Op. cit., p
détails fort intéressants sur la diffusion de l'instruction primaire et la multiplication des petites écoles au xvii® et au xviii^ siècle ; ils ont été consciencieusement dépouillés par M. Jaloustre, dans son étude sur les anciennes écoles de l'Auvergne'^. Ils donnent des notices sur 150 écoles environ ; nous y relevons les particularités suivantes : à Aigueperse, en 1785, les garçons avaient le choix entre le collège et une école libre où les élèves étaient reçus à « vil prix » ; à Allagnat, le curé enseignait ; à AUanche, chaque sexe avait son école particulière; à Ambert, l'instruction était donnée aux garçons par les prêtres de Saint-Jean — « secours extrêmement précieux pour le pays, disaient, en 1720, les consuls » — et aux filles par les Ursulines; à Apchon-Saint-Hippolyte, Arfeuilles, se trouvaient, malgré les défenses des évêques, des écoles mixtes tenues par les instituteurs. Ariane était mieux pourvu: une visite de 1777 nous dit en effet : « Il y a quelques particuliers qui ont soin d'y instruire la jeunesse. MM. les communalistes se prêtent volontiers à ces fonctions. Tout se fait selon les règles. Les Sœurs de Saint- Joseph et les Ursulines sont chargées d'instruire les jeunes filles ; elles s'acquittent de ces fonctions avec toute l'exactitude possible. » £n 1734, le chapitre d'Artaunes avait l'une de ses prébendes affectée à l'entretien d'un pédagogue; en 1769, un tiers de cette prébende fut distrait en faveur des Sœurs de Charité qui instruisaient les filles; de plus, le chapitre entretenait 4 enfants de chœur qui, après sept ans de service à l'église, étaient envoyés, pendant sept ans, aux frais des chanoines, dans une université ou un collège. A Aubière, la visite signale les religieuses de Nevers « chargées de l'éducation des enfants et du
1 . Publiée dans les Mémoires de l'Académie des Sciences, Belteslettres et Arts de Clermont-Ferrand. i88i. Ces procès-verbaux des visites épiscopales étaient conservés, en i88i,dans la Bibliothèque tiu Grand Séminaire de Montferrand et aux Archives du Puy-de- Dôme (fonds de l'Évôché).
L'iNSTRUCTIOiN POPULAIRE AVANT LA «ÉVOLUTION 407
soin des pauvres, et une maîtresse laïque pour les filles.
A Aurillac, les frères de Saint- Jean-Baptiste de la Salle ouvraient une école gratuite en 1778; Besse était pourvu, à partir de 1731, de trois régents, « prêtres communalistes, qui enseignent le latin et apprennent à lire, écrire et compter et même à lire les papiers », et de plusieurs régentes. Sœurs de Saint-Joseph (à partir de 1741), Claude Croiziers, prêtre, principal de collège à Paris, fonda à Brughat, en Bourbonnais, une école ou collège pour les enfants pauvres de celte commune (17 février 1620); ce collège existait en 1780.
A Clermont, la paroisse Saint-Genès avait, dès 1692, une école gratuite de garçons et, au xviii® siècle, une « école de travail pour les pauvres filles » ; le bureau de bienfaisance devait refuser tout secours aux parents qui négligeaient d'y envoyer leurs enfants; la paroisse de Notre-Dame du Port avait une école gratuite de filles; de plus, la ville possédait un grand nombre de maîtres libres, plusieurs pensions et des cours publics.
A Gaunat, on signale des pédagogues dès 1411; il y avait un collège au xviii® siècle; l'instruction était donnée aux filles, depuis 1649, par les Sœurs de Notre-Dame. De passage à Gerzat, le 11 septembre 1785, l'évêque de Clermont constatait « qu'il y avait un maître d'école fondé, lequel remplissait fort bien ses fonctions ; des Sœurs de Charité instruisaient aussi fort bien la jeunesse. » Une visite de 170-3 signale à Issoire trois écoles pour les garçons et deux maîtresses faisant la classe aux petites filles, sans compter les Sœurs de Notre-Dame qui avaient des élèves internes et externes; en 1760, l'un des régents enseignait le latin. Une prébende du chapitre de Lezoux était consacrée à l'entretien d'un écolûtre laïque; d'autre part, les Auguslins déchaussés avaient ouvert, avant 1750, une école publique « où ils recevaient les enfants et leur apprenaient à lire et à écrire et même le latin » ; enfin, en 1763, on y signalait une troisième école de garçons. Les
filles étaient instruites par les Bénédictines et par une maîtresse laïque. Le village de Luzy ne comptait, en 1698, que 300 habitants; il n'en avait pas moins une fondation importante pour la rétribution d'un pédagogue.
