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I. r. Clémest. Histoire de Colbcrt, II, p. /joi

la condition des protestants. Nous ne pensons pas qu'un esprit sage puisse les approuver. Pour en comprendre certaines, il faut se reporter au temps qui les vit promulguer. On était au lendemain des guerres de religion et des révoltes protestantes; le pays était encore parseméidesruines qu'elles y avaient accumulées ; les églises catholiques portaient lestraces des profanations et des actes de vandalisme dont les générations précédentes avaient été les témoins ; on se rappelait enfin que. quelques années auparavant, sous le règne même de Louis XIV, pendant le ministère de Mazarin, les protestants avaient plusieurs fois pris les armes en annonçant l'intention d'anéantir le catholicisme. Les actes de répression ordonnés par Louis XIV pouvaient passer pour de justes représailles ou plutôt pour des mesures de précaution destinées à prévenir de pareilles explosions de fanatisme huguenot. Les deux cultes se considérant en état plus ou moins latent d'hostilité, on conçoit que les ordonnances de Louis XIV n'aient pas été appréciées par les contemporains avec toute la sagesse et toute lu modération que l'histoire impartiale apporte dans ses jugements. C'est là ce qui explique les éloges que les assemblées du clergé et certains prélats — d'une haute intelligence cependant — tels que Bossuet, ont donnée à l'œuvre de Louis XIV.

Il est juste aussi d'ajouter l*^ à la décharge du roi, que beaucoup de cruautés furent l'effet, non de sa volonté, mais de fonctionnaires courtisans croyant plaire à leur maître en exagérant ses instructions ;

2° à la décharge de 1 Église, que plusieurs prélats, et non des moindres, blâmèrent la conversion par la force des huguenots et que presque tous les protégèrent contre les violences des officiers royaux.

L'un des moyens les plus violents qui aient été imaginés pour convertir de force les huguenots, fut les dragonnades. 11 consistait à loger les troupes de passage chez

les protestants et à fermer les yeux sur les excès qu'elles oomraettraient chez eux, avec l'espoir que pour éviter à l'avenir les désagréments de ces logements, les plus entêtés des réformés finiraient par se convertir ; les missionnaires bottés (c'est ainsi qu'on appelait les soldats 1 )gés chez les protestants) commirent en effet des cruautés abominables. Mais il ne faut pas oublier que ces excès furent non seulement désavoués mais punis par le roi dès qu'il en eut connaissance. Les dragonnades avaient été inaugurées en Poitou par l'intendant MarilJac en 1681 ; les protestants s'en étaient plaints ; Louvois écrivit à l'intendant, le 7 mai : « Sa Majesté m'a commandé de vous faire savoir qu'elle désire que ce que je vous ai mandé de son intention à cet égard soit ponctuellement exécuté, que vous ne souffriez jamais que l'on décharge entièrement les catholiques du logement des gens de guerre pour les mettre chez les religionnaires. » Les plaintes ayant été renouvelées, Louvois mandait, le 23 août, à Marillac : « Il n'y a rien de si contraire aux intentions de Sa Majesté que les violences qui sont énoncées (dans les plaintes des protestants) ; elle m'a ordonné de vous les adresser et de vous recommander de prendre de telles mesures qu'elles cessent absolument, désirant même que vous fassiez faire des exemples des cavaliers qui les ont comnnses, si vous pouvez en avoir des preuves. » Marillac n'ayant pas tenu compte de ces lettres fut révoqué en février 1682 ^.

Comme en Poitou, le gouvernement royal eut à modérer, en Béarn, les excès de l'intendant Foucault. « Pendant le temps que les troupes seront chez les religionnaires, lui écrivait Louvois 2, vous ne souffrirez point qu'elles y fassent d'autres désordres que de retirer vingt sols par place de cavalier ou dragon et dix sols par place de fantassin. Sa Majesté désire que vous fassiez punir très

I, C. Rof.ssET. Histoire de Louvois, III, pp. ^/i4 et suiv. 3 . Ihid., p. 465.

LA RÉVOCATION DE l'ÉDIT DE NANTES 77

sévèrement les officiers cavaliers, soldats ou dragous qui outrepasseront ce que vous aurez réglé. »

L'intendant de Montauban, M. de la Berchère, se voyait rappelé à Tordre d'une manière énergique : « Sa Majesté, lui écrivait Louvois, a vu l'inconvénient qui est arrivé à cause de la précipitation avec laquelle vous avez agi à l'égard des religionnaires de Montauban. » Foucault ayant été nommé intendant de Poitou à la place de Bâville, reçut, dès son arrivée dans sa nouvelle province, des conseils de modération du gouvernements Comme il n'en tint pas compte, il reçut une vraie réprimande : « Le roi a appris avec chagrin, lui mandait Louvois, que l'un a logé chez une femme une compagnie et demie de dragons. Je vous ai mandé tant de fois que ces violences n'étaient pas du goût de Sa Majesté que je ne puis que m'étonner beaucoup que vous ne vous conformiez pas à ses ordres qui vous ont été si souvent réitérés. Vous avez grand intérêt de n'y pas manquer à l'avenir-. » Nouveau rappel à l'ordre le 8 novembre suivant : « J'ai reçu l'ordre de Sa Majesté de vous demander raison de ce que vous avez fait (aux huguenots) et de vous renouveler l'ordre qu'elle m'a plusieurs fois commandé de vous donner de sa part, de ne rien faire sans sa permission et d'attendre ses ordres devant que (avant) de rien entreprendre d'extraordinaire^. »

Ces correspondances et la révocation de Marillac sont des preuves irrécusables que les excès des dragonnades furent commis à l'insu du roi et qu'il les déplora vivement et les réprima quand il en eut connaissance; ils furent dus au zèle déplacé des intendants, qui, sachant que les conversions des protestants étaient agréables au

1. II élait arrivé le 7 septembre i685 à Poitiers et la lettre de Louvois est du 1/4 septemL»re.

2. Lettre de Louvois du 16 octobre »G8j dans Rousset,o/). cit., p. h-ji-

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