‹ Histoire partialeChapitre 180 sur 214 · Série C, no 3iA · texte numérisé non relu

Série C, no 3iA

l/iNSTUUCTION POPULAIRE AVANT LA RÉVOLUTION 369

sait tous ses efforts pour séparer les sexes et établir des écoles réservées aux filles. C'est l'objet que poursuivirent, dès le XVII® siècle, saint Pierre Fourier, curé de Mataincourt, lorsqu'il créa, pour l'instruction gratuite des filles, la Congrégation des Filles de Notre-Dame ; en 1760, l'abbé Vatelot, chanoine de Toul, avec sa fondation des Sœurs de la Doctrine chrétienne ; enfin l'abbé Moye de Catting, fondateur de la Congrégation des Sœurs de la Providence. En attendant le jour où chaque sexe aurait ses écoles, le Conseil d'Etat de Lorraine ordonnait, le 6 juin 1765, de séparer, dans les écoles, les filles des garçons. La gratuité de l'enseignement était assurée aux pauvres dont le curé devait dresser la liste. Enfin, certains subdélégués allaient jusqu'à réclamer, dès 1770, l'obligation; à Vittel, les parents qui négligeaient d'envoyer leurs enfants en classe étaient admonestés dans les assemblées publiques, • lors des plaids annaux^ »

M. Maggiolo a extrait des Archives de Lorraine un grand nombre de documents concernant l'instruction primaire avant la Révolution et il les a résumés ou publiés dans son Fouillé scolaire ou inventaire des écoles dans les paroisses et annexes de l'ancien diocèse de Metz (Nancy, 1882, in-8), de l'ancien diocèse de Toul (Nancy, 1880) et dans ses études sur la condition de rinstritction primaire et du maître d'école en Lorraine avant 1789 (Paris, 1868) et sur l'Instruction publique dans le district de Lunéiille, 1789-180-2 (Nancy, 1876. in-8); enfin dans ses Pièces détachées et documents inédits pour servir à l'histoire de l'Instruction publique en Lorraine (Nancy, 1875, in. 8.) Ces documents établissent que, dans le diocèse de Toul, 758 paroisses et 278 annexe?, dont plusieurs sont des hameaux, avec une population n'atteignant pas le plus souvent 100 habitants, avaient, au moment de la Révolution, 9il6 écoles- », (jue « dans le diocèse de Verdun,

I. Buisso.N, o/'. cit., art. Lorraine, article de .M. Sclunidt.

u. Poaillc de ioul, p. io8.

UISIUIHC FAKTIALE, UISTUIHE VHAIC. — Ul. 14

pour 284 paroisses et annexes, il existait, en 1790, i266 écoles, et qu'à la même date, les 99 communes du district de Lunéville possédaient 119 écoles fréquentées par 5.276 enfants^. » Il ne manquait pas des esprits chagrins pour déplorer cette multiplication des écoles, à laquelle on attribuait, déjà avant la Révolution, la désertion des campagnes. « Si l'on se plaint que les campagnes manquent de bras, écrivait-on, en 1779, à l'intendant de Nancy, que le nombre des artisans diminue, que la classe des vagabonds augmente, c'est que nos bourgs et nos villages fourmillent d'une multitude d'écoles. Il n'y a pas de hameau qui n'ait son grammairien '^. »

Franche-Comté. — Le conventionnel Grégoire fut renseigné par trois correspondants comtois sur l'état de l'instruction populaire en Franche-Comté. L'un deux, Rochejean (plus tard vicaire épiscopal de Blois), lui écrivait : « Je suis porté à croire qu'il y a un maître ou une maîtresse d'école dans chaque paroisse de la ci-devant Franche-Comté et que le plus grand nombre de villageois y sait lire^, » Un second correspondant, le maire de Saint- Claude, était aussi affirmatif : « 11 y a des écoles dans tous les chefs-lieux de paroisses... Quelques-uns de ces maîtres d'école passent pour fort habiles. » Enfin, le troisièms, l'avocat Joly, faisait la même constatation : « Chaque paroisse a son maître d'école qui habite au chetlieu. Quelques cantons qui en sont éloignés s'en donnent un, avec l'approbation de l'ordinaire. » Dans la statistique du département qu'il rédigea, en 1804, le préfet du Doubs, Jean de Bry, signalait les écoles gratuites tenues, avant la Révolution, par les religieuses et disparues avec elles.

I. L'Iustruclion publique dans le district de Lunéville, pp. 6-7, cité par Allain. U Instruction primaire en France avant la Révolution, p. 71.

a. Maggiolo. De la condition de l'instruction primaire, p. 5i4.

Page 1