SYMPTOMATOLOGIE
frictions, peut. favoriser cette sécrétion® C’est un phénomène morbide qui tient à une simple
modification de linnervation des voies digestives.
11 peut avoir lieu avant comme après les repas ; l'attention que les malades donnent à ces gaz et l'habitude qu’ils ont de les rendre suffisent pour les entretenir indéfiniment.
. Quant aux autres altérations , celles qui portent sur la quantité et la qualité des liquides excrétés, sont quelquefois assez fréquentes dans la deuxième période dé lhypochondrie. Sur ce point, toutefois, il ne faut pas en croire les malades; selon eux, il n’y a plus rien de naturel dans tout ce qu’ils rendent, leurs crachats sont épouvantables, leurs urines d’une päleur telle qu'ils ne les regardent qu’en tremblant.
ILest bien vrai que l’état inflammatoire des organes sécréteurs modifie constamment leurs produits, c’est-à-dire les fluides sécrétés ; les muqueuses, parexemple, ne peuvent être enflamméessans que la sécrétion du musus ne soit ou supprimée ou altérée. Mais dans un grand nombre de Cas, les altérations de sécrétion les plus marquées existent sans trace d’inflammation; personne n’ignore qu'après de longs catarrhes chroniques, on trouve souvent la: muqueuse bronchique pâle dans toute son étendue. Il ne répugne d’ailleurs
SYMPTOMATOLOGIE. 211 en aucune manière aux lois de la physiologie d'admettre que la simple influence nerveuse modifie les sécrétions puisqu'elle préside à ces fonctions comme aux autres; on sait que les émotions morales suffisent seules pour modifier les sécrétions ; or, tout indique que dans la seconde période de lhypochondrie, les altérations de sécrétion ne sont que des phénomènes nerveux. |
S XL. Troisième PÉRIODE. Nous étudierons le passage de la seconde période de lhypochondrie à la troisième, comme nous avons étudié le passage de la première à la seconde, c’est-à-dire que nous commencerons par : examiner toutés les causes capables de provoquer et d'entretenir ces états essentiellement graves, que nous COMprenons collectivement sous le titre de troisième période. Cette marche nous semblé tout-à-fait philosophique et propre à donner les résultats les plus exacts.
Dans les sections précédentes nous avons d’abord examiné l’action de ces grandes causes, de ces causes tellement générales qu’elles modifient des masses entières et les disposent , bien que d’une manière éloignée, à contracter l’hypochondrie ; ensuite nous sommes descendus aux causes plus particulières et même aux causes in-
212 SYMPTOMATOLOGIE.
dividuelles. Ce n’est pas tout, il eût été peu logique d'abandonner alors tout ce qui a trait à la causalité ; non-seulement nous avons vu ce qui peut pousser et faire tomber, en quelque sorte, Pindividu dans létat morbide, c’est-à-dire les causes d’invasion | mais encore les causes qui entretiennent la première période, et celles qui provoquent le développement de la seconde. Or, ces dernières, nous les avons trouvées et dans la maladie et en dehors de la maladie. Il en sera de même pour le développement de la troisième période; nous chercherons et nous trouverons ses agens dans les nombreux effets de la seconde 4 et même en dehors de l’organisme.
La durée d’une maladie telle que l’hypochoôndrie ne peut en effet trouver sa raison dans le fatalisme des jours ou des années critiques; ele la trouvera dans le mode d’action des causes, d’abord sur le moral de l'individu, et xpits tard sur son organisation.
$ XIT. C’est encore par la série des organes digestifs que nous allons commencer nos investigations ; non que ces organes soient toujours et invariablement altérés dans leur texture plutôt que d’autres; nous avons vu que pour les névroses elles-mêmes, malgré les prétentions de beaucoup d’auteurs, ces organes n’en étaient pas
SYMPTOMATOLOGIE. 213 le siége unique, mais parce qu’en raison de la nature de leurs fonctions, qui, dans le plus grand nombre des cas, fixent de préférence l'attention des malades sur eux, ces organes deviennent surtout le but de leurs prétendus moyens thérapeutiques. Nous dirons donc que pour les altérations de texture, ils les doivent encore principalement à cette fâcheuse prédilection. Ainsi, déjà on peut le prévoir, par cela que ces organes auront été plus fréquemment et plus long-temps névrosés, par cela qu’ils auront été soumis à action d’une foule d’agens prétendus curatifs mais réellement nuisibles, des altérations variées se développeront enfin dans leur tissu.
