Arch. Nal., LL, 11G8, p. 5o
3. Le Grand. Les Maisons-Dieu dans la Revue des questions historiques, op. cit., p. 100.
h . Ibidem.
et des hospices, en nombre de plus en plus grand à mesure que l'on s'éloigne du haut Moyen Age, furent créés et dotés par les princes, les seigneurs et les communes. L'Eglise cependant n'a pas été tout à fait étrangère à ces fondations faites par des laïques. Les siennes leur ont servi de modèle et de temple; car elles les ont partout précédées ; d'autre part, elle les a presque toujours inspirées.
Les siècles chréliens du Moyen Age n'ont pas connu en effet l'humanitarisme et la philantrophie, sentiments vagues qui sont dus à la résurrection de la philosophie antique ou à la « laïcisation » de la charité. Avant la Renaissance, on ne connaissait que la charité, vertu surnaturelle et éminemment chrétienne; on faisait le bien en vue de Dieu et pour obéir aux préceptes évangéliques. Si on recevait les pauvres, c'était parce que, en eux, on voyait les préférés du Christ, les membres souffrants du Christ ; si on faisait le bien aux malheureux et si on soulageait toutes les souffrances, c'était en vertu de la parole du Sauveur : « Aimez-vous les uns les autres! le bien que vous ferez au plus petit d'entre vous, vous le ferez à moimême î » Le bonheur éternel promis à ceux qui se livrent aux œuvres de miséricorde était le grand stimulant de la charité chrétienne. Toujours ces mobiles d'ordre religieux sont mentionnés dans les donations, les testaments, les fondations en faveur des pauvres et des malheureux. Et ainsi, même lorsqu'elle ne mettait pas elle-même à leur disposition ses biens considérables, l'Eglise, par ses enseignements, faisait jaillir, en leur faveur, des sources inépuisables de richesses.
A mesure que l'on avance dans le Moyen Age, la division du travail s'opère dans les œuvres de charité et de miséricorde. A côté des œuvres qui s'intéressent à toutes les misères et à toutes les douleurs, on en voit qui se spécialisent dans le soulagement de telle ou telle d'entre elles.
Les enfants trouvés et les orphelins avaient eu, dans l'antiquité chrétienne, leurs asiles particuliers appelés orphanotrophia, brefotrophia. Au Moyen Age, l'on vit des Ordres religieux se dévouer tout particulièrement à leurs soins et ouvrir des établissements charitables exprès pour eux. Le plus important fut celui du Saint-Esprit.
Fondé à Montpellier par Gui, descendant probablement des seigneurs de cette ville, et approuvé par le pape Innocent III, le 22 avril 1198, il se consacra tout d'abord au soulagement des pauvres et des malades. Dans l'hôpital du Saint-Esprit de Montpellier, dit la bulle d'approbation du 22 avril 1198, « ceux qui ont faim sont rassasiés, les pauvres reçoivent des vêtements, les malades des secours ; l'abondance des consolations est proportionnée à la grandeur de la misère, de sorte que le maître et ses frères sont moins les protecteurs hospitaliers des malheureux que leurs serviteurs. » L'ordre s'était développé d'abord en Languedoc; en 1198, Gui en transportala maison-mère à Rome ; et dès lors, il multiplia ses fondations dans le monde chrétien tout entier. Les hospitaliers du Saint-Esprit, en faisant profession religieuse, déclaraient se donner « à Dieu et à leurs seigneurs les malades ». Ils soignaient donc toutes sortes de maladies ; mais de bonne heure, ils donnèrent un soin tout particulier aux enfants trouvés. « Un petit réduit pratiqué près de la porte de l'hôpital permettait d'y déposer les enfants à toute heure du jour et de la nuit. Défense expresse était faite non seulement de s'enquérir du nom du déposant, mais même de le suivre du regard. Bien ilus, on devait recevoir avec empressement les pauvres femmes qui venaient faire leurs couches et leurs enfants étaient admis d'office au nombre des orphelins élevés dans la maison. De petits berceaux étaient toujours prêts à les recevoir; car le sage législateur (Gui) voulait qu'ils fussent couchés seuls et séparés, afin qu'il ne put leur arriver aucun dommage. Ces enfants étaient élevés par les Sœurs de l'Ordre qui leur prodiguaient les
