Ibid., pp. 48 et
3. SiGA-RD. Le clergé de France pendant la Révolution, tome Il.'ejJ'oAdrcmcnl, p. ôo/i.
de Saint-Thomas de Villeneuve, de Saint-François de TAnnonciation, de Saint-Maurice et tant d'autres se dévouaient au soin des pauvres, des orphelins et des malades ^.
Les hôpitaux et les autres établissements de charité avaient, sous l'Ancien Régime, des biens et des revenus considérables. Dans son septième rapport à la Constituante, le duc de La Rochefoucault-Liancourt en a dressé l'état, département par département, et il a abouti à cette conclusion : « Les hôpitaux et fonds de charité du royaume avaient, avant la Révolution, environ 29 à 30 millions de revenus » (soit 60 millions environ de nos jours). Il est même possible que cette évaluation soit inférieure à la réalité; car dans un discours prononcé, le 31 juillet 1792, à l'Assemblée Législative, le député Boistard estimait à 800 millions (1 milliard et demi environ) les biens des hôpitaux -. Or la plupart de ces revenus et de ces biens étaient ecclésiastiques. C'est ce qu'admettaient comme une vérité incontestable les Constituants, au moment même où ils allaient confisquer les biens d'Eglise. Dans la motion du 10 octobre par laquelle il en proposa la vente, Talleyrand constata ({ue « ces biens étaient destinés particulièrement aux pauvres ». La loi du 2 novembre 1789, qui ordonnait l'aliénation de biens du clergé, mettait en même temps à l;i charge de l'Etat les obligations qui les grevaient, c'està-dire « les frais du culte, l'entretien de ses ministres et le soulagement des pauvres. Sur les 30 millions de livres ((ui représentaient, d'après lui, le revenu des hôpitaux, le duc de Liancourt estimaient que 10 millions avaient été supprimés par la suppression des dîmes, la vente de^ biens ecclésiastiques et l'abandon des octrois K Les administrateurs de l'hôpital Saint-André do Gaillac tirent remarquer au Comité de mendicité de la Constituante que
I. SiCAno. Z-« clergé de France pendant la fiévoluLion, I. L'effondrement, p. 5i5.
a. liapports aa'Comité de mendicité (septièmci.
la suppression des dîmes lui fait perdre « 250 setiers de blé froment, 50 setiers de même grain et 26 barriques de vin, ce qui peut être évalué a 800 francs de rente (environ 1.600 francs d'aujourd'hui). Les biens des pauvres se confondaient tellement avec les biens de l'Eglise, que l'un des plus farouches anticléricaux de la Constituante, Chapelier, le constatait, au cours d'un de ses discours, dans cette interrogation haineuse : « Doit-on laisser le soin de la subsistance des pauvres aux ecclésiastiques ? »
L'Eglise chrétienne primitive avait posé ce principe que les biens de l'Eglise sont aussi les biens des pauvres. 1700 ans plus tard, à la veille de la Révolution, l'Eglise du XVIII® siècle ne pensait pas autrement et agissait en conséquence. Quelques réserves que l'on puisse et que l'on doive faire sur tel ou tel membre du haut clergé, sur telle ou telle congrégation religieuse, quelque défaut que l'on puisse constater dans l'organisation et la vie de l'Eglise sous l'Ancien Régime, on ne peut pas nier que les ecclésiastiques aient été largement fidèles à leur vocation charitable, et aient fait, sur les revenus qu'ils tenaient de leurs fonctions et même de leur patrimoine privé, une large part à la pauvreté, à la misère et à la souffrance. Pendant les siècles de l'Ancien Régime,le budget de l'Assistance et de la Charité s'est presque entièrement confondu avec celui de l'Eglise, de même que le ministère de la Charité était presque uniquement rempli par des clercs, des religieux et des membres de pieuses confréries.
Les biens d'Eglise alimentaient non seulement le budget du culte, mais encore celui de Vassistance.
