‹ Histoire philosophique de l'hypochondrie et de l'hystérieChapitre 20 sur 22 · ES · texte numérisé non relu

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avec les spasmes du ventre, les rots, les borborygmes. 3° Le genre de souffrance n’est pas le même dans les deux cas : les hypochondriaques accusent des spasmes, des angoisses, des chaleurs, une sensibilité excessive ; à les entendre, tout leur ventre est dans un état horrible ; et si on vient à les toucher, à les presser ; ces douleurs n’augmentent pas ou même elles disparaissent. Les autres malades se plaignent de douleurs légères, de coliques qui sont augmentées par le passage des alimens, par la pression sur labdomen, par la présence des mucosités abondantes qui font la matiére des selles.

« 4° Les affections morales exércent une très- « grandeinfluence sur Pétathypochondriaque. Un « malade, dont Pabdomen est calme depuis plu- « sieurs semaines ou plusieurs mois, at-il quel- « que sujet d'inquiétude au moment de son diner, « sa digestion est accompagnée de rots, de fla-

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tuosités, de borborygmes, de spasmes, de cha-

2, ai

leurs, etc. »

Il n’y a rien à répondre, comme on le voit, aux remarques judicieuses de Georget. Cependant, et nous l'avons dit dans notre symptomatologie , il peut exister des phlegmasies sous l'influence hypochondriaque , comme il peut y avoir des lésions organiques profondes. Georget admet auss la possibilité de ces accidens ; il convient que Firritation sanguine peut quelquefois exister dans les organes qui sont le siége de divers accidens. Mais il né croit pas, et avec raison, que cette irritation constitue la nature primitive de la maladie, comme dans les phlegmasies ordinaires.

L’hypochondrie , suivant Georget, est une affection primitive du cerveau; ici nous pourrions demander en quoi consiste cette affection primitive du cerveau, Cet auteur dit que cela lui parait dificile à préciser ; qu'il ne croit pas que ce soit une phlegmasie; mais que prétendre que ce soit une affection nerveuse, c’est apprendre fort

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peu de chose. On aurait pu répondre à Georget que c’est apprendre aussi fort peu de chose que de dire que c’est une affection du cerveau difficile à préciser. « L’hypochondrie, ajoute-til, «Cest une maladie de longue durée , apyrétique, « bien plus douloureuse que dangereuse , qui « nous paraît dépendre primitivement de laffec- «tion du cerveau et se répandre pour ainsi dire « dans les autres organes. Nous ne savons rien de plus positif sur sa nature. » On aurait pu répéter à Georget que, puisqu'il ne sait rien de plus positif, 1l a eu tort de reprocher à ceux qui ne voient en elle qu’une affection nerveuse d’apprendre fort peu de chose.

On ne doit admettre d’une maniére absolue une lésion matérielle que lorsqu'on peut matériellement la prouver. Peut-on dire qu’on a fait marcher la science, lorsque, au lieu d’affection nerveuse, on a dit affection primitive? lorsqu'on a reconnu une affection matérielle du cerveau , qu'on ne peut constater à l’autepsie, affection qui se répand, on ne sait comment, dans les autres organes? Ajoutons que cet auteur a avancé précisément lies mêmes choses sur la nature essentelle de l’hystérie, de l’épilepsie, etc.

Voyons l’hystérie :Georget s’est rangé de l'avis de Lepois et de Willis; suivant lui lencéphale

La

NATURE ESSENTIELLE. 4 est le foyer primitif et principal de la maladie. « Mais si d'abord, ajoute-t-il, le système ner- « veux cérébro-spinal paraît souvent affecté se ul, « il est bien certain que dans la suite les appa- « reils nerveux et les viscères du thorax et de « l'abdomen sont fréquemment le siége de lé- « sions qui méritent de fixer l'attention du pra- « ticien. » Dans cette seule phrase nous pouvons découvrir la cause première de l’erreur de Georget sur le siége el sur la nature essentielle de Phystérie. : |

Suivant lui ce n’est que consécutivement , ce n’est que dans la suite que les viscères de l’abdomen et du thorax sont le siége de diverses lésions , encore ne le sont-ils pas fozjours, mais fréquemment. Il résulte de cette manière de voir que dans l’hystérie simple il n’y aurait que des convulsions cloniques, ce qui n’est pas exact, car alors toute convulsion devrait être considérée comme symptôme pathognomonique de Phystérie. 2 el

Georget proposait à tort de substituer au mot hystérie celui d’encéphalie, puisque l’encéphale proprement dit ne joue qu’un rôle fort secondaire dans la production des phénomènes; les convulsions du second degré ne sont pas suscitées par lui, mais bien par les moelles.

On peut même avancer qu’à exception de certains roidissemens volontaires du premier degré, et des mouyemens d’exaltation intellectuelle qu’on observe quelquefois, l’encéphale est nul dans l’hystérie ; il y a plus, quelques-unes de ses fonctions sont alors arrêtées , tandis que toutes les autres fonctions de l’économie sont surexcitées; ainsi dans l'accès hystérique la suspension incomplète de Pentendement porte sur les rapports du cerveau, siége de cet entendement, avec la moelle allongée et la moelle épinière, c’est-àdire que Ja volonté ne peut plus diriger les actes de la vie animale: ce n’est donc pas le cerveau qui est la source du mal, ce mal vient d’ailleurs, et il se communique au système nerveux de la locomotion par l’intermédiaire des deux moelles, sahs l'intervention du cerveau ; et même malgré lui. l

Lorsque Georget disait qu'il ne faut pas que le séméiologiste s'arrête aux apparences extérieures , c’est-à-dire aux muscles convulsés, qu'il doit aller à la vraie source du mal, il avait raison ; mais il s’arrêtait encore trop tôt lui-même, puisqu’il n’entendait par vraie source que l’axe cérébro-spinal. Ainsi, dans l’hystérie, lorsqu'il y a des convulsions, il ne faut chercher la source du mal ni dans les muscles, ni méme dans le centre ner-

veux de la vie animale, mais il faut remonter encore plus haut, et chercher quels organes, par leurs liens sympathiques , déterminent ces convulsions.

Il résulte de ce que nous venons de dire que, tout en faisant à Georget la concession que les convulsions seules, telles qu'on les observe dans l’hystérie , constituent cette maladie, le cerveau ne pourrait être encore considéré comme le foyer de la maladie ; mais cette concession ne peut pas être faite : les choses ne se passent pas ainsi. Les affections des viscères abdominaux et thoraciques ne se montrent pas dans lhystérie à la suite des convulsions ; elles les précèdent. Si Georget n’a pas observé cette succession, c’est parce qu’il n’a pas voulu y croire ; suivant lui, la boule hystérique n’est autre chose que leffet des contractions convulsives des muscles abdominaux, du diaphragme, des muscles du thorax, ete.; ce qui est faux; car, d’une part, les femmes hystériques éprouvent encore cette sensation d’une boule qui monte vers la poitrine, Jorsque leur ventre est ballonné , ce qui arrive quelquefois , malgré l’assertion d'Hoffmann ; dans d’autres cas, on sent, sous la main, le tournoiement du paquet intestinal ; les muscles abdominaux étaient immobiles, ce qui avait tellement trompé Fernel, qu'il

croyait aux déplacemens de la matrice. D’autre part, on entend le bruit des gaz poussés et chassés par les contractions des plans musculeux des viscères. On ne conçoit pas, en outre , comment les muscles du thorax, agissant sur cette Cage osseuse, pourraient encore produire la sensation d’une boule dont les malades disent apprécier parfaitement le volume et la dureté.

Ainsi Georget , qui ne voyait dans les douleurs et les spasmes profonds de la région hypogastrique que les effets des contractions des muscles des parois abdominales, aurait même pu se dispenser d'admettre comme consécutives les affections des viscères abdominaux. Singuliers résultats d’une idée préconçue! Dans un lieu, Georget pensé .que les convulsions sont le seul phénomène caractéristique de hystérie, que les affections spasmodiques, si nombreuses, accusées par les femmes dans l’abdomen, dans la poitrine et vers la gorge, ne sont que les effets des convulsions; et dans un autre lieu, forcé de reconnaitre la gravité de ces prétendus effets , il avoue que , bien que l’encéphale soit le siége principal de Phystérie, dans la suite, les viscères du thorax et de l’abdomen sont le siége de lésions qui méritent de fixer lattention du praticien.

La grande majorité des auteurs a admis que

l’hystérie consiste dans une névrose de l'utérus. Gcorget dit qu’on n’a admis cette prétendue névrose que parce qu’on ne pouvait constater aucune lésion réelle de Putérus , ni dans l'exercice de ses fonctions, ni dans sa forme et sa structure : ce qui montre assez, ajoute-t-il, qu’une telle opinion est inadmissible. Le raisonnement de Georget n’est que spécieux, et c’est sa conclusion qui est inadmissible. C’est par l’observation et l’enchaînement des symptômes qu’on s’est cru fondé à croire d’abord que l'utérus est le point de départ ; puis , c’est parce qu’on n’a pu constater aucune lésion réelle dans sa forme et sa structure, qu’on a admis qu’il était névrosé : ce qui est très-admissible. Quant à ses fonctions , elles sont troublées , et c’est pour cela que Cullen à été forcé de reconnaitre la matrice comme source de tous les désordres. Nous avons déjà cité le passage où cet auteur dit que la maladie lui parait commencer par le paquet intestinal; mais que les paroxysmes ont une telle connexion avec le flux menstruel, et sont tellement liés aux maladies des parties de la génération, que c’est avec raison que les médecins de tous les temps ont considéré l’hystérie comme une affection de l’utérus.

