CHAPITRE III
La Révocation de l'Êdit de fautes.
Persécutions des protestants et responsabilités.
AuLARD et Debidour. Cours élémentaire, a* partie, p. 28 .
« Louis XIV fui intolérant. H révoqua l'Édit de Nantes (1685), persécuta les prolestants et envoya des dragons afin de les violenter pour qu'ils se fissent catholiques. »
Cours mojen, p. 109.
tt Par l'Edit de Nantes^ Henri IV avait accordé aux protestants la liberté d'exercer leur religion. Poussé par les Jésuites* Louis XIV révoqua 'cet édit, ôta aux protestants les garanties que Leur avait accordés son aïeul, démolit leurs temples et ordonna que leurs enfants fussent enlevés pour être élevés par des cathO' Uques. IL y eut une persécution atroce. Beaucoup de protestants furent envoyés aux galères. » lis appellent la Révocation a le coup d'État religieux » .
Lecture sur a les persécutions contre les protestants sous Louis XIV » où l'on insiste sur les dragonnades et les galères.
Image représentant des dragons tuant des enfants et maltraitant une femme.
Ga-lvet, Cours préparatoire, p. 68-69.
imago représentant les a violences exercées contre les protestants » (Meurtres de protestants par les soldats, au milieu d'un incendie).
a Louis XIV poussé par les catholiques, persécuta de nouveau les prolestants et les chassa de France. »
Lecture sur l'exil des protestants, les dragonnades etc. dans laquelle se tient le dialogue suivant : « — Alors, il faut partir... — Le roi le veut. — Et quel crime avons-nous commis? ne sommes-nous pas de braves yens ? Travaillons-nous moins que
LA RÉTOCATION DE l'ÉDIT DE NANTES 67
d'autres ? Refusons-nous notre part d'impôts'^ — Vnus êtes pro testants et Sa Majesté n'admet pus qu'on pense autrement quelle sur les choses de la religion. Notre Maître a pour devise : Un roi, une foi, une loiî »
Cours élémentaire, p. iia.
Récit sur la révocation de l'ÉJit de Nantes, parlant d'achats de conversions, des dragonnades, a Louis XIV aurait voulu que le catholicisme fût la seule religion du royaume... Il envoyait loger chez les principaux protestants des dragons ou a mission naires bottés », comme on disait, avec permission de faire tout ce qu'ils voudraient . n
Cours moyen, p. ii6.
« Louis, pour plaire au clergé, supprime toute liberté de conscience. C'est ainsi qu'après avoir voulu convertir de force les protestants au moyen des dragonnades, il révoque l'Éditde Nantes en i685. »
Image sur les dragonnades (p. 119) où des soldats tuent des hommes et des femmes.
Résumé (p. 119) « le clergé satisjait de voir supprimer la liberté de conscience.... »
Lecture sur l'intolérance (A peu près comme dans le cours élémentaire).
« Il est impossible non seulement de justifier mais même d'expliquer une pareille atteinte à la liberté de conscience, n
Cours supérieur, p. 112 et ii3.
A peu près comme dans le cours moyen.
Devinât. Cours élémentaire, p. iia.
« Louis XIV exijea que tous les protestants de son royaume se jissent catholiques. Les protestants ne voulurent pas. Le roi Jit enlever leurs enfants. Puis il fit loger chez eux ses dragons. Les dragons frappaient à coups de bâton les femmes et les vieillards et traînaient les pauvres gens à V église par les cheveux. »
Cours moyen, p. 89-90.
Quatre images sur la Révocation : i» des soldats enlevant ua enfant à sa mère ; ao des dragons faisant tirer une charrette à des paysans à coups de piques ; 3° Louis XIV signant la Révocation ; U^ des émigrés protestants s'embarquant. Sous chaque image se trouve une notice.
Gauthif.r et Desciiamps. Cours moyen, p. 73.
« U intolérance est toujours une sottise et une injustice. Ce
es HISTOIRE PARTIALE, HISTOIRE VRAIE
fut en 1683 que I^ouis XIV commet l'acte impolitique, injuste, le (i crime odieux » qui déshonora son gouvernement, la plus grande faute de son règne. »
Cours supérieur, p. laO.
a Les garçons de iU ans, les filles de 12 ans Jurent autorisés à embrasser la religion catholique sans la permission de leurs parents... On essaya de la corruption et les conversions se payèrent; mais tous ces moyens ayant échoué, le terrible Louvois pour faire plaisir à Louis A7V et à M'^^ de Maintenon (établit les missions bottées ou dragonnades) gui eurent la liberté defairetout cequ'elles voudraient pour forcer les conversions. Leurs excès furent odieux autant que leur maxime : Torture ou abjuration. »
Après avoir constaté l'approbation générale de l'époque, le manuel ajoute : « Home applaudissait, le pape Innocent XI écri. vait à Louis XIV pour le féliciter. »
GuioT et Mane. Cours élémentaire, p. 109, Cf. Cours préparatoire, p. 85.