Manzat possédait, en 1728, deux maîtres d'écoles et deux institutrices. Sœurs de Saint-Joseph; Maringues, en ilOi, un régent et un couvent d'Ursulines comptant 28 religieuses. « Ces dames, écrivait le subdélégué à l'intendant, sont très occupées à l'instruction gratuite de la jeunesse. » La visite de 1785 y mentionne, avec les Ursulines, « trois maîtres d'écoles dont l'un enseignait le latin. » En 1718, les consuls de Montferrand établissaient une école de garçons dans leur commune, « avec telle quantité d'ecclésiastiques ou autres maîtres qu'il sera jugé à propos pour l'instruction des enfants. » Une délibération analogue du Corps municipal de Murât fixait les émoluments du « précepteur des écoles publiques et de son adjoint, servant de maître à écrire dans les mêmes écoles. » Dès la fin du xvii® siècle, les filles étaient instruites gratuitement par trois Sœurs de Nevers et par des religieuses de Sainte-Catherine de Sienne. Le 16 novembre 1710, Jean Pélissier, curé de Sainte-Martine de Pont-du-Chateau, donnait au bureau de Charité de cette commune 3000 livres, « pour aider à l'entretien d'un maître et d'une maîtresse d'école. A Pongibaud, dit un document du 15 septembre 1783, « il y a une fondation pour l'entretien d'un maître et d'une maîtresse d'école, laquelle fondation consiste en une somme de 4000 livres, produisant 200 livres. » A Riom, la ville entretenait un maître et les Sœurs de Nevers avaient une école gratuite ; à Saint-Allyre-ès-Montagnes, en 1729, « il y avait un maître et une maîtresse sufiisamment instruits »; à Saint-Amant-Ïallande, plusieurs maîtres d'écoles pour les garçons et les Clarisses pour l'éducation des filles. Saint- Cirgues avait, en 1703, un maître pour les garçons et en
l,'l.Vr;TRUCT10X POPULAIRE AVANT LA lltVOLUTION 409
1742, « Madame de Ruppelmonde, dame du lieu, donua 800 livres de rente annuelle pour l'entretien de trois Sœurs de Nevers, chargées de diriger, à Saint-Cirgues, une école gratuite pour les filles. »
Les visites signalent, à Saint-Pourçain, dès la fin du XVII® siècle, des maîtres et des maîtresses d'école; de plus, en 1710, les Sœurs de Nevers annexèrent une école à l'hôpital qu'elles y dirigeaient. A Saint-Saturnin-la- Cheyre, deux prêtres coramunalistes et les Sœurs de la Charité enseignaient les enfants des deux sexes. Salers possédait une école tenue par les missionnaires où un certain noml)re d'enfants étaient reçus gratuitement et une école des Sœurs de Notre-Dame « qui faisaient vœu de pauvreté, de chasteté, de clôture et d'enseigner gratuitement les enfants. » Thiers avait plusieurs pédagogues et des classes d'Ursulines. Le chapitre de Vertaizon entretenaient une maîtrise; au cours d'une de ses visites, Massillon, évèque de Clermont, y trouvait « une femme et une fille qui, par charité et par zèle, enseignent gratis chacune une vingtaine de filles. » A Vichy, le 25 septembre 1745, plusieurs maîtres d'écoles instruisaient les garçons et plusieurs maîtresses les filles; à Vic-le-Comte, en 1726, t des prêtres enseignent les petits garçons; les filles sont instruites par quatre ou cinq femmes de la paroisse ; » à V^ivirols, en 1722, les filles avaient le choix entre les Sœurs de Saint-Joseph et les Ursulines, tandis que « quelques particuliers de la ville apprenaient à lire et à écrire aux garçons^. »
Ces nombreux faits suffisent à nous montrer combien était injuste l'appréciation des Amis de la Constitution de Maringues écrivant, en 1790, à Grégoire que de vingt villages d'Auvergne, un seul possédait un maître. Il est plus juste de dire avec M. Jaloustre : « Sans doute, chaque
I . Nous avons emprunté tous ces détails ài'étudc de M. Jaloustre publiée dans les Mémoires de l'Académie de Clermont de i88i, pp 476-540.
hameau n'avait pas encore son école; mais toute agglomération importante en possédait une'^. »
Berry, — Les archevêques de Bourges ont veillé, sous l'Ancien Régime, aux progrès de l'instruction populaire. Dès 1584, le concile provincial de Bourges réunissant, autour de leur métropolitain, les évêques de Clermont, Limoges, Le Puy et Tulle, prescrivait l'établissement d'écoles distinctes pour les filles et recommandait de les confier « à des femmes approuvées qui leur apprendraient à lire et les formeraient à la vie chrétienne ». Ces recommandations se renouvellent régulièrement, au xvii® siècle et au xviii^, dans les ordonnances archiépiscopales. En 1666, le Rituel de Bourges donnait au clergé cet ordre formel de l'archevêque : « C'est un commandement et un avis du Saint-Esprit donné en la personne du sage à tous ceux qui ont des enfants de les former. Or le véritable moyen de les bien dresser c'est de les envoyer aux écoles. C'est pourquoi nous ordonnons à tous les curés d'avoir de petites écoles dans leurs paroisses. Et parce que le mélange des filles et des garçons a toujours été fort préjudiciable et défendu dans les écoles, nous voulons et ordonnons que, dans chaque paroisse, il y ait deux écoles, l'une pour les garçons et l'autre pour les filles. » Cet ordre ne devint jamais entièrement une réalité, et en 1789, les deux écoles exigées par l'archevêque, en 1666, ne se trouvaient pas dans toutes les paroisses. Cependant, des efforts persévérants avaient été faits pour réaliser ce programme. C'est ce que constate M. le recteur Fayet dans un article du Dictionnaire de pédagogie de M. Buisson. « Dans la seconde moitié du xviii® siècle, dit-il, on trouve, à propos de nominations ou de traitements, la preuve de l'existence de maîtres et maîtresses d'écoles non seulement dans les grandes villes, comme Châteauroux, où M. Patureau a pu rétablir la liste et l'histoire des maîtres depuis