Georget à beaucoup mieux raisonné lorsqu'il

a réfuté Pujol. L’hystérie, suivant Pujol, aurait pour point de départ une métrite chronique, mais Georget a prouvé que dans l’hystérie, il n'existe pas de métrite , précisément par les raisons sur lesquelles Pujol croyait pouvoir s’appuyer. Pujol disait que l’autopsie cadavérique en fournit les résultats ; que la compression de l’hypogastre est douloureuse, que presque toutes les malades ont des flueurs blanches, et présentent des irrégularités du flux menstruel ; que l’hystérie est fréquente à l’âge où les femmes cessent d’être réglées, et où l’utérus éprouve si souvent des inflammations chroniques ; que les grossesses et les couches engendrent des phénomènes nerveux et hystériques qui cessent aussitôt que l’organe est rétabli. Georget à répondu à cela que la preuve tirée des.autopsies n’est appuyée d’aucun fait par l’auteur ; qu’il est faux qu’on fasse souffrir les malades en pressant l’hypogastre , et que les flueurs blanches et les irrégularités du flux menstruel sont fréquentes chez les femmes les mieux portantes. Relativement à ce dernier point, Georget aurait dù dire, seulement dans lespèce, queles flueurs blanches et les irrégularités du flux menstruel ne sont pas les indices d’une métrite chronique ; car ce sont des altérations de sécrétion, qui, si elles ne dérangent pas la santé gé-

NATURE ESSENTIELLE. 417 nérale, indiquent toujours un état anormal de l'utérus, et militent en faveur de Popinion qui rattache l’hystérie à cet organe. Quant à l’assertion de Pujol que les grossesses et les couches engendrent des phénomènes nerveux et hystériques qui cessent aussitôt que l’organe est rétabli, elle est sans réplique ; non comme tendante à prouver que la métrite chronique constitue l’hystérie, mais que l'utérus est le point de départ de cette maladie. Et cela est si vrai, que Georget est enfin forcé d’avouer que «cette observation de « Pujol prouve l'influence de l’utérus dans l'hys- « térie, mais non l'existence de la métrite. »

Georget était de bonne foi, et ce qui l'indique, c’est qu'après avoir cru devoir établir que le cerveau est le siége de l’hystérie, que tous les phénoménes partent de là , après avoir proposé d’appeler cette maladie encéphalie au lieu d’hystérie, il pose lui-même une série de questions qui toutes restent insolubles dans son système. « Quel état « du cerveau, dit-il, produit ces convulsions « etfrayantes, cette sphatie atroce, et celte « suspension incomplète ou entière de. H con- « naissance ? d’où proviennent ces paralysies ou «ces rétractions spasmodiques qui ne durent « souvent qu'un laps de temps fort court? Un « phénomène fort singulier c’est le gonflement

si

«© de l’abdomen qui survient quelquefois presque « tout-à-coup. Enfin si on demande pourquoi € Paffection hystérique est si commune chez les femmes (il aurait pu ajouter et dans la période

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utérine de leur vie), nous ne connaissons pas

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la cause de ces faits, etc.. etc. »

Il résulte de notre examen des opinions de Gcorgel, que les phénomènes caractéristiques des deux maladies nous paraissent avoir été bien observés par cet auteur ; qu’il a surtout simplifié la question du point de départ de l’hypochondrie, ‘sans cependant avoir réellement indiqué le genre de lésion primitive, parce qu’il croyait cette lésion tout organique.

Quant à l’hystérie, tout en la tait de l’hypochondrie par l’ensemble et la marche de ses symptômes, 1] n’a pas su remonter assez haut pour en:découvrir le véritable siége primitif ; de sorte qu'a l’exemple de Willis, il a attribué au principe des nerfs, pour nous servir de l’expression du médecin anglais, ce qui n’était que communiqué sympathiquement à ce même principe.

Quoi qu'il en soit, nous pouvons déjà sentir que cet examen n’a pas été inutile, puisque, rejetant avec Georget les opinions erronées avancées par les auteurs les plus récens , nous sommes entrés dans le fond de la question, et nous

allons y trouver de nouvelles raisons pour tracer une ligne de démarcation plus évidente que jamais entre e l’hypochondrie et l’hystérie.

Suivant nous, tout diffère dans ces deux maladies : la cause prochaine, le siége , la nature essentielle, n’ont aucun point d’analogie. Nous Me QuE donner les développemens nécessaires à cette proposition.

S XXIL. HyrocnonpriE. Les premiers symptémes de l’hypochondrie , les seuls symptômes constans, les symptômes enfin caractéristiques , viennent de l’état de l'intelligence , c'est une vérité fondamentale que nous avons suffisamment établie ; mais précisons davantage ce qu’on doit entendre par ces expressions.

Nous avons donné, aux diverses variétés de l'hypochondrie , les noms des monomanies, en y ajoutant celui des organes postérieurement en souffrance, pour indiquer le rôle que lentendement est appelé à jouer dans la production de tous les phénomènes morbides de cette affection : mais on aurait tort d’assimiler entiérement cette maladie aux monomanies qui constituent les aliénations mentales des auteurs.

Dans l’hypochondrie, le principe intellectuel n’est pas malade, et, pour le dire en passant, il est impossible d'admettre qu’il puisse jamais Île

devenir. C’est donc à tort qu’on à soutenu que parfois la folie consiste dans une maladie de l’ame : c’est une erreur : ou l’ame existe nar ellemême, tout en se manifestant par les actes du cerveau, ou elle est un produit du cerveau. Si elle existe par elle-même, et c’est notre opinion , clle ne peut être malade, c’est une conséquence de son immatérialité ; si elle est un produit du cerveau, un produit ne peut être malade, ce serait alors le cerveau qui serait uniquement affecté ; mais d’autres ont dit que dans certains cas de folie, il.ÿ a aussi simplement erreur dominante qui maîtrise plus ou moins la volonté des malades; sous ce rapport il y aurait . en-effpts quelque analogie avec lés monomanies hypochondriaques ; mais ce n’est pas tout, dans lPhypochondrie |; le cerveau et ses annexes ne sont jamais primilivement altérés : on ne peut pas non plus supposer qu'ils soient irrités idiopathiquement où sympathiquement; en un mot, il n’y a pas primitivement de lésions physiques du cerveau. Georget dit, à la vérité, que lhypochondrie dépend d’une manière d’être du cerveau, mais il a été fort embarrassé lorsqu'on l’a pressé de spécifier en quoi consiste cette manière d’être du cerveau: il a bien dit en quoi elle ne consiste pas, que ce n’est pas dans une phlegmasie

NATURE ESSENTIELLE. Aa diguë où chronique , ni dans un vice de con formation , ni dans une altération organique , une dégénérescence s CAL EIC. "HAS (Id à été impossible de dire en quoi elle consiste. Quant à nous, nous ne dirons pas que l’hypochondrie dépend essentiellement d’une manière d’être physique du cerveau, d’abord parce que ce serait nous fonder sur une supposition, et ensuite parce que nous n'avons pas même besoin de recourir à cette supposition: ce serait nous fonder sur une supposition, car il nous serait impossible de démontrer cette disposition physique; elle n’a Jamais pu tomber sous les sens , et l’analogie ne prouve pas qu’elle puisse exister d’une manière inappréciable; nous n'avons pas besoin de recourir à cette supposition, car nous admettons seulement que Phypochondrie dépend d’une manière de penser nullement amenée, provoquée ou déterminée par une lésion de texture des orgañes encéphaliques : maintenant on m'objectera peut-être, et on la déjà fait, qu'une manière de penser ne peut ellemême dépendre que d’une manière d’être de organe pensant. Oh ! ici distinguons ; je ne refuse nullement d’entrer dans la discussion de ce point de doctrine : mais disons d’abord que cette objection, que je vais apprécier en elle-même

peut être faite dans des intentions bien différentes, et avoir ainsi plus ou moins de portée; tel fera cette objection ou l’a déjà faite, qui croit fermement que le cerveau pense comme l'estomac digère, que la pensée s’élabere comme le chyle se produit, et qui me trouvera fort absurde de ne pas admettre ces puissans axiômes pour lui si bien démontrés. |

Eh quoi! dira-t-il, admettre une manière de penser tout-à-fait étrangère aux dispositions physiques du cerveau ! Mais j'aimerais tout autant qu'on me parlät d'une maladie de la digesion , qui consisterait en une manière de digérer tout-a-fait étrangère à l'estomac! C’est un vice de locution, un langage métaphysique incompréhensible ! Vous devriez vous rattacher à l'opinion. de Georget, quoique l'opinion de Georget ne soit elle-méme qu'une futilité,

Ainsi un trait de plume décide que Willis et Georget n’ont émis que des futilités, que je suis tombé dans toutes les rêveries d’une métaphysique incompréhensible, etc., etc.; et ces décisions viennent , car il faut le dire enfin, d’un homme qui, plus sage jusque là, s'était borné à méditer sur les bandages à extension permanente, sur les hémorrhoïdes des femmes en couches, ct sur l’ongle incarné ou rentrant.

Ce qu’il y a de plus fâcheux, c’est que dans le

monde dit savant, on rencontre bien des génies taillés sur ce patron.

«Il y a des esprits courts, à dit tout récemment un homme de beaucoup de talent (Gazette médicale, t. 1, n° 99), esprits à grandes prétentions philosophiques, qui s’1maginent qu'il suffit de savoir qu'on ne peut penser sans cerveau pour n'avoir plus rien à apprendre sur la nature humaine, et que l'anatomie du cerveau donne l'explication dernière et complète de la métaphysique, des religions, de la morale, de la psycologie, et de la politique. Ceux-ci sont des pédans présomptueux , qui ignorent les premiers mots de toutes les questions, et qui tranchent du professeur dans des matières où ils pourraient recevoir des leçons du plus mince écolier en philosophie. »

A des esprits ainsi tournés , il n’y a rien à ré-

pondre, sinon qu'ils auraient dü mieux se con-

naître, et ne pas aborder des sujets évidemmént

au-dessus de leur portée 64

(1x) Si mon honorable compétiteur, M. Brachet de Lyon, s'était

contenté de gémir sur l'injustice dont il prétend avoir été victime,

je me serais abstenu de faire allusion à sa diatribe : hibre à lui de

croire et de dire, comme un écolier mécontent, qu’on lui a rayi so

Maintenant une objection sérieuse, mais äutrement. exprimée et conçue d’ailleurs dans un tout autre esprit , m'a été faite par des hommes recommandables ( Rapport de la Société royale de médecine de Bordeaux ).

L'intelligence a été trop isolée, par vous, de Porganisme, m'a-t-ôn dit.