C'est ce que ne disent pas les manuels laïques, soit que leurs auteurs l'ignorent, soit qu'ils le dissimulent. Cette grave omission fausse complètement l'idée qu'ils nous donnent du clergé avant la Révolution : à les lire, on croirait qu'il exploitait le peuple pour la seule satisfaction de son luxe, de son faste et de ses goûts mondains et raffinés; à lire les textes, au contraire, on voit qu'il
assumait, avec ses revenus, bien des charges qui pèsent lourdement, de nos jours, sur les budgets de l'Etat, des départements et des communes, la charge des pauvres, des malades, des infirmes et en général de tous les déshérités de la fortune et de la vie. Dès lors, on comprend l'utilité sociale qu'ont eue, pendant les siècles de l'Ancien Régime, la dîme et les biens du clergé.
BIBLIOGRAPHIE
Lallema?»d. Histoire de la Charité, tome IV. SicARD. L'Ancien clergé de France.
— Le clergé de France pendant la Révolution.
CliAPlTRE XII A quoi servaient let^ biens du clergé.
Quelques initiatives sociales de l'Eglise . sous l'Ancien Régime.
SOMMAIRE. — On a reproché à l'Eglise sa charité sous l'Ancien Régime. — L'Eglise ne s'est pas désintéressée du progrès social. — Initiatives sociales des premiers siècles chrétiens et du Moyen Age. — L'épiscopat du XVIIIe siècle et ses grandes entreprises administratives et sociales. — Monts-de-Piété. — Assurances contre l'incendie. — Prêt gratuit. — Les Bénédictins et la Science. — Les Congrégations enseignantes. — Les collèges secondaires. — L'épiscopat et les collèges secondaires. — Les curés et le progrès social dans les campagnes. — Influence considérable du haut clergé et du bas clergé à la fin du X Ville siècle. — Turgot et le clergé. — Les élections et le clergé au début de la Révolution.
Parmi les adversaires de l'Eglise, ceux qui ont quelque culture intellectuelle et ne sont pas aveuglés par le fanatisme irréligieux reconnaissent son incessante action charitable au cours des siècles. Mais ils la trouvent exagérée et tf)ut en rendant hommage aux intentions qui l'ont inspirée, ils lui attribuent des résultats déplorables et une influence en dernière analyse funeste.
En distribuant largement les aumônes, l'Eglise, disentils, a favorisé la mendicité et la paresse; elle a amené de nombreuses générations à vivre, au jour le jour, dans une résignation stérile. En se préoccupant uniquement de soi-
gner les maux de l'iiumanités, elle a négligé de les prévenir et de les faire disparaître. La science économique et sociale au contraire, en multipliant les initiatives et les réformes sociales; les socialistes, en élevant les classes ouvrières vers un idéal d'émancipation et de justice ; les hygiénistes et les statisticiens, en étudiant les conditions défectueuses de l'existence et en y remédiant, ont contribué, dans leur sphère particulière, à améliorer la condition de l'humanité, à guérir ses misères, à promouvoir l'ascension des classes, à accentuer le progrès social. Et ainsi, à la charité, stérile en résultats sociaux, de l'Eglise, ils opposent les initiatives de la science féconde en progrès sociaux. Cette objection, d'autant plus dangereuse qu'elle affecte les allures de l'impartialité, a été faite, dès les premiers jours de la Révolution, par ceux qui se préparaient à dépouiller l'Eglise. En proposant à la Constituante de confisquer les biens ecclésiastiques et d'enlever par cela même à l'Eglise le soin des pauvres. Chapelier disait : « Qui peut bénéficier de ces biens? Une stérile et dangereuse charité, propre à entretenir l'oisiveté. La Nation, au contraire, établira dans la maison de prière et de repos des ateliers utiles à l'Etat où l'infortune trouvera la subsistance avec le travail. » Et allant jusqu'au bout de cette idée, Barère s'écriait, dans un rapport à la Convention, le 22 floréal an II : « Plus d'aumônes î plus d'hôpitaux î »
Qu'il y ait eu des abus dans la charité telle que le clergé l'a pratiquée, que parfois elle ait été faite sans discernement, que les distributions journalières d'aumônes aient pu alimenter la paresse, c'est certain. Les « pauvres de métier », comptant sur l'aumône plutôt que sur leur travail, ont existé de tout temps et si l'Eglise de l'Ancien Régime les a entretenus par des largesses, parfois distribuées au hasard, les secours officiels de nos bureaux de bienfaisance ne font-ils pas de même de nos jours? et faudrait-il les supprimer parce que l'on peut signaler des abus inhérents à leur fonctionnement ?
