I. Ibid
a. Le Grand. Les Maisons-Dieu, dans la Revue des questions historiques, t. LX, p. loo.
leur charge, sont les indices de la part importante qu'à l'origine, ils avaient prise à l'organisation des établissements charitables. L'histoire nous a conservé les noms de plusieurs de ces évéques fondateurs d'hôpitaux : Léger, évêque de Vienne, fondateur des Hôtels-Dieu de Vienne et de Romans; Einhard, évéque de Wurzbourg, fondateur de l'hospice de Wurzbourg en 1097; Gotthard, évêque de Hildesheim, qui fonda, vers cette époque, un xenodochium dans sa ville épiscopale; Henri de Blois, évêque de Winchester, quifonda, dans sacité, l'hospice Sainte-Croix (1132); l'évêque de Rochester, fondateur, en 1194, de l'hôpital de Strode; Hugues de Morville, fondateur, en 1209, de l'hospice de Coutances; Geoffroy, évêque de Saint-Malo, fondateur, en 12ô2, de la Maison-Dieu de cette ville; Aymon de Chissé, évêque de Grenoble, fondateur de l'hospice Notre- Dame. A Paris, l'Hôtel-Dieu a pris la place de l'hôpital Saint-Christophe qu'avaient fondé les évéques à côté de leur cathédrale^. En créant ainsi des hôpitaux à côté de leur demeure, les évéques s'acquittaient du devoir de l'hospitalité que les Conciles et les Pères des premiers siècles leur avaient imposé; ils obéissaient aussi aux canons du Concile tenu, en 816, à Aix-la-Chapelle 2, leur enjoignant d'assurer l'existence de l'hospice qu'ils étaient tenus de fonder.
La règle de saint Benoît inspirait, de son côté, aux religieux la pratique de l'hospitalité. Aussi tous les monastères avaient-ils, dans leurs dépendances, un hospice ou tout au moins un quartier réservé aux passants. « La plus ancienne mention d'une hôtellerie (hospice) monastique ou xenodochium se trouve dans la chronique de Fontenelle; on y lit que saint Ansbert, abbé de ce monastère de 678 à 684-, y bâtit une maison des hôtes, voisine de la porte d'entrée. Le plan de l'abbaye de Saint-Gall (de 820) fait connaître les dispositions d'une vaste hôtellerie au ix* siè-
t. CoYECQUE. L'IIôlel-Dieu de Paris au Moyen Age, p. a3. a. Labbe. Concilia, \l\, col. i^o3.
cle; elle se compose de deux corps de logis séparés ; on lit ces mots auprès de la maison : « haec domus hospitibus parla est quoque suscipiendis.... Aux anciennes abbayes de Saint-Germain-des-Prés et de Fontenelle, les habitations des hôtes, disposées avec luxe, étaient placées sur la face occidentale du cloître. Certains monastères situés près des routes offraient, indépendamment de la maison des hô^eSjUne vaste construction dans laquelle les voyageurs pouvaient se réfugier la nuit ou s'ils étaient surpris par le mauvais temps 1. » L'abbaye de Saint-Denis avaitdes revenus affectés à l'hospitalisation, « in pauperum susceptionibus^ ». L*abbaye Saint-Bertin avait, dès le x« siècle, un xenodochium avec un homme occupé « quotidianae receptioni pauperum », à la réception quotidienne des pauvres^. Vers la même époque, les monastères de Saint-Aignan d'Orléans et de Saint- Wandrille en Normandie avaient leurs hôpitaux. Ainsi, la collaboration desévêques et des moines créa dans l'Europe chrétienne tout entière et en France en particulier les services hospitaliers, en un temps où l'Etat, à peine organisé, eût été incapable de le faire et, en tout cas, n'y pensait pas. La même collaboration assura le développement et la continuation de toutes ces institutions charitables, en les alimentant avec les revenus des biens ecclésiastiques et des dîmes*.
Nous tomberions dans le défaut que nous reprochons aux manuels primaires « laïques » si nous taisions la part que les princes et les particuliers ont prise à ces œuvres de charité et d'assistance. Beaucoup d'entre elles reçurent des rois, des princes, des nobles et des bourgeois des legs et des dons qui accrurent leurs ressources et leur constituèrent parfois de riches patrimoines; enfin, des hôpitaux,