Pour traiter cette question, il convient de reprendre les choses de plus haut :

La constitution physique , dit quelque part « Condorcet, me paraît influer sur l'intelligence « humaine, non comme ayant le pouvoir de la « modifier en elle-même; mais comme opposant « des obstacles à son activité ; ou comme don- « nant la force de l’employer avec as de con- « stance et de hberté. »

Mais Je n'ai pas même besoin dé recourir à cette circonstance qu’il y a fon-seulement doute, dans les esprits réellement philosophiques, mais encore aveu d’ignorance de leur part, sur tout ce, qui est relatif à l’essence du principe intel-

prix; libre à lui de faire tomber sa mauvaise humeur sur le rapporteur de la commission; mais M. Brachet, qui sait si bien inter préter des faits sur lesquels je m’expliquerai s'il le désire, M. Brachet, dis-je, a attaqué mon ouvragé' sans le connaitre, sur uné phrase détachée, et d’uné manière tellement pui di ns j'ai dü le:

stÿgmatiser comme 1l le mérite.

NÂTURE ESSENTIELLE. 425

tectuel; je n’irai donc pas résumer ici tout ce que Dhjiés Stewart a avancé pour prouver l'insuffisance de la théorie de Locke, et d’ailleurs, nous ne sommes plus à l’époque où Condillac pouvait soutenir que non-seulement les sensations amenaient les idées dans le cerveau, mais y apportaient aussi les facultés intellectuelles. |

J’admets pleinement que la pensée ne peut se manifester sans l'intervention des organes encéphaliques : l'existence de ces instrumens est une condition sinè qud non : les physiologistes ont suffisamment prouvé de nos Jours cette proposition, et ils avaient été précédés dans leurs explications, par Hartley, Priestley, Darwin et Horne-Tooke ; mais est-ce à dire pour cela que suivant que la pensée s'applique à tel à où tel ordre d'idées, la disposition physique du cerveau devient anormale ? N’est-ce pas à l’aide d’un petit nombre de facultés que l'esprit poursuit ses opérations ? Et ne peut-on pas concevoir qu AY ait parfois prédominance de telles ou telles idées, en raison des sensations venues du dehors, sans que cette prédominance tienne à un changement morbide dans la disposition physique du cerveau ? Je viens de dire que les facultés sont peu nombreuses , et en effet , les phrénologistes , malgré

leurs prétentions, ne les ont pas décomposées ; ils n'ont pas fait, pour les facultés, ce que les chimistes modernes ont fait pour les élémens d’Aristote ; car, il ne faut pas s’en laisser imposer, ils ont localisé des opérations spéciales, mais chacune de ces opérations n’en réclame pas moins l’action de toutes les facultés antérieurement admises par les psycologistes. Je reviens à la question, et Je répète que la manière de penser qui constitue primitivement l’hypochondrie, qui est le véritable point de départ de cette maladie, ne tient nullement au développement d’une altération physique dans les organes encéphaliques. Les matériaux des idées viennent en général du dehors; ces idées peuvent étre modifiées par des sensations nées spontanément dans le sein des organes, mais, dans tous les cas, les organes encéphaliques perçoivent les sensations, agissent sur les idées, sans modification anormale dans leur propre texture , et cela, quelle que soit la source de ces idées, quelle que soit même la prédominance et la tendance fâcheuse de ces idées ; or, c’est précisément là le cas de l’origine première de l'hÿpochondrie; car notez que ces idées sont alors normalement déduites; qu’elles ne permettent de supposer ni altération dans la faculté de percevoir, ou dans la faculté de compa-

rer, ou dans la mémoire. etc., etc.; cette manière de penser tient donc moins au mode d’action de la pensée, qu'a la nature exclusive des objets médités; or, on sait que le mode d’action tient essentiellement à l'organisme, tandis que les objets en sont indépendans ; c’est pour cela que la force et l'étendue des facultés tiennent aux conditions matérielles des organes encéphaliques, tandis que les idées arrivent parfois énvolontatrement, et forcent en do N. l'organe pensant à les accepter, et à méditer exclusivement sur elles. C’est encore dans ce dernier cas que se trouve l’hypochondrie à son début; mais c’est ce que ne peuvent concevoir ceux qui n'ont ni analysé les premiers phénomènes de lhypochondrie, ni suivi leur filiation.

Ces explications, toutefois, étaient à donner à ceux qui m'ont reproché d'avoir érop isolé Fintelligence de l'organisme ; l’énonciation seule de cette objection montre que ces médecins ne sont pas de la classe de ceux qui assimilent lintelligence et ses opérations aux fonctions de l’estomac; trop isolé, ont-ils dit, parce qu'ils ont compris qu’en entrant philosophiquement dans l'analyse des faits intellectuels, on pouvait y trouver quelque chose, sinon d’isolé, du moins d’in-

dépendant des lésions organiques.

Pour nous , plus nous avons médité sur cette question , plus "nous nous sommes pénétrés de cette conviction que l'hypochondrie dépend essentiellement, dans son origine, de la prédominancé et de la tendance d’un ordre particulier d'idées; qu’il en résulte une maniére de pénser qui constitue presque à elle seule la premièré période de cette maladie, et cette première période, nous g°" aecrite:

Il y a dont cette différence entre Georget et nous, qu’une manière d’être physique inconnue, inappréciable, tout-à-fait hypothétique, des organes cérébraux, a été donnée d'autorité par cet auteur, comme point de départ de l’hypochondrie, tandis que nous n’admettons, dans le principe de cette maladie, qu’un choix particulier d'idées , choix amené et provoqué par les causes que nous avons exposées dans notre étiologie ; d’où prédominance de ces idées, et tendance au dévéloppement des trois périodes de l’hypochondrie ; et ce qu’il ÿ a de plus important, c’est que nous pouvons donner à a fois une description de cet état de l'intelligence et en tirer des inductions raisonniées.

[l'était important, en effet ,; de bien caractériser cette prédominance d'idées, cause prémière de tous les désordres; on a vu qu’elle n’est pas

analogue à ces monomanies des auteurs qui conduisent presque infailliblement aux aliénations mentales les plus complètes, les monomanies ambitieuses et suicides, par exemple ; chez l’hypochondriaque , il n’y. a pas folie comme on l'entend communément : Je n’ai pas ici à rappeler tous les accidens consécutifs de lhypochondrie,

circulatoire , soit dans l’appareil sensitif géféral ;

soit dans les voies digestives, soit dans le sy

je ne parle que de Pétat de l’intellect; eh bien ! que voyons-nous sous ce rapport? N’y a-t-il pas plutôt excès que défaut de perfectionnement dans les idées du malade? Trompé par des sensations qu'il a fini par susciter lui-même dans ses organes, ilse croit presque toujours atteint d’une maladie singulière et bizarre, lorsque latexture de ses organes n’est pas encore altérée ; du reste H peut remplir parfaitement ses devoirs; et, à moins de complications, l'erreur qui le domine éprouve bien des variations, c’est-à-dire qu'il se croit plus ou moins malade, mais on ne le voit pas tomber dans les aliénations mentales qui suivent si souvent les autres genres de monomanie.

Les monomanies des auteurs finissent ,.en à effet, presque toujours, je lai dit, par un état complet d’aliénation mentale, parce qu'en général celles sont produites par quelque lésion

physique du cerveau; mon collégue et ami le docteur Bayle à démontré que cette lésion consiste três-souvent dans une phlegmasie chronique des méninges (arachnoïde, pie-mère), et quelquefois dans une irritation du cerveau (/Vouvelle doctrine de l’aliénation mentale, 13).

M. Falret me parait se rapprocher beaucoup Qc inion de Georget : « Dans la grande ma- « jorité des cas, dit-il (de l’'hypochondrie et du « suicide, 371), le cerveau est primitivement « affecté dans l’hypochondrie ; quelquefois seu- « lement Ja lésion d’un autre organe peut en « être regardée comme la cause éloignée. »

Je ne renouvellerai pas ici la discussion à laquelle je me suis livré, plus haut, en examinant l'opinion de Georget; je ferai seutement remarquer que M. Falret, pour motiver son assertion, examine , comme Je lai fait moi-même, cette question sous le rapport des causes, des symptômes et du traitement. Quant aux secours de l'anatomie pathologique, secours qui auraient été si décisifs pour prouver une affection matérielle du cerveau, je ne les invoquerai pas, dit cet auteur ; ce qui prouve, suivant nous, qu'il n’y à pas primitivément d'affection matérielle du cerveau : car un praticien aussi judicieux et aussi éclairé que M. Falret n’aurait pas manqué, dans ce cas, d’in-

voquer avant tout les seules preuves péremptoires de son opinion. Quoi qu’il en soit, M. Falret à parfaitement saisi l’action des causes dans bon nombre de cas; il a émis des idées exactes sur les symptômes, et, sous ce rapport, il est le premier qui ait essayé de mettre de Pordré là où il n’y avait que de l’incohérence ; enfin, les idées de ce médecin, sur le traitement, sont tout.à-fait philosophiques. J’aurai occasion d'y revenir à. l'article dela thérapeutique, et d’accorder à cet auteur un juste tribut d’éloges.

Pour nous, nous le répétons, dans les monomanies hypochondriaques, il n’y a qu’erreur dominante, erreur qui ne résulte d'aucune lésion matérielle, mais qui trouve évidemment ses causes dans toutes les circonstances me nous avons examinées ailleurs. |

Si cette erreur dominante pouvait exister sans porter les hypochondriaques à tourmenter leurs propres organes par une fâcheuse et continuelle attention , et par les régimes les plus intempesfs, si elle ne les entretenait pas dans une anxiété perpétuelle, elle n’aurait aucun résultat fàächeux pour l'organisme , et elle rentrerait dans la classe nombreuse de ces erreurs qui, loin d’empêcher les hommes de bien se porter, paraissent

plutôt propres à amener une exubérance de forces

physiques; mais il n’en est pas ainsi. L’hypochondriaque, sous l’influence de cette cause prochaine , transgresse bientôt les lois imposées à l'organisme, et c’est de la violation de ces lois primitives que naissent tous les désordres de l’hypochondrie confirmée.

