EN
la maladie, nous reconnaissons pour siége pri-
« mitif de lhypochondrie, les viscères abdomi-
« naux, et surtout l'estomac, affectés dans leur « système nerveux Où leurs propriétés vitales , «et surtout dans la sensibilité organique. Telle « est du moins dans /e silence des preuves phy- « siques , la probabilité la mieux appuyée, celle « quirésulte de l'observation des faits, de lex- « pértence et du raisonnement physiologique. »
Analysons cette opinion et, en même temps, les raisonnemens que l’auteur a avancés pour la corroborer. |
Il n’est pas d’abord à notre connaissance que les physiologistes modernes se soient occupés de la nature de l'hypochondrie. Dans ses immortels ouvrages , Bichat a bien , de temps à autre, jeté quelques-unes de ses grandes vues, de ses pensées fécondes sur des points très-sénéraux de médecine, mais ni lui niles autres n’ont abordé ce sujet de telle sorte que M. Villermay puisse invoquer leur témoignage. Maintenant si lon croit qu'il serait possible de trouver implicitement dans leurs explications des lois physiologiques l’opinion de cet auteur sur la nature es-' sentielle de l’hypochondrie ; c’est ce qui reste à prouver.
M. Louyer-Villermay dit ensuite que d’après l’observation journalière et Pexamen attentif des phénomènes de la maladie, qui n’est alors que
l'observation journalière appliquée à cette maladie, il reconnait pour siége primitif les viscères abdominaux, etc., affectés dans leur système nerveux ou leurs propriétés vitales. I fallait dire, suivant nous, lequel était affecté ou du système nerveux ou des propriétés vitales; ce sont deux sortes de chosés bien différentes , et qui ne pourraient être affectées que tout différemment ; mais admetions que ce soit les propriétés vitales, car telle est la pensée de M. Louyer-Villermay, eh! bien, de deux choses l’une, ou l’auteur a mal observé les phénomènes de l’hypochondrie, ou bien il a admis à tort les rapports des malades qui, dès le premier jour, se croient atteints d’affecions graves dans telle ou telle série d'organes. Nous avons développé ce point de doctrine dans notre examen de la symptomatologie, et nous croyons avoir démontré que les premiers phénomênes sont moraux ; qu’à cette époque, les malades ne s'ouvrent pas toujours aux médecins, ou bien sont traités de malades imaginaires ; qu’on ne croit pas à leur maladie, et qu’enfin on ne commence réellement l'observation journalière que lorsque les organes digestifs, ou circulatoires, ou autres, sont affectés.
Telle est du moins, dit enfin M. Louyer- Villermay, dans le silence des preuves physi-
NATURE ESSENTIELLE. 309 ques , la probabilité la mieux appuyée: Si, dans l'étude de la pathologie, c’est-à-dire dans Pétude des modifications morbides imprimées aux êtres vivans, M. Louyer-Villermay attend toujours que les preuves physiques parlent ; il n’aura pas même de probalités. C'est là la pierre d’achoppement des anatomo-pathologistes ; ils ne veulent croire que lorsque les preuves physiques ne restent pas dans le silence , il en résulte qu'ils font en effet la médecine la plus positive, mais la médecine du cadavre. Pour nous. résumer aussi, nous dirons que dans l’organisme il y a encore autre chose que du physique, et que, conséquemment , celui qui s’occupe de ses maladies , doit savoir entendre le langage des preuves vitales tout aussi bien, au moins, que celui des preuves physiques.
Si nous avons cru devoir nous plaindre de la concision de M. Louyer-Villermay, touchant le siége et la nature essentielle de l’'hypochondrie, que dirons-nous de son chapitre du siége et du principe de lhystérie? Deux pages ont suffi à l’auteur pour motiver l'opinion qu'il a émise sur ce point; toutefois, comme on peut dire beaucoup en peu de mots, passons à examen des motifs qui l’ont porté à admettre que Putérus est le siége primitif de l’hystérie.
« Si lon cherche à connaître , dit M. Louyer- « Villermay, quel est le siége de cette maladie, «et quels dérangemens des organes de la femme « produisent les phénomènes de l’hystérie , on « est bientôt convaincu que l'utérus est Le siége « de cette névrose, et qu'il existe vers cet or- « gane une irritation , un spasme qui se fait le « plus souvent sentir aux malades elles-mêmes, «et qui est indépendant d’une lésion organi- « que où d’une altération du tissu.