L'état inflammatoire forme, en quelque sorte, une transition entre les simples troubles fonctionnels , les modifications diverses de la sensibilité organique, etc., et tes changemens matériels dans la composition des organes; l’hypertrophie, par exemple, ne parait-elle pas être une ‘suite toute naturelle de certaines phlegmasies ? Que lhyperhémie reste permanente, le même résultat n’aura-t-il pas lieu? C’est 1ci que nous voyons le point de dissidence entre les auteurs qui ne considèrent les phlegmasies, sans exception, que dans les modifications vitales , et ceux qui les définissent par une simple description des change-
214 SYMPTOMATOLOGIE.
mens appréciables aux sens, c’est-à-dire des modifications matérielles.
I n’est pas toutefois dans notre opinion que Pinflammation entraine à sa suite les nombreuses altérations organiques qui affligent l'espèce humaine ; les indurations inflammatoires ne dégénérent que lorsqu'ils’ y joint autre chose quelle génie inflammatoire , comme nous le dirons tout-xl’heure; pour le moment nous ne voulons parler que. de l’apparition des symptômes inflammatoires dans l’hypochondrie.
En considérant le genre de vie sait par la plupart des hypochondriaques, personne ne s’étonnera du développement des phlegmasies gastriques et intestinales: On pat déjà en trouver la raison dans les étranges régimes auxquels on les voit se soumettre successivement ; on devrait plutôt s'étonner qu’elles ne soient pas plus fréquentes, en. se rappelant les causes, même les plus ordinaires, des inflammations.
Il peut donc arriver, et il arrive quelquefois, que les hypochondriaques, après avoir longtemps parlé de leur gastrite, finissent par en offrir réellement les caractères distinctifs. Mais alors celle-ci affecte presque toujours une marche chronique, peut-être parce qu’elle succède à des irritations trés-légères mais indéfiniment ré-
SYMPTOMATOLOGIE. 219
pétées sur la muqueuse des voies digestives.
Ces gastrites, comme on le pense bien, ne contribuent pas à éclaircir les idées des malades, puisqu'il est d'observation que les phlegmasies chroniques du tube alimentaire amènent presque toujours ün état habituel de tristesse.
Maintenant que nous voyons parmi les symptômes de l’hypochondrie des symptômes de gastrite chronique , allons-nous, à l'instar dé quelques auteurs, placer arbitrairement dans cette inflammation la cause immédiate de cette maladie? Non, assurément, nous n'avons pas cru trouver cette cause prochaine lorsque l'estomac s’est névrosé sous la dépendance d’un état hypochondriaque de l'intelligence ; nous ne l’avons pas vue lorsque le cœur a précipité ses battemens; nous ne la verrons pas non plus lorsque ce même estomac se sera enflammé, ou lorsque le cœur se sera hypertrophié ; et ce raisonnement nous pouvons l'appliquer à toutes les modifications secondaires de l’organisme , sans exception, soit que ces modifications n’aient porté que sur les fonctions ou sur le mode de sensibilité et de contractilité des organes (deuxième période), soit que ces modifications aient porté sur la composition matérielle de ces mêmes organes (troisième période).
Par quelle fatale aberration de nutrition voit-
216 SYMPTOMATOLOGIE,
en des organes puiser dans la source commune , dans le sang, tantôt des élémens trop considérables de nutrition (hypertrophies), tantôt des élémens insuffisars pour réparer leurs pertes (atrophies), tantôt des élémens destinés à d’autres organes (tumeurs fibreuses , graisseuses , ossifications anormales, etc.), et tantôt enfin, des produits sans analogues dans l’économie animale (tubercules, mélanoses, encéphaloïdes, etc.) ? + Le mécanisme de la nutrition normale nous a été en partie révélé par Bichat : «Il dépend unique- « ment, dit ce grand physiologiste, de la somme « de sensibilité organique propre à chacun de nos «organes, laquelle le mettant en rapport avec « telle ou telle substance, et non avec telle autre, «fait qu'il s’approprie cette substance, s’en pé- « nètre et la laisse de toutes parts aborder dans « ses vaisseaux. » (Anatomie, Consid. génér.) N’est-il pas naturel de penser que des organes névrosés depuis long-temps finissent, non-seulement par perpétuer leurs troubles fonctionnels en raison des modifications vicieuses imprimées à leurs divers modes de sensibilité, mais aussi par éprouver des dépravations dans cette somme de sensibilité organique dont parle Bichat, dépravations telles, qu’au lieu de se crisper et se resserrer, ces organes laissent aborder et s’intro-
SYMPTOMATOLOGIE. 21 #)
duire dans leur tissu des substances ou trop considérables, ou insuffisantes ,:ou hétérogènes? , C’est ce qui arrive dans le cours de l’hypochondrie, et c’est ce qui, une fois arrivé, en constitue la troisième période. Les causes déterminantes de cette dernière transition se trouvent d’abord dans la durée et dans l'intensité des névroses. Îlest impossible que des organes , quels qu'ils soient, l'estomac, le cœur, le poumon .-le cerveau, etc., puissent restér long-temps névrosés sans être enfin altérés dans leur propre tissu, de même qu'il est impossible qu’une partie vivante soit long-temps irritée sans se névroser ou sans s’enflammer. Ce n’est pas tout, il est encore une cause toute puissante d’altérations organiques chez les hypochondriaques ; je veux parler de l’état habituel de tristesse nécessairement entretenu par la nature de leurs idées.
