Cité par Sicard. Les Évêques avant la Révolution, p
conventuelle, mais même la fidélité à l'Eglise. Et cependant, ils n'avaient pas entièrement abandonné le rôle so. cial que leurs fondateurs et leurs prédécesseurs avaient joué, pour le plus grand bien de l'humanité, dans les siècles passés. Grâce aux Congrégations de Saint-Maur et de Saint-Vanne le nom de bénédictin était synonyme de savant; car, jusqu'à leur dispersion pendant la Révolution, les Bénédictins firent, grâce à leur travail personnel et à leurs richesses, de grandes publications qui n'ont pu être continuées, après eux, que par les Académies aidées des subsides de l'Etat. Les services qu'ils rendirent à la Science et en particulier à l'Histoire, au xvii® et xviii^ siècle, furent glorifiés à la Constituante par Grégoire.
L'instruction était assurée, pour toutes les classes de la société et pour tous les ordres d'enseignement, par les congrégations religieuses. En 1842, Villemain, ministre de l'Instruction publique, fit un rapport sur l'état comparé de l'enseignement secondaire à cette date et en 1789 et il arriva à cette conclusion qu'en 1789, un enfant sur 30 allait au collège, et en 1842, un enfant sur 35 seulement. Les statistiques établissent qu'avant la Révolution, la France possédait 900 collèges fréquentés par plus de 80.000 élèves dont 40.000 avaient des bourses entières ou partielles.
Aujourd'hui les collèges et les lycées sont entretenus par l'Etat et les villes ; leur personnel enseignant est rétribué par l'Etat. Sous l'Ancien Régime, prêtres et religieux prenaient à leur charge les collèges et leur personnel, se contentant des subsides que, volontairement ou par contrat, leur versaient les communes ; et ainsi, le service de l'enseignement secondaire était assuré par le clergé. L'abbé de Montesquiou, agent général du clergé et à ce titre administrateur de ses biens, estimait à 30 millions de rente les fondations existant, avant 1789, pour l'enseignement : or elles étaient presque toutes constituées par
des biens ecclésiastiques ^ Le personnel enseignant était presque entièrement formé et fourni par les congrégations. C'est ce que faisait remarquer à la Législative le député Torné dans la discussion sur la suppression des Ordres religieux, mesure dont il était d'ailleurs partisan. « Supprimons, disait-il ^, tout ce qui reste dans le royaume des corporations religieuses ; mais pensons que les principales des congrégations que nous allons dissoudre sont celles des éducateurs de la jeunesse française et que ce sont ici des disciples qui vont frapper un grand coup sur leurs anciens maîtres ^. Il faut sans doute faire sans balancer un tel sacrifice à la Constitution, mais que, pour l'honneur du corps législatif, il paraisse du moins faire en cela un sacrifice douloureux. Souvenons-nous que c'est là que nous avons appris à bégayer les langues, la littérature ancienne et moderne, les sciences et la religion de nos pères. »
Ainsi, tout en supprimant les Congrégations par fanatisme révolutionnaire, on ne pouvait pas s'empêcher de reconnaître les services considérables qu'elles avaient rendus jusqu'alors à la cause de la science et de l'instruction. « Les doctrinaires, disait Le Coz dans la séance du 6 avril 1792, sont une congrégation de la plus grande utilité pour la classe moins aisée. Dans beaucoup de cantons et même dans les villes, ce sont des sociétés (congrégations) qui donnent aux enfants les notions élémentaires. En les supprimant, vous ôtez à 000.000 enfants les moyens d'apprendre à lire et à écrire *. » « Votre Co-
1. SiCARD. Le clergé de France pendant la Révolution. L'effondrement, p. 557.