Ibid., p. 3o
LE CLERGÉ PAYAIT-IL l'iMPOT SOUS L*ANCIEN RÉGIME 195
fût à juste titre suspecte ^ Ceux qui racontent cette lutte et taxent le clergé d'égoïsme-, semblent oublier que s'il réussit à se faire exempter du vingtième en 1751, ce fut moyennant le paiement d'un don extraordinaire de 10 millions de livres, de sorte que cette prétendue exemption fut plutôt un racbat, comme il en avait été pour la capitation et les vingtièmes précédents. Quant au clergé dit étranger qui ne votait pas de dons, puisqu'il ne faisait pas partie des assemblées quinquennales, il paya le vingtième jusqu'à la fin de l'ancienne monarchie. Les comptes de 1790, les derniers qui eurent lieu avant les bouleversements financiers de la Constituante, marquent, dans le total de 57 millions produits par le vingtième, 1161235 livres « pour les clergés étrangers. Tordre de Malte, les princes du sang, les fermes générales, etc.^ »
8'* La taille. — L'opinion généralement répandue, c'est que la taille pesait uniquement sur les vilains et les roturiers et que la noblesse et le clergé — les ordres privilégiés — en étaient complètement exempts. Et comme c'était l'une des principales sources de revenus de l'ancienne monarchie, on en conclut que l'impôt pesait uniquementsurles roturiers etsur lespaysans«corvéables et taillables à merci ». Cette croyance est tellement ancrée dans l'opinion publique que le mot taille est devenu presque synonyme d'impôt roturier, d'impôt paysan. Dans cette conception simpliste, il y a du vrai et du faux et pour saisir la vérité, Ihistorien est obligé de distinguer les cas et les espèces.
Que beaucoup de propriétaires se soient soustraits à la taille, et que, dès lors, étant un impôt de répartition, elle
I. Machaull, contrôleur des finances, ne dissimulait pas son désir de diminuer le rôle du clergé en réduisant ses biens par l'impôt, en refusant d'autoriser les nouvelles acquisitions qu'il pourrait faire, et en confisquant une partie de ses possessions.
a. Cf. Marion, MacliauU, Lavisse. Histoire de France.
3. Mario>, Les impôts directs, p. i ta. Archives nationales, D, vi, 9.
soit retombée d'autant plus lourdement sur ceux qui la paj^aient, c'est ce qu'il n'est pas possible de nier. Mais il ne faudrait pas s'imaginer que tous ceux qui se dérobèrent à cet impôt aient appartenu à la noblesse et au clergé.
« L'exemption nobiliaire et ecclésiastique (au xvii^ et au XVIII*' siècle) n'est plus que peu de chose à côté de cette masse énorme de privilégiés roturiers ou à peine sortes de la roture, affranchis en totalité ou partiellement, bourgeois des villes franches, secrétaires du roi, commensaux des maisons du roi, de la reine, des princes du sang, officiers de justice et de finance, officiers municipaux, employés aux fermes du roi, suppôts de l'Université de Paris, contrôleurs des exploits, maîtres des postes — c'est un des privilèges les plus durs au pauvre peuple et un de ceux contre lesquels s'élèvent les plus fortes réclamations — garde étalons, officiers et ouvriers de monnaies, etc, etc^. » Ainsi, c'était surtout la haute bourgeoisie, le monde des fonctionnaires qui échappaient à la taille; ceux-là même, notons-le bien, qui firent la Révolution contre des abus dont ils étaient les premiers à profiter !
M. d'Avenel a dressé la statistique approximative de ceux qui, au xvii® siècle, étaient exemptés de la taille^ : « 80.000 familles nobles, anoblies ou passant pour telles, fournissant à peu près 400.000 individus, 200.000 ecclésiastiques dont 130.000 réguliers et 10.000 séculiers, voiltà pour les deux premiers ordres. Plus, 5.000 officiers commensaux qui avec leurs familles faisaient 20.000 personnes; 150.000 hommes constituant le personnel de l'armée et de la police, soldats ou officiers. A ces premières catégories il faut ajouter les officiers de justice et leurs familles (à raison de 4 personnes seulement par famille) : 120.000; les officiers de finances (tailles, aides, gabelles) et assimilés, avec leurs familles : 600.000; les médecins, procureurs, professeurs, régents, appariteurs, scribes,