Laennec a été frappé de cette action toute puissante des passions tristes. « Parmi les causes
En
« de la phthisie pulmonaire ; dit-il, je n’en con-
Lam]
« nais pas de plus certaines que les passions tris- « tes, surtout quand elles sont profondes et de «longue durée; et il est à remarquer que la
Een
« même cause est celle qui parait le plus contri- « buer au développement des cancers et de «toutes les productions accidentelles qui n’ont
218 SYMPTOMATOLOGIE.
« pas d’analogues dans l’économie animale. C’est « peut-être à cette cause qu'il faut attribuer la « fréquence de ces affections dans les grandes « villes, etc. » Eh! quels hommes sont en proie à des chagrins plus amers , plus profonds et plus durables que les hypochondriaques? La nature de leurs maux est telle, que les conseils, Les raisonnemens, les railleries, et le temps lui-même, ce grand consolateur des misères humaines, ne font souvent que les exaspérer au lieu de les adoucir ! bis | | À
Si, dans la premiére période, quelques troubles dans les fonctions digestives ou dans les fonctions circulatoires étaient déjà pour eux de graves sujets d’inquiétudes , dans quelles anxiétés n’ont-ils pas été constamment entretenus par les névroses nombreuses et trop réelles qui sont venues caractériser la seconde période de la maladie?
Ce qu'il y a de plus étrange, et l’hypochondriäque la quelquefois senti lui-même dans des momens de retour, c’est que lui-même, par sa funeste disposition d'esprit , par ses inquiétudes, par ses régimes exagérés, par ses remèdes intempestifs, etc., etc., s’est en quelque sorte con- Stitué l'agent principal, pour ne pas dire unique, dé tous ses maux. Les hommes sont naturellement attachés à la vie, et les hypochondriaques
SYMPTOMATOLOGIE. 219
plus que tous les autres; « car, comme le dit «Georget, bien qu'ils parlent souvent du dégoût « qu'ils ont pour la vie, du désir qu’ils ont de la « mort, ils n’en recherchent pas moins avec « empressement les conseils de la médecine ils « lisent avec avidité les livres de l’art ; ils écou- « tent les commères ; ils ont recours à toutes les « recettes qu'ils trouvent vantées; ils prennent « des précautions infinies pour s'empêcher de « souffrir ; ils consultent sans cesse, et s’adres- « sent à chaque instant à de nouveaux méde- «cins, etc.» Comment se fait-il donc que, par ce fatal enchainement , ce cercle vicieux de propensions morales et de lésions de l'organisme, les hypochondriaques , tout en croyant agir dans l'intérêt de leur santé, se suicident en quelque sorte en détail et à chaque instant? Ceux dont les forces vitales soutiennent long-temps ce fàcheux concours de causes nuisibles, ne sont guère plus heureux, puisqu'ils vivent dans les mêmes transes et dans les mêmes alarmes que ceux qui sont affectés des maladies réelles des dernières périodes. à du:
S XIII. LÉSIONS ORGANIQUES DE L’ESTOMAC, DES INTESTINS, DU FOIE, DE LA RATÉ, ETC.
Après les aberrations sensitives de l’estomaé, aberrations qui rentrent dans la seconde période
2230 SYMPTOMATOLOGIE.
de l’hypochondrie , on voit donc survenir des altérations dans la texture de ses membranes; ces altérations ne sont pas des 7zuances de gastrite ; ici ce sont des altérations secondaires relativement à l’état hypochondriaque, mais distinctes et bien caractérisées, déterminées à la fois par des modificateurs sympathiques (inquiétudes morales, anxiété, tristesse, etc.) et par des modificateurs directs (régime trop exclusif, alimentation insuffisante, médicamens). C’est à cause de cette double influence que les maladies de ce viscère sont si fréquentes dans les derniers temps de l’hypochondrie, et qu’à l'ouverture des cadavres Morgagni et Lieutaud ont trouvé des tumeurs anormales dans les parois de l'estomac, le pylore squirrheux, des dégénérescences cancéreuses, des mélanoses, le système hépatique altéré, etc. etc. ; Mais nous reviendrons sur ce sujet lorsque nous traiterons des diverses terminaisons de l’hypochondrie comparées à celles de l’hystérie.
