‹ Histoire partialeChapitre 110 sur 214 · SicARD. Op. cit., p · texte numérisé non relu

SicARD. Op. cit., p

ne doit jamais perdre de vue que c'était avec leurs biens personnels qu'ils alimentaient, le plus souvent, en même que le faste et l'opulence qu'on leur reproche, les œuvres de charité, d'assistance et d'enseignement qu'on s'empresse de passer sous silence.

Quelque importantes que fussent les rentes personnelles des membres du clergé, elles n'en constituaient pas moins la plus faible partie de revenus de l'Eglise de France. En réalité, les évêques dans leurs diocèses, les chapitres dans leurs cathédrales, les abbés et leurs moines, les abbesses et leurs religieuses dans leurs monastères, les curés dans leurs paroisses vivaient surtout des revenus ecclésiastiques attachés à leur dignité et à leurs fonctions. Et ces revenus étaient fournis par une fortune considérable, accumulée, au cours de quatorze siècles, et composée de biens fonds, de redevances foncières et féodales, de droits ecclésiastiques dont les plus importants était la dîme.

Les apologistes de la Révolution n'ont pas manqué de signaler les abus que présentait la répartition de cette fortune ecclésiastique. Sous l'Ancien Régime, disent-ils, les biens d'Eglise étaient accaparés par le haut clergé, tandis que le bas clergé était réduit à la misère.

Qu'y a-t-il de vrai dans cette affirmation?

Il est certain qu'il y avait une disproportion excessive et abusive entre les revenus du haut et du bas clergé. L'évéché de Strasbourg rapportait 600. 000 livres, l'archevêché de Paris 600.000, celui de Narbonne 160.000, celui d'Albi 213.000, celui d'Auch 120.000, comme l'évéché de Metz, l'archevêché de Rouen 100.000. De plus, les hauts dignitairesqui les occupaient cumulaient le plus souvent des abbayes, des prieurés qu'ils ne gouvernaient pas mais dont ils touchaient la plupart des revenus ; or une abbaye telle que Saint-Germain-des-Près avait un revenu annuel de 2.'i6.O0O livres. Grâce à ces cumuls, la plupart des évê<iues étaient si fortement rentes que le marquis de Ferrières

i23S HISTOIRE PARTIALE, HISTOIRE VRAIE

écrivait dans ses Mémoires « qu'ils avaient tous 100.000 livres de rentes, quelques-uns 200, 300 et même 600.000 1 ». Il exagérait; car, l'inégalité de la répartition des revenus existant même au sein de l'épiscopat, il y avait des évêchés que Richelieu appelait crottés, qui n'avaient que 9.000 livres de revenu (Apt) ou même 7.000 livres (Digne et Vence).

En face de rentes aussi considérables, on trouvera faibles celles qui étaient faites aux curés et aux vicaires des campagnes. Les uns percevaient directement la dîme sur leurs paroissiens, les autres recevaient un traitement ou poi^tion congrue des corps ecclésiastiques ou des personnages qui étaient substitués à eux pour le prélèvement et l'usufruit de la dîme. On distinguait en conséquence le clergé décimateur et le clergé à portion congrue. Voyons quels étaient les revenus de l'un et de l'autre.

Dans son étude sur la DVnie ecclésiastique en France au XVIIP siècle, M. Marion s'apitoie sur le sort du curé décimateur. « En Normandie, dit-il, la cure de Saint-Jean (Calvados) ne valait pas 500 livres, celle de Saint-Laurent à peine 400, celle de Saint-Malo à peine 300. Vers 1770, il y avait en France, d'après Léonzon-Le Duc, environ 6850 curés décimateurs ou codécimateur ayant un revenu inférieur à 500 livres 2, »

Ces évaluations sont de beaucoup inférieures à la réalité. Nous ne savons pas comment M. Léouzon-Le Duc a fait sa statistique; il ne nous en fournit pas les éléments. Mais ce qui est certain c'est que les documents de plus en plus nombreux que publie la Commission officielle de l'histoire économique de la Révolution donnent une toute autre idée des revenus des curés de campagne à la

I. SiGARD. Op. cil., p. lolx. Histoire de France de Lavisse, IX p. ibtt.

3. M\RioN, p. iGG. LéouzoN-LE Duc. La fortune du clergé sous l'Ancien Kéyirne, août 1881.

A QUOI SERVAIENT LES BIENS DU CLER<.t; 239

veille de la Révolution. Le 9 janvier 1791, l'admluistratioa de l'Orne fit faire un devis estimatif des dîmes et biens dépendant de la cure de Condé-sur-Sarthe, duquel il résulte que le curé de cette paroisse avait un revenu de 1996 livres ^ Une enquête semblable constata, le 29 janvier 1791, que le curé d'Aunay, dans le même département, avait 906 livres de revenu ^. La paroisse de Courtomer avait pour principal décimateur le prieur bénédictin de ce lieu ; cependant le curé percevait sur les dîmes 1.000 livres et les terres curiales lui rapportaient 1150 livres, ce qui portait son revenu à 2.150 livres et lui permettait d'avoir un vicaire payé 400 livres, un domestique et un cheval^. Le curé du Chalange tirait des biens curiaux. année commune, 400 livres et de ses dîmes 1.200 livres; ce qui portait son revenu total à 1.600 livres^. Celui de Vandes avait « tant en temporel qu'en dîmes », 800 livres de revenu annuel; or sa paroisse n'avait que 128 habitants^. Dans la paroisse de Marchemaisons, qui comptait 600 habitants, le curé déclarait un revenu de 1.146 livres, ainsi réparti : 252 livres pour le temporel, 900 pour les grosses et menues dîmes et les 'i terres couchées » *. Pour un pays qui ne semble pas cependant fort important, il avait un vcaire qu'il payait 300 livres. Au Ménil-Brout, petite paroisse qui avait 222 habitants, le curé possédait 1.367 livres de revenu « clair et net ». (618 de dîmes et 749 de temporel.) A Montchevrel (625 habitants), la municipalité adresse, le 16 janvier 1791, au district « l'estimation des

I. MoLRLOT. Fiecueil des documents d'ordre économique de l'Orne (collection des documents inédits sur l'histoire de la Révolution), I, p. 385.

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