CHAPITRE V
Les protestants au XVIIl® siècle 5
Dans quelle mesure ont-ils été persécutés?
Qui leur a rendu la liberté?
Brossolette. Cours moyen, p. ilii.
a La constitution de 1791. Les proleslants^ les juifs ont les mêmes droits que les autres citoyens français. Chacun peut, sans obstacle, prof esser la religion qu'il préfère ou n'en point professer du tout. La liberté de conscience est fondée. »
Cours moyen, p. 109.
o [Au XVI 11^ siècle), le roi... voulait que dans tout son royaume, tout le monde se déclarât catholique. Aussi envoyait-on au bagne les protestants qui refusaient de se convertir, on dispersait leurs réunions à coups de fusil, on prenait leurs enfants en bas âge pour les baptiser de force. Parfois les juges choisissaient parmi eux d'innocentes victimes, tels Calas, tels Sirven, pour les frapper de sentences de mort.
Calvet. Cours moyen, p. 161.
o Les Français, avant 1789, étaient obligés d'être catholiques. Louis XVI, à son sacre, jurait encore a de s'appliquer sincèrement et de tout son pouvoir à exterminer les hérétiques condamnés par l'Eglisey>. Ainsi ni les protestants ni les juifs ne pouvaient arriver aux fonctions publiques. Bien plus, comme les registres des naissances, mariages et décès étaient tenus par les curés qui n'y inscrivaient que les catholiques, les protestants et juifs n'avaient pas d'existence légale: au regard de la loi, ils ne naissaient pas, ne se mariaient pas, ne mouraient pas. Ils formaient donc comme un peuple de proscrits à l'intérieur de la France, heureux encore quand on ne les persécutait pas. »
p. 173. « Les principes do 1789. La réorganisation sociale. Lt^s protestants et les juifs recouvrent le droit de pratiquer leur religion, et, pour qu'ils ne soient plus à l'écart de la société, comme avant 1789, les prêtres cessent d^ tenir les registres de l'état civil. B
La Révocation de l'Edit de Nantes et les édits qui la suivirent avaient promulgué les plus grandes rigueurs contre l'exercice du culte protestant en France. Tous les temples devaient être détruits et les peines les plus graves frapper ceux qui tenteraient de les recon struire ; tous les pasteurs étaient exilés et ceux qui ren treraient en France seraient punis de mort ; les assem blées du culte étaient interdites et ceux qui les tiendraien clandestinement seraient arrêtés et envoyés aux galères Les protestants restés en France étaient censés convertis au catholicisme; ils devaient donc pratiquer les rites de l'Eglise, observer ses commandements, contracter devant elle leurs mariages, faire baptiser et instruire leurs enfants par ses prêtres.
Le mariage catholique étant seul admis par l'État, les réformés qui, restés fidèles à leur croyance, refusaient de le recevoir,étaient censés célibataires; s'ils contractaient des unions, elles étaient illégitimes aux yeux de la loi et illégitimes aussi les enfants qui en naissaient. Ainsi, la liberté de culte, la liberté de conscience, l'état-civil luimême, avec les droits civils qui en découlent, étaient refusés aux protestants et la peine de mort, des galères, de l'amende les menaçait souvent.
Certes ces édits étaient rigoureux, cruels même, et notre intention n'est nullement de les justifier. Nous voulons simplement rappeler un principe bien connu des historiens, c'est qu'il ne faut jamais confondre la législation et la jurisprudence, les textes de loi et la manière dont ils sont appliqués. Que de lois bienfaisantes ne sont pas exécutées, que de lois rigoureuses restent sans vigueur souvent à cause même de leur rigueur! Pour qu'une législation produise tous ses effets, il faut à la fois qu'elle réponde aux désirs du gouvernement et qu'elle soit acceptée par l'opinion publique. Qu'elle aille à l'encontre de la politique gouvernementale ou qu'elle: heurte trop violemment l'opinion : elle est faiblement appliquée, son
ad ion devient intermittente, elle tombe en désuétude et finit par être abolie. Si Thistorien se contente d*en résumer les prescriptions et les pénalités, il se tient à la surface et à une apparence qui le plus souvent est trompeuse. Pour saisir les réalités et se faire une idée exacte et vraiment scientifique d*une législation, il faut surtout en étudier l'application.
Examinons donc de quelle manière ont été exécutées au XVIII® siècle les ordonnances persécutrices rendues contre les prolestants.
Du vivant même de Louis XIV, de 1685 à 1715, la plupart des prescriptions contre les réformés demeurèrent lettre morte à Paris. C'est un protestant lui-même, le pasteur de Félice, qui le constate : « Plus que jamais, dit-il. les réformés de Paris étaient ménagés pour épargner à Louis XIV des pensées douloureuses. Le célèbre lieutenant de police Voyer d*Argenson avait expressément recommandé la tolérance. « L'inquisition qu'on établirait » dans Paris contre les protestants dont la conversion est » douteuse, disait-il dans un mémoire adressé'au Conseil, » aurait de très grands inconvénients. Elle les forcerait » d'acheter des certificats ou à prix d'argent ou par des » sacrilèges. Elle éloignerait de cette ville ceux qui sont )) les sujets des princes neutres, indisposerait de plus en )) plus les protestants ennemis, brouillerait les familles, » exciterait les parents à se rendre dénonciateurs les uns » des autres et causerait un murmure peut-être général » dans la capitale du royaume. »
Si telles étaient les manières de voir du lieutenant de police c'est-à-dire de celui-là même qui était chargé d'exécuter les lois répressives, on s'explique que la législation contre les protestants soit restée très souvent lettre morte à Paris, même du vivant de Louis XIV. 11 en fut de même dans la plupart des provinces. D'Argen-