‹ Histoire partialeChapitre 59 sur 214 · DE KkLICK. Op. Cil.^ p. li'jS · texte numérisé non relu

DE KkLICK. Op. Cil.^ p. li'jS

'6. iJAixT-SiMON Mcinoires(éd. Cliéruel) xiu, pp. 86 et suivantes.

là-dessus,jemeconteDleraisde lui parler un langage qui lui serait plus propre. Je lui représentai les désordres et les guerres civiles dont les huguenots avaient été cause en France depuis Henri II jusqu'à Louis XIÏI... Je lui fis sentir ce que c'était, dans les temps les moins tumultueux et les plus supportables, que des sujets qui, en changeant de religion se donnaient le droit de ne l'être qu'en partie, d'avoir des places de sûreté, des garnisons, des troupes, des subsides, un gouvernement particulier, organisé, républicain; des privilèges, des cours de justice érigées exprès pour leurs affaires, même avec les catholiques, une société de laquelle tous dépendaient, des chefs élus par eux, des correspondances étrangères, des députés à la cour sous la protection du droit des gens, en un mot }(n Etat dans V Etat... Je fis après sentir au Régent un autre danger de ce rappel. C'est qu'après la triste et cruelle expérience que les huguenots avaient faite de l'abattement de leur puissance par Louis XIII, de la Révocation de TEdit de Nantes par le feu roi et des rigoureux traitements qui l'avaient suivie et qui duraient encore, il ne fallait pas s'attendre qu'ils revinssent en France sans de fortes et d'assurées précautions qui ne pouvaient être que les mêmes sous lesquelles ils avaient fait gémir cinq de nos rois... Je finis par supplier le Régent de peser l'avantage qu'il se représentait de ce retour avec les désavantages et les dangers infinis dont il était impossible qu'il ne fût pas accompagné; que ces hommes, cet argent, ce commerce dont il croyait en accroître au royaume seraient hommes, argent, commerce ennemis et contre le royaume; et que la complaisance et le gré qu'en sentiraient les puissances maritimes elles autres protestants seraient uniquement une faute incomparable et irréparable qui les rendrait pour toujours arbitres et maitres du sort et de la conduite de la France au dedans et au dehors. »

Cette argumentation de Saint-Simon, que nous avons

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tenu à reproduire, prouve surabondamment que les hommes politiques qui voulaient maintenir la Révocation (le l'Edit (le Nantes et la proscription du protestantisme n'obéissaient pas tous à des sentiments de fanatisme catholique, mais bien à des raisons politiques que l'on peut discuter mais qui étaient sérieuses. Ils appréhendaient toujours pour l'unité nationale les révoltes du parti protestant réorganisé et ses perpétuelles conspirations avec l'étranger.

Le réveil du fanatisme protestant, vers 1723, les plaintes que firent entendre les catholiques des provinces où ils s'agitaient, expliquent la recrudescence excessive de sévérité à leur égard que manifeste la Déclaration de 1724 rédigée au nom du duc de Bourbon par l'évêque de Nantes, de Tressan.

Elle était fort dure ; plus d'un de ses articles aggravait la persécution cruelle dont les protestants avaient été victimes sous Louis XIV ^. « Tout homme convaincu d'avoir assisté à une assemblée illicite » (c'est-à-dire aux assemblées de culte clandestines) devra être puni des galères, toute femme de la détention perpétuelle; les biens de l'un et l'autre seront confisqués; les prédicants seront punis de mort. » Les mariages protestants étaient déclarés nuls, les enfants des réformés devaient être baptisés et instruits par des prêtres catholiques. Les relaps, c'est-à-dire ceux qui avaient abjuré en apparence mais étaient restés fidèles à leur religion , étaient frappés d'exil et leurs biens confisqués.

Cette déclaration déchaîna de nouveau la persécution contre les protestants surtout en Languedoc ; plusieurs « assemblées du désert » ^ furent attaquées par les soldats ;

1. Ilisloirc dd France (Lavisse), tome VIII, p. II (par Carré), p. 85.

a. On appelait ainsi les assemblées clandestines que tenaient les Iiroteslaril» dans les lieux écartés et déserts pour y célébrer leur cillée.

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des pasteurs furen!: mis à mort et un certain nombre de réformés envoyés aux galères. M. de Félice reconnaît cependant que « la déclaration de 1724, tout en produisant à divers reprises d'affreuses conséquences, ne fut jamais pleinement exécutée. » Et cette affirmation est particulièrement intéressante sur les lèvres d'un pasteur qui écrit pour glorifier la résistance de ses coreligionnaires et a une tendance naturelle a exagérer leurs persécutions pour mieux exalter leur héroïsme.