Que Pintellect, excité par le sentiment de la prudence , n’attende pas lés derniers momens pour se garantir des agens nuisibles qui nous environnent, c’est dans l’ordre des choses, et c’est cette prévoyance morale qui a assuré à l'espèce humaine la souveraineté sur les autres animaux ; que poursuivi par le sentiment de la crainte, l'intellect s’épouvante à l’aspect de tous les événemens, l’exercice de cette fonction est déjà faussé, l'esprit se déprave ainsi par ses propres émotions, et de terreur en terreur il peut tomber dans une aliénation complète ; que, tourmenté enfin par l’effroi que lui causent les sensations variées et passagères venues de ses propres organes, l’intellect suive continuellement et avec anxiété tous lès mouvemens et tous les actes de ces organes, c’est, en quelque sorte, la violation la plus funeste des lois primordiales de lorganisme. L'intelligence ne s’occupe dés lors ni des êtres matériels qui nous environnent, comme le fait l'homme dans l'enfance des sociétés, ni

des nobles inspirations de la pensée, comme doit le faire l’homme civilisé ; elle se consune et s’épuise à chercher la nature et le remède de ce qui n’existe pas encore, ou de ce qu’elle a fait naître elle-même. |

Il résulte en effet de cette funeste aberration des forces intellectuelles, que des organes qui devaient à jamais rester plongés dans le silence des propriétés organiques, s’éveillent. enfin comme étonnés de cette investigation, et apportent à l’ame des sensations douloureuses et permanentes; sensations qui finissent quelquefois par empoisonner toute l’existence, parce qu’à chaque instant elles rappellent à lame et l’idée d’une maladie grave et celle d’une fin prochaine.

On parle sans cesse de l'influence du physique sur le moral, et presque jamais du moral sur le physique ; cette dernière influence cependant n'est pas moins fâcheuse et moins certaine, et c’est dans l’hypochondrie qu’elle apparaît pleinement. |

Sans doute il faut beaucoup de temps pour que la puissance intellectuelle amène des dèsordres permanens dans les fonctions de la vie organique ; car cette puissance n’est vaste et forte que lorsqu'elle suit sa brillante carrière, c’est-àdire lorsqu'elle soumet à ses investigations tous

les êtres et tous les phénomènes de l’univers, ou lorsque concentrée en elle-même elle analyse ses propres opérations; mais, lorsqu'elle veut changer la nature des choses, lorsqu'elle veut se substituer à la puissance organique, puissance née avant elle, et qui n’a pas eu besoin comme elle d'éducation pour régulariser ses actes, alors, faible et bornée, elle nuit, non parce qu’elle agit, mais parce qu’elle empêche d'agir, parce qu’elle entrave, parce qu’elle porte le trouble à où régnait l’ordre, c’est-à-dire dans le domaine de la vie organique, et surtout dans la région des hypochondres ; ce qui a valu son nom à la maladie. « Passio hypochondriaca sub mu- « cronatà cartilagine, ac costis spuriis, in hy- « pochondriorum regione suam exercet TYRAN- « NIDEM.» Hoffmann s’est ici servi d’un mot trèsheurcux ; c'est en effet une sorte de tyrannie que l'esprit des hypochondriaques exerce alors sur les fonctions digestives. |

Ce qui porteencoreà croire que l’hypochondriaque ne devient malade physiquement que parce qu'il transgresse les lois de l'organisme, c’est ce quise passe chez les animaux dans certaines circonstances. L’hypochondrie est une maladie exclusive à l’espèce humaine, parce qu’elle consiste dans Pabus d’une faculté qu’elle a seule en partage.

Les animaux évitent instinctivement ce qui peut leur donner la mort, mais ils ne savent pas la prévoir, ils ne paraissent même redouter en elle que la douleur présente ; aussi voyez ce qui en résulte. Tandis que lhypochondriaque , éveillé par ses soucis, cherche.à connaitre l’effet que va produire dans son estomac la petite quantité d’alimens qu'il vient d’y introduire ; tandis qu’il s'occupe exclusivement des fonctions de son estomac , comme si leur régularité dépendait des soins de son esprit , les autres animaux, dés qu'ils sont rassasiés, éprouvent le besoin du sommeil, et s’y laissent aller en toute sécurité ; que doit-il advenir dans ces deux situations? Chez l’hypochondriaque , Pestomac s’acquitte mal de ses fonctions, par cela seul que l'esprit veille sur lui, et qu’il veille péniblement ; c’est la pensée de Baglivi : « Ob illum ipsum vanum timorem, non «solüm exiguum illum cibum malé digerunt sed « Oobhoc in morbis incidunt. » Chez les animaux c'est le contraire , ils dorment, et leurs fonctions digestives entrent dans toute leur plénitude. Aristote l’a parfaitement bien exprimé : « Facultas « quæ nutrit et vegetat munus suum meliüs con- « sopitis quam vigilantibus animalibus absolvit : « tunc omnia probiüs et aluntur et augentur, ut « quæ nihil aded ope sensu augeant. »

On peut encore ajouter à tout ce que nous avons dit ailleurs sur l’influence diverse des âges dans l’hypochondrie, que plus on se rapproche de l'instant de la naissance, moins il y a de corrélation entre la vie organique et la vie animale ; il en résulte que la vie organique est plus indépendante de la vie de relation, et que ses actes, moins susceptibles d’être entravés, s’exécutent avec plus de liberté; la vie sensoriale, cé don funeste pour les hypochondriaques, existe à peine dans la première enfance, c’est pour cela que les jeunes enfans ne sont jamais atteints d’'hypochondrie. Loin de se mêler des fonctions des organes, l'esprit commence à s’essayer dans les siennes. Aussi les enfans digérent trés-vite et dorment beaucoup; c’est le contraire chez les vieillards et chez les hypochondriaques, les digestions sont lentes, pémbles, et le sommeil très-court; il semble que là vie animale, sur le point de s’étendre , ne veut plus rien laisser à la vie organique.

Ce n’est pas toutefois chez les vieillards que l'influence mentale est portée au plus haut point sur les fonctions, c’est pendant la période de la vie que nous avons nommée intellectuelle, parce que , comme le dit Cabanis, « la puissance exer- « cée par Porgane cérébral est d’autant plus re-

« marquable, qu’il exerce ses fonctions avec plus « d'énergie et d'activité. »

Nous voyons que, sans admettre deux principes différens, Cabanis a été forcé de reconnaître cet empire du moral de l’homme sur le physique, et il a ajouté que cette communauté d’action et de réaction existerait encore quand il y aurait deux principes d'action (Table analytique), parce qu’elle résulte de la nature des choses.

Ce même Cabanis paraît avoir entrevu ce que nous avons dit des effets de Pesprit sur les fonctions : «action de l'organe de la pensée et de la volonté, a-t-il dit (Znf{l. du mor. sur le phrs., Conclusion), est capable d’exciter, de suspendre, et même de dénaturer toutes ces

ns rs

Ps

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« fonctions. »

Pour nous résumer relativement à la nature essentielle de l’hypochondrie, nous dirons que, dans cette maladie, c’est la puissance intellectuelle qui, dans le principe, se constituant en quelque sorte cause prochaine des accidens, va troubler le jeu des organes naturellement soumis à la puissance vitale; c’est elle qui trouble ct déprave les fonctions digestives, en se concentrant toute entière sur ces actes, elle trouble de la mème manière le rhvthme des battemens du cœur,

rend la respiration pénible, éveille des sensations douloureuses, et finit ainsi par névroser les organes , et les névroses aménent à leur suite’ les lésions organiques.

$S XXII. HxsTÉRIE. Dans l’hystérie, au contraire, comme nous allons le développer, c’est la puissance vitale sur-excitée dans un apparéil organique qui réagit sur l’axe cérébro-spinal; c’est elle qui, par sa violente influence, tantôt exalte les.facultés morales, et tantôt suspend les opérations de lintellect; suscite sympathiquement.des convulsions dans les grands muscles de la locomotion ; c'est elle enfin qui épuise quelquefois l’influx nerveux de manière à amener des états de mort apparente, et à laisser des paralysies et des rétractions spasmodiques plus ou moins graves et plus ou moins durables. Entrons dans quelques détails à ce sujet.

Nous avons cherché à prouver par la succession des phénomènes de l’hystérie, que le point de départ de cette maladie est dans l'utérus. Si maintenant nous voulons savoir quelle est la’ nature des lésions primitives éprouvées par cet organe dans cette maladie , nous sommes portés à croire qu’une simple irritation nerveuse peut suffire pour déterminer la plupart des accidens généraux en raison des connexions de l’utérus

avec toute l’économie, et en raison de la nature de cette lésion toute spéciale et toute puissante. Les partisans de l’école physiologique n’ont. pas raisonné physiologiquement lorsqu'ils 'ont cru à la nécessité d’une gastro-entérite ou d’une métrité chronique pour produire les accès convulsifs de l’hystérie. Comme ils n’ignoraient pas que dans la grande majorité des cas la métrite et la gastroentérite ne déterminent aucun symptôme hystérique, ils ont été forcés d'ajouter qu'il: fautde plus une disposition particulière du : système nerveux. La difficulté ne s’est, trouvée: que reculée ; il restait à déterminer la nature de cette disposition particulière et ses corrélations , d’une part avec les viscères enflammés, et de Pautre avec le centre nerveux de la vie animale. Mais des recherches vers ce but seraient inutiles ; il est reconnu que loin d’être enflammée, dans l'hystérie, la matrice n’est pas même douloureuse; les autres lésions organiques de l'utérus et de ses annexes ne rendent pas mieux raison des symptômes de l'attaque hystérique. Sans doute Diemerbroek, Valsava , Morgagmi, et d’autres auteurs, ont trouvé des. dégénérescences nombreuses de ces organes dans des cadavres de femmes hystériques, mais dans bien

d’autres cas, tantôt ces dégénérescences n'avaient

coincidé avec aucun accident de ce genre, ettantôt ces organes n'étaient pas altérés chez des femmes évidemment hystériques. | Ce n’est donc: pas à l'existence de semblables lésions qu'il faut attribuer les phénomènes généraux de Phystérie; en raison, je le répète, dé la sensibilité toute spéciale de Putérus et de sesliens sympathiques, une impression, en apparence légère. peut les produire, et cela'arrive d’une manière évidente pour des organes Ge moins sensibles que Putérus.

