I. AîJQUEZ, op. ci7., pp. ao4 et
a. BE.toiT. Histoire de l'édil de \nnteSy I, p. a/ja.
•^. Hanotaux. Histoire du cardinal de liichelieu, l, p. S-'S.
tolérance ne régnait pas encore à la fin du xvi* siècle. C'est une explication qui a le mérite de la simplicité et qui n*a pas dû coûter beaucoup à ses auteurs. Elle a aussi le défaut d'être superficielle. Il est possible que les rancunes catholiques aient été pour tel parlementaire, peutêtre même pour tel Parlement la cause déterminante de leur opposition ; mais vouloir tout expliquer ainsi, c'est ignorer ou laisser dans l'ombre les objections fort sérieuses que l'on formula, dès 1598, et que l'on est toujours endroit de formuler contre les articles de l'Edit qui faisaient du parti protestant une puissance organisée au sein de l'Etat. Gardiens jaloux de l'unité nationale depuis des siècles, les Parlements virent avec défaveur les clauses qui la compromettaient, comme par exemple la concession des places de sûreté. Habitués, depuis leurs origines, à défendre contre la noblesse et le clergé l'intégrité de l'autorité monarchique, comment eussent -ils laissé passer sans protestation des articles que dressaient en face d'elle la puissance politique du protestantisme? Leur opposition avait donc des raisons fort légitimes, honorables même, et l'attribuer uniquement à des passions religieuses, c'est obéir soimême à des préjugés irréligieux et manquer d'impartialité.
Ce n'est pa« à dire d'ailleurs qu'il faille blâmer Henri IV d'avoir passé outre à l'opposition des parlementaires. Soucieux de rétablir la paix religieuse et par elle l'unité nationale, on s'explique qu'il ait souscrit des conditions excessives mais qui lui paraissaient nécessaires à l'objet poursuivi. Ayons l'esprit assez large pour comprendre à la fois les intentions du roi et celles des Parlements et constatons que les protestants mirent à la pacification religieuse des conditions qui compromettaient l'unité nationale et la paix religieuse elle-même, puisque quelque temps à peine après l'Edit de Nantes, dès les premières années du règne de Louis XIII, les guerres religieuses recommençaient.
Avant la promulgation de l'Edit, les protestants l'avaient
discuté article par article avec Henri IV de sorte qu'tZ fut moins un acte de la votonté royale qu'un « traité conclu, après un long débat, avec le parti huguenot en armes^ ». Après sa promulgation, les protestants s'en montrèrent mécontents autant que les catholiques, mais avec moins de raison. Ce n'était pas en effet la liberté religieuse qu'ils avaient voulu conquérir au cours de trente ans de guerres religieuses; c'était la toute-puissance dans le gouvernement, qui leur eût permis d'imiter, en France, l'exemple de leurs coreligionnaires des Provinces-Unies, d'Allemagne, d'Angleterre, des pays Scandinaves, de Bâle, de Genève, de Neuchâtel, c'est-à-dire de détruire par la force brutale le catholicisme. Or, quelque favorable qu'il leur fût, l'édit de Nantes maintenait le catholicisme en France et constatait par là même l'échec de la politique protestante. Cela suffisait pour que le parti huguenot se proposât d'en violer tous les articles qui lui semblaient favorables au catholicisme et de profiter des concessions qu'il lui faisait à lui-même, pour poursuivre sa lutte inlassable contre l'Eglise romaine, et contre la royauté elle-même, si elle ne voulait pas se prêter à la réalisation du plan calviniste. Ainsi s'explique l'attitude politique des protestants depuis la promulgation de l'édit de Nantes jusqu'à la destruction de leur autonomie politique par Richelieu, après la prise de La Rochelle. Les exigences intolérables des protestants firent de l'édit de Nantes, non l'édit de pacification perpétuelle qu'avait voulu Henri IV, mais une simple trêve « qui suspendait les guerres de religion plutôt qu'elle ne les terminait, la rébellion et la guerre restant à l'état latent dans le royaume ».2
C'est exactement le contraire que disent ou que laissent entendre les manuels que nous étudions. Quand MM. Gauthier et Deschamps et MM. Guiot et Mane « déclarent que