I. Lallemand, op. cit., pp. ^Sa-ZlSf
dirent leur raison d'être et changèrent de caractère. La lèpre sévissant moins cruellement, beaucoup de léproseries furent fermées et leurs biens unis à ceux des hôpitaux généraux ; avec elles, disparurent les congrégations qui s'occupaient des lépreux. La plus importante, celle de Saint- Lazare, finit par devenir un Ordre de chevalerie honorifique. D'autres Ordres tels que ceux de Saint- Jean de Jérusalem, de Saint- Jacques, perdirent de plus en plus leur caractère charitable. D'autres enfin, tels que celui du Saint-Esprit, tombèrent en décadence et ne rendirent pas, avec le même dévouement, les services qu'ils avaient multipliés dans le premier siècle de leur existence. Nier cette décadence ou cette transformation que subirent, au xvii*^ et au xv!!!** siècle, la plupart des grands Ordres hospitaliers du Moyen Age serait puéril. Certains d'entre eux cependant restèrent fidèles, dans une large mesure, à leur vocation : par exemple, celui des Trinitaires qui s'occupait à la fois du rachat des captifs chrétiens dans les pays infidèles et du soin des malades en terre chrétienne ; ou encore l'Ordre de Saint- Antoine qui continua à soigner certaines affections spéciales.
A côté de ces institutions du Moyen Age, on vit se multiplier des créations nouvelles. Nous nous garderons d'en donner la liste complète : l'énumération serait trop longue; mais comment passer s.)us silence les plus importantes?
L'Ordre des frères de la Charité lut fondé par le Portugais Jean Ciudad, plus connu sous le nom de saint ,lean de Dieu, vers 1537, avec la création par ce saint de l'hôpital de Grenade. Confirmée par Pie V (1571) et par Sixte Quint, réglementée définitivement par Paul V (1017), cette congrégation multiplia les hôpitaux en Espagne, Italie, Autriche, Hongrie, Pologne. Sous Henri IV, elle fondait, à Paris, l'hôpital appelé, encore de nos jours, de s«»n nom, hôpital de la Charité. Sous Louis XHI, elle fondait ceux de Poitiers, Moulins, Cadillac et Niort; en 1790, elle possédait, en France et aux olonies, 38 maisons desservies par
218 religieux ^. On y soignait toutes sortes de maladies et on y recueillait les aliénés.
En Italie, saint Camille de Lellis établit, vers la fin du xvi« siècle, la congrégation des Clercs réguliers ministres des infirmes. A sa mort, survenue en 1613, le saint fondateur laissait plus de 20 maisons, dont 16 en Italie, et environ 300 religieux. Plus de 120 de ces religieux étaient morts, victimes de leur dévouement et de maladies contractées dans les hôpitaux^. »
A la France catholique sont dues les plus connues, les plus populaires des congrégations charitables. Leur création fut déterminée par le magnifique épanouissement de vie chrétienne et d'action catholique qui fut lancé et méthodiquement entretenu, au xvii^ siècle, par la Compagnie du Saint-Sacrement et les hommes de zèle tels que saint Vincent de Paul, Olier et le P. de Condren qui en faisaient partie.
Vers 1630, saint Vincent de Paul avait groupé des dames de la haute société parisienne pour venir en aide aux enfants trouvés et soigner les malades dans les hôpitaux. L'une d'elles, Louise de Marillac, veuve d'Antoine Le Gras, leur adjoignit de « pauvres filles de la campagne qu'elle forma elle-même à cette vocation de « servantes des pauvres» ; et ainsi, fut formée par saint Vincent de Paul et Louise de Marillac la congrégation des Filles de la Charité ou Sœurs de Saint-Vincent de Paul. Elles créèrent, dès 1638, plusieurs hôpitaux et orphelinats, à Richelieu, Rueil, Sedan, Bernay, Arras, Metz, Narbonne, Cahors. En 1660, datedela mort de leur fondateur et de leur fondatrice, elles avaient fondé un grand nombre de maisons et avaient été appelées à desservir plusieurs hôpitaux déjà existants. En 1789, elles étaient répandues dans le monde entier^;