tt L'orgueilleux Louis XIV, mal conseillé par Louvois, <i le mauvais génie, » commet une grande faute : il oblige les protestants de France à se faire catholiques. Alors commencent d'odieuses persécutions. Des dragons, soldats cruels et farouches, sont logés chez les protestants. Ils pillent la maison, dévorent les provisions, boivent le vin, les hommes sont maltraités, les femmes insultées, les enfants battus. La terreur est générale. Quelques protestants timides se font catholiques; mais la grande majorité se sauve à l'étranger. Quelques-uns sont arrêtés dans leur fuite et envoyés sur les galères du roi. Quelle existence! Les malheureux sont enchaînés à côté des forçats. Us manient la lourde rame. Un surveillant fait siffler dans l'air le terrible nerf de bœuf qui tantôt s'abat sur le dos nu des rameurs, tantôt se relève tout sanglant. »
Cours moyen, p. 126.
Description du même genre : « des hommes sont jetés dans de grands feux, des femmes sont pendues par les cheveux au plaj'ond des chambres. »
Cours supérieur, p. i/io,
« Louis XIV écoute les pernicieux conseils de Louvois, « son mauvais génie ». Abusant cruellement de laj'orce, il révoque l'édit de Nantes (1685)... tel est le résultat de l'intolérance des rois. » IloGie et Uespiques. Cours moyen, p. 110.
LA RÉVOCATION DE l'ÉDIT DE NANTES 69
Après avoir décrit les mesures prises contre les protestants : « La Révocation de l'Édit de Nantes était un acte injustifiable d'odieuse intolérance. »
Cours supérieur, p. aSg.
Une page sur les mesures prises contre les protestants, la Révocation de l'édit de Nantes et les dragonnades. « Les enfants des protestants furent autorisés à se faire catholiques dés l'âge de 7 ans, malgré leurs parents... Toutes ces fautes auxquelles la France, il faut bien le dire, s'était associée, allaient être durement expiées. »
SOMMAIRE. — Résumé de rhistoire de protestantisme français de 1598 à 1660. — Unité religieuse, condition de l'unité politique et nationale en 1660. — Louis XIV agissait-il par fanatisme? — Mesures de persécution de 1661 à 1685. — Les dragonnades. — Excès réprimés par Louvois au nom du Roi. — Révocation de Marillac.
— Exagérations et généralisations excessives des manuels sur les dragonnades. — Sur les conversions vénales. — L'épiscopat et la persécution des protestants.
— Le cardinal Le Camus, Percin de MontgaiUard» Fénelon. — La Révocation. — Elle est approuvée par l'opinion publique. — Pour quelles raisons? — Ducange, Vauban, Chamlay. — Souci de l'unité nationale. — Illusions de Louis XIV, dues aux rapports trompeurs des intendants. — Madame de Maintenon et la Révocation.
— Le pape et la Révocation. — Atténuations de la persécution dues à certains prélats : le cardinal de Coislin, Bossuet. — Témoignage du protestant Spanheim. — Consultation des évéques en 1698. — Modération des évéques de Châlons, de Meaux, de Reims, de Saint-Pons, de Montpellier. — Le cardinal de Noailles, archevêque de Paris. — Rigueur de plusieurs autres.
Nos lecteurs ont déjà tiré les conclusions qui se dégagent de l'histoire du protestantisme fran(;ais de irj98 à 1660; on peut les formnler ainsi :
1** Les protestants avaient voulu se servir de l'Edit de Nantes pour reprendre l'avantage sur les catholiques ; ils
s'étaient constitués, au sein de la monarchie française, en un parti puissant, ayant ses assemblées, ses armes» ses chefs politiques et militaires, toujours prêt à se soulever pour revendiquer la suprématie beaucoup plus que la liberté. L'édit de Nantes qui, dans la pensée de Henri IV, était un acte de pacification, était devenu en leurs mains une arme de guerre contre les catholiques. Continuant les traditions de leurs pères du xvi® siècle, sous Louis XIII, ils avaient été en négociations constantes avec l'étranger qu'ils appelaient perpétuellement à leur secours dans leurs révoltes contre le gouvernement royal.