La remarque de Whytt, citée par Grimaud dans sa physiologie, prouve ce que nousavançons. Whytt à très-bien observé, dit Grimaud, « que la sympathie est dépendante d’une sensa- « tion déterminée et non pas d’une impression « quelconque, comme cela devrait être si la sym- « pathie était le produit de quelque cause mé- « canique, ou de quelque circonstance de struc- € ture (phlegmasies, lésions organiques). Ainsi, «un frottement rude de la plante des pieds (il « aurait pu ajouter, les diverses lésions orga- « niques de cette partie, ses plaies, ses ulcé- « res, etc.)(1), n’est suivi d'aucun mouvement «€ sympathique, tandis qu’un ‘frottément léger

(1) Jen excepte les lésions des nerfs qui peuvent devenir causes

de symptômes tétaniques; cas tout-à-fait spécial et exceptionnel.

(NATURE ESSENTIELLE. 44x

« de cette partie agite de convulsions la plu- « part des muscles du corps, convulsions assez « violentes même pour produire la mort, lors- « que limpression d’irritation est appliquée « d’une manière continue. C’est le supplice, « dit-on, dont on se servait, sous Louis XIV, « contre les habitans des Cévennes, pour les « convertir à la communion romaine ; supplice « aussi bizarre qu'était absurde le zèle: qui lem- « ployait. D "oTe ss La sensation propre à mettre en jeu les sympathies chez les femmes, parait donc être ici le résultat de lexcitation spéciale de l’utérus, dont nous avons déjà parlé ; c’est en cela que consiste la cause premiére de lhystérie. Si maintenant nous nous demandions pourquoi, sous l'influence dés causes stimulantes du système nerveux, c’est l'utérus plutôt que tout autre organe qui se trouve excité chez les femmes, car, à l'exception de lonanisme , du coït et de quelques ‘autres causes ; celles que nous avons énumérées paraissent impressionner généralement Vorganisme , nous pourrions peut-être trouver physiologiquement la solution de cette question de la mamière suivante : | Van-Helmont répétait, d’après les anciens :

« Propter solum uterum mulier est id quod

«est. » C’est là en effet ce qui constitue toute la femme pendant la période moyenne de sa vie, Là est son plus grand, pour ne pas dire son unique foyer de sensibilité. La division physiologique ordinaire s’applique mieux à l’homme, chez qui les foyers de sensibilité paraissent s’équilibrer. On sait qu’indépendamment du cerveau, de la moelle allongée et de la moelle épinière, on trouve trois foyers différens de sensibilité, et que c’est entre ces divers foyers et l’axe cérébrospinalquelessympathiessont surtout prononcées.

Quelques physiologistes placent le premier de ces foyers dans la région phrénique , le second dans la région des hypochondres , et lestroisième dans les organes de la génération.

Chez les hommes, les émotions situation du système nerveux peuvent s'adresser tantôt à lun et tantôt à l’autre de ces foyers, en raison des diverses idiosyncrasies; mais chez les femmes, dans la presque totalité des cas, les émotions brusques et vives viennent toutes se concentrer et retentir dans le foyer inférieur, c'est-à-dire dans le système utérin ; etlorsque trop de:sensibilité est excitée dans ce foyer, elle déborde pour ainsi dire , elle est renvoyée au centre nerveux de la vie animale ; et de là tous les accidens sympathiques de l’hystérie.

Le jeu des sympathies a toujours été Pobjet des méditations des anciens ; et nous avons eu plusieurs fois l’occasion de voir que pour Fhystérie, en particulier, ils connaissaient la part qu’on doit attribuer aux sympathies dans la production des symptômes. ‘Ces idées étaient familières à Hippocrate, c’est ce qu’il entendait sous le nom de consensus, conspiratio una , comme l’a remarqué Baglivi: « Corpus humanum fasci- « culus est fibrarum variê contextarum ; Sibi « mutuÿ respondentium , et ab intüs se movente « fluido veluti elatere quodam hinc indé fiexa- « rum; undè quidem provenit consensus ille « unus, Conspiratio una et consentientia ommia « magn Hippocratis. »

Il n’y a donc qu’une cause prochaine pour tous les phénomènes de lPhystérie, c’est cette excita= tion primitive que nous avons indiquée ; il n’y a aussi qu'un seul siége dans le principe, et ce siége doit être placé dans l'utérus. Mais’ il va deux ordres de symptômes ; ceux qui sont produits idiopathiquement et ceux qui le sont sympathiquement. Nous avons encore fait connaitre cette distinction fondamentale ; on doit rapporter aux premiers tous les phénomènes /spasmodiques qui ont lieu dans les’ viscéres, et

aux seconds tous les phénomènes généraux qui

se développent dans le domaine de la vie animale. Dans ce dernier cas, le principe déterminant parait changé, car les organes qui reçoivent leurs nerfs de la moelle allongée et de la moelle épinière ; ne. peuvent recevoir l'influx nerveux que directement de ces foyers. Resterait à savoir mainteñant , comment s'effectue cette action sympathique, et par quelle série d'organes les centres nerveux de la vie organique déterminent par exemple de violentes convulsions dans les muscles de la vie animale. Le grand sympathique va-t-il employer le cerveau comme agent intermédiaire pour agir sur les muscles? Cette supposition ne peut être admise ; le cerveau n’a pas de nerfs qui lui soient propres, 1l ne pourrait prêter que sa volonté, et cette volonté n’entre pour rien dans les actes sympathiques ; ce n’est donc pas le cerveau, dans ce cas, qui esi stimulé, et telle n’était pas l’idée de Bichat, comme. on le croit communément. Lorsqu'il arrive à Bichat de dire qu’un viscère excite sympathiquement le cerveau en totalité ou seulement quelques-unes de ses parties, il faut toujours entendre l’axe cérébro-spinal ; c’est en cesens qu'il a dit que le cerveau est le centre unique du système nerveux. de la vie animale. |

Ainsi les phénomènes convulsifs dans l'hysté-

rie ne sont pas déterminés par le moyen du cerveau, pas plus que les phénomènes instinctifs , comme nous le verrons tout-à-l’heure.

L'’influx nerveux, agent unique des mouvemens, ne-part pas du cerveau, il ne lui appartient pas , il vient de la moelle allongée et de la moelle épinière ; encore une fois, les organes de la vie animale ne peuvent le puiser que dans ces parties. Je l'ait dit ailleurs (1) ; cet influx est donc comme un premier levier situé dans la moelle allongée et dans la moelle épinière. Il faut maintenant des puissances pour mouvoir ce levier, et il y en a deux : l’une est la volonté ou la puissance intellectuelle , elle réside dans le cerveau, et lorsque les besoins de la vie animale lexigent, lorsqu’elle a senti la possibilité de satisfaire ces besoins, elle agit sur ce premier levier, linflux part aussitôt et les mouvemens volontaires ont lieu. L’autre est une puissance qui réside dans les centres nerveux de la vie organique , puissance que nous appelons vitale, parce qu’elle est commune à tout ce qui a vie dans la nature, tandis que l’autre n'appartient qu'aux classesles plus élevées.

La puissance vitale peut aussi en quelque sorte

(1) De l’Instinct et des Déterminations instinctives; mémoire lu à

Ÿ Académie royale de médecine.

agir sur ce levier, et elle le fait quelquefois sans aller chercher Pintermédiaire du cerveau | COM me nous allons le prouver : elle le fait d’abord dans l’état de santé, nous l’avons dit ailleurs, et alors les mouvemens qu’elle détermine, reconnaissables à un certain cachet de spécialité, ne trompent personne, on les appelle mouvemens instinctifs.

Je sais que Condillac et Helvétius ont nié les mouvemens Instinctifs; mais ces philosophes ont méconnu ces fonctions physiologiques.

On peut poser en principe les trois propositions suivantes : 1° Les mouvemens instinctifs ct sympathiques ont lieu sans intermédiaire du cerveau , pendant la vie utérine du fœtus ; et ce sont le seuls mouvemens possibles chez lui. 2° Les mouvemens Instinctifs et sympathiques peuvent avoir lieu pendant tout le reste de la vie sans lPintermédiaire du cerveau. 3° Les mouvemens instinctifs et sympathiques sont d'autant plus prononcés que le cerveau ou que les fonctions cérébrales y ont moins pris de part.

I ne faut pas croire avec Bichat que le fœtus se meut dans le sein de sa mère , parce que les organes de la vie organique transmettent au cerveau des sensations propres à déterminer des contractions musculaires; aujourd’hui 1l est par-

faitement prouvé que des fœtus anencéphalés ont exécuté ces mêmes contractions.

Les mouvemens instinctifs ont encore lieu aprés la naissance sans l'intermédiaire du cerveau. Nous avons vu à l’Hôtel-Dieu de Paris un fœtus anencéphale à terme vivre trois jours, et pendant tout ce temps pousser des cris, exercer des motvemens de succion, des mouvemens de flexion et d'extension très-énergiques.

Ce fait est consigné dans l’ouvrage de mon célèbre ami le professeur Lallemand de Montpellier (Observations patholog., etc. Paris, 1823).

Les mouvemens sympathiques et instinctifs , avons-nous dit, sont d'autant plus marqués, précis et énergiques , que le cerveau est devenu complètement nul; c’est parce que, lorsqu'il n’est pas tout-à-fait nul, il les entrave et les comprime. Nous l'avons remarqué dans un autre lieu, c’est lorsque la vie ést dans un danger imminent, c’est lorsque le cerveau est comme anéanti, que les actions instinctives apparaissent dans tout leur éclat et dans toute leur puissance.

Ainsi, quand un homme ne cherche pas à éviter la mort, c’est par la seule force de son intelligence ; car alors il soutient une lutte, non contre la mort, qui n’est rien en elle-même, mais contre la puissance instinctive ou vitale qui ne veut pas

mourir. Chez les hommes courageux, tant que l'intelligence est entière , elle fait taire l’instinct ; mais lorsqu'elle est la première abolie, ce qui arrive dans certains genres de mort, l'instinct, jusque-là comprimé, se relève et déploie toutes ses ressources.

