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Revue des questions historiques, t. LX, p

Ba)'onne, Saint-Jeau-de-Luz, etc.^ L'Ordre élargit bientôt son champ d'action et multiplia ses hospices sur les chemins qui conduisaient à d'autres pèlerinages que celui de Compostelle ; enfin, il établit ses fondations dans un grand nombre de villes où, de nos jours encore, en souvenir des chevaliers de Saint- Jacques qui les desservaient jadis, les hospices sont sous le vocable de saint Jacques.

A Lucques, en Italie, se créa, vers la même époque, un Ordre du même nom, l'Ordre de Saint- Jacques-du-Haut-Pas qui se donna pour mission de faciliter aux voyageurs le passage des cours d'eaux par l'établissement et l'entretien de bacs et de ponts. En se développant, il ajouta à ses ponts des hospices pour recevoir les voyageurs et les malades ; bientôt, ces hospices, établis tout d'abord près des ponts, le furent dans l'intérieur d'un grand nombre de villes; c'est ainsi qu'à la fin du xii® siècle, ces religieux fondaient, à Paris, l'hospice de Saint- Jacques-du-Haut-Pas.

La France eut aussi son Ordre de constructeurs de ponts, les frères Pontifes. Sa fondation, vers 1177, fut due au berger Bénézet. Après avoir construit le pont d'Avignon, il fit ceux du Rhône à Lyon (Guillottière), à Vienne, à Saint-Saturnin-du-Port, aujourd'hui Pont-Saint- Esprit, de la Durance à Mali^as (aujourd'hui Bonpas). Les frères Pontifes, comme ceux de Saint-Jacques, fondèrent aussi des hôpitaux et des hospices à côté de leurs bacs et de leurs ponts ; à eux remontent les hôpitaux d'Avignon, de Lyon, de Pont-Saint-Esprit qui plus tard furent tenus par l'Ordre du Saint-Esprit 2.

M. Le Grand a remarqué que « sur trente-six Maisons- Dieu que le diocèse de Paris comptait dans les campagnes, vingt-et-une s'élevaient le long des grandes routes qui

1 . Abbé PARDIA.C. Histoire de Saint-Jacques le Majeur et du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle^ dans la Revue de Gascogne, tomes IV- VI.

a. Hklyot. Histoire des Ordres religieux, II, pp. 281-291.

A QL'OI SEIiVAIEXT LES BIENS DU CLER(;É :îbl

devaient être sillonnées, chaque jour, par de nombreux voyageurs. En partant de Paris vers le Nord, on trouvait, sur la route de Calais, l'Hôtel-Dieu de Saint-Denis, puis suivant que Ton adoptait l'itinéraire de Beauvais ou celui d'Amiens, on rencontrait ici les Maisons-Dieu de Saint Brice et de Moisselles; là, celle de Luzarches. L'autre grande voie du Nord, celle de Flandre, passait devant les hôpitaux de Vaudherlant et de Louvres. A l'Est, ceux de Chelles et de Lagny marquaient les premières étapes de la voie de Coulommiers et celui de Tounian pouvait servir aux passants qui suivaient la route moins importante de Rozoy. L'Hôtel-Dieu de Charenton était situé à la bifurcation des deux grandes routes de Troyes et de Lyon par Melun. La première traversait ensuite Brie-Comte-Robert où se trouvait un Hôtel-Dieu ; la seconde offrait aux voyageurs les Maisons-Dieu de Villeneuve-Saint-Georges et de Lieusaint. Sur la route de Lyon par Corbeil, on rencontrait l'Hôtel-Dieu important de cette ville.

« La voie la plus riche en Hôtels-Dieu était celle qui conduisait à Orléans ; c'était celle que prenaient les pèlerins de Saint-Jac(iues. Avant même de sortir de Paris, ils rencontraient Saint-Mathurin et Saint- Jacques-du-Haut- Pas, puis ils pouvaient s'arrêter, à leur gré, aux Maisons-Dieu de Bourg- la-Reine, de Longjumeau, de Montlhéry, de Châtres. Préféraient-ils abandonner la route d'Orléans pour celle de Chartres? la Maison-Dieu de Palaiseau et de Gometz leur offraient un asile. Enfin, pour achever le tracé de cette carte hospitalière, nous n'avons plus qu'à mentionner, vers l'Ouest, la Maison-Dieu de Saint-Germain, sur la route de Caen et de Cherbourg ^ »

Les documents publiés par le P. Denille dans la Désolation des églises, monastères et hôpitaux en France, vers le milieu du XV* siècle nous montrent que cette construction des Maisons-Dieu le long des routes ou aux portes

I, Le Gk.v>«d. Op. cit., [). \l..