2° Richelieu avait compris le danger qu'une pareille attitude faisait courir non seulement à la paix publique, mais encore à l'unité nationale et à l'intégrité de la Patrie. Aussi avait-il poursuivi avec énergie et persévérance la destruction du parti huguenot. En agissant ainsi, il avait obéi non aux suggestions du fanatisme religieux, mais aiLx nécessités de la défense nationale dont il avait la garde ; et ce qui le prouve, c'est que, après avoir vaincu les protestants, alliés des ennemis de la France, il n'exerça contre eux aucunes représailles, leur laissant la pleine liberté de conscience et se contentant de leur enlever les privilèges que leur avait accordés l'édit de Nantes et qui les avait dressés menaçants contre la paix religieuse et l'unité française.
3" Les protestants ne voulurent pas se contenter de la liberté qui leur était laissée, et se résigner à n'être plus un parti ayant son organisation propre. Ils voulurent profiter des conspirations fomentées par Gaston d'Orléans contre Richelieu, des troubles de la Kronde, de la longanimité de Mazarin pour reprendre les privilèges qui leur avaient été enlevés. De 1630 à 1660, ils ne cessèrent de préparer des révoltes, de se tenir sur le pied de guerre en face des catholiques et du gouvernemont et de négocier avec l'étranger, particulièrement avec
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l'ADgleterre. Parfois même, ils prirent les armes, essayant de recommencer ces guerres de religion qu'Henri IV avait voulu supprimer à jamais par l'Edit de Nantes.
4° Bien loin de céder à la moindre animosité contre les protestants, le cardinal Mazarin montra à leur endroit une condescendance et une douceur beaucoup plus grandes encore que celles de Richelieu. Feignant d'ignorer les négociations de leurs chefs avec l'Angleterre, il les accabla de prévenances ; et toujours, les révoltes protestantes furent pour lui une occasion nouvelle d'affirmer son intention de faire régner en France la liberté religieuse et de respecter toutes les dispositions de l'Edit de Nantes la garantissant aux réformés :
5^ Et ainsi, du règne de Henri IV au gouvernement personnel de Louis XIV, nous voyons, d'une part, les huguenots sans cesse en opposition ou en révolte contre la royauté et en négociations avec l'étranger pour préparer l'écrasement du catholicisme en France par de nouvelles guerres de religion^ et d'autre part, les divers gouvernements qui se succédèrent leur garantir la liberté de conscience y même quand ils leur enlevaient, après leurs défaites, leurs privilèges politiques.
Ces conclusions, Louis XIV les avait déjà tirées lorsqu'à la mort de Mazarin, il décida de gouverner lui-même. Il était persuadé que les protestants ne seraient jamais des sujets soumis et que, sans cesse, ils prépareraient contre lui de nouvelles révoltes. Il pensait encore que l'élément huguenot ne se laisserait jamais assimiler dans l'unité française et que toujours, il formerait un parti irréductible appelant de ses vœux l'intervention de ses coreligionnaires étrangers, ennemis de la France^. C'est cette conviction fortement enracinée dans
I. Au cours des derniers siècles et jusqu'à leur récente libéra, tion, les chrétiens soumis à l'Empire turc n'ont cessé de regarder les Ottomans et leur gouvernement comme des étrangers à leur nationalité et à leur foi et de» oppresseurs. Us subissaient avec
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son esprit qui lui inspira le dessein bien arrêté d'en linir non seulement avec le parti protestant, mais avec le protestantisme lui-même. Estimant que les protestants ne seraient des sujets fidèles et de loyaux Français que lorsqu'ils seraient catholiques, il voulut les ramener à l'Église. L'unité religieuse par le catholicisme lui apparaissait comme l'unique moyen d'établir définitivement l'unité politique et nationale.
Il conçut ce projet dès les premières années de son gouvernement personnel. Ill'exposait lui-même à son fils dans un passage de ses Mémoires, rédigé en 1671, dans lequel il définissait la conduite qu'il tenait à l'égard des protestants depuis 1661. « Je crus, mon fils, que le meilleur moyen pour réduire peu à peu les huguenots de mon royaume était, en premier lieu, de ne les point presser du tout avec une rigueur nouvelle contre eux, de taire observer ce qu'ils avaient obtenu de mes prédécesseurs, mais de ne leur rien accorder au delà et d'en renfermer même l'exécution dans les plus étroites bornes que la justice et la bienséance pouvaient permettre. Mais quant aux grâces qui dépendaient de moi seul, je résolus, et faassez ponctuellement observé depuis de ne leur en faire aucune ; et cela par bonté, non par aigreur, pour les obli* ger par là à considérer de temps en temps, d'eux-mêmes et sans violence, si c'était par quelque bonne raison qu'ils se privaient volontairement des avantages qui pouvaient leur être communs avec tous mes autres sujets ^. »
impatience leur domination, la secouaient souvent par des révoltes et, contre l'empire dont ils faisaient partie, ils appelaient sans cesse l'intervention diplomatique ou militaire de leurs frères du dehors, les Russes, ennemis des Turcs, pour hâter leur libération sur les ruines de l'empire Ottoman. Telle était, dans une mesure moins accentuée peut-être, l'attitude des protestants français au sein de la Monarchie française, d'Henri IV à Louis XIV; telle du moins apparaissait-elle à Louis XIV.