« Pendant les accès d’hystérie, la main, pla- « cée sur l'hypogastre | reconnaît un mouve- « ment vermiculaire quise fait également sentir « au doigt introduit dans le vagin. »
Nous commencerons d’abord par dire que notre opinion, au fond, est conforme à celle que vient d'émettre M. Louyer-Villermay ; mais nous remarquerons ensuite que lorsqu'on cherche à connaitre quel est le siége de cette maladie, on n'est pas bientôt convaincu que c’est l’utérus ; assurément si les choses se passaient toujours comme le prétend cet auteur, s’il y avait un spasme sensible vers cet organe , si pendant les accès la main reconnaissait le mouvement vermiculaire , étc., etc., on pourrait peut-être bientôt présumer le premier siége du mal ; mais souvent et trés-souvent les symptômes ne sont
NATURE ESSENTIELLE. AO pas à beaucoup près aussi apparens ; ce n’est qu'après avoir longuement observé et aprésavoir médité les auteurs qu’on peut se croire fondé à admettre cette opinion. Déjà plusieurs fois, dans le cours de notre travail, nous avons reconnu qu'avant le complet développement de Paccès hystérique , c’est-à-dire avant l'apparition des convulsions, une sorte de constriction spasmodique est accusée par presque toutes les malades dans la région hypogastrique ; mais la bonne foi nous force d’avouer que si trés souvent la main placée sur l’hypogastre reconnait ce mouvement intestinal, Jamais on n’a pu constater, avec le doigt Été dé dans Île vagin, le mouvement vermiculaire dont parle M. Louyer-Villermay.
M. Louyer - Villermay admet comme trésréelle, dans ce chapitre, une cause qu'il n'avait d’abord donnée que comme douteuse dans son étiologie : nous voulons parler de la présence d’une liqueur spermatique très-abondante ges provoquerait le spasme de l'utérus.
« Ge qui semble confirmer notre opinion, dit
M. Louyer-Villermay, c’est l'extrême fré-
quence de l’hystérie chez les femmes dont l'i- « magination est très-lascive , ou le tempéra- « ment utérin trés-développé, et la guérison
402 NÂTURE ESSENTIELLE.
&. qui pou presque RE de l'union des «sexes, » |
A #4 nous répondrons, en peu de mots, que la fréquence de l’hystérie chez les femmes à tempérament utérin ne prouve en aucune maniére la présence de cette liqueur, et que les guérisons amenées par le mariage ne seraient pas plus probantes sous ce rapport, si ces guérisons avaient réellement lieu ; mais l'observation j comme le remarque Georget | a prouvé le contraire : nous y reviendrons dans notre chapitre du traitement. | 4
Non-seulement M. Louyer-Villermay admet, cette pléthore spermatique , mais il pense si bien la connaître, qu'il en trouve deux espèces , 1° pléthore spermatique primitive, c’est celle des femmes à tempérament utérin ; 2° pléthore spermatique consécutive (53), c'est celle, dit-il, qui est amenée par une énclination contrariée.
Enfin cet auteur, conformément à l’opinion de quelques-uns de ses devanciers, pense que Ja pléthore sanguine locale peut encore être une cause immédiate de l’hystérie , parce qu’alors, suivant lui, le reflux du sang, dans le cas de suppression des règles, irrite tous les nerfs de l’économie.
Nous aurions beaucoup ; à | dire sur le sang qui
irrite tous les nerfs de l’économie, et sur cette opinion si peu physiologique qui tend à faire re: garder la suppression de l’acte tout vital dela menstruation comme fàcheuse, en cela seulement qu’elle retient une trop grande quantité de sang dans l’économie, ou plutôt dans le systéme utérin; maisnousavons une autre remarque à faire.
M. Louyer est tombé dans une erreur que nous avons signalée dans l’examen de quelques Opinions émises avant lui; ja voici : après avoir reconnu comme cause immédiate de spasmes , ét consécutivement de-convulsions, une excitation ou irritation nerveuse du système utérin, il s est cru obligé de donner encore la cause immédiate de cette excitation spéciale ; et de là ses suppositions de pléthore spermatique, sanguine, etc. Cest ainsi que, dans d’autres circonstances, des auteurs ayant à expliquer les causes immédiates d’une congestion ou pléthore sanguine . locale , ne manquent pas de recourir à une excitation ou irritation nerveuse antérieure , comme cause de ces congestions, de sorte qu'en. aümettant toutes les opinions , on voit que la pléthore est une Cause immédiate d’excitation, et l'excitation une cause immédiate de pléthore ; cercle vicieux dans lequel conduisent ces suppositions plus ou moins gratuites.
N'est-ce pas le plus sûr moyen de se perdre dans des hypothèses, que de chercher à remonter au-delà de ce qui existe réellement? Tout parait concourir à prouver, 1° que dans l’hystérie il y a d’abord, et avant toute autre chose | une excitation spéciale du système nerveux de l'utérus, et que de là découlent tous les phénomènes morbides ; 2° que cet état est amené sous l'influence des causes que nous avons examinées, pour la plupart, dans notre étiologie ; ce sont ces résultats qui doivent être étudiés, sans courir après d’autres explications , comme le fait M. Louvyer-Villermay ; ici, surtout, selon nous, cet auteur aurait dû mettre en pratique le précepie de Cicéron, précepte qu'il cite dans son chapitre de l'anatomie pathologique de l’hypochondrie (592), et qu'ila pu lire dans l'ouvrage de Whytt (t. 11, pag. 121,in-12. Paris, 1767) : Sufhocit, si quid fiat intelligamus ; etiam si quomodo quidque fiat ignoremus.
