V Lias, op. ci!., I, pp. ii3 et suiv
Eu résumé, l'émigration fut faible dans les provinces du Midi : Dauphiné, Provence, Languedoc, Béarn-Navarre, qui cependant avaient une population protestante considérable ; plus forte dans les provinces de l'Ouest : Guyenne, Saintonge, Aunis, Poitou, et aux environs de Paris ; importante dans les pays de la Manche ou des Ardennes. Etant donné qu'avant la Révocation, la France comptait un million de protestants, si nous évaluons au cinquième^ la proportion des émigrés, cela nous donne un totalapproximatif de 200.000 protestants passés à l'étranger de 1685 à ITOO^.
On peut nous objecter, avec M. Rébelliau, que l'exode des réformés ne se termina pas en 1700, mais se poursuivit encore au cours du xviii^ siècle. Nous n'y contredisons pas, en observant toutefois qu'il n'y eut pas, après 1700, de départs en masse et que, d'autre part, il y eut aussi de nombreuses rentrées. M. de Harlay, intendant de Bourgogne, en signalait dans une lettre du 20 décembre 1685. « Je crois écrivait-il, au contrôleur général Le Peletier, que vous avez été informé que tous les habitants du pays de Gex qui étaient tous religionnaires, désertèrent tout d'un coup, dans la crainte qu'on leur donna assez mal à propos et la terreur panique qu'ils prirent encore, avec moins de fondement, de la prompte arrivée des dragons. Cette désertion presque générale fut accom-
I. Cette proportion semble indiquée comme une moyenne par les chiffres que nous venons de citer. Le Dauphiné, le Languedoc, la Navarre, le Béarn ont eu une proportion bien inférieure au cinquième; mais cette proportion semble avoir été dépassée en Guyenne, Saintonge, Normandie, Ile-de-France, Picardie et Champagne, pays moins peuplés de protestants ; la Provence l'a eue eiactement.
a. C'est le chiffre auquel s'arrête M. Lavisse (Histoire de France, VII, II, p. 8o, dans le môme ouvrage où, plus loin. M. Rébelliau fait l'évaluation du million^ qui a une certaine ressemblance avec l'évaluation du millard des Congrégations.
pagnée et suivie de renlèvement de tout l'argent, meubles, grains, fourrages et bestiaux du pays... Cependant, on a depuis si heureusement rétabli la confiance et rassuré les esprits du pays de Gex que la plupart des fugitifs y sont non seulement retournés, mai'^ s'y sont convertis au nombre de 6000 sur 8000 ou environ qu'il pouvait y avoir en tout de gens de la Religion Prétendue Réformée^ »• Au lendemain de la Révocation, Louis XIV envoyaM.de Bonrepaus en Angleterre et en Hollande pour persuader aux réfugiés de rentrer en France. Ses instructions, conservées au Ministère des Affaires étrangères, portent la date du 20 décembre 1685. Or, dès le 5 mai 1686, par une dépêche datée de Calais, Bonrepaus annon^-ait à Seignelay, secrétaire d'Etat de la Marine, le retour de 507 fugitifs dont il envoyait la liste-.
La perte que fit la France, à la suite de l'émigration protestante, provient beaucoup plus de la valeur sociale des réfugiés que de leur nombre; et ici, nous sommes d'accord avec les manuels primaires et leurs inspirateur^ pour constater le tort considérable^ que fit à notre commerce et à notre industrie la Uévocation de l'Edit de Nantes. La France lut appauvrie doublement non seuleparce que les capitaux, les industries, l'activité économique qui lui échappèrent, allèrent à l'étranger mais aussi parce que ils finirent par se tourner contre elle, en contribuant au développement financier de pays tels que la Grande- Bretagne, la Hollande et le Brandebourg.
« Depuis huit jours, écrivait le 24 octobre 1685, Chauvelin, intendant d'Amiens, trois des plus forts marchands de ces religionnaires ont tiré de cette ville, tant en argent qu'en marchandises, pour plus de 200.000 livres; une bonne partie a pris le chemin de Cateau et de Cambrai... Comme notre commerce ne se fait, pour la
I . Correspondance des Contrôleurs généraux (éd. Boislisle), I, p. 58. a, Weiss. Histoire des réfugiés protestants, I, j). 393. 3, Correspondance des Contrôleurs généraux, I, p. 50.
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meilleure partie, que par ceux qui se retirent, notre ville en souffrira beaucoup s'il n'y est pourvue » Le 26 février, Bâville, intendant du Languedoc, faisait prévoir que, si on poursuivait les réformés avec la même rigueur, « les manufactures qui font subsister le pays pourraient entièrement cesser. » Dans l'élection de Saint- Jean-d*Angély^, « le commerce des gros draps et des cuirs a été presque entièrement arrêté par le départ des religionnaires » ; dans celle d'Angoulême, « la fabrication du papier est menacée par les établissements que les réfugiés ont fondés en Angleterre. » « Le commerce est beaucoup altéré par la retraite des huguenots, écrivait M. de Bezons, intendant de Bordeaux, le 6 mai 1688 ^. Ce même mois, le roi était obligé de prendre un arrêt pour empêcher l'exportation des graines de mûriers et des jeunes plans que les « nouveaux convertis » envoyaient en Suisse. D'après M. deVaubourg, intendant en Auvergne, « la fabrication des points d'Aurillac semble avoir beaucoup souffert de l'émigration des religionnaires du Languedoc et de la Guyenne qui tiraient d'Auvergne leurs toiles, leurs dentelles de fil et même des bestiaux et des fromages^. »
« Gien est ruiné par la désertion des religionnaires, » écrit M. de Ci-eil, intendant d'Orléans^, et il ajoute, quelques semaines plus tard, le 10 décembre 1689 : « La ville de Blois surtout dépérit à vue d*œil. Depuis deux ans, elle ne vend point son vin ; les huguenots et les étrangers qui venaient y passer du temps pour apprendre la langue et à cause de la pureté de l'air, ont tous déserté'. » «La désertion des huguenots qui faisaient