‹ Histoire partialeChapitre 66 sur 214 · Uonet-Maury, op. cit.. p. bO · texte numérisé non relu

Uonet-Maury, op. cit.. p. bO

Lafayette, dit-il, par d'autres motifs que les siens ; 11 a parlé en philosophe, je parlerai en évêque. Et je dirai que j'aime mieux des temples que des prêches et des ministres que des prédicants. »

Ces diverses citations suffisent à prouver combien est injuste l'impression qui se dégage de la plupart des manuels condamnés, sur la question protestante au xviii® iècle. Le silence que gardent à ce sujettes manuels Gauthier et Deschamps, Devinât, Guiot et Mane, tout aussi bien que les affirmations erronées et partiales de Brossolette ou de Calvet, tendent à faire croire que les choses sont exactement restées en l'état où les avait voulue Louis XIV ; que les pénalités qu'il avait édictées, ont été rigoureusement appliquées et qu'ainsi pas un protestant n'a pu vivre à l'intérieur du royaume de France sans terminer aux galères sa lamentable existence ; qu*aucunc voix ne s'est élevée en leur faveur, sauf, bien entendu, celle des philosophes ; que les rois et les gouvernants sont restés sourds à tout appel à la tolérance, et qu'aucune mesure n'est venue adoucir les décrets de 1685 jusqu'à l'heure bénie où la Révolution a proclamé la liberté de conscience. Un seul auteur, M. Aulard, fait en effet mention de l'édit de 1787 et reconnaît que « Louis XVI accorda aux protestants quelques droits et rendit leur existence plus supportable. » (Cours élémentaire, p. 33.) Il est vrai qu'il ne voit là qu'une « tolérance », et fait quand même gloire à la Révolution d'avoir « accordé (aux protestants) la liberté de conscience. » (Cours moyen, page 124.) Mais il faut déjà lui savoir gré d'avoir nommé l'édit que tous les autres auteurs paraissent ignorer totalement.

Contre l'évidente partialité des fabricants d'histoire laïque et révolutionnaire, nous espérons avoir établi que :

1** Les mesures très rigoureuses, édictées par Louis XIV, demeurèrent, eu raison même de leur rigueur, presque toujours inappliquées. Si dans certaines régions, à certaines époques, ou peut signaler un mouvement plus accusé de

persécution contre les protestants, ce sont là des faits isolés, dus soit au fanatisme particulier d'un intendant, soit à la propagajide protestante qui cherchait toujours à s'exercer avec violence au détriment des catholiques quand la liberté lui était laissée. Souvent, ceux-là mêmes qui devaient appliquer les décrets, Jes lieutenants-généraux, de police les intendants, réclamaient une large tolérance. C'est ainsi que bientôt le culte protestant put se réorganiser, tenir des assemblées, et qu'à trois reprises, en 1715, en 1744 et en 1763 les réformés se réunirent en synodes. 11 était si évident que le gouvernement fermait les yeux sur les manquements des protestants aux lois édictées contre eux que des pasteurs et des historiens protestants l'ont reconnu eux-mêmes.

2° L'Eglise fut loin d'être unanime à approuver les mesures de rigueur qui frappèrent les protestants. Si certains évêques, et certaines assemblées du clergé crurent servir leur foi eu réclamant l'application des lois qui les atteignaient, d'autres se montrèrent bienveillants à leur égard et écrivirentmême des traités enfaveurdeleurliberté de conscience. Enfin, dès 1751, avant la campagne d'opinion entreprise par les philosophes, Tévêque d'Agen, devançant son temps, souhaitait de voir rendre aux réformés la liberté que leur avait retirée l'édit de Louis XIV.

3<* Par contre, les philosophes ne prirent pas tous la défense des persécutés ; et, chose curieuse, ce fut justement parmi eux le protestant Jean-Jacques Rousseau qui se refusa à réclamer en faveur de ses coreligionnaires des mesures moins sévères de la part du gouvernement. Les autres, V^oltaire en tête, s'empressèrent surtout d'exploiter, en haine de l'Eglise, plus que par amour de la justice, quelques actes de violence commis contre des protestants.

4° Avant la Déclaration des droits de l'homme, avant même le début de la Révolution, Louis XVI, par VÉdit de tolérance de 17S7, rendit aux protestants lu droit de vivre

en France et leur reconnut un état-civil. Les peines édictées contre leurs pasteurs furent supprimées, leurs biens leur furent rendus. Depuis trente ans ces mesures avaient été préparées par les courageux efforts de parlementaires catholiques, tels que JolydeFleury et Gilbert des Voisins, dont les écrits avaient certainement plus contribué à les rendre possibles que les déclamations haineuses des philosophes

Néanmoins nos pédagogues continueront à enseigner que Voltaire, le premier, prit en main la défense des protestants, abominablement persécutés par les catholiques, et que la Révolution seule leur rendit la liberté de professer leur religion... ou même, comme dit M. Brossolette, de n'en professer aucune, ce qui, évidemment, est encore à ses yeux un progrès de plus !

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