A.NQUEZ, op. cit., p
l'ÉDIT de NANTES 19
Nantes avaient tout préparé pour la reprise des guerres de religion; aussi, après avoir trempé dans les révoltes qui troublèrent la régence de Marie de Médicis, les huguenots rouvrirent ofiQciellement les guerres de religion en 1620. « La plupart des 150 places de sûreté, faitremarquer M. Hanotaux, étaient groupées dans l'Ouest et dans le Sud ; elles commandaient la moitié du territoire et offraient une base d'opérations solide à toute tentative de rébellion et de guerre civile. » Et ainsi, les protestants profitèrent à merveille des avantages inouïs que leur avait reconnus l'édit de Nantes pour détruire la paix religieuse qu'avait établie ce même ôditi.
C'est ce que fait remarquer encore M. Hanotaux : «Après avoir hésité pendant quelque temps, dit-il, le parti protestant prit la résolution extrêmement grave d'appuyer le prince de Condé (dans sa révolte contre le gouvernement de Marie de Médicis). De ce jour {"21 novembre 1614) le parti protestant reconstitué en parti d'agression, rompt en visière avec la royauté. C'est donc lui qui, pour la première fois déchire de ses propres mains l'Edit de Nantes et rouvre la période des guerres de religion. »
Nous ne raconterons pas les révoltes auxquelles les protestants prirent part et les guerres qu'ils déclarèrent eux-mêmes à Louis XIII avec l'appui de l'Angleterre, jusqu'au jour où ils furent réduits à l'obéissance par Richelieu après la prise de La Rochelle. On en trouvera le récit dans les grandes histoires générales'^. Il nous suffit d'en indiquer le caractère et la cause principale. Ils nous sont fort bien exposés dans un écrit politique, datant de 16^3 et inspiré par un homme qui prouva qu'aucun fanatisme ne l'animait contre les protestants, puisqu'après les avoir vaincus, il leur garantit la liberté de conscience, Richelieu lui-même.
Faisant allusion aux guerres de religion du xvi** siè-
t. II.v\oTA.L-x. Histoire du cardinal de RicUelieu, I, p. 53a. a. Voir par exemple D.vreste, llistoire de France, tome V,
cle, l'auteur anonyme s'adresse ainsi aux protestants ^ : « Il s'agissait alors (au xvi® siècle) de la religion; c'était à vous de vous défendre. Mais maintenant que le roi veut protéger tous ses sujets en paix sous l'autorité de ses édits, qu'il ne demande que l'entrée de ses villes et qu'il ne requiert autre témoignage de l'affection et de l'hommage que vous lui devez, que l'obéissance en tous lieux qui sont du ressort de son domaine, ceux de la religion (réformée) lui ferment les portes, font des assemblées etmonopoles contre sa volonté, portent opiniâtrement les armes contre son service, tranchent du souverain enleurs factions, disposent des provinces et deniers royaux, constituent gouverneurs où bon leur semble, pai'tagent ce royaume à leur volonté; bref se persuadent que la France ne doit respirer que par leur moyen. »
Un homme qui a été mêlé aux affaires publiques sous Louis XIII, puisqu'il a été ambassadeur en 1626, en Angleterre, et en 164-i et 1647, à Rome, et qu'il a vécu dans l'entourage de Richelieu, le marquis de Fontenay-Mareuil, nous dit, dans ses Mémoires, que le plus influent des chefs huguenots, celui qui dirigea leurs armes en 1620, le duc de Rohan « qui était jeune et se sentait avec des talents fort propres à gouverner des peuples, pensait dès lors à hasarder tout et périr ou faire une république comme le prince d'Orange^. » C'est aussi ce que nous affirme Richelieu lui-même dans ses Mémoires : « D'abord, ces messieurs avaient de belles prétentions : leur intention eût été de se maintenir en de petites républiques q. » Rejeter la maison des Bourbons qui, en se convertissant au catholicisme, avait déçu leurs espérances, la remplacer par une République fédérale protestante comme les Provinces- Unies; et ainsi, extirper par la force le catholicisme de France et y faire régner le calvinisme, voilà ce que prépa-