I . Cité jiar M. Desdevises hit Dezf.rt. Op. cil., p. aSg
3, BONET-M.\.LRY, Op. cit., 78.
qu'à faire triompher le droit et la justice ^ Remarquons enfin que, lorsque ces philosophes écrivaient vers 1750, en faveur des protestants, leur cause était déjà à moitié t^aguée grâce à l'esprit de charité qu'avaient montré des catholiques tels que Noailles et Fleury, et surtout grâce à l'énergie qu'avaient déployée certains protestants dans l'affirmation de leur foi et la revendication de leurs libertés. « L'honneur de cette première victoire de la tolérance, dit avec raison M. Bonet-Maury, revient avant tout aux hommes de foi qui risquèrent leur vie et souvent versèrent leur sang pour la cause de la liberté de conscience^. »
A ceux qui font des philosophes les libérateurs du protestantisme, il faut rappeler que plusieurs d'entre eux refusèrent de prendre sa défense et parmi eux doit se placer un écrivain qui, né dans le protestantisme, devait y retourner, après une conversion intéressée et peu sincère au catholicisme, J.-J. Rousseau! Ce citoyen de Genève que les calvinistes de nos jours seraient tentés de revendiquer comme un des leurs, les renia avec la désinvoltion qu'il mit à abandonner ses propres enfants. Vers 1755, Rebatte-Charron lui ayant demandé de les défendre par sa plume, il lui répondit : ^ «J'ai peine à croire que ces furieux (catholiques) dont vous me parlez se portassent à ce point de cruauté si la conduite de nos frères ne donnait quelque prétexte. Je sais combien il est dur de se voir sans cesse à la merci d'un peuple cruel, san*? avoir même la consolation d'entendre en paix la |);irole de Dieu; mais cependant cette même parole est formelle sur le devoir d'obéir aux lois des princes. La
I. Cf. co que nous dirons à ce sujet dans le chapitre qui sera consacré à Voltaire dans le tome IV. « Nous ne valons pas grand'chosc, écrivait-il, mais iet huguenots sont pires que nous. »
a. Bo:*et-Maurt. Op. cit., p. 65.
3. Cité par le pasteur 13ersi\. Quelques pugcs de l'histoire des hufjueiiots.
LES PROTESTANTS AU XV!!!*" SiÈCI E 149
défense de l'assemblée est incontestablement dans leurs droits, et après tout, ces assemblées n'étant pas de l'essence du christianisme^ on peut s'en abstenir sans renoncer à sa foi. » En s'exprimant ainsi, J.-J. Rousseau était d'accord avec son Contrat social qui fait de la religion une affaire civile soumise aux décisions des gouvernements.
La liberté de culte des protestants était un fait acquis de 1767 puisqu'on n'osait plus appliquer les lois qui la réprimaient. 11 restait donc à la consacrer légalement en remplaçant les anciens édits et en particulier la Déclaration de 1724 par de nouveaux édits rendant aux réformés leur état civil et la libre pratique de leur culte. C'est ce qui se fit progressivement de 1767 à 1787.
Ce fut en grande partie l'œuvre de ces parlementaires catholiques, jansénistes même, que Voltaire avait si souvent accusés de fanatisme et d'intolérance à propos des affaires de Calas, de Sirven et de la Barre. Dés 1752, Joly de Fleury, procureur général du Parlement de Paris, avait imaginé en faveur des protestants une sorte de mariage civil qui leur conférerait l'état civil. Cette idée fut reprise par RipertdeMontclar, procureurgénéralauParlejnent de Provence. Dans son Mémoire théologique et politique sur les mariages clandestins^ il écrivait en 17oo : « Le roi est le maître d'établir, sans l'intervention de l'Eglise, une forme légitime pour les mariages de ses sujets protestants et de valider ceux qui sont déjà faits. ))-£n 1767, un avocat général au Parlement de Paris, Gilbert des Voisins, écrivait deux mémoires sur les moyens de donner aux protestants un état civil en France. Sans enlever au catholicisme son titre de religion d'Etat, « il proposait 1° qu'on permît aux protestants de prier en commun, mais entre parents et amis, avec des domestiques peu nombreux, » 2° qu'on donnât à quelques ministres de la conduite desquels on se serait assuré, des sauf-conduits révocables pour exercer leur ministère auprès des particuliers; 3° qu'on leur perinil de célélirer leurs ni.iiiages
lôO HISTOIRE PARTIALE, HISTOIRE VRAIE
devant les oflBciers de justice qui les feraient enregistrera » En 1778, un débat sur ces projets fut ouvert devant le Conseil du roi par l'avocat Legouvé et le Parlement présenta à Louis XVI le vœu « qu'on constatât autrement que par le moyen des curés catholiques, les naissances, mariages et décès des non catholiques. En attendant que ces questions fussent définitivement tranchées, le Parlement de Rouen en 1764, le Parlement de Grenoble en 1766, le Parlement de Toulouse en 1769, reconnaissaient la validité des mariages contractés par les protestants devant leurs ministres.
L'arrivée au pouvoir, en 1776, de Turgot qui avait pris en main la cause des protestants, la nomination à la direction générale des finances d'un protestant, Necker, l'alliance étroite qui fut signée avec les protestants d'Amérique en 1778, firent faire le dernier pas à la question de la liberté des protestahts. Comment en effet pouvait-on refuser l'accès des réformés aux charges publiques alors que l'on confiait les finances à l'un d'eux? D'autre part, pendant son séjour à Paris, le délégué des Etats d'Amérique Franklin , intervenait en faveur de ses coreligionnaires français, tandis que la plupart des Français qui s'étaient engagés dans les armes américaines, en revenaient avec une sympathie très marquée pour les protestants et le désir bien arrêté de leur conquérir la liberté. Comment pouvait-on résister à de pareilles sollicitations et à l'entraînement de l'opinion publique? Aussi, à la suite des efforts combinés du ijasteur Rabaut Saint-Etienne, de Lafayette, du garde des sceaux Malesherbes, du baron de Breteuil, ministre de la guerre, on remit en délibération devant le Parlement et l'Assemblée des notables lu question de l'état civil des protestants. Des discussions qui eurent lieu dans les deux assemblées résulta VEdit de