LàLLEMAND, Op, cit., p
mités qu'ayant vendu leurs meubles pièce à pièce, pour avoir du pain, de très bons artisans furent réduits à coucher sur la paille et vivre de la chair des chevaux qu'on traînait à la voirie^. ); Le lundi de Pâques, 2 avril 1651^ Olier réunit de ses paroissiens dans son presbytère et les groupa pour l'assistance de cette misère. On[fit l'inventaire des pauvres honteux et on trouva que 856 familles, renfermant 2.496 bouches, étaient dans le plus grand dénuement ; ce fut le champ d'action de la compagnie de charité de Saint-Sulpice.
Une association de pieux chrétiens qui s'occupait de toutes les œuvres de charité et d'apostolat, la Compagnie du Saint-Sacrement décida de propager partout la création de M. Olier et bientôt, des sociétés de charité, semblables à celle de Saint-Sulpice, naquirent, à Paris, dans les paroisses de Saint-Eustache, de Saint-Nicolasdes-Champs, de Saint-Paul, de Saint-Etienne-du-Mont, de Saint-Séverin, de Saint-Germain-l'Auxerrois, de Saint- Roch, de Saint-Louis-en-l'lle^. Les secours accordés consistaient habituellement: f 1» en travail fourni àceux pouvant se livrer à quelques occupations ; 2" en pain livré à raison de 6 liards la livre, ce qui semble préférable à l'allocation du i)ain gratuit, ne nécessitant aucun effort de la part de ceux qui le reçoivent ; 3° en lait et farine \)o\xv les petits enfants nourris par leurs mères, lesquelles sont averties qu'à moins de raisons très fortes, on ne les aide point à payer les mois de nourrice, parce (jue leur premier devoir est de nourrir leurs enfants ; i^ en fournitures de layettes, lits, vêtements, outils; 5° en secours partiels de loyers, des allocations entières absorbant les ressources des compagnies et pouvant augmenter l'imprévoyance des
I, Cette misère était due aux guerres civiles de la Fronde.
a. Nous empruntons ces détails à l'histoire de la Compagnie du Saint-Sacrement qui a été écrite sous le titre, La Cabale des dévots, par M. Almer, professeur à la Faculté do théologie protestante de Paris, pp. yg-ioi.
nécessiteux ^ » Ces secours étaient apportés à domicile par des Dames et des Messieurs. La Compagnie était essentiellement religieuse puisque chaque réunion commençait par le Veni Creator et finissait par le Laudate Dominum et une antienne à la Sainte Vierge ; elle n'en secourait pas moins les protestants comme les catholiques : « Les protestants et en général ceux qui ne sont pas de la Religion catholique... seront secourus comme les autres », disait le règlements
Bientôt, les compagnies de charité étendirent leurs opérations ; elles s'occupèrent de la délivrance des prisonniers pour dettes, établirent le prêt gratuit, créèrent des ateliers de charité afin de pratiquer l'assistance par le travail, ouvrirent des écoles gratuites. Nous avons les comptes de la compagnie de charité de Saint-Sulpice ; dans la seule année 1779-1780, elle dépensa 143.605 livres (environ 200.000 francs de nos jours) pour 152 layettes, lait et farine pour 120 enfants, pour mois de nourrice, pour 14 écoles gratuites (dans la seule paroisse Saint-Sulpice !) frais d'apprentissage, habillements,'chemises, lits, couvertures, bois, pensions, malades, infirmes, aumônes (pour 50.000 livres). Outre ces 143.000 livres, on avait distribué 82.500 livres de pain à Gliards la livre*. Ces compagnies de charité avaient institué des œuvres sociales que l'on croit avoir inventées de nos jours telles que la protection de la jeune fille et les caisses dotales^.
Si Paris vit naître ces confréries de charité, il n'en garda pas le monopole ; au xvii® et au xviii® siècle, elles se répandirent jusque dans les petites paroisses des campagnes.
C'était une confrérie de la charité que l'œuvre qui fut