HISTOIRE PARTIALE, HISTOIRE VRAIE. — III. St
XiS HISTOIRE PARTIALE, HISTOIRE VRAIE
Là d'aillenrs n'est pas la question. Ce qu'il s'agit de savoir c'est si l'Eglise a limité à l'aumône et à l'entretien des hôpitaux son amour de l'humanité et s'il a fallu attendre le scepticisme du xviii^siècle, le matérialisme et le positivisme du xix® pour voir s'épanouir les œuvres sociales. Or, si l'on interroge non les passions et les réquisitoires, mais les textes et les documents, on constate que, de tout temps, le catholicisme, par ses doctrines et ses initiatives, a été le grand moteur dû progrès social et que la plupart des réformes, que nous croyons nouvelles et originales, ont été imaginées et réalisées par l'Eglise, dès les temps les plus reculés du Moyen-Age et pendant les siècles de l'Ancien Régime.
On célèbre, de nos jours, l'émancipation des travailleurs et on en fait parfois honneur aux doctrines sociales ; mais quelle émancipation pourra jamais se comparer à celle qui a fait passer à la liberté les millions d'esclaves qui, dans le monde antique, étaient la propriété d'une infime minorité d'hommes libres et de citoyens?... Emancipation d'une importance incommensurable non seulement parce qu'elle a profité à des millions d'êtres humains, mais aussi parce qu'elle a relevé, d'une manière éclatante, leur condition, leur assurant non seulement des augmentations de salaires, une meilleure disposition de leur temps et une plus large participation au fruit de leur travail, mais encore une religion — les esclaves antiques n'en ayant pas — une famille — les esclaves antiques n'en ayant pas — un foyer placé sous la sauvegarde de l'Eglise — les esclaves antiques n'en ayant pas, — l'inviolabilité de leur âme et de leur conscience, — les e slaves antiques appartenant à leurs maîtres par leur âme comme par leur corps. Or, nul ne le conteste sérieusement aujourd'hui, cette émancipation profonde qui constitue la plus large et la plus bienfaisante des réformes sociales qu'ait enregistrée l'histoire jusqu'à nos jours, a été déterminée parles doctrines évangéliques et l'action aussi persévérante que prudente
de l'Eglise, pendant les dix premiers siècles de son existence contre l'esclavage antique, et du xvi« au xix^ siècle contre l'esclavage noir.
On célèbre de nos jours le repos hebdomadaire, on a salué comme une loi bienfaisante la loi qui l'a rendu obligatoire et on s'élève avec raison contre les dérogations qui en limitent trop souvent les salutaires effets. Et l'on oublie que c'est l'Eglise qui a établi, avec l'observation et la sanctification du dimanche, le repos hebdomadaire, il y a plus de 18 siècles, qu'elle a multiplié, avec les dimanches, les jours de fêtes chômées afin d'augmenter les jours de repos d'autant plus que le travail était plus lourd les autres jours ; et l'on oublie encore que c'est l'affaiblissement de la foi qui, en détruisant le respect du dimanche, a abrogé le repos hebdomadaire, rendant nécessaire le rétablissement, par une loi récente, d'une réforme ancienne de quinze siècles.
On dénonce de nos jours les abus du capitalisme et on essaie de le combattre en mettant, par des caisses oflBcielles ou coopératives, le crédit à la portée des humbles. L'Eglise le faisait, il y a plus de 600 ans, lorsqu'elle dénonçait l'usure comme une faute religieuse et sociale et lorsque, pour la combattre, elle fondait, dans l'Italie du xv« siècle, les premiers Monts-de-Piété.
