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I . MiiiNE. Patrologie, XVI, i3r)-i/li

A QUOI SERVAIENT LES BIENS DU CLERGÉ "iJo?

encore plus admirables que son aumône ; car il l'avertit de donner non pas à ces gueux qui font un trafic et un métier de la mendicité et qui mendient toute leur vie, mais à ceux que la honte empêche de mendier. Il l'avertit, en même temps, d'assister indifféremment toutes sortes de nécessiteux, sans avoir égard à la diversité des sectes, puisqu'il suflBt d'être homme et misérable pour mériter cette assistance ^. »

Pour les enfants abandonnés, les malades, les vieillards, les évêques ouvrent de nombreux hôpitaux dès le lendemain de la paix de l'Eglise. A Edesse, au cours d'une famine et d'une contagion, l'évêque Ephrem* hospitalise 300 pauvres. Saint Grégoire de Nazianze décrivait, en termes dithyrambiques, l'hospice que son ami saint Basile avait élevé aux portes de Césarée ^. « Je ne connais rien de supérieur à cet asile de miséricorde : il surpasse les fameuses merveilles aujourd'hui tombées en ruines. » Le patriarche d'Alexandrie, saint Jean l'Aumonier, crée des asiles pour les étrangers et les pauvres, et de plus, répartit dans les divers quartiers de la ville sept maternités pour les femmes pauvres*.

Les églises d'Occident rivalisèrent de zèle avec celles d'Orient. Dans son Canon 17, le 4^ Concile de Carthage faisait un devoir aux évêques, aux archidiacres et aux archiprêtres de prendre soin des veuves, des orphelins et des voyageurs.

A Rome, les papes disposaient, au vi« siècle, de revenus considérables que leur fournissaient de vastes propriétés foncières dippelées patrimoines et situées en Italie, en Sicile, en Gaule, en Illyrie. Or une grande partie des ressources

I. Thomassi.'^. L'ancienne et la nouvelle discipline de l'Église, I, p. Sgo.

a. SozoMÈNE. //J5^ ecclés.fUl, i5.

3. Oraison funèbre de saint Basile. Mig^ie Palrologie grecque XXXVI, 578.

[,. MiGNE, p. G. XLVII, boli.

ISTOIRC PARTIALE, Hl^TuiaC TRAIE. ~ III. 17

en argent ou en nature qu'ils en retiraient, servait à alimenter les bureaux d'assistance ou diaconies qui existaient, depuis des siècles, à Rome, groupant autour d'elles et sous leur surveillance des hospices pour les vieillards et les enfants, des hôpitaux pour les malades. Avec le blé, le vin, l'huile provenant de ces domaines, les papes faisaient faire au peuple romain des distributions de vivres. Enfin, sur leurs domaines mêmes, ils créaient des hospices et des hôpitaux pour le soulagement de leurs colons et de leurs serfs. Dans ses lettres, saint Grégoire le Grand montre une prédilection toute particulière pour ces œuvres d'assistance et de charité qu'alimentaient les revenus des patrimoines.

En Gaule, la législation canonique assignait aux biens d'Église une destination pieuse et charitable. Le premier concile d'Orléans ordonnait, en 511, aux évêques d'employer tous les revenus de leurs diocèses à la réparation des églises, à l'entretien des clercs et des pauvres, au rachat des captifs, sous peine d'excommunication.

Le cinquième concile d'Orléans (canons 13 et 18) portait que les évêques préposeraient un de leurs clercs au soin des prisonniers et les chargeait tout particulièrement de nourrir et de vêtir les lépreux « de domo ecclesiae, juxta possibilitatem, victui et vestitui necessaria subministret unusquisque episcoporum » (canon 21). Le second concile de Tours donnait aux curés le soin des pauvres de leurs paroisses. Et ce soin incombait non seulement aux recteurs des basiliques et des églises qui s'étaient créées dans les villes, près des tombeaux des martyrs et des monastères; mais encore, aux chefs des églises rurales qui se multiplièrent à l'époque mérovingienne pour faciliter la vie chrétienne des colons et des serfs. Lorsque l'évêque, un monastère ou un riche propriétaire laïque ouvrait une de ces églises au culte, il devait la pourvoir d'un petit patrimoine qui était sa dot et dont le curé était l'administrateur. Or les revenus de ces biens devaient servir non

A QUOI SERVAIENT I.ES BIENS DU CLERGÉ fîoQ

seulement à l'entretien du clergé et du culte de l'église, mais encore au soulagement des pauvres de la paroisse- Chaque église rurale avait sa matricule^ administrée par le curé et ses clercs sous la surveillance de l'archidiacre et de l'évêque; or la matricule était « la corporation des pauvres officiellement inscrits sur les registres de l'église et qui recevaient d'elle des aliments et des secours », et elle était entretenue « par le quart du produit des dîmes et des offrandes, et depuis 818, par la moitié des donations terriennes faites à la paroisse )>. Ainsi, l'assistance des pauvres, des vieillards, des enfants, des malades était établie, dès les temps mérovingiens, dans les campagnes et assurée par les biens ecclésiastiques. On partait en effet de ce principe qu'Agobard, archevêque de Lyon, sous Charlemagne, formulait en ces termes : « les biens d'Eglise sont, en même temps, les biens des pauvres 2. Ce partage des revenus ecclésiastiques entre les clercs et les pauvres était réglementé par la législation canonique. Ils étaient divisés en quatre parts, réservées, la première à l'évêque pour ses besoins et ceux du diocèse, la seconde au clergé paroissial pour les besoins de la paroisse, la troisième aux pauvres et la quatrième à l'entretien des édifices du culte. « D'après le capitulaire des évêques de l'an 801'', on partageait même les dîmes payées aux prêtres en trois parties savoir : pour l'entretien des églises, pour les pauvres et les pèlerins, et enfin pour les prêtres. Louis le Débonnaire ordonna, par son capitulaire (le l'an 816*, que dans les lieux riches, les deux tiers des donations faites à l'Eglise par les fidèles serviraient à l'usage des pauvres et l'autre tiers à l'usage des prêtres et que, dans les lieux moins riches, les pauvres et les

I, Imb.irt de la Tol'r. Les paroisses rurales du IV' au XI» siècle, p. iGi.

a. Agobard. De dispensalione, XXIV, p. 294 (éd. de i66i).

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