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ramont. Il exigeait que la paix à intervenir plus tard entre Louis XIV et les Camisards l'ut placée « sous Ja garantie de Sa Majesté Britannique et de leurs Hautes Puissances (Etats généraux de Hollande) et autres princes protestants^. »

En résumé on peut ramener à trois les funestes conséquences matérielles qu'eut la Révocation de l'Edit de Nantes :

1" L'émigration des protestants quiappauvrit la Fiance et enrichit l'étranger.

2° Le concours que les réfugiés huguenots donnèrent aux ennemis de la France pendant les guerres de la Ligue d'Augsbourg et de la Succession d'Espagne.

S^ Les soulèvements des protestants restés en France, soulèvements qui, avec les Camisards, eurent l'importance de guerres civiles.

Nous n'avons dissimulé aucun de ces tristes résultats et nous les avons décrits sans la moindre atténuation. Tout autre est la manière d'agir des manuels condamnés et en l'examinant de près, nous pouvons nous rendre compte, une fois de plus de leur partialité.

Quand il s'agit de signaler le vide que fit en France l'exode des réformés et d'accabler la politique qui le détermina, nos auteurs laïques sont très abondants. MM. Aulard et Debidour signalent avec une complaisance non dissimulée le profit qu'en tirèrent les villes de Berlin et de Londres. MM. Rogie et Despiques sont heureux de confondre Louis XIV en rappelant que « Berlin vit sa population doublée par l'émigration protestante ».

Au contraire, quand il s'agit de montrer le mal que firent les protestants à la France en la combattant avec une

1. Cf. dans les pièces justificatives de Y Histoire du Languedoc (éd. Vaissete-Moli.mer), t. XIV, col. aoog-aoïS, L'écrit saisi à ^'i^nes par M. de Handricourl et le Manifeste répandu en Languedoc en avril i70î), publiés d'après le» archives du dépôt de la guerre. n* 190G.

Laine fanatique dans les armées de ses pires ennemis, ils se montrent fort discrets. MM. Aulard et Debidour gardent là dessus « de Conrartle silence prudent » ; bavards sur la première question, ils deviennent muets sur la seconde. Le même phénomène est à signaler dans les manuels Calvet. Ceux de MM. Gauthier et Deschamps glissent rapidement, se gardant bien d'appuyer ; « les protestants, disent-ils, portèrent à l'étranger la haine du roi », expression vague, volontairement ambiguë, qui ne nous dit pas si les protestants gardèrent cette haine dans leur cœur ou s'ils la manifestèrent en prenant les armes contre leur patrie, s'ils la réservèrent au roi leur persécuteur ou s'ils la firent retomber sur la France tout entière. Ce langage équivoque est encore celui de MM. Guiot et Mane. « Les malheureux persécutés portent à l'étranger la haine de leur ingrate patrie..., a la vue des fugitifs, l'Europe protestante maudit la France et le roi. » Cette phrase veutelle dire que les protestants sont partis la haine au cœur? ce qui est excusable, et qu'à la vue de leurs persécutions, leurscoreligionnaires se sont indignés? ce qui est naturel. Ou bien veut-elle dire que les protestants français ont porté les armes contre leur patrie, et que leur fanatisme a soulevé contre elle la coalition de ses pires ennemis? On ouvre le grand jeu quand il s'agit d'ameuter l'opinion contre Louis XIV et les catholiques ; on met des sourdines quand le bon renom du protestantisme pourrait être atteint. Dans les deux cas, on manque d'impartialité et on donne aux enfants un enseignement « truqué ».

M. Devinât est plus explicite ; il dit « que les armées étrangères furent grossies de soldats et d'officiers émigrés, n mais il se garde bien de porter un jugement sur ces soldats et ces émigrés qui combattaient leur patrie avec tant d'acharnement. Cette réserve est un peu étonnante de la part d'un auteur qui, pour mieux faire détester Louis XIV a consacré quatre images et quatre notices aux persécutions qu'eurent à subir les protestants. Une cin-

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quième image montrant les réfugiés chargeant les armées françaises sous l'étendard de Guillaume d'Orange aurait complété, d'une manière impartiale, ce petit musée des horreurs !

MM. Hogie et Despiques ont été plus habiles; ils ont distingué avec raison les protestants en deux groupes, ceux qui partirent à l'étranger et ceux qui demeurèrent en France. Ils ne disent rien de l'humeur belliqueuse des premiers et du rôle qu'ils jouèrent dans les armées ennemies; mais ils signalent les révoltes des seconds et en particulier celle des Camisards. En signalant la révolte ils se donnent des airs d'impartialité et ils font oublier la grosse omission qu'ils commettent en taisant la part si importante que prirent les émigrés aux guerres contre la France. Les mêmes auteurs glorifient ces Camisards « qui luttèrent héroïquement contre les armes du roi » et ils oublient de dire que ces armes du roi étaient en même temps les armes de la France qui était envahie sur les frontières du Rhin, des Flandres et des Alpes, alors que les protestants la frappaient au cœur du pays. Que l'on blâme Louis XIV d'avoir par ses mesures surexcité le fanatisme huguenot, que l'on trouve à la révolte des Camisards des circonstances atténuantes dans les souffrance^ qu'ils avaient endurées pour leur foi, nous n'y contredirons pas. Mais que dans des manuels scolaires on glorifie comme des héros les protestants qui se révoltaient contre leur patrie en union avec l'étranger, tels que Guitton, maire de La Rochelle et les Camisards des Cévennes, c'est ce qu'on ne saurait admettre sans parti pris.