Ce furent précisément ses rigueurs qui rendirent le plus souvent cette déclaration inapplicable ; l'opinion publique les réprouvait eton osait rarement les exécuter. D'ailleurs, en 1726, le duc de Bourbon fut remplacé comme premier ministre par le cardinal de Fleury et l'ancien évêque de Fréjus était modéré dans les affaire religieuses comme dans tout le reste de sa politique. » Allié de la Hollande, de l'Angleterre et de la Prusse, il ne voulait pas les mécontenter par des rigueurs contre les protestants français auxquelles elles s'intéressaient. Aussi ne tint-il aucun compte des démarches qui furent faites auprès de lui pour l'application de la Déclaration de 1724 et la laissa-t-il tomber en désuétude : « // n'y a eut donc dit M. de Felice, (jue des persécutions locales et inomentanées suivant ihuuieur des intendants... La période de 1730 à 1744, ditil ailleurs, fut un temps de calme en comparaison de l'horrible tempête qui avait tout dispersé quelques années auparavant ^ » Voilà donc quatorze années de tolérance qui s'ajoutent aux 24 premières années du siècle; ce qui nous donnent pour 44 ans 39 années de calme, au dire de l'historien prolestant de Félice.

Il ne faudrait pas croire cependant que la persécution n'ait pas fait, pendant ce temps-là, des victimes chez les protestants. Plusieurs pasteurs surpris dans l'exercice de leurs fonctions furent mis à mort. Durand, qui prêchait en Vivaraisfut pendu à Montpellier, en 1732; Michel Viala

1. Histoire de Franc (Lvvissi;), VIII, p. II (par Carré), p. 333.

qui parcourait le Haut-Languedoc, en 1735, fut emprisonné à Touriioa et fusillé tandis qu'il tentait de s'évader ; plusieurs « assemblées du désert » furent surprises par les troupes royales et beaucoup de ceux qui y prenaient part arrêtés et envoyés aux galères. Mais ces rigueurs intermittentes et accidentelles n'étaient pas sulfisantes pour empêclier la réorganisation des églises et du culte. Ce qui le prouve, c'est la tenue, en 1744, d'un synode général qui réunit de nombreux pasteurs accourus du Poitou, de la Guyenne, des Ce venues, du Vivarais, du Dauphiné et de Normandie. 11 présenta même officiellement au roi les doléances dee églises réformées du royaume. En 1745, les <( protestants français se sentirent assez forts pour célébrer denouveau leur culte en plein jour, les dimanches et jours de fêtes *. »

L'ordonnance de 1724 avait assimilé à des concubinages et poursuivait comme tels les unions de protestants qui n'avaient pas été contractées devant l'Eglise avec le ministère des prêtres catholiques ; les protestants ^ne pouvaient donc légalement fonder une famille et donner un état civil à leurs enfants qu'en se faisant catholiques. Mais, sur ce point comme sur les autres, il faut se garder de confondre la lettre de la loi qui était rigoureuse, et son exécution qui était fort adoucie. Dans Vhistoire de France de Lavisse, M. Carré accuse le clergé d'avoir poussé legouvernement à l'application rigoureuse des lois et il le rend responsable des excès de la persécution ^. Des écrivains protestants ont été plus justes : « Pendant plusieurs années, dit l'un d'eux, M. Bonifas, le clergé [se montra conciliant et (pour marier les protestants,) ne leur imposa que de légères épreuves.... Certains curés poussèrent même la tolérance jusqu'à marier les religionnaires sans exiger d'eux uneabjurationformelle, s'exposant ainsi eux-

I. IioM:T-\lALRv. Histoirii de la liberté de conscience en France, p. »»5.

a. JhsL. de l'iance, VIII, p. II, p. 33/i.

mêmes aux galères *. » Certains prêtres étaient hostiles à une loi qui, imposant à des protestants le mariage catholique, profanait ce sacrement; l'un d'eux, l'abbé Robert, proposait que le prêtre catholique ne reçût les engagements des protestants que comme officier de l'état civil dont il avait la garde ^; et le cardinal de Fleury se montra favorable à cette solution.

Bientôt, parmi les chefs de l'Eglise gallicane et les fonctionnaires du roi, deux courants se dessinèrent. Les uns demandèrent l'application stricte de l'ordonnance de 1724 etjdes punitions rigoureuses contre les protestants qui, au lieu de solliciter la bénédiction nuptiale du curé, allaient la demander à leurs pastenrs, dans les « assemblées du désert » ou à l'étranger, ou même s'en passaient complètement. C'était le sentiment de l'évéque d'Alais, de l'intendant du Languedoc Saint-Priest qui proposait de f mettre à prix la tête des ministres qui mariaient les protestants au désert*, Met des Parlements de Grenoble et de Toulouse qui annulaient des mariages célébrés par les ministres et condamnèrent aux galères ceux qui les avaient contractés.

Quand on veut exciter l'indignation contre les persécutions infligées aux Réformés et les faire rejaillir contre l'Eglise, on cite ces faits. Mais on oublie de dire que le parti de la tolérance existait aussi et qu'il comprenait, lui aussi, desdiguitaires du royaume et de l'Eglise. Dès 1741, les èvêques du Languedoc déclaraient unanimement qu'il fallait changer l'ordonnance de 1724 « et faire cesser le désordre et le scandale » des mariages contractés par des protestants devant l'Eglise catholique*. • En 1751, l'intendant de Languedoc conseilla aux prélats de cette province de se montrer très larges sur cette question. Enfin, le 6 mai

I. BoMK.vs. Le mariage des proleslnnls depuis la Réjorme jusqu'en naO, p. Qi.

a. Ibid., p. gS.

'6. Ibid.f p. log.

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