Comment s'étonner dès lors des sentiments de profonde piété, et de tendre mysticisme qui se dégagent de toutes les peintures d'Angelico, pénétrant intimement l'âme de qui les contemple? Qui ne s'est senti plus chrétien devant le Couronnement de la Vierge du Musée du Louvre, la descente de Croix de l'Académie des Beaux-Arts de Florence, les fresques de la chapelle de Nicolas V au Vatican et celles dont le saint religieux décora les cellules de saint Marc pour aider les méditations mystiques de ses confrères* ?

L'ordre dominicain a encore donné à l'art de la Renaissance, au commencement du xv° siècle, fra Benedetto, frère d'Angelico qui a laissédes miniatures au couvent de Saint-Marc, et, à la fin de ce même siècle, le peintre Bartolommeo, l'ami, le disciple de Savonarole. L'un de ces grands artistes dominicains a travaillé eu France et s'est fait ainsi l'un des initiateurs dans notre pays du mouvement de la Renaissance : c'est fra Grocondo. « Etant à Paris au service de Louis Xll, il construisit deux magnifiques ponts sur la Seine (le Pont Notre-Dame, le Petit-Pont). Il construisit aussi le château des archevêques de Rouen à Gaillon, qui leur fut commandé par le cardinal Georges d'Amboise, l'ancien Palais de la Cour des Comptes à Paris ainsi que la Salle dorée, qui est, avec la Sainte-Chapelle, la merveille du Palais de Justice. Sous Léon X, il fut quelque temps architecte de Saint- Pierre de Rome, avec Raphaël'.

t. Vasari U Vite (éd. Milaneai), ii p. 619. Voir traduction par Pératé. Histoire de l'Art, m. p. 6oi.

3. On lira avec le plu» vif intérêt la monographie que M.Henry CocHiK, député du Nord et l'un des Français qui connaissent 1» •nieux la Renaissance italienne, a consacré à Angelico dans la collection les Sainti de la maison Lecoffre.

3. T.c P. Marche»e a publié deux volumes sor te plus illustrei peintres, iculplcars et arctiilectes dominicains.

L'ordre bénédictin produisit une série de miniaturistes qui furent aussi des peintres : Lorenzo Monaco, religieux Camaldule de Notre-Dame des Anges à Florence, qui fut sans doute le maître d'Angelico; dans ses fresques de la Trinité, aujourd'hui perdues, il avait peiut les portraits de Dante et de Pétrarque ; dans cette même église, sou Annonciation de la chapelle Bartolini est une peinture gracieuse et déjà plus moderne où un souffle tout nouveau rafraîchit et refleurit l'enseignement d'Agnolo Gaddi » son maître^- Et ainsi, Lorenzo unissait la tradition chrétienne et les inspirations nouvelles.

Pendant le siècle delà Renaissance, les différentes écoles italiennes ont produit des artistes qui faisaient du christianisme à la fois la règle de leur vie et de leur art. L'un des maîtres les plus illustres de l'école de Sienne au XV* siècle, Lorenzo Vecciiietta se plaisait à travailler pour l'hospice où il peignit à fresque l'histoire de Tobie et pour le dôme auquel il donna son chef-d'œuvre, le magnifique tabernacle de bronze qui décore le maître autel, t Quand les progrès de l'âge et des infirmités l'avertirent de sa fin prochaine, il écrivit au directeur de l'hôpital pour lui demander qu'il lui fût permis d'y bâtir, doter et décorer à ses frais une chapelle qui assurât non pas l'immortalité à son nom, mais à son âme le bénéfice des prières les plus eflScaces, puisque ce seraient celles des pauvres ». Matteo di Giovanni fit partie, dès 1461, de la confrérie Saint- Jérôme de Sienne et il ne cessa d'édifier ses confrères par ses pratiques ascétiques et le soin des pauvres autant qu'il les remplissait d'admiration par ses peintures». Sano di Pietro était un « peintre fameux » et il « vécut tout ea Dieu. » Ainsi s'exprime sur lui le nécrologe de sa paroisse. D fut en effet le disciple du grand prédicateur italien qui

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