‹ Histoire partialeChapitre 30 sur 214 · Id. dans R0US8ET, op. cit · texte numérisé non relu

Id. dans R0US8ET, op. cit

roi, mettaient tout en œuvre pour les obtenir, allant pour cela jusqu'à désobéir aux instructions qui leur avaient été envoyées de Versailles.

Ces documents ramènent à ses vraies proportions la question des dragonnades. Si nous en croyons les récits de certains manuels scolaires, « les missionnaires bottés » auraient exercé leurs cruautés dans la France entière ; si même on prenait à la lettre les descriptions — toujours montées en couleur — de MM. Guiot et Mane, dans le pays tout entier, on aurait bu le vin des protestants, pendu leurs femmes aux plafonds par les cheveux, en attendant qu'ils fussent eux-mêmes jetés dans de grands feux, M. Devinât ne raconte pas à vrai dire tous ces faits ; mais en regardant les images de son histoire, les élèves s'imagineront facilement que dans ces temps malheureux, les paysans protestants étaient poussés par les piques des soldats comme les bœufs par l'aiguillon.

En réalité, les dragonnades ont existé ; des actes de cruauté ont été commis par les garnisaires placés chez les «religionnaires » et cela est déplorable et nous n'avons nulle intention de le justifier. Mais les protestants n'ont reçu de force des dragons chez eux que dans certaines régions, par exemple le Poitou et leBéarn, et non dans la France entière ; en outre, au lieu d'être permis et même encouragé par l'autorité, comme le disent les manuels de Calvet et de Gauthier et Deschamps, ces actes abominables furent l'effet d'excès de zèle repoussés par Louis XIV et même par Louvois, dès qu'ils étaient connus. On est donc injuste et on fait de l'histoire partiale quand on veut les généraliser et surtout en faire porter la responsabilité au Grand Roi et à son ministre qui se sont élevés contre eux et en on puni les auteurs.

C'est une exagération du même genre que commettent les auteurs de manuels quand ils disent ou donnent à entendre que le gouvernement royal organisa l'achat des consciences protestantes. Sans doute, la défaveur que témoi-

LA RÉVOCATION DE l'BDIT DE NANTES 79

gnait Louis XIV aux protestants dut déterminer chez des courtisans des conversions peu sincères et intéressées, de même que, de nos jours, trop de personnes sacrifient à un gouveiuement résolument hostile à l'idée religieuse leurs croyances catholiques. Mais peut-on en conclure que toutes les abjurations protestantes antérieures aux dragonnades ont été achetées à prix d'argent ou par des faveurs? Lancera-t-on une pareille accusation contre la conversion d'un grand esprit et d'un noble caractère, tels que Turenne? Nous savons que, sur l'initiative du nouveau converti Pellisson, on organisa une caisse alimentée par le roi, pour aider les protestants que leur abjuration pouvait réduire a la misère. Il est possible qu'elle ait donné lieu à des abus et que ses subsides aient été la cause déterminante, la prime même de certains retours à l'Eglise ; mais a-ton le droit de généraliser et de dire que la création de cette caisse était l'organisation de l'achat des consciences?

Nous retrouvons les mêmes exagérations lorsque les historiens « laïques » exposent l'attitude qu'eurent les chefs autorisés du catholicisme à l'égard des protestants persécutés. Ils nous les représentent excitant les intendants contre les huguenots et demandant l'envoi dans leurs diocèses de dragons venant appuyer de leurs violences les arguments des missionnaires. Cela est vrai de certains prélats tels que le frère de Louvois, Le Tellier, archevêque de Reims, qui appela des troupes pour hâter la conversion des réformés de Sedan ^.

Mais il est juste de dire — ce que ne font pas ces historiens anticléricaux, — qu'il y eut aussi des évoques assez charitables pour répudier de pareils moyens et s'opposer aux violences dont on voulait user à l'égard des religionnaires. Louvois, qui cependant avait modéré le zèle de Marillac et de Foucault, se plaignait de l'opposition que

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