$ XIV: LÉsIoNs oRGANIQUES DES ORGANES DE LA CIRCULATION. Les lésions organiques du système circulatoire, sans être aussi fréquentes que celles du tube digestif, ne sont cependant pas aussi rares dans le cours de Phypochondrie que le pensent la plupart des auteurs qui se sont occupés de cette maladie.
SYMPTOMATOLOGIE. 221
Si l’on en croit M. Louyer-Villermay, ces désordres sont des complications accidentelles ( 592). Selon nous, ce sont des effets, des résultats trèsnaturels et presque nécessaires des névroses circulatoires. Après les lésions matérielles des voies digestives, qui occupent le premier rang en raison de la double influence dont nous avons parlé tout-à-l’heure, viennent celles des organes circulatoires ; ceux-ci ne sont plus soumis aux agens directs, comme lestomac; ils sont influencés plus vivement peut-être , bien que d’une manière indirecte, de la part du cerveau. Ces lésions ne sont pas plus des complications accidentelles que celles des voies digestives, et il en était de même dans la seconde période : les palpitations et les autres névroses de la circulation n’étaient pas plus des complications accidentelles de lhypochondrie que les désordres fonctionnels du tube digestif.
Si plusieurs A dans les cours de l’hypochondrie, on a pu réconnaître et prouver aux hÿpochondriaques que leurs palpitations étaient simplement nerveuses, c'est-à-dire, qu'ils se trouvaient encore daus la seconde période , souvent aussi à l'ouverture des corps on a pu constater que les palpitations avaient fini par entrainer diverses altérations organiques, soit des précardites latentes et partielles , comme le prouvent les ad-
222 SYMPTOMATOLOGIE.
hérences trouvées par Liceutaud entre le péricarde et le.cœur, soit des hypertrophies plus ou moins considérables de la substance charnue du cœur, comme on en voit des exemples dans Morgagni et dans Bonnet.
N’est-il pas dans la nature des choses que ces divérs résultats atent lieu dans l’hypochondrie? Lorsqu'une légère émotion morale peut même porter le trouble dans la progression circulatoire, que ne doit-on pas présumer de l'effet des grandes et profondes perturbations morales déterminées coup sur coup chez l’hypochondriaque par les causes les plus ordinaires? Ce n’est pas tout , les organes respiratoires doivent nécessairement participer à ces désordres.
Nous avons vu que dans la seconde période il ÿ avait des dyspnées nerveuses, des constrictions de la poitrine , des altérations de sécrétion bronchique, etc.; dans la troisième , il y aura des altérations organiques, telles que des tubercules à divers états, disséminés dans le parenchyme du poumon, comme l’a remarqué Lorry , ou des fausses membranes organisées entre les plèvres costales et pulmonaires, ou des épanchemens de divers liquides ,-etc., etc. (Lieutaud).
Rien de moins prouvé que les irritations cérébrales provoquées dans l’hypochondrie par une
SYMPTOMATOLOGIE. 223
gastrite chronique , et admises par M. Broussais et ses partisans ; tout.tend même plutôt à prouver que , dans la dérniére période de cette maladie , ces irritations n’ont lieu que fort rarement; des travaux récens en médecine nous ont fait assez bien connaitre les symptômes qui dépendent des irritations encéphaliques et rachidiennes : or, dans l’hypochondrie on & trouve pas ordinairement ces symptômes, Après la mort, il est vrai, on observe quelquefois, dans le cerveau ou dans ses annexes, des altérations organiques ; mais ces altérations, qui d’ailleurs ne succèdent pas toujours à des irritations encéphaliques, rentrent, même lorsque cette dernière circonstance a lieu, comme dans le cas des indurations et des ramollissemens, dans les effets secondairés qui constituent la troisième période de l’hypochondrie.
Si donc une irritation cérébrale se développe vers la fin de cette maladie et sous son influence, et cela peut aussi bien arriver que le développement de toute autre phlegmasie locale, elle aura ses caractères propres, indépendamment du cachet que lui imprimera Phypochondrie.
Mais il est absurde de prétendre qu’une irritation cérébrale revêt, dans sa marche symptômatique, tous les caractères que nous avons trouvés dans le cours de l’hypochondrie.
224 SYMPTOMATOLOGIE.
Depuis qu’on à reconnu que la discordance des symptômes des irritations encéphaliques était plutôt apparente que réelle, et qu’elle tenait, tantôt au siége différent de l'affection, tantôt à l’âge, au sexe ou au tempérament du sujet, tantôt à des complications importantes, d’autres fois enfin à la marche aiguë ou chronique de la maladie, remarquegg dues principalement à mon savant ami le professeur Lallemand de Montpellier, on a pu apprécier les symptômes caractéristiques de ces irritations, et voir combien ils diffèrent des symptômes de l’hypochondrie.