+ Certes, jamais homme ne fut moins porté à reculer devant la mort que l’amiral Coligny, eh bien ! l’histoire dit que , lorsque percé de coups de poignards, on cherchait à le précipiter d’un premier étage dans la rue, linstinct, qui n’était plus contrarié en lui par sa grande intelligence, l'instinct faisait qu'il se cramponnait avec force aux bords de la fenêtre, l’instinct se refusait à mourir.

Dans l’état de maladie, et en particulier dans l'hystérie, la puissance vitale, surexcitée dans le foyer utérin , se trouve réfléchie et envoyée vers l'axe cérébro-spinal; elle vient ainsi mouvoir ce levier dont nous parlions tout-à-l’heure ; elle agit sympathiquement sur la source de linflux nerveux, ét les grandes convulsions se déclarent. Le cerveau n'entre plus pour rien dans tous ces actes ; le plus souvent il est réduit à un état de demi-nullité ; ses facultés, qu’on pourrait nommer actives, sont presque toutes suspendues.

Dans les accès d’hystérie bien caractérisés ,

tous les rapports du cerveau avec la moelle allongée et avec la moelle épinière, semblent complètement détruits ; dans beaucoup de cas il ne reste à l’intelligence que la perception de certaines sensations, mais non la faculté de réagir au moyen des mouvemens physiques.

Ainsi la plupart des malades ne perçoivent plus que les sensations qui viennent par l’audition et l’olfaction ; quelquefois même il arrive que les muscles de la face sont aussi enlevés à la volonté; ce n’est plus du malaise qui est exprimé par la physionomie ; ses mouvemens sont bizarres, extraordinaires, dirigés même parfois de manière à imiter le rire , tandis que les yeux sont encore pleins de douleur. Après l'accès, ces malades disent qu’elles ont tout entendu, qu'elles ont réfléchi, mais qu’il leur était impossible de se mouvoir volontairement ou de mettre fin à leur agitation.

Telles sont quelques-unes des circonstances qui n’ont pas encore été bien expliquées, et cela parce que, selon nous, on n’a pas su distinguer deux ordres de choses dans les organes encéphalo-rachidiens.

On a prétendu trouver en eux matériellement et identiquement l'organe des opérations de lintelligence , l’organe central des sensations, celui

des volitions, l’organe producteur de linflux nerveux, le point de départ des mouvemens rai sonnés, celui des mouvemensinstinctifs, etc. etc.

L’axe cérébro-spinal devait être d’abord considéré foncüonnellement sous deux rapports, 1° comme siége des opérations de lintelligence, et comme point de départ de la volonté ; c’est cette partie connue sous le nom de cerveau qui parait y présider ; 2° comme agent producteur et comme point de départ de l’influx nerveux ; ceci se rapporte à la moelle allongée et à la moelle épinière.

Quand donc les foyers de la vie organique, et surtout le foyer utérin, sont le siége d’une excitation anormale , ils réagissent sur l’axe cérébrospinal, ils déterminent ainsi des phénomènes généraux , mais ils n’ont d'action alors que sur le point de départ de linflux nerveux, influx qu'ils précipitent si violemment sur les organes du mouvement. C'est cetanflux que les préparations saturnines , cuivreuses , mercurielles, etc., peuvent altérer et même anéantir. C’est encore cet influx que les courans d'électricité peuvent modifier si puissamment. Gardons-nous cependant de pousser trop loin ces conséquences; quand bien même le galvanisme perfectionné pourrait ouvrir les veux d’un cadavre, faire battre son

cœur et respirer-ses poumons, ce ne serait encore qu’un cadavre humain ; car pour ce qui est du principe intellectuel, de l'agent de la pensée, du moi , pour ce qui est enfin non-séulement impondérablé , mais encore immatériel , toutes les puissances physiques de l’univers se réuniraient entre elles, qu'avec tous leurs élémens, toutes leurs formes, toutes leurs propriétés, élles ne pourraient encore le rallumer.

Mais revenons à lhystérie. Nous venons de trouver ici la solution d’une question souvent agitée. On s’est souvent demandé pourquoi la raison est si rarement altérée par l'effet des accidens hystériques ; M. Esquirol s'étonne que les accès violens de l’hystérie ne finissent pas par jeter les malades dans la démence, comme cela arrive si fréquemment aprésles attaques d’épilepsie ; Georget a répondu que c’est parce que dans lhystérie le cerveau est moins fortement affecté ; mais, nous l'avons vu, c’est parce que, dans lhystérie, les accidens ne portent pas sur l'axe cérébro-spinal tout entier : c’est le point de départ du fluide nerveux qui est seul influencé; c’est la moelle allongée et la moelle épinière, et non l'organe chargé des opérations de l’esprit.

Rappelons encore que ces lésions sont purement fonctionnelles , et qu'elles ne laissent point

de traces matérielles dans l’origine du système nerveux ; c’est pour cela que Georget ne pouvait rien dire sur sa manière d’être de lencéphale dans l’hystérie; c’est pour cela qu’il réfutait d’une manière péremptoire ceux qui supposent des irritations vasculaires, des lésions de tissu, etc., etc.; mais lorsqu'il s'agissait d'établir la nature de son affection idiopathique, il avouait qu'il Pignorait complètement. |

Georget à eu le grand tort de vouloir tout ramener à l’encéphale, tandis que les ouvrages des auteurs sont pleins d'observations qui prouvent que les phénomènes convulsifs les plus prononcés sont souvent déterminés par l’influence des autres viscères sur les centres nerveux. et surtout par celle de l'utérus, comme le remarque Hoïffimann : « Atque etiam nullus morbus est, « cui tam facile convulsiones artuum jungan- « Lur quam qui ex uteri vitio nascitur , ut aded «etiam exindè discrimen mali hypochondriaci et « hysterici dijudicare liceat. »

La matrice est donc au premier rang parmi les organes qui déterminent sympathiquement des convulsions ; vient ensuite l’estomac, puis les in- Lestins , etc. Pour voir combien sont nombreux les cas dans lesquels l'estomac a produit ces accidens , il suffit de consulter les ouvrages de Val-

leriola, de Fernel, Forestus, Bonnet, Voodwart, Boerhaawe , etc.; et pour ceux dans lesquels les intestins ont été la cause déterminante, on n’a qu’à parcourir Tulp, Pechlin, Bertholin, Stah], Heister, Wepfer, van der Bosch, etc., etc.

Nous en avons dit assez, ce nous semble, sur les opinions relatives au siége et à la nature essentielle de l’'hypochondrie et de l'hystérie, pour montrer combien ces deux maladies diffèrent sous ce rapport ; et si nous avons cru devoir hasarder nos propres opinions dans cette partie de la question, nous l'avons fait pour tâcher de jeter enfin un peu de jour sur un point de doctrine plus négligé que jamais dans l’histoire des maladies.

Les anciens, peut-être, se sont étendus avec trop de complaisance sur l’essence des maladies , et cela avec d'autant plus d’inutilité, qu’ils n’avalent pas encore assez de faits par devers eux, dit-on ; mais aujourd’hui , que les faits abondent, pourquoi ne chercherait-on pas enfin à les coordonner et à en pénétrer ainsi la nature intime?

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S I. /n therapeid maximè claudicamus. La thérapeutique, c’est un fait avoué par tous les bons esprits, n’est encore rien moins que basée sur des résultats positifs. [l n’est peut-être pas une règle , dans cette partie des sciences médicales, qu’on ne puisse contester ; pas un agent dont les revers n’aient été beaucoup plus nombreux que les succès. Si, pendant un certain laps de temps, un médicament parait opérer des merveilles, bientôtarrive une constitution médicale différente, et le médicament , prôné d’abord comme héroïque, reste sans action dans la même maladie, si même il ne

contribue pas à en aggraver les symptômes.

« Quam plures vità tollit remediorum farrago ? » s’écrie le célèbre Baglivi, en apostrophant ces médecins vulgaires, « qui alià ratione curare mor- «€ bos nesciunt quam satiendo stomachum sirupis, « conservis, et mille nugivendulis pulveribus. » (De morb. successionibus.)

«Regula erat apud Græcos, medecinæ patres, »

poursuit le même Baglivi, « præscripto modera- «mine, in sex rebus non naturalibus, medicinam « in morborum curatione ut plurimüm exercere. « Novissimé abjectà veterum normà, sirupis aliis- « que saccharatis indultum ire video : doleo sum- « moperé ægrotis, assiduis sed inutilibus reme- « dus fatigatis ! » (Loc. cit.)

Etait-ce réellement ainsi que se conduisaient les anciens dans le traitement des maladies? On serait d’abord porté à en douter après avoir parcouru les ouvrages des médecins grecs; à en Juger du moins par la longue série des moyens pharmaceutiques qu’ils conseillent d'employer, on pourrait penser qu'ils avaient aussi peu de confiance que quelques-uns de nous dans les forces médicatrices de la nature.

Il est probable cependant que les nombreuses lormules consignées dans leurs écrits formaient pour eux comme une armée de réserve à laquelle ils ne recouraient que très-rarement. Un passage:

de Galien, relatif au traitement de lhypochondrie, en fournit la preuve. Il semble dire que si jusque-là on l’a vu traiter cette maladie par des moyens érès-simples, 1 saurait trouver au besoin des moyens plus actifs, c’est-à-dire, montrer toutes les ressources dela médecine : « Interim « monendi sont mihiamici, qui me curantem vide- «runt, frequentibus balneiïs, victuque humido, « bonique succi ; zullo alio adhibito præsidio hu- « jusmodi me morbum curasse, ubi nondüm ob « longum temporis tractum nocuus humor mul- « tüm vacuationi resisteret. Cüm enim diutur- « nus jam factus est morbus, fortiora prædictis « oportet adhibere remedia. » (De loc. affect, lib. vr.) |

Il est évident qu'ici Galien indique comme exceptionnel le traitement pharmaceutique, et que pour lui les moyens hygiéniques, tels que les bains, le régime adoucissant, etc., formaient la base de sa médication la plus ordinaire. M. Louver- Villermay a donc eu tort de dire, dans ses recherches sur l’hypochondrie, que «le vice radical de « la méthode curative des anciens est d’avoir éou- « jours regardé les ressources pharmaceutiques « comme les moyens héroïques, et de n’avoir « considéré le traitement moral et les moyens

« d'hygiène que comme un moyen accessoire

« dontils ne faisaient souvent aucune mention. » (/ech. 134.)

