‹ Histoire partialeChapitre 171 sur 214 · CHAPITRE Xlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlll

fj'instructioii populaire avant la Résolution.

AuL\RD et Debidour. Cours moyen, p. lao.

Sous i Ancien Régime, on ne s'occupait pas sérieusement d'instruire le peuple. i\i le roi ni le clergé ne tenaient à ce que le peuple fût instruit; il craignait qu'une fois instruit, il fût moins obéissant el moins crédule.

Il y avait des écoles qu'on appelait petites écoles. Dans quelques régions, elles étaient nombreuses ; dans d'autres, elles manquaient entièrement. Les instituteurs qu'on appelait maîtres d'école étaient sous la dépendance du clergé. On les payait mal; souvent, on ne les payait pas ; on les choisissait ignorants et ils n'enseignaient guère qu'à épeler le catéchisme.... Presque personne, surtout dans les campagnes, ne savait lire ou écrire. Il n'y avait que les bourgeois et les nobles, c'est-à-dire les riches, qui pussent acquérir de l'instruction. La grande majorité du peuple français était maintenue dans l'ignorance. »

Devinât. Cours moyen, p. ii3.

Faitrhisloircimapinaired'un enfantdu peuple au XVIII* siècle, qu'il appelle Jacques Louvrier et il dit : « A huit ans, Jacques alla en classe, dans une école sombre, petite, triste, où le maître très sévère battait souvent ses élèves. Mais Jacques, intelligent, finit par savoir lire, écrire et compter. Il était instruit, disait-on, et c'était vrai pour ce temps-là où le peuple était ignorant.

P. 205 : yos rois d'autrefois laissaient volontiers le peuple dans l'ignorance ; la Révolution voulut l'éclairer.

Gauthier et Deschamps. Cours élémentaire, p. 55.

Lecture intitulée : Les écoles au temps jadis ! On y lit à côté d'une gravure ; « Après Charlemagne, personne ne s'occupa plus d'instruire les enfants du peuple. Pourtant, à partir de Henri IV, les écoles s'ouvrirent dans les villes et dans quelques villages où

les fils du peuple furent admis. — Qu'apprenaii-on dans ces

écoles? On y apprenait à lire non pas dans des livres égayés

de jolies gravures, mais dans des livres laids dont le texte était incompréhensible aux élèves.... C'était un texte latin.... On y apprenait l'écriture ; mais à peine si les petits enfants du peuple savaient signer leur nom. On y apprenait aussi le calcul, mais en comptant sur ses doigts. De l'histoirCj de la géographiôj du dessin, il n'était pas question. Des recteurs d'école du temps jadis à vos instituteurs si instruits, si justes, si patients, il y a loin, petits Français l

Les recteurs d'écoles étaient presque tous des ouvriers : tailleurs, cordonniers, sonneurs, etc. (car il leur fallait gagner leur pain, l'Etat ne les payait pas). Tout en travaillant, ils gardaient les élèves et ils essayaient à coups de verges de faire apprendre aux pauvres petits les éléments de la lecture et de Vécriture. GuioT et Mane. Cours préparatoire, p. g^.

Image représentant une école dans un taudis, avec des enfants dépenaillés, les pieds nus, l'un d'eux jouant avec une poule et au-dessous: « Qu'apprennent ces petits enfants dans leurs laides écoles? Rien ou presque rien. Sous les rois, un fils de paysan, privé d'instruction, reste toujours paysan.

Mes amis, bénissez la République I Donnant sérieusement Vinstruction dans de superbes écoles, elle permet aux fils des paysans de rendre leur condition meilleure.

Avant i789j Vécole du village est une pauvre chaumière. L'instituteur est un paysan ignorant.

La lecture, l'écriture, un peu de calcul sont tout l'enseignement donné aux élèves.

Aussi, l'ignorance esl générale, avant la Révolution. Les rois n'ont rien fait pour instruire les enfants du peuple.

Cours moyen, pp. i53-i56.

38e leçon intitulée : Jacques Bonhomme instituteur, CEcole de village sous l'Ancien Régime.

RÉSUMÉ : lo L'instituteur, avant 1789, esl peu instruit ; il est si peu payé qu'il est obligé d'exercer d'autres fonctions.

3° La maison d'école est une chaumière en ruines, la salle de classe est triste.

3» La lecture, l'écriture, un peu de calcul sont tout l'enseignement donné aux élèves.

4** Aussi l'ignorance esl générale. — La monarchie absolue n'a

l'instruction populaire avant la révolution 357

rien fait pour V inslruclion des enfants du peuple. (Suit tout un développement dépure imagination sur la vie que mène Jacques Bonhomme, instituteursymbolique, sur sa maison d'école, sur son enseignement.) « Avec des écoles si rudimenlaires et si malinstallées, l'ignorance^ avant 1 7 89 j est générale dans les campagnes et même dans les villes. L'ouvrier est privé des plus simples notions de la science si utiles pour l'exercice d'un métier. L'agriculteur est mué à la routine, faute de ces connaissances si précieuses acquises aujourd'hui dans nos écoles. Nul n'a l'anibition d'apprendre et de savoir. Bien peu de Français savent lire et écrire. Dans le Bourbonnais, il n'y pas 19 personnes sur iOO qui, le jour de leur mariage, puissent signer leur nom. Dans l'Auvergne, dans le Limousin, dans la Marche, on ne trouve pas une école par 20 villages.