Mais nous reviendrons sur ce sujet lorsqu'il sera question du siége de cette: maladie.
S XV. VARIÉTÉS DE L’HYPOCHONDRIE. Maintenant que nous avons esquissé les trois périodes de l’hypochondrie, périodes bien distinctes dans la symptômatologie, nous savons ce que nous devons penser des variétés diverses assignées à cette maladie par les auteurs. |
Suivant Sydenham , l'affection hystérique , qui comprend'en elle l’hypochondrie , est constituée par une foule de variétés, par autant de variétés qu'il y a d'organes dans l’économie, de sorte, dit-il, qu’elle émite presque toutes les maladies qui arrivent au genre humain. Il n’y a d’autres
SYMPTOMATOLOGIE. 325
raisons de causalité dans ces diverses formes que les caprices du mal, qui tantôt se jette sur la tête, entre le crâne et le péricrâne (par. 63), tantôt sur les parties vitales ; ou bien il se Jixe dans les poumons (65), ou sur la région, dit-il, qui est au-dessous de la fossette du cœur (66), etc., etc.
M. Ar ltéé admet dans l’hypoékon:
drie des degrés et des variétés ; nous examinerons dans un autre lieu si on peut diviser l’hypochondrie en degrés; pour le moment nous ne voulons que faire remarquer que suivant cet auteur, dans le premier degré le mal n’attaque que les viscères contenus dans lPabdomen; dans le second il se communique aux organes voisins (337); enfin, dans le troisième degré , il s'étend aux organes de nos relations extérieures, et enfin le désordre moral se prononce (347 ).
Quant aux variétés de l’hypochondrie, cet auteur admet une hypochondrie boulimique (371) (bien qu'il ait dit (p. 333) que dans le premier degré de lhypochondrie ordinaire il ya quelquelois une véritable boulimie) et une hypochondrie névropathique, c’est-à-dire avec prédominence de la sensibilité générale (332). Tout le reste du chapitre est consacré à l’examen des phénoménes accidentels qui surviennent dans la marche de
226 SYMPTOMATOLOGIE.
l’hypochondrie, et qui, suivant lui, forment autant de nuances.
Georget a suffisamment prouvé que la division de M. Louyer-Villermay n’est pas fondée, ou plutôt qu’elle n’a d'autre fondement que l’opinion préconçue par cet auteur, relativement au siége de cette maladie et à son mode de propagation; mais cette question rentre dans celle de la nature et du siége ; nous aurons à y revenir plus tard. |
Pour ce qui est des variétés, nous ne nous arrêterons pas sur celles que M. Louyer-Villermay a admises, puisqu'elles n'existent réellement pas, même suivant cet auteur ; nous ne parlerons que de celles de Georget. Il est remarquable que les variétés reconnues par ce dernier auteur, sont tout-à-fait confirmatives de notre division de l'hypochondrie en trois périodes, et de la méthode qui nous à fait ainsi classer les désordres fonctionnels et organiques. Dans sa première variété Georget montre le rapport permanent de la cause aux accidens , et il ajoute que ceux-ci peuvent cesser tout-à-coup , la cause étant éloignée, et qu'ainsi une foule de malades ne ressentent plus des maux dont ils se plaignaient depuis tant d'années, dès qu'ils ont mis le pied dans une voiture, par exemple, pour faire un
SYMPTOMATOLOGIE. 227 voyage. Or, c’est précisément ce qui peut arriver dans notre première période, c'est ce qui peut aussi arriver dans la seconde, mais jamais dans la troisième, puisque la cause à laissé des désordres permanens.
Georget remarque que tous les symptômes qu’il a énumérés ne s’observent point er méme temps , ni chez le même individu , ni à toutes les périodes de la maladie, mais que tous les malades ont les fonctions cérébraies plus ou moins affectées ; après cela que chez les uns les désordres gastro-intestinaux sont plus intenses, chez d’autres des palpitations fartes et fréquentes, des serremens de poitrine incommodes, etc. Îci nous pouvons remarquer combien ce médecin avait l'esprit observateur ; tout ce qu’il vient de dire est de la plus grande exactitude ; nous avons observé les mêmes phénomènes, et nous n'avons rien fait autre chose que de les enchainer dans l’ordre de leur apparition, L’enchainement des phénomènes aamené l’enchainement de nos idées, et dès-lors nous avons pu tracer le cours des symptômes de l'hypochondrie , à laide d’un lien systématique, en un mot nous avons pu faire de la science.
