I. Ibid., p. XXXIX
a. Op. cil., p. XLVI.
3. Allaih. L'Instruction primaire en France avant la RévoliUiony P- 99-
l'instruction i»opulaire]^avant la révolution 399
Cette diËfusion de rinstruction primaire était dénoncée comme un mal en Guyenne comme en Provence par les représentants les plus autorisés de la philosophie voltairienne. Ils y voyaient la cause principale du déclassement des paysans et des ouvriers et de la désertion des campagnes. Dans un discours prononcé, le l^'' septembre 1770, dans l'assemblée des Cent-Trente, en présence du mare chai de Richelieu, gouverneur de la Guyenne, Tranchère, procureur-syndic de Bordeaux, formulait les mêmes plaintes que Bouche, avocat au Parlement d'Aix : * Que voyons-nous journellement sous nos yeux? disaitil en parlant des écoles gratuites des Frères des Écoles chrétiennes. Les fils d'artisans et d'ouvriers de tous genres, d'artistes habiles qu'ils eussent pu être et auraient été dans la profession de leur père, devenir onéreux à l'État par leur mendicité ou se rendre victimes des lois, par leur dérèglement. Ce déplacement continuel de la classe des ouvriers, pour qui leur origine semblait être la loi naturelle de leur permanence, s'augmentant aujourd'hui plus que jamais, est l'effet de l'ambition ou le fruit du dégoût puisé naturellement dans l'instruction de la lecture et de l'écriture des écoles publiques... Tel est donc l'enchaînement des effets funestes des écoles gratuites *.
L'Agenais et les autres pays qui ont formé le déparlement du Lot-et-Garonne, n'avaient rien à envier au Bordelais. En 1758, le subdélégué de Nérac écrivait à M. de Tourny fils, intendant de Bordeaux : « 11 y a, dans tous les lieux, des régents pour les garçons ; mais il n'y en a point où il y ait des régentes pour les filles. » « Dans presque toutes les juridictions de cette subdélégation, disait de son côté le subdélégué de Montflanquin, il y a des maîtres d'écoles pour enseigner à lire et à écrire aux enfants de l'un et l'autre sexe -. » M. Allain fait de plus
t. Archives municipales de Bordeaux, GG 381, cité par Allain, op. cit.j pp. 170-171.
■j . Allai."*, L'inslruction jjrimaire en France avant la liévoluUon, p. 96.
remarquer que, de 1758 à 1789, les écoles se multiplièrent dans l'Ageuais, comme le prouve la correspondance des subdélégués avec les intendants pendant cette période. La région de la Dordogne semble au contraire avoir été moins favorisée à ce sujet.
Aunis, Saintonge, Angoumois. — Les évêques de La Rochelle et de Saintes donnèrent une attention toute particulière à l'instruction populaire. Etienne de Champflour, évêque de La Rochelle, dans ses statuts synodaux de 1710, réédités par son successeur Emmanuel de Crussol d'Uzès en 1780, ordonnait à ses curés « de prendre toutes les voies que la charité leur pourra inspirer pour établir dans leurs paroisses de petites écoles et avoir des maîtres et des maîtresses d'une piété et d'une capacité reconnues^ ». Les évêques de Saintes ne s'exprimaient pas autrement dans leurs ordonnances. Les uns et les autres inspectaient l'enseignement, au cours de leurs visites pastorales, s'assurant si les paroisses avaient des écoles bien tenues et si les parents y envoyaient régulièrement leurs enfants. Parfois même, ils fondaient des écoles dans leurs tournées ; c'est ce que fit l'évêque de La Rochelle à Sainte- Urienne, le 14 septembre 1700, et son successeur Etienne de Brancas, à Vihiers, le 20 septembre 1723 2. Le gouvernement royal appuyait ces efforts de l'Eglise : ses intendants subventionnaient les écoles ou les faisaient subventionner par les communes. Un état dressé en 1784 par Le Rochefoucauld, évêque de Saintes, en signale dans son diocèse une soixantaine. Mais elles étaient encore une exception. La plupart des écoles étaient ou « fondées » par des testaments ou entretenues par des générosités particulières et des subventions des fabriques.
