‹ Histoire partialeChapitre 105 sur 214 · chap. iv, p. Qî · texte numérisé non relu

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parce qu'ils sont à sa portée, parce que leur écoulement sur place est parfois impossible, et que leur négociation ne va pas sans des difficultés parfois assez grandes. L'argent au contraire représente ses économies; son accumulation fait sa fortune et il le serre soigneusement dans ses coffres comme une précieuse réserve à laquelle il ne touche qu'à bon escient. Cette prédilection pour les espèces sonnantes devait être encore plus grande au xviii^ siècle, alors que l'état des chemins et les difficultés des communications opposaient plus d'obstacle à la négociation des produits et à leur transformation en numéraire. Plus qu'aujourd'hui, on devait consommer sur place ; moins qu'aujourd'hui, on avait d'argent et ainsi on devait être plus libéral des produits du sol et plus avare de l'argent. Le paiement de la dîme en nature correspondait à la mentalité des populations agricoles, beaucoup mieux que neTeût fait un versement en espèces. € Si par sa répartition et son mode de perception, la dîme présentait tant d'avantages sur les autres impôts, pourquoi a-t-elle été si impopulaire? pourquoi les cahiers de 1780 ont-ils demandé sa supression? pourquoi enfin l'Assemblée Constituante s'est-elle empressée de la supprimer, sur les réclamations du peuple? »

Telle est l'objection que ne manqueront pas de nous faire les avocats des manuels condanmés... s'il s'en trouve encore. Cette objection mérite de nous arrêter quelques instants.

Tout d'abord, il ne semble pas que la dîme ait été, sous l'Ancien Régime, particulièrement impopulaire. Elle apparaissait sous un aspect tout différent à certains économistes dont on ne peut contester ni la compétence, ni l'expérience, ni l'amour sincère qu'ils ont porté aux classes populaires. « La dime ecclésiastique, écrivait Vauban au commencement du xviii« siècle, ne fait aucun procès; elle ne cause aucune plainte et depuis qu'elle est établie, nous n'apprenons pas qu'il s'y soit fait aucuno

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corruption; aussi n'a-t-elleeu besoin d'être corrigée. C*est celui de tous les revenus qui emploie le moins de gens à sa perception, qui cause le moins de frais et qui s'exécute avec le plus de facilité et de douceur^. » Ces appréciations de Vauban sont assurément exagérées ; désireux de faire établir une dîme royale sur le type de la dîme ecclésiastique, il présente cette dernière sous des traits idéalisés. Cet impôt a soulevé des difficultés, suscité des procès, des contestations et parfois des troubles dont on trouve les traces dans les Archives ecclésiastiques. Il est certain aussi que des abus s'étaient glissés dans sa perception et dans l'attribution des ressources qu'il procurait; et comment en eût-il été autrement d'une institution qui fonctionnait depuis plus de mille ans? Au bout d'une existence aussi longue, comment aurait-elle pu échapper à la corruption qui atteint fatalement et d'une manière plus ou moins profonde tout ce qui est humain?

Parmi ces adultérations de la dîme nous ne relevons que les plus graves : 1° comme nous l'avons vu plus haut, le taux en avait été affaibli puisqu'au lieu d'être le dixième comme à l'origine, il n'était plus que le 12% le 15^, le 20^, le 30®, et même le centième, selon les pays et les différentes cultures ; et de cette diminution ceux qui exploitaient le sol n'avaient pas à se plaindre ; 2° par l'abus des inféodations qui avait fait passer à des corps ecclésiastiques tels que les diocèses, les chapitres, les collégiales, les collèges, les couvents, les hôpitaux ou bien, ce qui était pire encore, à des seigneurs ou à de simples particuliers, une grande partie des revenus de certaines dîmes, n'en laissant aux pasteurs des âmes dans les paroisses qu'une faible partie, appelée portion congrue. La dîme avait été trop souvent détournée partiellement de son objet qui était d'entretenir le culte et de soulager les pauvres de chaque paroisse; et voilà pourquoi, en 1789,

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