I. Ga(;nol, op. cit., pp
majorité des cahiers demandaient ou acceptaient le maintien de la dîme ; ce qui n'est pas l'indice que cette redevance fût particulièrement impopulaire.
Les textes et les chiffres que nous avons cités au cours de ce chapitre réduisent donc à de justes proportions les attaques qui, depuis cent ans et de nos jours, ont été portées contre la dîme. Sans la déclarer exempte d'abus, ils nous ont prouvé que, sur ce point comme sur tant d'autres, la légende révolutionnaire créée par certains écrivains du xix^ siècle, les déclamations des politiciens, les calomnies de ces singuliers éducateurs qui, en faussant l'histoire, pervertissent l'esprit de la jeunesse, s'étaient accordées pour faire de la dîme un épouvantail, destiné à nous inspirer à la fois l'horreur de l'Ancien Régime et du clergé. Au lieu de cet épouvantail il y avait une institution qui avait fait ses preuves, puisqu'elle avait duré plus de mille ans, qui avait pu, au cours de sa longue existence, se laisser pénétrer par quelques abus dont le clergé lui-même reconnaissait l'existence en 1789, mais qui, malgré tout, était acceptée, sans trop de difficulté, par la masse de l'opinion publique.
BIBLIOGRAPHIE
DtRA.:<D. La dîme ecclésiastique au iviii" siècle.
Gagnol. La dîme ecclésiastique en France, au xviiio siècle.
Entretien du haut et du bas clergé.
Calvet. Cours préparatoire, p. 80.
Allons, mon fils, au travail ! voici le moment venu où il faut porter la dîme à M. le curé.
— Mois, mon père, nous n'avons pas assez pour nous. Nous n'arrivons pas à vivre et il faut encore que nous prélevions la meilleure part de notre récolte, et pour qui? pour des gens qui n'en ont pas besoin. Car, tu sais, M. le curé est un pauvre homme tout comme nouSj qui a faim et soif à son ordinaire, aussi bien que de pauvres paysans, et ce n'est pas à lui qu'iront nos grains, nos légumes et nos fruits. C'est à son patron que tu connais bien, le fils cadet de notre comte dont on voit le château là-bas sur la hauteur. Il s'est fait prêtre; mais il n'exerce pas et il paie notre vieux curé pour dire la messe à sa place. Alors, l'un travaille et l'autre, qui ne fait rienj reçoit le prix du travail. Le curé est pauvre, son patron est riche, et il faut que nous lui donnions, à celui-là j les légumes que nous avons fuit pousser à la sueur de notre corps. Ce n'est pas la justice cela. »
— C'est la loi ! reprit le vieux avec résignation. Cours moyen, p. 162.
•Si les évêques jouissaient de riches revenus, les curés, surtout ceux des campagnes, n'avaient qu'un traitement insuffisant. « Je plains, écrivait Voltaire, le curé à qui les moines nommés gros déciraateurs osent donner un salaire de UO ducats pour aller faire toute l'année, à deux ou trois milles de sa maison, le jour, la nuit, au soleil, à la pluic^ dans les neiges, au milieu, des glaces les fonctions les plus désagréables et souvent les plus inutiles. Cependant l'abbé, gros décimateur (qui reçoit les dîmes) boit son
vin de Volnay, de Beaune, de Chambertin, de Sillery, mange des perdrix et des faisans, dort sur le duvet.... il fait bâtir wi palais. La disproportion est trop forte. »
Cf. aussi, cours supérieur, p. iSy.
Gauthier et Descha.mps. Cours supérieur, p. i85.
Lecture sur les biens nationaux.
L'État (en i 790) se chargeait de donner à chaque membre du clenjé des honoraires convenables pour l'époque; ce qui allait bien relever la situation du bas clergé.
Gliot et Ma>e. Cours moyen, p. 167.
Imaginent une lettre de Jacques Bonhomme 1 en 1789 et lui font dire :
« Nos bons curés, bien qu'appartenant à l'ordre du clergé, paraissaient tout aussi indignés. Ils nous expliquaient qu'eux, les pauvres prêtres de campagne, réduits à la portion congrue, vivaient misérablement avec 300 francs de revenu. » RoGiE et Despiqles. Cours moyen, p. 3i5.
Les desservants, dans les villages, et les moines, roturiers de naissance, devaient se contenter delà modeste pari, souvent insuffisante, que le haut clergé consentait à leur abandonner. Ce bas clergé, misérable, fut, dès le début, partisan de la Révolution.
Cf. aussi (Cours supérieur, p. 3i5;.
SOMMAIRE. — Revenus considérables du haut clergé. ^ Formé en partie du patrimoine des prélats. — Générosités faites par les évéques avec leurs biens de famille. — Disproportion entre les rentes du haut et du bas clergé. — Quelques exemples des revenus du haut clergé. — Le bas clergé était-il misérable? — Condition matérielle du bas clergé en Normandie. — En Provence. — Dans le Bordelais. — Dans le Lyonnais. — En Champagne. — Dans le Maine. — En Bourgogne. — Dans le Berry. — Taux moyen des revenus du bas clergé. — Taux de la portion congrue. — Traitements de la Constituante et du régime concordataire. — Raisons de cette légende.
En rnérae temps qu'ils réduisent jusqu'à les supprimer complètement les contributions que fournissait rÉglise