I . Ordonnances et règlements synodaux du diocèse de la Rochelle. pp. 1C1-166.
a . AuDiAT. L'Instruction primaire en Saintonge et Aunis avant 1 789 p. loS,
l'instruction populaire avant la révolution 401
M. Audiat estime qu'en Charente-Inférieure, il y avait, en 1873, moins cV écoles qu'en 1789 ^ Plus négligée que celle des garçons, l'instruction des filles dut, en Aunis et en Saintonge, ses progrès aux Congrégations enseignantes qui s'y fondèrent ou y furent appelées des diocèses étrangers ; les Ursulines, les Sœurs de Saint-Joseph de Bordeaux, les Forestières établies à La Rochelle en 1715, les Sœurs de la Sagesse de Poitiers. Nous sommes beaucoup moins bien renseignés sur l'instruction primaire en Angoumois ; il semble qu'elle y ait été moins répandue que dans l'Aunis et la Saintonge*.
Poitou. — Les panégyristes de la Révolution nous représentent les Vendéens comme des paysans ignorants et fanatiques ; à les entendre, c'est à l'absence d'écoles que Ton dut l'attachement des Vendéens à leur foi. Les études de M. Baraud ont, au contraire, prouvé que le Bas-Poitou a eu, avant 1789, de nombreuses écoles. Au commencement du XIX* siècle, le préfet de la Vendée le constatait dans un rapport officiel. « Il existait, il y a dix ans, écrivait-il vers 1800, des petites écoles dans tous nos villages. » Malgré les lacunes des archives municipales et départementales, M. Baraud a retrouvé les traces documentaires des deux tiers de ces écoles et il en a publié la liste. En la commentant, il fait remarquer « que lorsqu'on rencontre des écoles en des localités peu considérables, telles que le sont Liez, Saint-Aubin-la-Plaine, Saint-Elienne-de-Brillouet et autres, et même en de simples hameaux comme au village de Nizeau (en 1780), d'Ecoué-en-Montreuil (en 1766), de la Mercerie (1766), il n'est pas permis de douter, sans que l'histoire en puisse fournir des preuves positives, qu'il n'y ait eu des écoles en d'autres localités plus im-
1. Cité par Allai?», op. cit., p. io3. La seule ville de la Rochelle avait, en 1689, 87 écoles, 17 de filles et 30 de garçons, donnant Tinstruction à Sqo tilles et 653 garçons. (Audlit p. 78.)
3. Art. Charente dans le Dictionnaire de pédagogie de BuisBO^f.
portantes ^. » La gratuité existait dans plusieurs d'entre elles. En fondant par testament l'école de la Bernadière, en 1728, Jacquette Clenet stipulait qu' « on y recevrait pour rien tous les enfants pauvres * ». A Luçon, vers 1720, un instituteur primaire donnait gratuitement des leçons de lecture, d'écriture et de calcul ; dans cette même ville, était fondé un pensionnat de jeunes filles, le Petit-Saint- Cyr, auquel était annexée une école gratuite de filles. Vers 1770, Sébastien d'Assailly fondait, à Vouillé-les-Marais, une communauté de religieuses de la Providence pour y instruire les enfants pauvres^. M. Baraud signale en Vendée, la création, au cours du xvii® et du xviii^ siècle, d'un certain nombre d'écoles de filles, dirigées par des Congrégations religieuses, et d'autres écoles qui avaient des pensionnats.
Les anciennes écoles du département des Deux-Sèvres ont été étudiées récemment par M. Dauthuile, inspecteur d'Académie de Niort, dans son livre sur L'Ecole primaire dans les Deux-Sèvres depuis ses origines jusqu'à nos jours. Dès la première page de son étude, l'auteur fait remarquer que ses recherches ont été rendues difficiles par la destruction d'un grand nombre d'archives, pendant les guerres civiles de la Révolution. Ce qu'il a pu trouver nous prouve cependant l'existence, avant 1789, d'écoles à Ardilleux (dès 1652), Bressuire, Champdeniers, La Chapelle-Saint-Laurent, Châtillon-sur-Sèvre, Chef-Boutonne, Chenay, Cherveux, Chey, Chiche, Chizé, Clessé, Couliers, Exoudun, Fressines, Frontenay-Rohan-Rohan, Lezay, Mauze, Melle, Menigoute, La Mothe-Saint-Héraye. Dans cette dernière commune, il y avait des maîtres jusque dans les humeaux tels que La Villedieu, La Villedé. « 11 résulte d'un grand nombre d'actes, écrit M. Dauthuile, que
1 . Baraud. L'Instruction primaire en Bas- Poitou avant la Révolution. (Extrait de la Revue du Bas- Poitou (içjio), p. 36