$S XVI. Il existe cependant des variétés dans cette maladie, mais elles n’ont pas été établies par les auteurs. Celles que nous allons proposer
220 SYMPTOMATOLOGIE.
doivent être admises , selon nous, parce qu’elles ne sont pas fondées sur des variétés de causes, mi sur l’existence d’un phénomène variable et isolé, ou même étranger à la maladie, comme dans les espèces de Fracassini; elles ne résultent pas non plus de diverses complications, parce qu’une maladie qui vient en compliquer une autre peut bien imprimer quelques modifications à ses symptômes, mais elle ne saurait réellement en constituer une variété. Pour qu’on puisse dire qu'il \ a variété , 1] faut que, tout en retrouvant les élémens fondamentaux de laffeetion-mère, il faut, dis-je, qu’on observe certains traits assez saillans pour faire prendre à la maladie une physionomie toute spéciale.
En procédant ainsi, nous avons cru pouvoir éiablir six variétés dans l’hypochondrie, et nous les avons distinguées par des dénominations déjà introduites dans la science, à l'exception de certaines terminaisons un peu rudes peut-être, mais que nous avons admises pour mettre de l’uniformité et pour aider la mémoire.
Ainsi, conservant à l'affection premiére le nom peu exact qu'on lui donne généralement, nous disons que :
L’hypochondrie comprend les six variétés suivantes :
SYMPTOMATOLOGIE. dd)
1° La monomanie hypochondriaque ;
2° La monomanie pneumo-cardiaque ;
3° La monomanie encéphaliaque ;
4° La monomanie asthéniaque ;
5° La monomanie nostalgiaque; :
6° La monomanie hydrophobiaque,
Nous les avons rangées.suivant l’ordre de leur fréquence.
La première variété, ou la monomañnie hypochondriaque proprement dite, celle que nous nous sommes attachés à décrire presque uniquement, est incontestablement la plus fréquente, c’est presque toujours elle que lon rencontre dans la pratique. Sa source, est, comme pour toutes les autres variétés, dans les fonctions de l'intelligence, mais les désordres abdominaux prédominent, quelle que soit d’ailleurs-leur nature , nerveux ,inflanmatoires, organiques, etc., peuimporte; mais toujours est-il que, sans exclure quelques désordres secondaires dans les autres cavités, ceux de l'abdomen sont les plus intenses et mettent, en quelque sorte tous les autres dans ombre. Nous avons suffisamment expliqué pourquoi cette variété est la plus fréquente, c’est-à-dire pourquoi les phénomènes morbides surgissent plutôt des voies digestives que de partout ailleurs; nous n’v reviendrons pas.
Cette variété est donc le morbus flatuosus , r'uctuosus:,etc.,desauteurs, la gastro-entérite de M. Broussais, et le premier degré de M. Louyer- Villermay.
La seconde variété , ou la monomanie prieumocardiaque, comprend tous les individus qui, dans espèce d'élection forcée ou libre, en quelque sorte, qu'ils ont faite d’une maladie, sous l’influence de leur monomanie ou de la prédominence de leurs idées, se sont arrêtés de preféerence aux Organes contenus dans le thorax ; ainsi tous ceux qui passent leur vie à sentir battre leur cœur, à compter ses pulsations, à précipiter même ses mouvemens par cette fàcheuse attention , de manière à amener quelquefois des hypertrophies; ceux enfin qui, inquiets d’une toux plus où moins grave, examinent avec un soin minutieux tous leurs crachats, etc. etc., font partie de cette division.
Il n’y à d'autre différence entre la seconde et la troisième variété , ou la monomanie encéphalaque , qu’en ce que les malades qui se trouvent compris dans celle-ci, au lieu de se plaindre d’affections thoraciques, sont en proie à des maux dont ils placentle siége dans l’intérieur du crâne ; ce sont donc ceux qui éprouvent des douieurs le tête si variées , qui disent y entendre des détona-
SYMPTOMATOLOGIE. 231 tions, des sifllemens, de la musique, des voix extraordinaires , etc. ; Ce sont ceux qui prétendent que leur cerveau est en ébullition, qu'il est desséché, raccorni, etc., etc.; ceux enfin quise disent sur le point de perdre la vue, ou l’ouie, de perdre même la raison , qui n’ont plus d'idées, de mémoire, etc., etc. , je
Dans la quatrième variété, ou la monomante asthéniaque, la maladie part toujours des facultés mentales, car c’est Là le caractère primitif et constant de toute affection hypochondriaque , mais les désordres secondaires sont généraux. Une faiblesse imaginaire ou réelle permet à peine aux malades de marcher; la plupart »’osent le faire , ils affirment que leurs jambes ne les soutiendraient pas ; plongés assez ordinairement dans une moiteur universelle, ilsse sentent dépérir tous les jours, disent-ils, et cela quelquefois avec bon visage, assez bon appétit et du sommeil. On trouve parmi eux des onanistes, d'anciens vénériens , et tous ceux qui vont chercher, souvent très-loin dans l’histoire de leur vie, une cause capable, selon eux, de miner toute leur constitution et de les faire périr d’épuisement.
