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CHAPITRE IX Li'Êglise et les origines de l'imprimerie

AuLAHD et DEBiDOfR (Cour3 moyen, p. 75).

Let premiers imprimeurs qui s'établirent à Paris furent pris pour des sorciers et Louis XI fut obligé de les protéger.... l'autorité ecclésiastique persécuta l'art nouveau, craignant qu'il ne servit à répandre des livres contraires à la religion. Elle obtint de François 1" [qui pourtant avait créé l'Imprimerie royale) un édit interdisant, sous peine de mort, d'imprimer quelque livre que ce fût.

Devisât (Cours moyen, p. 46).

Bientôt, on s'effraya de cette nouvelle et formidable puissance {l'imprimerie). Tant de livres répandus, n'était-ce pas le triomphe du diable I L'Égli-fe le crut, le Roi aussi.

GrioT et M.vsE (Cours supérieur, p. lai).

L'autorité sévit contre l'imprimerie, le Parlement condamne « l'œuvre diabolique », François 1»' décrète le supplicede la hart...

SOMMAIRE. — « Ceci tuera celai » — Index ecclésiastiques et laïques. — Leur nécessité. — L'Église et la naissance de rimprimerle en Allemagne. — L'imprimerie en France. — Atelier dans le collège ecclésiastique de la Sorbonne.— L'imprimerie et ses protecteurs ecclésiastiques en France. — L'imprimerie en Italie. — Ses premiers protecteurs : l'abbaye de Subiaco, le cardinal Torquemada, l'évéque d'Alerla, bibliothécaire du Vatican. — L'Imprimerie à Venise, à Florence et dans les autres villes d'Italie; prêtres, religieux, religieuses imprimeurs. — L'Imprimerie en Espagne. — En Angleterre : Caxton et l'abbaye do 'Westminster. — L'Imprimerie dans les pays Scandinaves. — Les missionnaires et l'Imprimerie en Asie et en Amérique.

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Dans un passage délirant de Notre-Dame de Paris, Victor Hugo établit une antinomie entre l'Eglise catholique, représentée par la cathédrale, et l'imprimerie. • Ceci tuera cela! » s'écrie-t-il, donnant à entendre qu'un duel à mort s'est engagé entre le catholicisme et le livre et que le catholicisme n'ayant pas pu, malgré tous ses elTorls, tuer le livre, sera tué par lui. Cette déclamation a passé dans un certain nombre d'écrits hostiles à l'Église et naturellement, nous la retrouvons dans ce musée des clichés anticléricaux que sont les manuels scolaires « laïques ».

D'après les idées préconçues de leurs auteurs, l'imprimerie devant porter un coup mortel a la foi, il faut que rtglise l'ait poursuivie de sa haine; il faut qu'elle l'ait regardée comme une invention diabolique imaginée par le Malin pour détruire l'Empire de Dieu ; il faut qu'elle ait multiplié ses efforts pour en arrêter l'essor et l'influence en France et dans tous les autres pays de l'Europe. Et comme nos auteurs « laïques », primaires pour la plupart, manquent de sens critique et de documentation, ils présentent comme un fait leur système a priori et ils affirment hardiment :

1» Que l'Eglise a considéré l'imprimerie comme une invention satanique.

2° Qu'elle s'est efforcée de l'étouffer, dès ses premiers jours, puis de limiter son action.

Or rien n'est plus faux au point de vue historique; et les textes donnent le plus éclatant démenti à ces affirmations.

Que l'Église, comme certains le lui reprochent, ait imposé des limites à la liberté de l'imprimerie, nous ne le contestons pas. Considérant en effet que les opinions et les idées inspirent des actes publics et privés, le catholicisme proclame qu'on n'a pas le droit d'émettre des idées et des pensées grosses de conséquences irréligieu.ses ou immorales. D'après lui, l'esprit doit respecter

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certaines lois supérieures sous le contrôle desquelles est placée sa liberté. Il n'a jamais admis que l'on pût penser et écrire sans tenir compte des conséquences pratiques de la pensée et du livre. Il n'a jamais admis que l'individualisme d'une intelligence, si grande fût-elle, pût se dresser, avec pleins pouvoirs, contre les lois de la religion, de la morale et de la société.

Intolérance ! s'écrie-t-on ; et l'on oublie qu'à tout instant de la vie, on accepte des intolérances de ce genre, parce qu'on les juge nécessaires, parce qu'elles s'imposent par la force même des choses. Les plus farouches librespenseurs n'admettent-ils pas, à moins d'être des anarchistes, qu'il y a des délits d'opinion et de presse et qu'un citoyen qui conseille le sabotage, la désertion, le pillage des propriétés, l'action directe, mérite d'être puni? Par là, ils proclament que la liberté de pensée de l'anarchiste a pour limite l'intérêt même de la société et de ses lois '. Les gouvernements les moins cléricaux ont poursuivi les publications et les pièces de théâtre « suggestives », parce que la liberté de l'esprit est, dans ce cas, un dévergondage iulellectuel qui produit le dévergondage des mœurs. Enfin, les mêmes instituteurs qui crient à l'intolérance cléricale savent bien cependant que l'Université a un index positif et un index négatif exerçant de deux manières son con-