S IL. Suivant Galien, l'hystérie ne reconnait que deux causes ou plutôt qu'une seule cause : car, bien que la suppression des règles ne soit pas sans influence, dit-il, il faut donner beaucoup plus d'attention à la rétention de la semence 5 «ob « retenta menstrua vel potiùs semen cohibitum. » D'où on peut prévoir le mode de traitement qu'il conseille : « Perindè ipsum excerni oportet, « præsertim si naturaliter multo semine exube- «rat mulier. » (Lib. vr.)

À la fin du même livre, toutefois, ce même Galien conseille, dans des circonstances qu'il regarde comme analogues, d’éviter toutes les causes stimulantes , tels que les spectacles , les conversations licencieuses , les pensées voluptueuses, etc., etc.

Galien, comme on le voit, était dirigé, dans ces deux sortes de médications » par ses idées particulières sur la nature de ces maladies. Dans le premier cas, il indique de recourir, s’il le faut, à des moyens énergiques et capables d’évacuer l'humeur morbifique; dans le second, l'émission de la semence lui paraît la principale indication à remplir ; il en résulte que, tout en distinguant les différences et les symptômes caractéristiques

THÉRAPEUTIQUE. 459 de lhypochondrie et de l’hystérie , Galien s’est trompé dans le choix des moyens à employer, parce qu’il partait d’une théorie erronée sur leur cause prochaine.

$ IL. Pour ce qui est du traitement de lhypochondrie, Aétius est entré dans beaucoup plus de détails que Galien. Il commence par indiquer le traitement spécial de la mélancolie hypochondriaque, quel que soit le point de départ de la maladie ; car on sait qu’il admet que les premiers symptômes peuvent venir de la tête. « Sive au- «tem cerebrum primarid affectum fuerit, sive « præcordia, communia sunt subducentia ven- « trem auxilia. »

On a reproché à Aétius d’avoir conseillé aux hypochondriaques les plaisirs de l'amour ; on a dit que ce conseil est fort bon quand la continence a occasionné l’hypochondrie ; qu'il est bon aussi dans presque tous les cas d’hystérie , mais qu'il offre des inconvéniens, surtout appliqué à la cure de l’hypochondrie.

Nous ne reviendrons pas sur tout ce que nous avons dit touchant la continence considérée comme cause de ces deux maladies ; nous nous contenterons de faire remarquer que ce conseil n’est donné par Aétius qué dans un sens hygiénique ; c’est ainsi que Celse donne le même avis

aux hommes en bonne santé. « Concubitus vero « neque nimis concupiscendus, neque nimis per- « timescendus est : rarus excitat corpus, fréquens «vero solvit, etc. » (Lib, r, cap. 1.)

Mais il y a des choses plus importantés à noter dans les conseils donnés par Aétius.

On serait tenté de croire que la thérapeutique n'a pas fait un seul pas Aepas les anciens, lorsqu'on voit que éout ce qu’on recommande de nos jours se trouve dans leurs ouvrages : préceptes hygiéniques , moyens pharmaceutiques , indications générales, cas particuliers , etc. , tout semble avoir été prévu par eux.

Dans son examen de la médecine des anciens relativement à l'hypochondrie, M. Louyer-Villermay dit que, s’il est un reproche que l’on soit en droit de leur faire, c’est d’avoir négligé de remonter à la connaissance des causes premières prédisposantes ou déterminantes, et de n’avoir pas remarqué que, dans bien des cas, en enlevant la cause ils auraient annullé ses effets. (Recher. 133.)

Nous allons prouver, en ne citant que les indications données par Aétius dans le traitement de l’hypochondrie, que ce reproche n’est nullement fondé ; mais nous devons dire avant tout qu'il s’en faut de beaucoup que ce dernier raisonnement

de M. Louyer- Villermay soit applicable à tous les cas ; aussi la conséquence qu'il en à tirée p’estelle pas confirmée par les faits.

Sans doute il est nécessaire de remonter à la connaissance des causes, et de les attaquer dans le traitement d’une maladie; mais, comme les causes ne manquent pas au bout d’un certain temps de se compliquer de leurs effets, et que ces effets, inhérens à l’économie, peuvent entretenir dès-lors à eux seuls la maladie, il en résulte que, bien que lPindividu soit entièrement soustrait à l’influence des causes premières, 1l n’en est pas moins en proie aux mêmes accidens, Ainsi l’ancien axiôme invoqué par M. Louyer- Villermay , ablaté caus& tollitur affectus, souffre chaque jour des exceptions dans la pratique; il en est de même de cet autre dogme non moins ancien, contraria contr'artüis; qui ne sait que les homæopathistes prétendent avoir obtenu autant de succès en suivant le précepte contraire émis par Hahnemann : similia similibus curantur'?

Voyons cependant si Aétius négligeait de remonter à la connaissance de ce qu’il regardait et de ce que la plupart des médecins modernes regardent, sans plus de fondement, comme causes de l’hypochondrie ; voyons si ses indications ne

sont pas aussi précises que celles des praticiens actuels.

M. Louyer-Villermay dit (#alad. nerv., 678), que « lPapplication de la saignée et des sangsues, « dans le traitement de l’hypochondrie, doit être « déterminée par la cause qui a produit la mala- « die , par l’état général des forces vitales et par «les symptômes qui font préjuger l'existence « d’un état de pléthore sanguine. Si l'affection « nerveuse, poursuit-il , est le résultat de la sup- « pression d’une hémorrhagie , on doit chercher

mn EN

à la rappeler, etc., on a recours à la saignée ou aux sangsues. Quand lPhypochondrie reconnait « pour cause une aménorrhée , etc., on en vient

ES

M La

à l’application des sangsues, ou on les rem- « place par une saignée du pied. »

Que dit Aétius dans les mêmes circonstances?

« In quibus sanguis redundare apparuerit, sta-

= En

tim ab initio vena secetur in cubiculo et præ-

an EN

sertim in quibus consuetæ sanguinis excretiones « sunt suppressæ.

« Verüm in mulieribus quibus menses defe- « cerunt venam in talo secare oportet..

« Et in singulis pro viribus sanguinem eva-

se a

cuare. » (\Serm. Il, Cap. x.) Il y a moins de mots dans Aétius, et voilà tout.

THÉRAPEUTIQUE. 463 « Les anciens, ajoute M. Louyer - Villermay - (644), n’ont pas assez varié les méthodes curatives de l’hypochondrie.. Le grand point est de suivre un régime régulier, de ne pas s’en écarter, de ne jamais surcharger son estomac, etc. Les purgatifs sont succeptibles d’avantages très-réels ; mais leur application doit être réfléchie et bien motivée. On sait qu'ils sont propres à rappeler un flux hémorrhoiïdal supprimé, quand surtout on les choisit parmi les aloétiques. » (665.) « La sensibilité intestinale, dit plus loin cet auteur, est exaltée chez les hypochondriaques. On doit choisir alors les purgatifs les plus doux, etc. »

Le soin du régime occupe d’abord Aétius :

Primum igitur bonæ concoctionis curam habere oportet, posteà vero purgare primum cpithimo et aloë. Meliüs est autem per evacuantia quotidiè /eniter ventrem subducere. » Il est inutile d'étendre plus loin les termes de

celte comparaison, pour faire voir que les anciens ont varié tout autant que nous les méthodes curatives de l’hypochondrie, c’est-à-dire, pour prouver, car telle est notre opinion, qu'ils n’ont pas mieux connu que la plupart des médecins de nos jours la véritable nature de cette maladie.

Examinée sous le rapport de la question qui

nous occupe ; la médication proposée par Aétius indique qu'il regardait lhypochondrie comme une maladie tout autre que l’hystérie , puisque sa médication diffère dans les deux cas, ou du moins puisqu'il veut qu’on la dirige vers des organes différens.

… C’est le cerveau et l'estomac dans l’hypochondrie qui lui paraissent affectés, et c’est contre l’estomac qu'il dirige plus spécialement ses moyens. Aussi labsinthe est-elle pour lui le médicament par excellence : « Absinthii autem decoctum assi- « duë præbe, stomacho enim et ventri in his com- « modum est ; et neque flatum multüm in ventre « fieri permittit, neque secessum penitüs resicari, « et urinam ciet et concoctionem probe adjuvat, « aded ut ego ex hujus solius usu noverim quos- « dam à morbo liberatos. » (Loc. cit.)

Dans le traitement de l’hystérie, Aétius, après avoir recommandé de placer convenablement la malade pendant le temps de l’accès, indique une foule de substances odorantes, afin de stimuler, dit-il, le cerveau, les poumons et surtout lPutérus.

« Naribus odorata admoveantur, velut est gal- « banum, etc. , hæc enim crassos vapores cere- « bri incidere et attenuare possunt ac frigidita-

« tem depellere et inspirata thoracem ac pulmo- « nem expurgant, etc.» |

Il recommande les mêmes pratiqués pour lPutérus, sans entrer toutefois, comme Arétée, dans des explications absurdes; que la matrice, par exemple , est un être errant, qui aime les odeurs agréables, s'approche du lieu d’où elles émanent. et s’attriste des sensations que provoquent les corps fétides, s’en éloigne, etc., etc.

Mais ensuite , conformément aux idées de Galien, idées ue nous verrons adoptées par quelques médecins de notre époque, il indique cette pratique, qu'Ambroise Paré a décrite si naïvement : « Atque hæc digitis excepta obstetrix us- « que ad uteri os immitet, ac leniter et dit con- « fricabit, ut hinc irritatus crassus humor, qui in « utero hæret, provocetur ac calefactus excerna- «tur. » (S'erm. IV, Cap. EXVIII.)

