Ibid.y p
Nous nous garderons de contester l'avarice de certains curés et de certains décimateurs qui oublièrent le droit qu'avaient sur les dîmes perçues jar eux les pauvres et les œuvres de charité. Prétendre que tous les détenteurs de dîmes ont été d'une scrupuleuse honnêteté dans la France entière, pendant trois siècles, serait un paradoxe ridicule; mais non moins ridicule serait celui qui, soutenant la thèse diamétralement opposée, prétendrait que tous décimateurs ont été malhonnêtes et que tous ont fruste les pauvres. Le simple han sens suffît contre une accusation aussi tendancieuse ; il peut d'ailleurs s'appuyer sur un .grand nombre de textes nous prouvant que, jusqu'à la veille de la Révolution, les dîmes ont alimenté, dans toutes les paroisses, même dans les plus petites, le budget de la charité.
Dans le 3" rapport qu'il présenta à la Constituante, au nom du Comité de mendicité, le 15 juillet 1790 et le 21 janvier 1791, le duc de La Rochefoucauld-Liaucourt, tout en approuvant la suppression des dîmes, ne dissimulait pas hi diminution considérable qu'elle déterminerait dans les ressources de l'assistance. « Une grande partie des revenus des liôpitaux, disait-il, sont diminués par ceux de vos décrets qui oui détruit les péages, le droit de banalité et surtout les dîmes ^. » Au cours de la discussion sur la suppression des dîmes, un constituant, cependant fermement attaché à la Révolution, Grégoire, signala en ces termes le parti que les pauvres tiraient de la dîme-. (( Quand le pauvre souffre, sa première idée se porte vers son curé, chez lequel il ne demande guère en vain ; ses premiers pas se dirigent vers le presl)ytère... Le grenier (hi curé est cehii de l'indigent^: le pasteur lui cède à
I. Blocii et TuETEY. Procès-verbaux et rapports du Comité de mendicité de la Constituante^ p. 3Gi.
a. Séance du ii avril 1790. Arcliivcs Paricmoiilaires, XII. p. Oyo.
3. C'est ce que prouvent tous les détails donnés plus haut sur les distributions de blé faites, en temps de disette, par le clergé.
meilleur compte ou lui prête, dans un temps de cherté, pour recevoir sans indemnité dans un moment d'abondance, ou enfin lui donner du grain que ce pauvre ne trouverait ailleurs peut-être qu'en engageant ses haillons, quelquefois son lit à des accapareurs, des vautours qui se multiplieront dans les villages à mesure que la maison curiale offrira moins de ressources... On ne peut se dissimuler qu'en beaucoup de provinces, les pauvres virent avec peine le décret qui abolit la dîme parce qu'ils trouvaient chez le curé le grain et dans la grange dîmeresse les gerbées nécessaires pour leurs tristes grabats... On ne doit jamais détruire que pour un bien évident, mais ici loin de faire le mieux... vous ôtez aux pauvres et aux malades pain, vin, bouillon; vous anéantissez un des moyens les plus efficaces pour extirper la mendicité. »
Les documents publiés, de nos jours, sur la France en 1789 confirment ces paroles de Grégoire, en apportant des preuves nombreuses de l'emploi charitable que faisaient les curés de campagne de leurs revenus. L'inventaire des revenus du curé de Courtomer (Orne), fait en 1790, porte cette observation : « Il y a tous les dimanches depuis 80 jusqu'à 100 pauvres, tous de la paroisse, à la porte du curé qui en est seul chargé ^ » Après avoir fait, en 1790, la déclaration, prescrite par la loi, de ses revenus et de Ses charges, le curé de Marchemaisons (Orne) ajoutait : « De plus, plus de cinquante pauvres à ma charge et auxquels je ne puis donner tous les secours que je désirerais et dont ils ont réellement besoin 2. »
Par testament, le curé de Bréziers, au diocèse d'Embrun, fonda, le 7 décembre 1745, dans cette paroisse, un Mont-depiété pour prêter gratuitement du blé*.