I. Histoire ecclésiastique, tomes IV el VI
a. BosET-.Mvu'RT. Histoire de la liberté de conscience en Francs
LES PKOTESTAiNTS AU XVIIl* blÈCLL 1>7
protestantisme tandis qu'une dizaine de personnes furent emprisonnées, pendant ce raêmeteraps,pouravoir travaillé pour les intérêts du pape ^. « Aussi, malgré sa violente partialité contre l'Ancien Régime, Michelet rend-il hommage îï la tolérance que la Régence accorda, d'une manière presque continue, aux Réformés*, et de son côté. M. de Felice, historien protestant des protestants, reconnaît que pendant le premier quart du xviii^ siècle, comprenant les dernières années de Louis XIV et la Régence, ses coreligionnaires jouirent, en France, d'une tolérance de fait. Les lois faites contre eux n'étaient pas abrogées ; elles étaient même renouvelées; mais les lieutenant de police et les intendants avaient ordre de les laisser dormir^.
Les réformés profitèrent de cet « apaisement » du gouvernement à leur égard pour relever la tête, se réorganiser et bientôt devenir menaçants. En Languedoc, ils tenaient eu plein air des assemblées de culte a si nombreuses qu'il s'en était fait de plus de 3000 personnes et qu'on y avait vu jusques à 400 chevaux. » Ces réunions où l'on administrait le baptême et la Cène, et où l'on chantait des psaumes, se composaient d'hommes armés, malgré les ordonnances qui prohibaient le port d'armes^. Elles pouvaient à tout moment se transformer eu émeutes ; une prédication enflammée, une rixe avec des catholiques pouvait rallumer la guerre civile dans un pays qui, moins de quinze ans auparavant, avait vu la révolte des Camisards. Non contents de ne tenir aucun compte des ordon-
I. Fl:«ck-Bre.>tano. Les lettres dt.' cachet à Paris, pp. i8a-3o8., Cf. no ublio.
a. Histoire de France, XV, p. 56.
3. DE Fllice. Histoire des protestants, p. ^77. C'est ce que con. state, de son côté, un autre écrivain protestant, M. Bonifas, dans sa thèse sur Le Mariage des protestants : « Pendant la Régence, dit-il, le duc d'Orléans laissa aux protestants une tolérance assez étendue ». p. 83.
1. Histoire du Languedoc (éd. Vaissète-Moli?(ier;, Mil, p. gga.
nances qui leur imposaient le culte catholique, non contents de pratiquer publiquement leur culte, les Réformés se livraient chez les catholiques à une ardente propagande appuyée parfois de violences. « Ils se mêlaient des négociations de mariages afin d'éviter les alliances avec les papistes ; ils allaient dans les maisons expliquer l'Ecriture Sainte, en tirer des applications appropriées à l'intérêt de leur secte ; ils y faisaient la prière et récitaient les sermons de leurs ministres. On les voyait aussi veiller avec un empressement jaloux sur la chambre des mourants et en défendre l'approche aux prêtres i. » M. de Felice constate, de son côté, cette explosion de fanatisme protestant qui effrayait l'évêque d'Alais. « Les prédicants qui parcouraient le Vivarais et les Cévennes avaient plus de ferveur que de lumières, plus de zèle que de jugement... Hommes et femmes se levaient dans les assemblées et prononçaient des paroles ardentes qui enflammaient les esprits mais ne les éclairaient pas. » Parmi les dangers qui menaçaient les communautés calvinistes, M. de Felice signale ceux qui allaient venir « des exe es des fervents » c'est-à-dire du fanatisme rendu à la liberté après une sévère compression ^.
Ces « excès » étaient appréhendés par les hommes qui avaient la responsabilité du gouvernement, même quand leur largeur d'esprit les préservait de toute intolérance. Saint-Simon avait blâmé les rigueurs de la Révocation ; il s'était apitoyé sur les persécutions qu'avaient subies les protestants; et cependant, lorsque, en 1716, le Régent eut la velléité de rendre aux Réformés la liberté de conscience et de culte, il s'y opposa de toutes ses forces alléguant les troubles qu'en résulteraient ^. Il résume ainsi luimême les raisons qu'il donna au Régent : « Je lui dis que, faisant abstraction de ce que la religion dictait
1. Ibid., p. 993, d'après un rapport de l'évèquc d'Alais au roi.