I . C'est C6 qu'a for! bien dit M. Fouillée — un philosophe qui n'a rien de chrétien — dans son article «ur Us Jeunes Criminels, l'École et la Presse (ftenue des Deux-Mondes, t" janvier 1897). a Permettre de tout dire et de tout écrire contre les lois, contre les mœurs, contre les hommes, en ne se réservant de punir que les actes une fois accomplis, c'est, a-l-on dit, attendre l'explosion d'une mine après l'avoir laissée charger et allumer sous ses yeux^ A notre époqu* de criminalité croissante, les idées «ont trop explosives pour que l'on ne considère pas déji comme de» actes celles qui sont une provocation à de» crime» et à des délit». Tel» articles ou tel» romans sont des acUs cent fois pires qu'un vol ou un assassinat; car ils en fcrout commettre une série. »

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trôle sur les livres scolaires ; l'index positif, ce sont les listes départementales hors desquelles aucun livre scolaire ne saurait être choisi ; l'index négatif est formé de tous les livres, plus nombreux qu'on ne se l'imagine, qu'une sentence du Conseil supérieur a exclus à jamais des écoles publiques et même privées.

L'Église n'a pas agi autrement lorsque, dèsle xvi'siècle, elle a établi l'Index en lui donnant pour mission de dresseï la liste des livres contraires à la foi et aux mœurs, qu'un catholique ne saurait, sans faute grave, ni lire ni faire lire, ni vendre ni même détenir. Pourquoi lui refuseraiton le droit d'user envers ses adhérents de prohibitions quo l'on trouve naturelles quand elles sont portées par la société civile ?

Mais si l'Église a institué et maintenu l'Index, elle n'a pas plus combattu l'imprimerie que les lois qui réglementent la liberté de la presse n'ont supprimé les journaux.

Bien au contraire, les documents historiques, publiés souvent par les adversaires du catholicisme, proclament hautement que, dès ses débuts, celte invention n'a pas eu de protecteurs plus puissants et plus zélés que les papes, les cardinaux, les évêques et les prêtres, et qu'elle a dû surtout à leurs subsides et à leurs généreuses ini» tiatives de se répandre, en peu de temps, dans toutes les nations de l'Europe.

Aussitôt trouvé, « le merveilleux secret » se propagea rapidement en Allemagne. « De 1462 à 1500, on a conservé les noms de plus de mille imprimeurs, pour la plupart allemands d'origine. A Mayence, dès la période des incu. nables, on comptait cinq ateliers de typographie, six à Ulm,seize à Bûle, vingt à Augsbourg,vingt-et-un à Cologne. A Nuremberg, antérieurement à 1500, vingt-cinq imprimeurs reçurent le droit de bourgeoisie. Le plus célèbre d'entre eux, établi à Nuremberg depuis 1470, Antoni Koburger, occupait vingt-quatre presses ;et plus de cent compa-

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gnons ». » Cette extrême vogue de la nouveUe invention ne donne pas Tirapression qu'elle ait été arrêtée dans son développement par l'Eglise, en particulier dans ces villes de Cologne et de Mayence qui étaient gouvernées par leurs archevêques-électeurs. Bien au contraire, His chrétiens les plus zélés célébraient avec enthousiasme cette découverte. « Aucun progrès intellectuel no peut nous rendre fiers à plus juste titre, nous autres Allemands, que l'invention de l'imprimerie. Grâce à elle, l'Allemagne a propagé en tous lieux la doctrine chrétienne et les sciences divines et humaines ; elle est devenue la bienfaitrice de l'humanité tout entière >. » Ainsi s'exprime l'un des plus zélés défenseurs de l'Eglise, à cette époque, Jacques Wimpheling'. « Il n'y a pas aujourd'hui d'homme sensé qui ne puisse apprécier les services rendus à toutes les classes de la société par l'art de l'imprimerie, écrivait à un imprimeur, en 1487, Adolphe Occo, médecin de l'archevêque de Mayence. Elle a vraiment illummé ce siècle par la miséricorde du Tout.Puissant. Mais c'est surtout la Sainte Épouse de Jésus.Christ, l'Eglise catho- Uque, qui lui est particulièrement obligée. Cette découverte, qui lui a donné une gloire nouvelle et Va dotée de tant de livres remplis d'une science divine, lui permet d'aller plus richement parée à la rencontre de sonJEpoux. » On allait jusqu'à comparer les imprimeurs aux apôtres eux-mêmes, . hérauts de l'Évangile. . C'est pourquoi les évêques allemands accordaient des indulgences à ceux ^ qui répandaient ou vendaient des livres, l'imprimerie et le commerce de librairie étant considérés comme des «œuvres pies ». , ,. - .

Les membres du clergé, tant séculier que régulier, faisaient plus encore : ils établissaient des presses dans

,. Jamse:., L-AUemagne à la fin da Moyen Agt, pp. 6 et 7.

î. Jahssb», op. cil., p. !.

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