On vante de nos jours l'organisation syndicale; on y voit un moyen pour les patrons et les ouvriers de défendre leurs droits, d'organiser leur profession, de créer toutes les œuvres économiques qui peuvent améliorer le sort des travailleurs et de donner une solution aux conflits qui agitent si souvent le monde du travail. Sous l'influence du catholicisme, le Moyen-Age avait eu ces idées, sixcents ans avant nous, lorsqu'il avait organisé les corporations en les pénétrant de l'idéal moral et surnaturel qui pour le grand dommage de la société, manque de nos jours à tant de syndicats. Il n'est pas jusqu'à la « semaine anglaise », faisant commencer le samedi à midi le repos
dominical, qui n'ait existé au Moyen-Age, puisque, dans les siècles chrétiens, c'est au coup de cloche des premières vêpres du dimanche, c'est-à-dire le samedi à trois heures, que les ateliers se fermaient, et que ouvriers et apprentis prenaient leur congé hebdomadaire.
Ce sont des faits de ce genre bien connus de toute personne versée dans les questions sociales qui ont fait dire au socialiste anticlérical Lafargue, gendre de Karl Marx, que la condition matérielle et morale des ouvriers était meilleure au Moyen-Age que de nos jours. Il serait facile de les multiplier ; car c'est par milliers que nous les présente l'histoire sociale de l'Eglise à travers les âges. Nous nous limiterons aux siècles de l'Ancien Régime en y relevant les initiatives sociales qui furent lancées par le clergé séculier et le clergé régulier, les évêques, les curés et les religieux.
A quelque parti qu'ils appartiennent, tous les historiens admettent qu'au iv® et au v® siècle de notre ère, les évêques ont sauvé la société qu'attaquaient les barbares et que l'Empire romain ne pouvait plus défendre. Ils le firent en prenant eux-mêmes en main l'administration des grands intérêts matériels et moraux de leurs villes et de leurs provinces^. Il ne faudrait pas croire que ces deux siècles aient eu seuls la spécialité de ces évêques « pasteurs des peuples au temporel comme au spirituel ». Ces évêques, hommes d'Etat en même temps qu'hommes d'Eglise, veillant à tous les intérêts de la société, se sont trouvés de tout temps et le xviii^ siècle nous en présente de nombreux exemples.
C'était par exemple le dernier archevêque de Narbonne, Dillon. Président des Etats du Languedoc, il se fit l'initiateur de quantité d'entreprises qui devaient répandre la prospérité dans la province. « Son administration, écri-
I. Cf. Sur ce sujet notre chapitre sur l'Église mérovingienne { xv«5 <lu lomo 1).
vait, le 16 octobre 1780, Bachauraont, fera une époque mémorable dans les annales du Languedoc. Le dessèchement des marais, l'ouverture de plusieurs canaux qui procurent des débouchés à l'agriculture et au commerce et qui établiront une communication libre et sûre depuis Lyon jusqu'à Toulouse, la multiplication des haras, la liberté des manufactures, les progrès rapides de l'industrie et des arts y conserveront son nom à la reconnaissance des peuples dont il a augmenté le bonheur ^ » Il avait multiplié les travaux publics, routes, ponts, canaux, collèges, si bien qu'après la Révolution, en présence des travaux récents exécutés en Languedoc depuis un quart de siècle, ou ne manquait jamais de dire avec admiration : « C'est encore l'ouvrage de M. Dillon, archevêque de Narbonne ! ^ » Avant lui, M. de Villeneuve, évêque de Viviers, avait déployé la même activité aussi intelligente que bienfaisante^. « il s'était occupé du dessèchement des marais, du recreusement du pont de Cette envahi par les sables. Réparations à faire aux jetées du mole, au lazaret, améliorations au grau d'Agde et à celui de Narbonne, entretien des batteries, redoutes et signaux établis sur les côtes de la Méditerranée, achèvement des chemins de Carcassonne, chaussées de Sainl- Nazaire, au Pont-Saint-Esprit, réparations de celles du Rhône qui avaient été endommagées par les inondations, voilà quelques objets de la sollicitude de Villeneuve. Même souci du bien jublic chez les archeyèques d'Albi. Choiseul éteint prescjue complètement la mendicité dans ce diocèse et embellit sa ville épiscopale de promenades et de quais. Son successeur, le cardinal de Bernis, fait tracer tout un réseau de routes par l'assistance par le travail. Plein de sollicitude pour l'agriculture, il travaille à améliorer les procédés de culture, propage celles du