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II. Mémoires (éd. Boislisle), I, p. 3^i

5. Analyse des mémoires des intondants par M. Weiss. Histoire des réfugiés protestants de France, I, pp. i lo et iuiv.

les petites villes de Marsac et de Job la Tour-Guyon perdirent la plus grande partie de leur commerce... Des 400 tanneries qui enrichissaient naguère la Touraine. il n'en restait plus que 54, en 1698; ses 8.000 métiers d'é. tofifes de soie étaient réduits à 1200 ; ses 700 moulins à 70, ses 40.000 ouvriers employés autrefois à dévider la soie, à l'apprêter et à la fabriquer, à 4.000. De ses 3.000 métiers à rubans, il n'en restait pas 60. Au lieu de 2.400 balles de soie, elle n'en consommait plus que 7 à 800... La belle industrie des soieries de Lyon souffrit longtemps du départ des huguenots; des 18.000 métiers d'étoffes de toutes sortes qu'elle employait autrefois, il en restait à peine 4,000, en 1698... L'émigration des maîtres que leurs plus habiles ouvriers s'empressèrent de suivre, ruina, pour plusieurs années, les diverses branches de commerce et d'industrie qui florissaient naguère à Rouen, Darnetal, Elbeuf, Louviers, Caudebec, Le Havre, Pont-Audemer, Caen... De 1812 métiers que l'on comptait à Reims il n'en subsistait que 950 en 1698. A Réthe],il ne restait que 37 ou 38 manufactures d'étoffes de laine des 80 que cette ville possédait auparavant. De 109 métiers pour fabriquer des serges que Mézières entretenait avant la Révocation, il n'en restait plus que 8 en 1698... En Bretagne, la belle industrie des toiles noyales diminua d'année en année... Le commerce jadis si florissant des toiles blanches qui se faisait à Landerndau, à Brest et à Morlaix, avait diminué des deux tiers en 1698. Dans le Maine, les manufactures de toiles, autrefois si prospères, que les protestants avaient possédées au Mans et à Mayenne étaient en pleine décadence ; celles de Laval étaient presque ruinées. De 20.000 ouvriers que l'on y comptait naguère, il n*en restait plus que 6.000 en 1698, en comprenant dans ce nombre les femmes qui filaient et dévidaient le fil. »

Parmi les tristes conséquences de la Révocation que Vauban signalait à Louvois dans le fameuxMémoire de

1689, était mentionné le passage aux armées ennemies de 5 à 600 officiers et de 10 à 12.000 soldats et aux flottes ennemies de 8 à 9.000 matelots. Rien n'est plus vrai. Pendant les guerres de la Ligue d'Augsbourg et de la Succession d'Espagne, même lorsque la France était sur le point d'être écrasée par la coalition européenne, les protestants français, émigrés à l'étranger, combattirent avec acharnement contre elle sous les drapeaux de Guillaume d'Orange, roi d'Angleterre, et de Frédéric I, roi de Prusse. C est ce que nous raconte avecadmiration l'historien protestant auquel nous empruntons tous ces faits, M. Weiss.

Il nous montre les réformés français en Irlande, sous la conduite du maréchal de France, Schomberg, défaisant Jacques II, l'allié de la France, -à Londonderry. Après ce fait d'armes, Schomberg déclara à Guillaume que ses troupes avaient été exemplaires au service de I Angleterre (27 août 1689) ; et M. Weiss ajoute : « Faut-il s'étonner si les proscrits français accouraient en foule de toutes les parties de l'Europe pour combattre sous le glorieux drapeau de Schomberg? La \ictoire du maréchal en Irlande en permettant à Guillaume de tourner toutes ses forces contre Louis A7F, leur paraissait un gage certain de leur prochain retour armé dans leur patrie... Beaucoup de militaires établis à Genève et à Lausanne partirent pour l'Irlande ; il en partait quelquefois de Genève 4 à 500 en une semaine, lin grand nombre, répandus le long du lac, faisaient l'exercice tous les jours sous le drapeau d'Orange en attendant leur départ. Le résident de France ne cessait de se plaindre et les enrôlements se continuaient sous ses yeux. Ainsi furent maintenus complets les cadres qui allaient se couvrir de gloire à la bataille décisive de la Boy ne ^ »

I, VNeiss. Histoire des réfugiés français, I, pp. 3o4-3û5.

Ainsi, d'après M. Weiss, lorsque la France avait à tenir tête à la coalition de l'Angleterre, de la Hollande, de l'Empire, de l'Espagne et que ses frontières étaient menacées, les protestants français se couvraient de gloire en la combattant victorieusement ! Et parmi ces « héros » qui se distinguaient tout particulièrement en attaquant avec acharnement leur patrie, M. Weiss cite, avec admiration, à la suite du maréchal de Schomberg, l'historien protestant Rapin-Thoiras qui contribua, dit toujours Weiss, à l'heureuse » issue de l'assaut d'Athlone enlevé aux troupes de Louis XIV par celles de Guillauine d'Orange*; Jean de Bodt que « Guillaume III employa dans huit sièges et quatre batailles, celles de la Boyne d'Agrim, de Steinkerque et de Nerwinde, et qui, au siège de Naraur, dirigea l'attaque du châtean en qualité de chef de brigade, et força les assiégés de se rendre à l'électeur de Bavière » chef des alliés ^ ; » Charles de Schomberg « qui commandait, en Italie, un corps de troupes envoyées par Guillaume au secours du duc de Savoie et fut blessé mortellement à la bataille de la Marsaille, après avoir chèrement vendu la victoire à Catinat » c'est-à-dire à la France ; le comte du Chesnoi, < qui mourut en héros, dit toujours M. Weiss ^, à la bataille d'Almanza »; le marquis de Ruvigny*, député général, avant la Révocation, des églises protestantes auprès de Louis XTV, qui « tandis que son frère La Caillemotte-Ruvigny, allait trouver une mort glorieuse à La Boyne, combattit et triompha à la bataille d'Agrim », et qui, à la bataille de Nerwinde « soutint presque

I . Remarquons cette expression qui nous prouve qu'à deux cent» ans de dislance, l'historien huguenot Weiss prend, hii aussi, parti pour les troupes anglaises contre l'armée française, Weiss, op. rit. y I, .îio.

a. Wriss, I, p. 3ii.

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