Dans la section des causes prédisposantes et occasionnelles, nous avons déjà fait connaître la cinquième variété, ou la monomanie nostalgia-
232 SYMPTOMATOLOGIE.
que; nous avons dit comment une cause particu-. lière ; le regret du pays natal, imprimait à toutes les idées du malade, à la marche même de Paffection physique, un cachet de spécialité bien distinct. Aussi son mode de traitement doit-il diffé rer des autres ; 1l serait superflu de répéter ici ce que nous avons dit à ce sujet.
Il ne nous reste plus qu’à faire connaitre la sixième variété, ou la monomanie hydrophobiaque, désignée dans beaucoup d'ouvrages sous le nom d’'hydrophobie rabiforme, variété terrible de Phypochondrie, heureusement fort rare, et dont nous n’avions pas encore parlé jusqu’à présent, parce qu'on ne la trouve pas même mentionnée dans les-opinions émises par les auteurs sur lhistoire des affections hypochondriaques.
Nous avons cru devoir cependant la rattacher à l’hypochondrie, parce qu’elle en offre toujours les caractères fondamentaux; lésion toute morale dans le principe, marquée par une erreur dominante , et plus funeste que toute autre, celle de se croire faussement menacé de tous les accidens de la rage, et dans beaucoup de cas, symptômes nerveux secondaires et formidables , nés sous linfluence de cette fatale persuasion. Ne retrouvons-nous point là les caractères les plus
SYMPTOMATOLOGIE. ‘043
tranchés de lindividualité morbide connue sous le nom d’hypochondrie ?
Maintenant nous pourrions citer une foule d'histoires particulières qui confirmeraient l’assertion que nous venons d'émettre sur la nature et le mode de développement de la monomanie hydrophobiaque. ah
Qui ne connait l’histoire de ces deux frères mordus en même temps par un chien enragé ; l’un d'eux part en Amérique ; après un séjour de vingt ans, revenu dans son pays natal, il apprend que son frère est mort avec tous Îles symptômes de la rage; son esprit se frappe et 1] meurt peu de temps après, au milieu des mêmes symptômes. Peut-on supposer, avec quelque apparence de raison, que le virus rabique ait attendu vingt ans pour développer tous les accidens ?
Un médecin de Lyon, dit M. Chomel ( Dict.
méd., 1. x1, p. 407), qui avait assisté; en 1817, à l'ouverture de plusieurs individus mordus par une louve enragée, est frappé de Fidée qu'il à pu s’être inoculé la rage. Aussitôt il perd l’appétit et le sommeil ; dès qu'il essaie de boire ; son cou devient le siége d’une constriction spasmodique ; ilest menacé de suffocation. Pendant trois jours il erre sans cesse dans les rues, s’abandonnant au plus affreux désespoir ; ses amis parvien-
nent à le persuader que son imagination seule est malade, et dès-lors les accidens disparaissent comme par enchantement.
Un autre individu est mordu par son propre chien en fureur, et ce chien se sauve aussitôt, méconnaissant la voix de son maître. Dés-lors ce malheureux, persuadé que cet animal est enragé, est en proie à l’anxiété la plusterrible; il refuse les boissons qu’on lui présente; rien ne peut adoucir son désespoir, et les symptômes de là rage se prononcent de plus en plus. Quelques jours après, lorsqu'on croyait à peine pouvoir le sauver, la porte de sa chambre s'ouvre, son chien se précipite , saute sur son lit et le convre de carésses ; à l'instant méme tous les accidens se calment et finissent par disparaître sans laisser la moindre trace.
Or, nous le demandons, que doit-on voir dans ces diverses circonstances, si ce n’est les symptômes d’une véritable monomanie hydrophobiaque ?