soins les plus dévoués. Les jeunes garçons étaient, vers dix ou douze ans, placés en apprentissage. Les jeunes filles si elles en sentaient la vocation, pouvaient demeurer dans la maison et se consacrer par les vœux de religion au service des pauvres ; sinon, elles étaient mariées avec une dot convenable ^. »
Cet Ordre prit rapidement un grand développement. Au XIII® siècle, il avait des hospices à Acquapendente, Anagni, Aquila, Ascoli, Atri, Casai, Corneto, Crémone, Palerme, Pouzzoles, Lecce, Terni, Sinigaglia, Viterbe, Florence. Dans la péninsule ibérique, il fonda, à la même époque, les maisons de Porto, Calatayud, Jaen, Lérida Barcelone, Ségovie, Valence, Soria. En Allemagne et dans les royaumes de Pologne et de Hongrie, citons les hôpitaux de Vienne (1208), Cracovie (1221), Sandomir (1222), Glogau, Ratisbonne Rouffach, Sendal, Kœnigsberg, Stephansfeld, Kalisch, Eisenach qui fut construit par sainte Elisabeth de Hongrie (1226), Memmingen, Munich, Fulda, Worms, Wimpfen, Pforzheim, Stettin, Francfort' sur-le-Mein, etc. Dans ce même siècle, les pays Scandinaves reçurent les frères du Saint-Esprit qui construisirent, en Danemark, les hôpitaux de Roskild, Odensée et Ribe; en Suède et Norvège, ceux de Sœderkœping, Stockholm, Upsal, Arboga, Enkœping, Skœninge, Linkœping, Lund, Maimoe, Lanserma, Halsnoe. Ce dernier, construit en Norvège, « se rattachait à une chaîne d'hospices reliant entre elles les villes assez éloignées les unes des autres, dans ces contrées vastes, montagneuses et peu peuplées, mais sillonnées constamment par les chrétiens qui se rendaient à Drontheim, au tombeau vénéré de saint Olaf, patron de la Norvège - ».
La France où cet Ordre avait pris naissance, vit se multiplier ses hôpitaux sur son territoire. Dèsle xiii* siècle, il y en'
I. Bau.fE. Histoire de l'Ordre hospitalier du Saint-Esprit. (Paris Picard 189a), p. 67.
a. Ibid., pp. 186-197, auquel nous empruntons ces listes.
eut à Aix, à Angers (cette maison avait à elle seule 15 succursales dans l'Anjou) ; Angoulême, Ansouis, Antibes, Arainon, Arinthod fJura), Auvignon (Landes), Auray (Morbihan) avec les 50 hôpitaux qui dépendaient de lui, Saint- Malo, Pont-Saint-Esprit, Saint-Girons, Millau, Bergerac, Libourue, Saint- Jean-d'Angély, Mayenne, Montmorillon, Lectoure, Nantes, Tonnerre, Coutances, Valognes, Saint- Lô, Bar-sur-Aube, Beaucaire, Beaune, Besançon, Bragayrac (Haute-Garonne), Dijon avec ses dépendances au nombre d'une quarantaine, Draguignan, Lons-le-Saunier, Lyon, Marseille avec ses trente succursales, Montpellier, Paris, Poligny, Pont-Saint-Esprit, etc. En appendice à son Histoire de l'Ordre hospitalier du Saint-Esprit, M. Brune a dressé une liste des hôpitaux de cet Ordre que lut ont signalés les documents. Il en trouve 26 en Allemagne, 11 en Autriche-Hongrie, 6 en Pologne, 8 en Belgique, 13 en Danemark, 11 en Suède et Norvège, 110 en Espagne, 13 en Portugal, près de 270 en Italie. En y ajoutant ceux qui furent fondés, après le xv^ siècle, en Amérique, et les 400 environ qui existaient en France, on arrive à un total de près de mille hospices et orphelinats créés ou desservis par le seul Ordre du Saint-Esprit.
Et cependant, il n'avait pas le monopole du soin des enfants trouvés et des orphelins. Dans quantité de villes se trouvaient, pour eux, des hospices tenus par d'autres religieux et religieuses. Depuis 1127,1a ville de Milan avait l'hospice del Brolio, créé par l'archevêque Gardino pour recevoir les enfants exposés qui, à l'âge de deux ans, étaient transférés à l'orphelinat Saint-Celse ^. A Venise, au commencement du xiv® siècle, le franciscain Pierre d'Assise fondait l'hospioe de la Pietà pour les enfants trouvés. « Ne prenant conseil que de son ardente charité, il résolut, lui, étranger et indigent, de créer un refuge pour les recevoir. Avec l'autorisation des magistrats, il parcourut la ville, de maison en maison, faisant retentir cette seule