Rappelons enfin que MM. Rogie et Despiques sont les seuls qui osent signaler la révolte des Camisards; et comme ils se taisent sur les relations entretenues par ces révoltés avec l'étranger, tous ces manuels laissent ignorer aux élèves ^we les révoltes protestantes se combinaient avec la guerre étrangère. Ce n'est d'ailleurs qu'une faible partie de la grande omission qu'ils commettent dans leur histoire

ni=TOIRT: »ARTIALC, HT TOIRK VRAIE. — III. '.)

l.*)0 HISTOIRE PARTIALE, HISTOIRE VRAIE

du protestantisme au xvii« siècle. Sauf à propos du siège de La Rochelle, ils taisent les relations que, de 1598 à 1710, les rétormés Irançais n'ont cessé d'entretenir avec les nations ennemies de la France. En expurgeant ainsi l'histoire ils la faussent complètement, puisqu'ils en suppriment des séries de taits nécessaires à qui veut en avoir une idée juste. En taisant de parti pris les négociations et les révoltes qui ont influé sur l'esprit et sur les décisions de Louis XIV, ils empêchent les élèves d'apprécier tous les mobiles qui l'ont inspiré et de se taire sur sa politique religieuse un jugement complet et juste.

C'est la même partialité que nous relevons dans ces manuels quand ils mettent en parallèle protestants et catholiques. Si on s'en tenait à leurs récits, les protestants auraient toujours été des victimes innocentes se contentant d'exhaler leurs plaintes vers le Ciel, et les catholiques d'odieux bourreaux martyrisant hommes, femmes et enfants à la grande satisfaction du clergé et des jésuites. « Ne sommes nous pas de braves gens?» fait dire AI. Calvet à un protestant imaginaire qu'il met en scène devant les enfants. MM. Devinât, Gauthier et Deschamps, CiuiotetMane, Rogie etDespiques transforment en « sujets dévoués etfidèles»,éliteintellectuelle, morale et patriotique de la France, ces protestants qui étaient en négociations constantes avec l'étranger. Et quand ils les ont ainsi canonisés, ils nous décrivent sur un ton tour à tour attendri et indigné leurs soufl'rances, qu'ils mettent en images pour mieux frapper l'imagination des enfants. MM. Guiot et Mane, qui ont toujours la palme dans les descriptions montées en couleur, assaisonnées d'esprit prud'hommesque et relevées ou de points d'exclamation, nous montrent « des dragons, soldats cruels et farouches, logés chez les protestants, pillant leurs maisons, dévorant leurs provisions, buvant leur vin, maltraitantleshommes,insultantlesfenames, battant les enfants . . . j étant les hommes dans de grands feux, pendant les femmes par les cheveux au plafond des

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chambres ! » Et dans les galères, (([quelle existence! Les malheureux sont enchaînés à côte des forçats. Ils manient la lourde rame. L'u surveillant lait siffler dans l'air le terrible nerf de bœuf qui tantôt s'abat sur le dos nu des rameurs, tantôt se relève tout sanglant ! » Comme les enlants doivent frémir devant de pareils récits, plaindre ces protestants imiocents, flétrir ces catholiques cruels!

Encore une fois, je ne contredis pas à ces descriptions; mais je demande qu'on les complète en faisant aussi passer sous les yeux les crimes des protestants. Pourquoi MM. Guiot et Mane u'exercent-ils pas leur éloquence si pathétique sur les cruautés que commirent les Camisards sur les populations catholiques ? Pourquoi ne signalent- ils pas les 71 personnes sans défense qui furent massacrées parles protestants à Saturargues en septembre 17u3, « ces iQ femmes dont 6 allaient être mères qui furent eventrées, » « ces six enfants depuis, l'âge de trois ans jusqu'à six, à qui on avait coupé les bras et les têtes, et les autres qui avaient été grillés au milieu de leurs pères et de leurs mères », et ces cinq femmes qui avaient été écrasées sous une croix de pierre. Si MM. Guiot et Mane aiment les scènes horribles, en voilà ! les protestants leur en fourniront qui ne le céderont en rien à celles des dragons. Mais au fait! pourquoi les leur signaler? N'est-il pas entendu d'avance que les catholiques ont le monopole de la cruauté et les protestants celui de l'innocence et n'est-ce pas pour le prouver que nos auteurs laïques ont écrit leurs manuels, afin que l'enseignement laïque fasse chaque jour détester davantage le catholicisme, en le chargeant de tous les crimes de l'histoire ?

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