Ici se termine ce que nous avions à dire sur les symptômes de lhypochondrie. Les matériaux d'observation ne nous manquaient pas ; ie catalogue des ouvrages qui traitent de cette maladie est immense ; les faits abondent, mais incohérens, disparates , et toujours, comme nous l'avons reconnu , présentés dans un ordre vicieux, ordre
sYMPTOMATOLOGIE. 235 inspiré par des idées préconçues sur le siége ou sur la nature de la maladie, Nous avons voulu chercher à prouver que tous ces faits ont réellement lieu, qu'aucun ne répugne à lPautre, mais que leur succession et leurs rapports n’étaient pas connus, que l’ordre du développement et la raison de ce’ développement étaient ignorés, en un mot, qu'il fallait wn lien systématique propre à comprendre tous les événemens qui surviennent dans le cours de l’hypochondrie. Nous avons donc fait, pour les symptômes de cette maladie, un travail analogue à celui que nous avions fait pour les causes; presque toutes les causes avaient été mentionnées par Îles auteurs ; nous en avons ajouté quelques-unes qu’ils avaient omises ou retranchées, d’autres qu’ils avaient supposées gratuitement, puis nous avons cherché le mode d’action , le rapport entre les agens et les effets : il est résulté de cet examen un fait étiologique assez important, c’est que des causes différentes appartiennent à l’hypochondrie et à l’hystérie, et que lorsqu'une causé parait leur être commune, cette cause a une influence spéciale sur l’une et générale sur lautre, et vice VErs«.
Dans la symptômatologie, pour ne pas interrompre lenchainement dés phénomènes, nous
236 SYMPTOMATOLOGIE.
avons d’abord examiné tous les symptômes de l’hypochondrie ; les auteurs ne les avaient pas méconnus, mais ils étaient, nous ne saurions trop le répéter, dispersés sans méthode, méntionnés sans ordre, et en apparence disparates ; à l’aide d’un lien systématique, qui n’est autre que celui de.la succession, de la filiation réelle des événemens , nous les avons gronpés en trois périodes, parce qu'ils exprimaient trois genres de ‘lésions bien distinctes, parce qu'ils se suivaient naturellement , et parce qu’ils acquéraient une gravité progressive.
S X VIT. Maintenant il nous reste deux questions à examiner : Ÿ a-t-il une hypochondrie IN- TERMITTENTE ? Ÿ a-tl des crises dans l’hypochondrie ? Georget admet l’intermittence. « L’hy- « pochondrie intermittente n’est pas rare, dit-il; «dans le monde, on lui donne plus particulié- « rement le nom de vapeurs. » Il nous semble qu'ici Georget à confondu certains symptômes nerveux avec ceux de l’hypochondrie , et l’observation qu’il + rapportée à l'appui de son assertion à en effet plus de rapport avec les phénomênes hystériques qu'avec ceux de l’hypochondrie. La dame dont il parle avait, dans lintervalle des accès, l'esprit plus vif et plus dispos qu’auparavant ; l'accès était marqué par une douleur
SYMPTOMATOLOGIE. 237 vive sur un point à la poitrine ou à la tête, etc. Comme nous le verrons plus tard, lhystérie offre en effet des intermittences complètes , ce qui n'arrive guère dans l’hypochondrie. [Il faut en outre distinguer le mode de rémission qui diffère en raison des périodes; dans la première période de l’hypochondrie, on peut dire qu'il n’y a que des distractions , c’est le véritable mot; dans la seconde période s’il y a des intermittences, elles ne sont que partielles , c’est-à-dire qu’elles n’ont rapport qu'aux organes névrosés, dont les douleurs peuvent être interrompues; et à moins qu’elles ne coincident avec les distractions mentales, l’intermittence n’est pas complète, puisqu'il y a encore des symptômes moraux. Pour ce qui est de la troisième période, chacun prévoit qu'il ne peut y avoir que des soulagemens plus ou moins marqués.
La doctrine des crises, qui a tant exercé les esprits des anciens, n’est pas applicable à Phypochondrie sous le rapport de sa durée, c’est-àdire qu'aucun phénomène critique ne nous parait pouvoir yuger cette maladie, de telle sorte qu'il puisse parfois y mettre fin en totalité. Mais cette doctrine n’est pas à négliger dans l’étude des symptômes; dans l’hypochondrie il y a, comme nous l’avons vu, des maladies secondaires inflam -
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matoires et nerveuses; ces maladies, il.est vrai, ont ici un cachet de spécialité, et l’élément hypochondriaque modifie singulièrement leur marche ; cependant, il peut y avoir parfois un molimen soit hémorrhagique,, soit sécrétoire; c’est au médecin à l’observer et à en tirer tout le parti possible pour agir favorablement sur l’esprit des malades.
Il est temps de voir actuellement si les phénomènes de l’hystérie peuvent être ralliés aussi méthodiquement. Quoi qu'il en soit, après avoir décrit les symptômes de cette dernière maladie, nous résumerons ceux quon peut regarder comme caractéristiques, et nous les mettrons sur un tableau commun en regard des symptômes
de l’hypochondrie.