GviLLAHDi.x. Histoire de Louis XIV
LA RÉVOCATION DE l'ÉDIT DE NANTES 93
1685 à 1689, il s'était fait à Paris le protecteur de ses coreligionnaires, ieur offrant asile dans sa résidence inviolable. De plus, lorsqu'il écrivait, son pays était en guerre avec la France. Aussi faut-il se méfier lorsqu'il attaque certains catholiques, comme le P. La Chaise, confesseur du roi, ou M™® de Maintenon qu'il représente à tort l'un et l'autre comme des fanatiques, acharnés contre les huguenots.
Mais, précisément parce qu'il est partial en faveur du protestantisme, son témoignage est particulièrement précieux quand il signale la douceur, la charité, la tolérance de certains prélats. Or voici comment il parle du cardinal de Bonzi, archevêque de Narbonneet, à ce titre, métropolitain de cette pro\ince du Languedoc où les protestants étaient si nombreux : « Malgré son extraction italienne, sa qualité de cardinal et sa complaisance pour les volontés de sa cour, il ne s'est montré ni cruel ni fort échauffé à en exécuter les ordres ou les intentions, dans la persécution des gens de la Religion ; il tâcha même de la détourner, dans la province du Languedoc, par les remontrances qu'il fit au roi de la ruine qui en arriverait à cette province ; mais à quoi il y trouva le roi inflexible. Il n'a'ipas laissé depuis de témoigner, aux occasions, de voir à regret les extrémités où on y portait les affaires et la rigueur avec laquelle on y procédait V »
Spanheim signale le P. La Chaise, confesseur de Louis XIV, parmi les adversaires les plus déclarés des réformés et cependant, il cite de lui un trait d'humanité en faveur « d'un gentilhomme français de la Religion », parent de Spanheim, qu'il fit mettre en liberté, malgré sa fermeté inébranlable dans sa foi protestante-, »
En 1698, Louis XIV consulta un certain nombre d'évéques sur la conduite à tenir à l'égard des « nouveaux
I. Spanheim. Relation (éd. de la Société de l'histoire de France^ pp. aôi-aGa.
a. SpATiuEiif. Relation^ p. a58.
flt HISTOIRE PARTIALE, HISTOIRE VRAIE
convertis » qui, malgré leur abjuration apparente et forcée, demeuraient protestants dans leur conscience et refusaient de suivre les lois et les prescriptions de l'Église catholique. Devait-on les y contraindre, ou, au contraire, fermer les yeux sur leur abstention? M, Lemoine a publié les Mémoires rédigés et envoyés au cardinal de Noailles, archevêque de Paris, par les 25 évêques qui furent consultés. Plusieurs se prononcèrent pour une politique de douceur et contre la plupart des mesures de contraintes déjà édictées ou proposées par le gouvernement du Roi^.
« L'esprit de douceur et de modération dans lequel le roi entre aujourd'hui, écrit Jean de Noailles, évêque de Châlons, est celui qu'il faut suivre. Les violences exercées en conséquence des édits et des déclarations du roi, quoique contre son intention, sont un obstacle presque invincible à la conversion des religionnaires. Elles leur ont donné de l'horreur pour la religion, pour l'Eglise et pour les pasteurs ; elles ont fait des parjures et des sacrilèges et éteint dans la plupart les principes de religion qui auraient pu les faire rentrer dans la bonne voie. Il faut prendre à présent des mesures entièrement opposées... On s'aperçoit aisément du dommage qu'a fait au royaume l'évasion de tant de familles de toutes conditions qui se sont réfugiées dans les pays étrangers. Dieu veut que nous laissions croître l'ivraie avec le bon grain jusqu'à ce qu'il envoie ses anges pour en faire, dans son jour, la juste et éternelle séparation et que cependant nous travaillions, avec une vigilance continuelle et sans nous rebuter, à faille que la paille produise son épi 2. »
Bossuet réprouve la plupart des mesures de contrainte.
I . Li:moi:^e. Mémoire des éoêjaes de France sur la conduite à tenir à l'égard des réformés (1698), publication des Arc/iiues de l'histoire religieuse de la France (Paris, 1902, Picard).
a. Lemoinf, pp. 3 i-Sg, passim.
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« Sur la communion, dit-il, tout le monde est d'accord de ne point user de contrainte, de crainte de sacrilèges et profanations horribles. Il devrait être constant que l'on ne doit employer aucune contrainte pour obliger les réunis à la messe... La coutume de traîner sur une claie (les cadavres des protestants ayant refusé les derniers sacrements), cause plus d'horreur contre les catholiques qu'elle ne fait de bons effets pour les réunis... Un des plus grands soins des évéques pour l'instruction et réduction des réunis, c'est qu'on ne les accable pas de pratiques non nécessaires et qui leur soient odieuses. »
Bossuet termine par cette belle maxime, que « s'agissant de gagner les cœurs et de convertir les âmes, l'esprit de douceur doit prévaloir. »
« Ce serait une chose contraire aux règles de l'Eglise, écrit Le Tellier, archevêque de Reims, de contraindre les mal convertis d'assister à la messe, de recevoir les sacrements ou de faire aucun autre exercice de la religion catholique. Le moyen le plus propre à les ramener, après leur avoir ôté toute sorte d'exercice de leur religion, est celui de les tolérer et de travailler à les instruire avec douceur et charité... Il ne faut point marier avec les formalités de l'Église les mal convertis. On pourrait leur permettre de faire un contrat civil et d'aller ensuite déclarer au juge royal du lieu, en présence de quatre témoins, qu'ils se prennent pour mari et femme et, sur l'acte qui leur sera déli\'Té par ledit juge, les laisser vivre ensemble ^ » Brulart de Sillery, évéque de Soissons, ne voulait pas non plus que l'on forçât les nouveaux convertis à aller à la messe ^.
L'évêque de Saint-Pons, Percin de Montgaillard, qui n'avait pas voulu de dragonnades dans son diocèse, donna