I. Uio. op. cit.. p. i3j
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Ils les suppriment parce qu'ils gênent leurs théories tendancieuses. Peut-être même les ignorent-ils : car nous soupçonnons MM. Guiot et Mane, qui nous parlent avec enthousiasme . des routes gazonnées . de la Renaissance, de ne pas avoir fréquenté de près les hommes qui les ont parcourues.
Nous tomberions, nous aussi, sous le coup de critiques «emblables si nous paraissions ignorer, au sein de la Renaissance.uncourantdescepticismeirréligieux.dematerialisme et d'immoralité. Oui, ils ont existé ces gens que les auteurs de manuels saluent comme des libérateurs de resprit humaiu, parce qu'ils ont attaqué le catholicisme • mais il nous suffira de dire d'un mot ce qu ils étaient pour que. même les auteurs les plus laïques, aient ■\ rougir de les réclamer pour ancêtres.
Cet esprit de libre examen et de critique radicale dont on leur fait un titre de gloire, les avait conduits au dévergondage intellectuel et moral. 11 leur fit mer tout d'abord ce qui ne tombait pas sous leurs sens ou n'était pas perçu par leur raison. Comme nos manuels de morale laïque, ils reléguèrent Dieu, l'âme immortelle le surnaturel dans le domaine de l'Inconnaissable. « Les lettrés de notre temps, écrivait Théodore Gaza à un autre humani'^te, le Panormite, ne mentionnent presque jamais dans leurs écrits le nom de Jésus-Christ. » Au concile de Latran de 1515, le pape Léon X crut nécessaire de proclamer, en face des négations de certains humanistes, le dogme de l'immortalité et de l'individualité de lame. Quelques années plus tard, l'humaniste Pomponazzo lui répondit qu'il était impossible de prouver par la raison l'immortalité. Et ainsi tombaient successivement, devant le rationalisme radical et étroit, les grandes notions de Dieu du surnaturel, de l'immortalUé. des sanctions eterneUes, sur lesquelles avaient jusqu'alors vécu les
Thumanisiue païen leur substituait le culte de l'homm»
*t de la raison. Comme nos modernes théoriciens de la morale « humaine », ils déclaraient que la raison d'être de l'homme ne doit pas être cherchée en dehors de luimême et qu'il porte en soi les lois de sa destinée et de sa morale. La morale naturelle et philosophique remplaçait, dès lors, les morales surnaturelles enseignées par les religions, et en particulier la morale chrétienne. Parlant des habitants de Thélème, Rabelais disait» : « En leur règle n'était que cette clause : « Fais ce que voudras » parce que gens bien nés, bien instruits, conversant en compagnies honnêtes ont par nature un instinct et aiguillon qui toujours les pousse à faits vertueux. » Les voilà proclamés par l'humanisme ces principes qu'enseignent de nos jours MM. Payot et Bayet, qui font de l'homme son propre dieu, et de la satisfaction de ses instincts naturels la loi de ses actions! La voilà la grande illusion que propagent aujourd'hui nos laïcisateurs, et qui fait de l'instruction la condition nécessaire et suffisante de toute moralité ! Le libre examen des humanistes païens les conduisait au.'c mêmes négations religieuses et aux mêmes doctrines morales que celles qu'enseignent nos modernes libres-penseurs. Comment s'étonner que ceuxci voient en ceux-là des précurseurs et qu'ils essaient de les remettre en honneur en vantant leur raison et leur esprit de critique?
Mais ce qu'ils n'ajoutent pas, ce sont les conséquences pratiques qu'ont eues de pareilles doctrines, au temps de la Renaissance, et qu'elles produiront de nouveau de nos jours ; car, s'il est vrai que l'on connaît un arbre à ses fruits, nous apprendrons à juger par ses déplorables résultats cette morale « humaine » que les humanistes païens de la Renaissance ont prônée et que no3 modernes a laïcisateurs » tentent de ressusciter.
Déjà les philosophies anciennes avaient résumé dans
, Gargantua 1, 57.