Pour ce qui est des résultats cadavériques , considérés par M. Louyer - Villermay comme pouvant éclairer la question du siège de nos deux maladies, il est évident qu'il a été conduit dans leur recherche par des idées préconçues sur la nature essentielle. -
On peut même dire que si quelque chose peut
NATURE ESSENTIELLE. 405 prouver la grande puissance de ces sortes d’idées sur notre maniére de considérer les faits s 6t de les présenter lorsque nous nous les sommes appropriés, c’est le choix des altérations anatomiques que M. Louyer-Villermay a cru devoir faire dans son chapitre, de l’anatomie pathologique de lPhypochondrie.
Cet auteur avait dit que la cause immédiate de cette maladie résidant spécialement dans la lésion des propriétés vitales des viscères abdominaux , on devait s’attendre à ne trouver le plus souvent aucune altération dans Ie tissu de ces organes, et cependant il a fouillé dans vingt auteurs différens pour trouver des lésions de tissus dans les seuls organes abdominaux, où il avait placé le siège de l’hypochondrie. Les auteurs citent des altérations dans presque tousles organes de Péconomie: M. Louyer ne cite qu’un cas assez singulier de maladie de cœur d’après Morgagnir, mais encore est-ce un de ces cas tellement rares, qu'on en rencontre à peine un exemple, dit-il, sur mille individus affectés d’hypochondrie.
Pour lhystérie, M. Louyer - Villerniay admet (148) « qu'elle peut déterminer très - prompte- « ment ou trés-lentement des lésions organiques, « et que parmi ces désordres on doit placer au « premier rang les altérations du tissu de Puté-
« rus ou de ses annexes, et surtout celles des (« OVaIres. »
.: Quant à nous, qui partageons les idées de cet auteur sur le siége primitif de l’hystérie, nous sommes forcés d’avouer qu'après avoir comparé toutes les altérations organiques rapportées par les auteurs, on ne sait trop quelles sont celles qu'on doit placer au premier rang. Willis place au premier rang les altérations encéphaliques; il dit avoir trouvé plusieurs fois-le plexus choroïde décoloré et macéré par une sérosité abondante qui s'était épanchée dans les ventricules et dans les anfractuosités du cerveau ; mais il faut nous rappeler que Willis prétendait que le siége de lhystérie était dans le principe des nerfs; de sorte qu'on serait tenté de croire que ce sont les idées préconçues qui assignent, en général, Le premier rang à telle ou telle série d'organes, dans l'ordre des altérations de tissu, et que M. Louyer - Villermay a peut - être été porté aussi, par ce motif, à indiquer surtout les ovaires. S XXI. Il nous resterait. avant d'arriver à Georget, à examiner l’opinion qui donne comme cause immédiate de Phypochondrie et de l’hystérie l’existénce de phlegmasies aiguës ou chroniques ; mais, comme cet auteur a lui-même ré-
futé de la manière la plus péremptoire ce point
NATURE ESSENTIELLE. 407 de doctrine, nous lui emprunterons quelques-uns de ses argumens, tout en examinant ses propres opinions.
M. Broussais et son école soutiennent que l’hypochondrie n’est qu’une gastrite chronique. Nonseulement Georget n’admet pas cette opinion, mais il prouve que les accidens gastro-intestinaux qui peñvent exister dans l’hypochondrie ne sont pas nécessairement le résultat d’une phlegmasie du conduit alimentaire; on ne pourrait rien dire de mieux que ce qu'il avance à ce sujet; aussi nous bornons-nous à le citer textuellernent : «1° Les phlegmasies du canal digestif se mani- « festent à tous les âges et dans toutes les con- « ditions de la vie, surtout dans la classe pau- « vre., mal vêtue, mal nourrie, livrée aux excès « de boissons ; tandis que l’hypochondrie appar- « tient presque exclusivement aux âges de la vie « où les passions exercent leur empire, où Pes- « prit est occupé et tourmenté de toutes Les fa- « çons ; aux individus des classes aisées, chez qui
LS
« les excès de boissons et la mauvaise nourriture « ne sont pas ordinaires. 2° Dans la gastro-enté-
dm,
« rite chroniqne l'appétit est souvent nul, la di- « gestion incomplète ; la diarrhée fréquente , la « nutrition altérée, l’amaigrissement progressif, «la fièvre bientôt continuelle, sans troubles no-
tables dans les fonctions cérébrales; et si la maladie fait des progrès, le malade finit par succomber au bout de quelques mois, ou au plus au bout d’un petit nombre d’années ; tan-
dis que dans l’hypochondrie, où il existe des
accidens gastro-iatestinaux , l'appétit est ordinairement bon, la digestion pénible mais complète; il y a plutôt constipation.qüe diarrhée ; la nutrition est excellente, à moins que le malade ne soit en proie à des chagrins continuels, ou que son estomac ne rejette toute espèce de nourriture, ce qui est rare ; embonpoint est souvent remarquable ; il n’y a pas de fièvre,
« et le malade peut vivre quatre où cinq ans
En
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