des villes n'était pas particulière au diocèse de Paris. « Des suppliques, datées de 1423 (n'* 206) et de 1445 (n» 283), parlent de la construction d'hôpitaux destinés à loger les étrangers qui venaient prier à l'église Saint- Laurent de Moidrey et à l'autel de Saint-Eutrope dans l'église de Chemiré-sur-Sarthe, pour implorer de ces saints la guérison de leurs maux. Ce qui se passait dans ces deux paroisses, se reproduisait dans les lieux de pèlerinages fréquentés tels que Notre-Dame du Puy (n^ 594) et la Sainte-Baume (n*^ 915) et la même inspiration charitable avait fait construire de semblables asiles le long des routes les plus familières aux pèlerins. On peut citer l'hôpital de Rocamadour (n'^ôl?) qui, chaque jour, abritait de pauvres voyageurs gagnant Saint- Antoine, Saint- Jacques de Compostelle ou d'autres sanctuaires ; l'hôpital d'Aubrac (n° 679) où l'on recevait les romieux ^, les pauvres et les pèlerins de tous pays et où on leur donnait des aliments ; » l'aumônerie Sainte-Croixde Mauzé, au diocèse de Saintes, (n° 456) « sur le passage des pèlerins d'Allemagne, d'Espagne et des autres parties du monde ; » l'hôpital de Bardenac à trois milles de Bordeaux, sur la route royale qui conduit à Saint-Jacques (n° 355), l'hôpital Mage de Béziers (n^ 527) où affluaient, d'une part, les habitants de l'Allemagne, de la Hongrie et des autre nations de l'Europe orientale qui allaient honorer Saint- Jacques de Galice ou le Saint-Suaire de Toulouse, et, de l'autre, ceux d'Espagne, de Navarre, de Gascogne, etc., qui se rendaient au Saint-Sépulcre ou à Rome.

« Ces hôpitaux de passants étaient le plus souvent construits aux portes des villes, en dehors de l'enceinte, comme on le voit pour Nancy (n» 788), Tours (n° 249), Saint-Jean-d'Angély (n» 438), Bordeaux (n^^ 354 et 356), afin que les voyageurs qui arrivaient le soir, après la fermeture, pussent trouver un abri. L'hôpital Saint-Julien, à

I . Ce mot à l'origine désignait les pèlerins qui allaient à Rome.

l'entrée de la ville de Bordeaux, ayant été démoli pendant les guerres, le principal argument invoqué par l'archevêque, le maire et les jurés de la commune pour obtenir les subsides nécessaires à sa reconstruction fut que les pèlerins attardés qui trouvaient les portes de la ville closes ne pouvaient se loger que dans les bâtiments de la léproserie ; ce qui les exposait aux dangers de la contagion ^. »

Les pèlerins et autres « trépassants » ou voyageurs qui s'arrêtaient dans les Maisons-Dieu y recevaient l'hospitalité pendant une, deux ou trois nuits, selon le règlements particulier de la maison ; ils y étaient couchés et nourris.

Ce n'étaient pas seulement les passants qui y étaient ainsi reçus et hébergés; c'étaient aussi les vieillards, les pauvres de la ville ou du pays. L'Hôtel-Dieu de Paris avait été fondé, dit une charte de 1262, pour les pauvres comme pour les malades, ad opus pauperum et egrotantium ; le règlement du xiii*' siècle parle, dans son article 55, des pauvres en bonne santé qui y habitent, in usiis pauperum sanorum, morantium in Domo Dei^. En 1401, le maître de l'Hôtel-Dieu envoya 200 « pauvres » aux funérailles de Charles VII, à Notre-Dame-des-Champs^. » Heaucoup de ces pauvres étaient des vieillards qui, partout repoussés, trouvaient, pour la fin de leurs jours, un asile à l'Hôtel-Dieu ; c'est ce que nous dit un texte du xvi® siècle, le Livre de la Vie active : « Quantes (combien de) personnes y a parmi la ville (Paris) qui n'ont que au jour la journée, qui se attendent en leur vieillesse (à)

1. Analyse de la publication du P. Denifle par M. Le GnA>D dans la Revue des questions historiques, tome 6^, p. i85. Les uo» entre parenthèses sont ceux que portent les documents dans les volumes de Denille.

2. Cartulaire de l'Hôtel- Dieu de Paris (éd. Coyecque), n»^ i43, et 199.

3. Chronique de Mathieu d'Escouchy (éditée i)ar M. de Beaucourt dans la Collection de la Société de l' Histoire de France}, II, iay.

estre repus et nourris en cette maison ^ ! » L'hôpital du Saint-Esprit de Besançon était pour « tous les pauvres du Christ, orphelins, infirmes, malades, femmes en couches » - ; et il en était de même de tous les hôpitaux qui, comme celui de Besançon, appartenaient à l'Ordre du Saint-Esprit. Dans les règlements que donna le pape Clément IV à l'Hôtel-Dieu de Compiègne, il était stipulé que les revenus de la maison serviraient à l'assistance des pauvres, comme à celle des malades ^. Dans une supplique de 1420, publiée par Denifle, l'Hôtel-Dieu d'Orléans se plaint de ne pouvoir, vu la diminution de ses revenus, nourrir que la moitié des pauvi'es et des malades qu'il entretenait jadis ^.

L'hôpital de Condom recevait les passants et les pauvres en même temps, comme le prouve un arrêt du Parlement de Bordeaux de 1569 ^. Qu'il en ait été ainsi dans les villes, où le paupérisme sévit plus durement et où les ressources des Hôtels-Dieu étaient plus considérables, cela se comprend ; mais il est à remarquer qu'il en était de même dans les petites maisons répandues en si grand nombre dans les campagnes. Un mémoire sur l'hôpital de Dammartin-en-Goële précisait que cette maison avait été fondée {( pour le soulagement des pauvres, tant sains que malades » ; ^ de même, la maison de feu le chevalier Alexandre des Bordes, à Saint-Arnoud-en-Yvelines est transformée en hôpital pour les pauvres, les voyageurs et les malades '

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