L'instruction des Jïlles du peuple est plus négligée que celle des garçons. Les registres des paroisses portent partout en guise de Signature une infinité de croix.

GoNCLUSiox. — Un pouvoir absolu se défie toujours d'un peuple qui, ayant reçu les bienfaits de l'instruction, peut juger l'arbitraire de ses actes.

Cours supérieur, p. 1G9-170.

Développement analogue. « Bien ne pique la curiosité des gens de campagne. Dans un grand nombre de cantons, les paysans ignorent quel est le nom de leur roi. Ils sont partout routiniers et arriérés; ils croient aux sorciers, aux charlatans, aux diseurs de bonne aventure.

L'Ancien Régime a été coupable envers le peuple qu'il a volontairement laissé dans l'ignorance.

Ror.r.H et Despiques. Cours moyeu, p. i3i.

Les ouvriers ou les paysans qui, par leur travail, faisaient vivre le pays, y étaient méprisés et tenus pour rien. Ils étaient ignorants, incapables de déjendre leurs droits... Les écoles populaires étaient rares, surtout à la campagne. Et quelles écoles! Fondées par des personnes [jieuses, arec de trop modestes revenus, elles étaient établies dans des salles sombres, humides, sans meubles, sans cartes, à peine pourvues de quelques abécédaires. On y apprenait à lire, à écrire, à compter... L'instruction du peuple était très négligée.

De même, Cours supérieur, p. 3i^.

SOMMAIRE. — Les écoles sous l'Ancien Régime dans les différentes provinces de France. — Flandre. — Artois et Picardie. — Ile de France. — Orléanais. — Champagne.

— Lorraine. — Franche-Comté. — Bourgogne. — Sénonais.

— Nivernais et Bourbonnais. — Lyonnais et Forez. — L'œuvre de Démia. — Dauphiné. — Provence. — Comtat Venaissin. — Comté de Nice. — Languedoc. — Les régentes d'Alet. — Les Béates. — Comté de Foix. — Gascogne et Béarn. — Guyenne. — Aunis, Saintonge, Angoumois. — Poitou. — Limousin. — Auvergne et Bourbonnais. — Berry. — Touralne, Anjou, Maine. — Bretagne. — Normandie. — Paris. — Les petites écoles. — Les écoles paroissiales.

« L'Ancien Régime a été une longue période de ténèbres pendant laquelle la royauté, l'Eglise et la noblesse se sont concertées pour tenir le peuple dans la plus complète ignorance, afin de l'avoir sous leur étroite dépendance. La Révolution, au contraire, a répandu des flots de lumière et multiplié les écoles afin de libérer les hommes de toutes les servitudes matérielles et intellectuelles, en les instruisant. » Ainsi peut se formuler l'un des dogmes fondamentaux de la religion révolutionnaire ; promulgué par les pontifes de la Révolution, tels que Michelet, il a passé dans les manuels scolaires et dans les journaux ; et aujourd'hui, des milliers d'instituteurs l'enseignent comme une vérité indiscutable, à la jeunesse de France. Ils ne se doutent pas que, sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, la légende révolutionnaire s'évanouit devant les constatations de la science historique. Les nombreux érudits qui, dans toutes les régions de la France, ont interrogé les archives locales, sont unanimes à proclamer qu'avant 1789, et en général pendant les deux siècles qui ont précédé la Révolution, les écoles populaires ont été multipliées dans les villes et les campagnes dispensant l'instruction aux ouvriers et aux paysans, le plus souvent

l/iNSTRUCTION POPULAIRE AVANT LA RÉVOLUTION 359

gratuitement. C'est ce que nous allons'voir en parcourant une à une les provinces de l'ancienne France.

Flandre. — Le premier préfet du Nord, Dieudonné, dressa, en 1804, une statistique de son département ; il y constata qu'avant 1789, « de petites écoles destinées à répandre les connaissances nécessaires à toutes les classes de la société, étaient répandues partout^. » Et cette afiBrmation générale est prouvée par les érudits qui ont étudié les écoles des villes, des bourgades et des plus petites localités flamandes et wallonnes avant la Révolution. « En 1789, écrit M. Lennel dans sa thèse de doctorat sur l'Instruction primaire dans le département du Nord avant ta liévolution (1789-1802), on comptait à Lille 12 écoles gratuites dont 9 pour les garçons et 3 pour les filles, plus 6 orphelinats 2. A Valenciennes, outre les écoles dominicales qui, malgré leur titre, étaient devenues, comme partout ailleurs, des écoles journalières, il y avait plusieurs écoles de filles : ancienne maison des Bons-Enfants, Ursulines, Dames de Beaumont, école de l'Hôpital-Général. Dunkerque entretenait depuis longtemps une « pauvre école » et le xviii^ siècle y vit fonder plusieurs établissements analogues. Cambrai avait été doté par l'archevêque Van der Burch d'une grande école dominicale et delà maison de Sainte-Agnès ; l'ancienne fondation Standon datait du début du xv® siècle et l'école de Querenaing de 1684.

Les petites villes n'étaient pas moins bien pourvues. On trouve, dans presque toutes, des écoles dominicales fArmentières, Roubaix, Bailleul, Estaires, Merville, Steeuworde, Orchies, Maubeuge, Bavai). L'enseignement élémentaire des filles était presque partout, dans ces mêmes

Page 1