I. Mémoires de Louia XIV pour l'instruction du Dauphin (éd. Dreyss,, II, p. /i56.
Quand il écrivait ainsi, Louis X[V était encore jeuue (33 ans) et il définissait une politique qu'il avait mise eu pratique dès l'âge de 23 ans. Alors, moins que jnmais, (( il n'avait pas le tempérament d'un persécuteur ^ » 11 était dans la période des plaisirs auxquels il se livrait sans réserve, malgré les remontrances de sou confesseur et de prédicateurs tels que Bossuet. Quoique catholique convaincu, il subissait si peu l'action de l'Eglise et de ses représentants qu'il aimait mieux renoncer à la pratique des sacrements qu'à la satisfaction de ses passions. Ce n'est donc pas le fanatisme religieux qui lui inspirait ce dessein bien arrêté de réduire peu à peu les huguenots ; mais une pensée politique.
Cela est si vrai que lorsqu'il s'agissait de protestants étrangers, il respectait et faisait respecter leur liberté de conscience. En 1673, les habitants de Lille et de Tournai s'étaient indignés de ce que les Suisses du régiment d'Erlach avaient fait prêcher publiquement leur ministre et chanté les psaumes. Louis XIV leur faisait répondre par Louvois : « Les sujets des villes de Flandre n'ont aucun sujet à se plaindre quand il n'y a que les troupest qui font l'exercice de leur religion. Si les peuples font insulte au ministre (protestant) on les punira comme perturbateurs du repos public. » Eu 1671, le roi prenait sous sa protection Van Robais, drapier hollandais qui s'était établi à Amiens. ( Comme il est de la religion calviniste, écrivait Colbert à l'intendant, il a été conti" nuellement traversé en cette ville-là à cause qu'elle n'a jamais presque reçu aucun huguenot. Et comme c'est un avantage pour le général et le particulier de cette ville de protéger cet homme et de lui donner moyen d'augmenter sa manufacture, le roi m'ordonne de vous dire que vous v »us appliquiez à vous informer de tout ce qui se passe
I . LwissB. Histoire de France,{omc VII, partie 11, Louis \IV par I.avisse. p. 45.
à son égard et à lui donner toute la protection dont il aura besoin. » M. Clément qui cite ce texte ajoute : « Il V a viugt lettres remplies des mêmes recommandations^. » Louis XIV aurait-il fait ainsi une distinction entre protestants étrangers et protestants français s'il avait agi par fanatisme religieux, et le fait qu'il laissait libres les étrangers alors qu'il s'efforçait de réduire les français, ne prouve-t-il pas qu'il obéissait à des mobiles d'ordre politique plutôt que religieux?
D'ailleurs le texte même de ses Mémoires, que nous avons cité plus haut, ne témoigne-t-il pas de la plus grande modération? Il ne respire aucun sentiment de haine à l'égard des protestants et de leur religion ; il annonce une œuvre de longue haleine qui devra se poursuivre avec mesure, et persévérance.
Devant ces textes nous voyons s'effacer la légende propagée par des historiens tels que Michelet et Henri Martin, qui nous représente Louis XIV persécutant les protestants à l'instigation de l'Eglise et essayant de se faire pardonner par elle et par Dieu le scandale de ses désordres en leur offrant en holocauste les souffrances des réformés : c'est la thèse qu'ont adoptée la plupart des manuels d'histoire condamnés. Nous n'imiterons pas leur partialité en répondant à leurs calomnies par des apolo" gics mensongères. Nous ne laisserons pas ignorer que Louis XIV ne s'en tint pas longtemps aux moyens modérés et nous ne tairons pas les encouragements qu'un grand nombre de prélats donnèrent à sa politique de répression.
L'attitude que le roi s'était assignée en 1661 était fort difficile a garder ; elle supposait une maîtrise de soi-même qui devait mal s'accorder avec le caractère impérieux de Louis XIV Aussi, le voyons-nous signer, de 1661 à 1685, une série d'ordonnances aggravant d'année en année