I. Vaubai». La dime royale, p. ii
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les curés protestèreut contre elle autant et plus peut-être que les cultivateurs; 3'^ enfin, frappant les productions les plus variées, elle se présentait, à tout instant de l'année, aux paysans avec un certain aspect inquisitorial, qui dans quelque mesure, devait les indisposer contre elle. Elle était désagréable, comme le sont de nos jours les octrois qui prélèvent une redevance sur quantité de denrées à chaque entrée dans chaque ville, avec les procédés déplaisants de la visite, ou bien encore comme certaines régies des contributions indirectes qui, pénétrant chez le producteur ou le commerçant, perçoivent l'impôt à tout moment, après des investigations que l'on trouve euimyeuses et même tyranniques. Admettons que pour ces raisons elle ait été impopulaire; mais quel impôt a été jamais populaire? Et si aujourd'hui, près d'un siècle et demi après que la Révolution a aboli certains impôts impopulaires, on nous demandait de rédiger, comme on le fit en 1789, des cahiers de doléances et d'y inscrire nos sentiments sm* les impôts qui pèsent sur nous, quels sont ceux dont nous demanderions le maintien en les déclarant chers au peuple ? Serait-ce l'impôt des portes et fenêtres qui perçoit de lourdes redevances sur l'air que nous respirons et sur la lumière du jour? Seraient-ce les monopoles (jui, à l'exemple de l'ancienne gabelle, font de l'Etat l'unique vendeur de denrées nécessaires à la vie qu'il taxe lourdement? Seraient-ce les octrois qui, à l'exemple des douanes intérieures de l'Ancien Régime, frappent lesprotluits les plus indispensables à notre existence? L'opinion se déchaînerait contre eux, comme elle s'est déchaînée sur la dîme, surtout s'il s'agissait, comme on le fit en 1789, d'en demander la suppression pure et simple et non le le remplacement par des ressources équivalentes. Et ainsi, les cahiers de 191 4- seraient aussi sévères contre les contributions de 1914, que ceux de 1789 ont pu l'être contre les impôts de 1789 et en particulier la dîme.
Il ne semble pas d'ailleurs qu';\ la veille de la Révo-
lution et malgré les défauts qu'elle présentait, la dîme ait été particulièrement impopulaire. Nous en avons la preuve dans les cahiers de 1789. « Si elle avait été à cette époque, un impôt réellement odieux, remarque avec raison M. Gagnol, les deux tiers des cahiers de doléances n'auraient pas gardé sur elle le mutisme le plus absolu, alors qu'ils s'accordaient tous ou à peu près à fulminer contre les exigences du Trésor ou contre les taxes seigneuriales, alors surtout que parfois ils étaient animés d'une violente hostilité contre le clergé. Bien plus, quelques-uns semblent prendre la défense de la dîme. Ainsi la paroisse de Noisy, élection de Paris, reconnaît la justice des dîmes, attendu que, quoique cet impôt fût considérable, « les propriétaires et les fermiers connaissaient cette charge quand ils ont acheté leurs terres. » La paroisse de Vernouillet, même élection, demande que les dîmes soient modérées et non supprimées. La paroisse du Ham, dans le Maine, reconnaît l'utilité des dîmes mais les voudrait aux mains des curés. Les habitants du bailliage de Châtillon- sur-Indre, pour rétablir l'ordre dans les finances de l'Etat, vont jusqu'à proposer, à l'exemple de Vauban, de supprimer tous les impôts et de les remplacer « par une dîme royale à l'instar des dîmes ordinaires » ^. Le tiers-état de l'Agenais demandait seulement un règlement des dîmes ; celui d'Alençon voulait la suppression des dîmes insolites, mais le maintien des autres ou leur remplacement par une prestation pécuniaire ; c'était aussi le vœu de beaucoup d'autres cahiers. M. Gagnol a dressé une statistique intéressante, en dépouillant les cahiers de doléances de 1789. 11 a constaté que 187 cahiers demandaient la suppression ou le rachat des dîmes, que 51 en voulaient le maintien mais en les convertissant en prestation pécuniaire; enfin que 547 n'en parlaient pas. Il semblerait donc que la grande