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ce court précepte : « Suivez la nature », toute la morale. Mais elles avaient cessé de s'entendre quand il s'était agi de définir cette nature qu'il fallait suivre. Pour les uns. c'étaient les nobles pensées communes à l'humanité, les lois de la conscience universelle ; pour d'autres, les belles aspirations individuelles qui tirent hors de pair les âmes d'élite ; pour d'autres enfin, tous les instincts, quels qu ils soient, d'autant plus respectables qu'ils sont plus impérieux. , 1 i A„ La Renaissance rationaliste et païenne s est trouvée, elle aussi, en présence de ces définitions variées et même contradictoires, et il faut reconnaître qu'elle s est arrêtée de préférence à la moins noble de toutes : la jouissance sous toutes ses formes devint son ideal Avant de figurer parmi les favoris de Nicolas V, Laurent Valla avait formulé le principe de cette morale matérialiste et sensuelle. Dans son traité de Voluptate, écrit en 1«1, il affirmait hardiment que « le plaisir est le vrai bien et qu'il n'y a d'autre bien que le plaisir»», et ce plaisir, VaUa ne dissimulait pas que c'était pour lui la volupté.
C'est cette théorie de la jouissance effrénée qui explique le développement parmi les humanistes païens de la littérature obscène. L'historien Lampride raconte que l'empereur Héliogabale réunit, un jour, les courtisanes de Rome et discuta avec elles sur les différentes sortes de volupté : un humaniste. l'Arétin, s'appliqua à reconstituer le discours d'Hcliogabale. Un autre humaniste, le Panormite, écrivit un livre dont le titre seul souligne le caractère bassement immoral, V Hermaphrodite. Le Pogge fit paraître un recueil de plaisanteries ordaricres, les Facetiei II en commença la rédaction à cinquante-huit ans et y mit' la dernière main à soixante-dLx. C'était la collection des jeux de mots les plus piquants, des anecdotes les plus
VolupUlem esse verum bonum ego vero aio atque aOlnno. ^ . „;k; i,li,.HnrafilephaQC bonum esse contendam. »
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allud praeler hauc Lonu
obscènes qui avaient, pendant douze ans, défrayé ses conversations avec ses amis '.
En Allemagne, comme en Italie, le libre examen avait conduit certains humanistes à l'incrédulité et à l'immoralité. Voici en effet en quels termes vagues et confus l'un d'eux, Mutiaii, parle de la divinité : « Il n'y a qu'un Dieu, il n'y a qu'une déesse, mais il y a beaucoup d'êtres divins de dénominations. Il y a par exemple Jupiter ou le Soleil, Apollon. Mars, Jésus, Luna, Cérès, Proserpine, Tellus, Marie. Cependant, garde-toi de répandre ces choses ; nous devons les envelopper dans le silence, comme l'étaient jadis les mystères d'Eleusis. Pour les questions religieuses, il faut toujours se servir du voile de l'allégorie et du secours des énigmes. » Par une pente fatale, ce scepticisme religieux conduisait ces humanistes païens à l'immoralité. Ils eurent, comme leurs compères italiens, leurs faiseurs de Facéties. « Procure-toi bien vite les Facéties de Bebel, écrit ce même Mutian à un de ses amis. On ne peut nier que, dans la vie, des anecdotes familières n'aient souvent une grande portée. » Or qu'étaient ces Facéties de Bebel que Mutian déclarait « promptement racontées et touchant aux questions iivec justesse ? » C'était « un recueil latin de toutes sortes d'anecdotes obscènes, de contes satiriques et bouffons, de farces et même de blasphèmes. Les railleries sceptiques de Bebel ne sont pas seulement dirigées contre le clergé el ses mœurs, le jeûne, les iudulgences, le culte des saints et des reliques ; mais encore contre plusieurs des dogmes fondamentaux du christianisms ^. » Il serait impossible de citer les propos pornographiques que renferment les œuvres de Mutian, l'un des plus illustres humanistes allemands de ce temps •.