I . Lettre citde par Rousbbt, op. cit., III, p
a. K0U»8ET, op. Ct(., p. Lnn.
;»8ET, Op. Ct(., p. li'j'j.
LA RÉVOCATION DE LEDIT DE iNA.NTES 89
bieniujuste de m'atiribuer tous ces malheurs; on devrait bien aussi m'attribuer quelquefois les bons conseils. Il y a quinze ans que je suis en faveur, je n'ai encore nui à personne... Le roi m'a souvent reproché ma modération. » Dans une autre lettre, elle blâmait les conversions forcées des protestants. « Je vous avoue que je n'aime pas à me charger devant Dieu et devant le roi de toutes ces conversions-là... Je suis indignée de pareilles conversions. » Un protestant ayant refusé d'abjurer, elle écrivait : « La fermeté du chevalier de Sainte-Hermine est déplorable, mais son état n'est pas honteux. Celui de ceux qui abjurent sans être persuadés est infâme ! » Malgré la réserve qu'elle s'était imposée, Madame de Maintenon prit, dans certaines circonstances, la défense des religionnaires. « On m'a porté sur votre compte des plaintes qui ne vous font pas honneur, écrivait-elle à son frère. Vous maltraitez les huguenots; vous en cherchez les moyens; vous en faites naître les occasions ; cela n'est pas d'un homme de qualité. Ayez pitié de gens plus malheureux que coupables. Ils sont dans des erreurs où nous avons été nous-mêmes et dont la violence ne nous aurait jamais tirés. Henri IV a professé la même religion et plusieurs grands princes. Ne les inquiétez donc point. Il faut attirer les hommes par la charité ; Jésus-Christ nous en a donné l'exemple. » Voilà la femme que l'on nous représente comme l'instrument de l'Eglise contre les protestants!
S'il est vrai qu'avec la nation toute entière, un grand nombre d'évêques aient approuvé la Révocation de l'Edit de Nantes, en partageant sur la disparition du protestantisme les illusions de Louis XIV et de son entourage, il fautreconnaitreaussique le chef suprême de l'Eglise catholique, le pape, garda la plus grande réserve. « Le croira-t-
I . Lettres citées par Gaill\udiv, Histoire de Louis XIV, V, p. 133, note.
a. Lettre citée par Holsset, op. cit., 111, p. Ait.
on, écrivait un gallican, le croira-t-on ? Cependant la chose n'eu est pas moins vraie. Quelque joie qu'eussent les catholiques d'un si heureux événement on ne s'en réjouit guère à Rome, Innocent XI moins qu'un autre, disant, pour se disculper, qu'il ne pouvait approuver ni le motif ni les moyens de ces conversions à milliers dont aucune n'était volontaire^ ». L'ambassadeur de France d'Estrées dut exercer une forte pression sur la cour pontificale pour qu'un Te Deum fut chanté en l'honneur de l'Edit de Révocation, six mois\après sa promulgation {msirs 1686).
En France, beaucoup de prélats atténuèrent dans une large mesure, les rigueurs ordonnées contre les protestants, comme le faisaient, dans leurs diocèses, les évêques de Grenoble et de Saint-Pons. Dans leur nombre, citons le cardinal de Coislin, évêque d'Orléans. « Lorsqu'après la Révocation de l'Edit de Nantes, raconte Saint-Simon 2, on mit en tête au roi de convertir les huguenots à force de dragons et de tourments, on en envoya un régiment à Orléans pour y être répandu dans le diocèse. M. d'Orléans (l'évêque), dès qu'il fut arrivé, en fit mettre tous les chevaux dans ses écuries, manda les officiers et leur dit qu'il ne voulait pas qu'ils eussent d'autre table que la sienne, qu'il les priait qu'aucun dragon ne sortît de la ville, qu'aucun ne fit le moindre désordre, et que s'ils n'avaient pas assez de subsistance, il se chargerait de la leur fournir ; surtout qu'ils ne dissent pas un mot aux huguenots, et qu'ils ne logeassent chez pas un d'eux. Il voulait être obéi et il le fut. Le séjour dura un mois et lui coûta bon, au bout duquel il fit en sorte que le régiment sortît de son diocèse et qu'on n'y renvoyât plus de dragons. Cette conduite pleine de charité, si opposée à celle de presque tous les autres dio-
I . Mémoires de Legendre cités par Gérin, Recherches historiques sur l'assemblée de 1682, chap. XI.
a. Mémoires, (éd. Boislisle), XIII, pp. a53-a53.
