‹ Histoire partiale, histoire vraieChapitre 90 sur 201 · Ib!d. t. II · texte numérisé non relu

Ib!d. t. II

BENAISSANCE CHRÉTIENNE, PENAISSANCE PAÏENNE 2(17

Le développement anormal de la personnalité humaine fut l'une des conséquences naturelles de cet humanisme palan qui substituait au culte de Dieu le culte de l'homme. Enrichir sa propre nature de toutes les qualités et de toutes les jouissances, et, par une culture intense du « moi », l'élever chaque jour au-dessus des types ordinaire de l'humanité, quitte à exploiter ceux-ci pour développer celle-là, voilà quel fut l'idéal conscient que poursuivirent ceux de ces néo-païens qui ne tombèrent pas dans la fange de l'obscénité. Un égoïsme féroce, allant jusqu'à écraser quiconque s'opposait au développement de l'individu et à absorber quiconque pouvait le servir, un orgueil immense soumettant l'univers à tout être qui se croyait appelé à la domination, une absence complète de scrupule dans le choix des moyens, tous étant légitimes pour développer en soi la nature humaine et accomplir ainsi la loi suprême de ce monde, voilà ce que produisit encore l'humanisme païen avec son esprit d'examen. La virtû, c'est-à-dire l'épanouissement du moi, par l'écrasement d'autrui, voilà l'idéal que poursuivirent les libres penseurs de la Renaissance, précurseurs en cela des disciples de Nieztsche, qui veulent réaliser de la même manière le surhomme, ou des adeptes du transformisme qui font de la lutte pour la vie, de la sélection des espèces et de l'absorption des petites par les grandes, la loi fondamentale de leur morale « scientifique ».

Ne cherchons pas plus loin la cause des passions malsaines qui ont agité, avec une violence toute particulière, les différentes classes de la société italienne, au xv« et au XVI" siècle, et qui firent de l'époque des Malatesta et des Borgia, l'une des plus immorales de l'histoire de l'humanité. Il nous serait facile de multiplier les exemples de cruauté, de cupidité effrénée, de luxure et de dépravation qu'elle présenta, chaque jour plus nombreux à mesure que l'humanisme matérialiste fit des progrès dansl'esprit puilic. Machiavel conslale que. de son temps.

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c'est-à-dire au commencement du xvi» siècle, Htalie est, de tous les pays du monde, le plus immoral. « Alors, dit Burckhardt, les vols avec effraction, les démolitions de maisons, les assassinats en plein jour, le pillage des riches et surtout des Juifs, les faits d'immoralité les plus révoltants passèrent à l'état d'habitude ; on vit desscélérats masqués circuler pendant la nuit, d'abord isolément, bientôt en troupes nombreuses; les plaisanteries criminelles, les satires, leslettres de menaces se multiplièrent... dans beaucoup d'églises, le tabernacle fut violé avec les hosties qu'il contenait. » Ce même individualisme qui faisait ainsi litière de toutes les lois divines et humaines et qui précipitait la société dans une sanglante anarchie, a produit des monstres dont nul temps n'a égalé la scélératesse. Tels les condottieri Braccio di Montone, Tiberio Brandolino, Werner d'Uslingen « dontl'écusson d'argent portait cette inscription : « Ennemi de Dieu, de la piété et de la charité... Chez Braccio, la haine de tout ce qui tenait à la religion était poussée si loin qu'un jour, par exemple, il entra en fureur parce qu'il entendit des moines qui chantaient des psaumes et il les fit précipiter du haut d'une tour... La cruauté des princes de la maison d'Aragon avait sa principale source dans la vengeance et la peur. La soif du sang instinctive, la rage diabolique de détruire et de tuer se trouveront surtout chez l'Espagnol César Borgia, dont les crimes dépassent considérablement le but qu'il veut atteindre. On reconnaît l'amour inné du mai chez Sigismond Malatesta, le tyran de Rimini; ce n'est pas seulement la Curie romaine mais aussi la voLx de l'histoire qui l'accuse de meurtre, de vol, d'adultère, d'inceste, de sacrilège, de parjure et de trahison. » Quel éclatant démenti ces monstruosités ne donnentelles pas aux humanistes de bonne foi qui avaient vanté l'excellence do la nature humaine et déclaré que bien formée par l'instruction, elle devait être elle-même la règle des actions humaines !

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Le libre examen de la Renaissance avait remplacé le culte de Dieu par celui de l'homme ; et cette nature humaine qu'il avait prétendu déifier tombait au niveau de la brute: car étaient-ce des hommes dignes de ce nom, ces êtres immondes qui vivaient dans l'obscénité? n'étnient-ce pas des fauves, ces monstres de luxure, de cruauté et d'orgueil qui immolaient cruellement leurs semblables, leurs amis et leurs proches à la satisfaction de leurs violentes passions ? T,e libre examen de la Renaissance s'était imaginé qu'il suffisait de cultiver l'esprit pour faire régner la raison et la paix ; et voilà que ces crimes abominables étaient commis par des hommes aux goûts artistiques, à l'intelligence ornée! Entre deux crimes, Malatesta de Rimini conversait avec son architecte Alberti et lui commandait les élégantes sculptures du Tempio Malntesliano et chacun sait les goûts raffinés de César Borgia, l'ami de Pinturicchio, du Pérugin et de tout ce que la Rome de son temps comprenait d'artistes et de lettrés.

Voilà ce qu'ont omis de dire nos faiseurs de manuels laïques, peut-être parce qu'ils l'ignorent — car leur science est en général courte: — peut-êtreaussi parce qu'ils auraient dû effacer leurs ditb3'rambes en l'honneurdu libre examen et de la raison de la Renaissance, puisque le libre examen radical et la raison souveraine, en niant Dieu, l'immortalité elle surnaturel, détruisent, en même temps, dans l'homme ce qui fait son excellence, c'est-àdire le sceau divin qu'a marqué sur son àme la beaulé éternelle : « Signatum est super nos lumen viiltiis tui, Domine I » En voulant se faire dieu lui-même, l'homme tombe dans l'animalité; car c'est aux passions bestiales que l'amène sa nature dénuée de toute direction: il prétend s'élever par ses seules forces aux plus hauts sommets du progrès et il roule dans les abimes de la sauvagerie. L'humanisme païen de la Renaissance nous en a donné une première preuve ; le matérialisme athée de

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l'enseignement laïque nous en prépare une seconde.

Ce rapide aperçu de la Renaissance nous montre ce qu'il faut penser de la définition qu'en donnent les manuels condamnés.

Eu la présentant comme la contre-partie d'un Moyen Age parfaitement chrétien, ils ont oublié : 1° que les controverses anticatholiques et les haines anticléricales ont existé même au Moyen Age ; 2° que cette Renaissance qu'ils nous décrivent comme uniformément rationa. liste a produit, en Italie, en Allemagne, en Angleterre et en France, des esprits foncièrement chrétiens, qui ont donné naissance à l'humanisme chrétien, précurseur de la littérature à la fois chrétienne et classique du sva" siècle.

En célébrant l'humanisme rationaliste et païen de la Renaissance, ils ont omis de nous en définir les doctrines philosophiques et morales et de nous décrire les conséquences déplorables qu'il a exercées sur les mœurs de son temps. Le tableau qu'ils nous tracent de la Renaissance se trouve ainsi mutilé et faussé.

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