Ibid., pp. a8-ar
^. Ibid., p. '40.
aussi, en 1698, des conseils de charité et de tolérance. Il proteste contre Tidée sacrilège de forcer les nouveaux convertis à la pratique des sacrements ; il exprime « la pensée qu*il n*ya point de moyen plus sûr, dans les matières de religion, que la persuasion ». 11 demande qu'on ne prêche aux protestants que la morale en ne touchant pas aux questions dogmatiques qui les séparent des catholiques, et surtout qu'on leur parle avec une douceur vraiment évangélique. Il ne conteste pas le droit qu*a eu le roi de révoquer l'édit de Nantes ; mais il ajoute : « Tout m'est permis, dit l'apôtre saint Paul, mais tout n'édifie pas... Il est constant qu'il est de l'intérêt de la bonne religion qu'on ne lui donne pas, même en les déguisant sous divers prétextes, le caractère et les marques de l'hérésie qui sont certainement la force, la rigueur et la violence. D'ailleurs, qui peut douter que les rigueurs, même justes, que l'on exerce envers certains hérétiques obstinés, n'en rebutent d'autres et ne les empêchent d'embrasser de bonne foi la religion catholique?.. Le père de famille eut peur qu'en arrachant l'ivraie, l'on arrachât aussi le bon grain. » Enfin, l'évêque de Saint-Pons cite le canon 55 du quatrième concile de Tolède disant « qu'il ne faut pas contraindre les gens à croire, prsRcepit sancta synodus nemini deinceps ad credendum vim in ferre ; ce qui détruit tout le système de ceux qui, par la force ouverte ou par des discours, veulent qu'on embrasse sincèrement ou qu'au moins on professe la foi catholique. »
« Quand je suis arrivé en ce pays-ci (en 1696), écrit l'évêque de Montpellier, Colbert de Croissy, j'étais persuadé qu'on ne devait point forcer les nouveaux catholiques... J'ai eu beaucoup de disputes à soutenir sur cette matière... Je suis persuadé que le joug de Jésus-Christ étant doux, on doit au moins commencer par la douceur à le faire.recevoir, que la force et la violence sont plus
s. Ihirl., pp. i88 et suivantes.
LA RÉVOCATION DE l'ÉDIT DE NANTES 97
capables de révolter le cœur que de le persuader et que la sévérité qu'on a employée contre les Prétendus Réormés n*a servi qu'à faire des hypocrites et non pas des atholiques, comme l'expérience ne l'a que trop fait voir. Je ne ferais pas de diflBculté de les obliger à assister aux instructions: mais il ne me paraît pas possible de les séparer de la messe où j'aurai toujours une répugnance extrême à les faire aller par force. » Il demande qu'une ordonnance prescrive la sanctification du dimanche à tous les sujets du roi « pourvu qu'il n'y ait point de peine attachée contre ceux qui y manqueraient ^ »
Enfin, le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, le prélat le plus considérable de l'Église de France, celuilà même qui, au nom du roi, avait consulté les évoques et reçu leurs mémoires, écrivait de son côté^ : « La religion chrétienne se doit conserver et augmenter, comme elle s'est établie, par la persuasion, la douceur, le bon exemple, la patience ; il faut laisser aux mahométans le faux avantage d'établir leur religion par la force des armes et de la soutenir par l'autorité temporelle. Il n'y a pas d'autre appui pour une intervention humaine qui ne consiste qu'en un culte extérieur. La religion chrétienne ne se commande point parce qu'elle est tout intérieure et spirituelle et que la contrainte ne s'étend que sur le corps... Un chrétien est un homme qui croit en Dieu, qui espère en lui et qui l'aime de tout son cœur; s'il a ces vertus, il pratique volontiers et avec ferveur tous les actes extérieurs de la religion ; s'il ne les a pas, quoi qu'il dise et qu'il fasse à l'extérieur, il ne sera pas sauvé. Il ne laissera pas d'être dans l'Église, s'il professe la vraie foi; mais ce sera un hypocrite qui trompera les hommes sans tromper Dieu ; et c'est ce que produit ordinairement la contrainte en cette matière : un grand nombre d'hypo-