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cèses et des voisins de celui d'Orléans gagna presque autant de huguenots que la barbarie qu'ils souffraient ailleurs. Ceux qui se convertirent le voulurent et l'exécutèrent de bonne foi, sans contrainte et sans espérances ; ils furent préalablement bien instruits; rien ne fut précipité et aucun d*eux ne retourna à l'erreur. Outre la charité, la dépense et le crédit sur cette troupe, il fallait aussi du courage pour blâmer, quoiqu'en silence, tout ce qui se passait alors et que le roi affectionnait si fort par une conduite si opposée. »
Les traits de charité de ce genre ne furent pas aussi rares « dans les diocèses » que le prétend Saint-Simon, et quoi qu'il en dise, ou en peut citer justement dans un diocèse voisin d'Orléans, celui de Meaux.
Quoique ayant approuvé la Révocation, l'évêque de Meaux, Bossuet, épargna aux protestants les rigueurs des dragonnades. On ne mit des troupes, dans toute l'étendue de son diocèse, que dans un seul château ; et encore, fait remarquer M. Gaillardin, c'était chez un seigneur qui avait offensé le roi, et Bossuet les fit partir en donnant asile au persécuté dans son palais épiscopal. Dans une lettre pastorale'^, il pouvait dire aux protestants de son diocèse : « Loin d'avoir souffert des tourments, vous n'en avez pas seulement entendu parler ; aucun de vous n'a subi de violence ni dans ses biens ni dans sa personne. » Quelques mois plus tard, il écrivait à un religieux anglais, le P. Johnston, au sujet de cette phrase : « Ce que je dis de la réunion des protestants de mon diocèse est exactement vrai. Ni chez moi, ni bien loin aux environs, on n'a pas seulement entendu parler de ce qui s'appelle tourment... Dans mon diocèse, il est vrai que tout s'est passé sans aucun logement de gens de guerre et sans qu'aucun ait souffert violence ni dans sa personne ni dans ses biens '^. »
I. Lettre pastorale aux nouveaux convertis, du ai mars 1686. a. Cité par Hébellial'. Bossuet historien du protestantisme, p. 3o3.
ï>2 HISTOIRE PARTIALE, HISTOIRE VRAIE
Le protestant Basnage, ayant mis en doute l'aflBrmation de Bossuet, fut obligé d'avouer son erreur. M. Rébelliau constate que les protestants eux-mêmes ont rendu hommage à la charité de Tévêque de Meaux. Ils lui attribuèrent les modérations que, vers 1699, le gouvernement apporta à l'exécution des ordonnances rendues contre eux ^ Basnage alla même jusqu'à dire que Bossuet les désapprouvait : « Si M. de Meaux avait plus de fermeté, écrivait-il en 1690, il serait au nombre de ceux qui gémissent 2. » Dans l'élection de Meaux, il y avait avant 168o, 1500 familles huguenotes, il en sortit 1000, il en resta 500, dont la plupart « vivent comme elles faisaient auparavant leur conversion, » dit un Mémoire officiel de 1700 ^, preuve que l'évêque ne les inquiétait guère. En revanche, on peut mentionner des instructions de Bossuet, en faveur des protestants. Le 14 juin 1688, il prit sous sa protection des huguenots condamnés à mort pour avoir tenu, à Nanteuil, une réunion, malgré la Révocation et il demanda leur grâce au ministre de la Maison du roi*. « Son palais devenait l'asile de ministres ou de religionnaires distingués qui recouraient à ses lumières pour s'instruire ou à sa bourse pour vivre. Ses bienfaits allaient même chercher à l'étranger des fugitifs qui demandaient à rentrer en France et à qui tout manquait ^. »
Envoyé extraordinaire de l'électeur de Brandebourg auprès de Louis XIV, de 1679 à 1689, Ézéchiel Spanheim écrivit, de retour à Berlin, une Relation de la Cour de France où il parla, à maintes reprises, des protestants et des persécutions qu'ils subissaient. Il le fît avec une certaine partialité ; il était protestant lui-même et de