Les anciens étaient persuadés qu’il fallait metire fin à l'accès et Le plus tôt possible : de là cette foule d’excitans qu’on appliquait aux ouvertures naturelles. C’est dans cette seule vue qu'Aétius permet de faire vomir les malades : («Os ægræ « aperiatur, ac medius digitus ad vomitum proli- « ciendum intromittatur ), » et dé les appeler à grands cris ( «et super hæc omnia mulier magnis « vociferationibus excitetur ac vocetur. » )

$ IV. Paul d'Égine ne fait que copier ses devanciers ; le traitement qu’il propose contre l’hypochondrie est absolument le même que celui d’Aétius, et nous savons que , sous ce rapport ; Aétius s’est conformé aux idées de Galien.

Ainsi les moyens les plus doux sont d’abord indiqués comme dans Aétius ; toutefois , et ceci est assez important, nous voyons dans Paul d'Égine quelques traces du traitement moral. L’emploi du régime adoucissant, dit cet auteur, doit coincider avec des dispositions favorables®de l’esprit ; « Unâ cum conveniente animi jucunditate. » Dans la première, période, il ne veut pas qu'on ait recours à d’autres moyens. Mais si la maladie persiste , il recommande d’en venir aux ressources pharmaceutiques et de les varier, bien que M. Louyer-Villermay prétende que les anciens n'aient pas varié leurs méthodes curatives de l’hypochondrie. Malheureusement pour les malades , ils ont partagé ce tort avec les modernes.

Si la maladie dure depuis peu de temps, dit Paul d’Égine , on doit se borner au traitement le plus simple. « Sed si contra habet fortiores et « magis variegatas medelas adhibere oportet. » (Lib. ar.)

Ajoutons que Paul d'Égine a prévu, comme nos contemporains, les suppressions d’hémorrha-

gies naturelles, accidentelles, etc. « Sed et hæ- « morrhoïdum ora aperiamus et menses prolicie- « mus, si ob horum suppressionem affectio fuit « oborta. » | | |

Pendant les accès d’hystérie , cet auteur veut aussi qu’on se conduise absolument comme dans toute perte de connaissance , c’est-à-dire , qu’on cherche à faire revenir le malade le plus promptement possible à la raison : « Velut eas qui in «<animi deliquium inciderunt revocare. » (Lib. ur, Cap. LXXI.) |

En résumé, nous pouvons dire que les anciens comme les modernes devaient rencontrer le même écueil, c’est-à-dire , qu'ils devaient, dans l’hypochondrie plutôt que dans tout autre maladie, prodiguer les remèdes et les drogues. Les hypochondriaques, et c’est un des principaux caractères de leur maladie, veulent être médicamentés ; tout médecin qui n’entre pas dans leurs idées perd leur confiance ; il en résulte que tout médecin qui traite un hypochondriaque doit être porté non- seulement à le droguer, mais varter chaque jour ses méthodes curatives.

Ces malades veulent des drogues, dit Georget; formulez, variez les prescriptions. Qu’on n’aille pas croire cependant que ce conseil soit sérieux.

Georget avait trop de justesse dans l'esprit pour

faire un crime aux anciens de n’avoir pas assez varié leurs drogues , et pour étaler une polypharmacie cent fois plus nuisible qu'utile aux malades. « Variez les prescriptions, dit-il, c’est- « à-dire, donnez, sous toutes les formes, l’eau « et les médicamens peu actifs, ou mieux des « substances £nertes. »

Nous examinerons plus tard ce que nous devrons conclure de cette manière de considérer le traitement de l’hypochondrie , et ce qu’elle indique sous le rapport de la nature essentielle de cette maladie. |

Nous n’avons point parlé des médications conseillées par Hippocrate, et de ce qu’on doit inférer du passage de Dioclès. Voici pourquoi : la maladie décrite par le père de la médecine sous le nom d’aevrs, morbus ressicatorius , n’est ni une mélancolie, ni une monomanie hypochondriaque ; c’est plutôt une gastralgie ou une de ces maladies désignées par Frank sous le nom de pneumatoses , et que Combalusier a décrites dans sa Pneumatologie. Le traitement qu’il indique est vague, et il ne fait rien préjuger sur la nature de cette maladie.

L’hystérie a été mieux distinguée, dit-on, par Hippocrate ; mais il faut supposer avec Érotien que les trois livres, De morbis muliebribus, De

THÉRAPEUTIQUE. 4°9 sterilibus, etc., sont bien du père de la médecine; le précepte qu'Hippocrate y donne äux médecins de conseiller le mariage aux filles hystériques doit être examiné ; nous y reviendrons, puisque, sous ce rapport, l'autorité d'Hippocrate a été invoquée Jusque dans ces derniers temps.

Quant à la maladie décrite par Dioclès, elle n'offre pas, comme la remarqué Galien, les véritables caractères de lPhypochondrie , il eût été inutile d’en parler 1ci.

$ V. Il est à regretter que les Fe de nos deux maladies ne nous aient été transmises que par les médecins de l’école de Galien, et non par ceux de l’école de Démocrite. L’école de Galien, suivant la remarque de Baglivi, a cherché la première, et trop tôt assurément, à rendre raison de tous les phénomènes au lieu de les observer, et à rechercher les causes prochaines des maladies, au lieu d'étudier les indications pratiques.

I résulte de là que la majeure partie de leurs écrits roule sur des raisonnemens hypothétiques, et que la thérapeutique empruntée aux erupiriques, du moins celle qui consiste dans l'emploi des médicamens, se ressent de la division qui commençait à s’introduire en médecine , division

dont on ne trouve aucune trace jusqu’au tcmps

de Galien , mais qui fut commencée par lui, et achevée par les Arabes.

C’est chez les Arabes que le luxe des préparations pharmaceutiques à été porté au plus haut degré; non contens de copier les Grecs, galénistes sous ce rapport comme sous tous les autres, ils ont encore été au-delà en fait de polypharmacie ; le voisinage des [ndes leur procurait abondamment.toutes sortes de médicamens actifs, et ils les combinaient dans leurs prescriptions avec une variété et une bizarrerie singulières. Jamais, dit Astruc, on ne vit tant d’électuaires, de loochs, de pilules, de siefs, de trochisques, de tryphera, de philonium, d’hiéra, de robs, etc., etc.

Jusqu'à la renaissance des lettres, le même esprit régna dans nos écoles. Comment, d’ailleurs, aurait-on pu se soustraire à cette tendance générale, puisque Avicenne, au rapport de Cornarius, était regardé comme le prince des médecins, qu’on ne lisait guère que ses ouvrages et le neuvième livre de Rhazès à Almanzor. ot

Une circonstance assez remarquable dans lhistoire du traitement de l’hystérie, puisqu'elle a occupé Mercatus et Sennert, c’est la dissidence qu'on trouve entre Hippocrate, ou du moins l'auteur du livre De natur. mul., et Avicenne, sur l'emploi du vin. Hippocrate conseillait l'usage

THÉRAPEUTIQUE. 471 du vin dans le paroxysme; Avicenne trouvait l’eau plus convenable : « Âqua est éis conve- « nientior. »

Mercatus, le premier, a cherché à concilier ces deux autorités : suivant lui, Hippocrate ne pouvait conseiller le vin que dans les faiblesses hystériques, et Avicenne ne pouvait le proscrire que dans les accès provoqués par une pléthore sanguine ou spermatique.

Sennert a voulu les concilier d’une autre manière. Il prétend qu'Hippocrate n’ordonnait le vin que pendant le temps des paroxysmes , et que l’eau était conseillée par Avicenne pendant l'intervalle des attaques. Mais en voici assez sur ce sujet. Examinons les opinions émises par des auteurs d’une date plus récente.

$ VI Montanus, Es ses consultations imédicales , a jeté de temps à autre, et en peu de mots, les véritables bases du traitément moral de l’hypochondrie, c’est-à-dire du traitement rationnel, puisqu'il est en rapport avec la nature essentielle de cette maladie. On croirait lire parfois les belles indications hygiéniques de Celse :

Ægrotus hypochondriacus, ait? Montanus, eli- « gat habitationem optimi aëris et jucundam, « venationibus corpus exerceat atque in als ho- « nestis voluptatibus occupetur, cum jucundis

« amicis versando, ludendo et confabulando ; « de nullà que alià re minùs quam de suä ægri- « tudine sit sollicitus, tantüm se custodiat et « muniat, in reliquis morbum contemnat. »

Qu'il méprise sa maladie et sa maladie disparaîtra. Rien de plus vrai, de plus efficace et de plus propre à nous faire pénétrer la nature intime de l’hypochondrie ; c’est la clef de son traitement. Il est bien vrai qu'il serait absurde de dire à un malheureux hypochondriaque : Méprisez votre maladie; mais le grand art est de savoir lui inspirer insensiblement ce mépris, de le placer dans des conditions telles qu'il la méprise, enfin d’arracher en quelque sorte ses idées des viscères en souffrance, en imprimant une autre direction à ses pensées. Lorsque vous serezarrivé à ce point, ses maux, si réellement 1l en avait, rentreront dans la classe des maladies ordinaires, et leur guérison ne se fera pas attendre, si toutefois le malade n’est déjà arrivé à la troisième période. Montanus ne pense-pas que les hypochondriaques doivent se priver des plaisirs de l'amour, il partage en cela les idées d’Aétius, et se trouve en opposition avec M. Louyer-Villermay, qui veut qu’on satisfasse le væw de la nature chez toutes les filles hystériques, c’est-à-dire qu'on surexcite encore les organes de la génération,

THÉRAPEUTIQUE. 473 tandis qu'il interdit aux hypochondriaques tout commerce avec les femmes. |

Les opinions de Montanus sont beaucoup plus philosophiques : «A venere non omninè veliem « ut abstineret, imd (quemadmodum ego opi- « nor) moderata venus illi 207 mediocriter con- « feret. » ( Consulk. LXXVI,: De affectu hypochondriaco. ) ve 96} |

Tout en adoptant certaines idées de Gälien, encore très en vogue alors dans les écoles, Montanus prouve, par ces seuls conseils, qu'il entrevoyait la nature essentielle de lhypochondrie. Il semble reconnaitre en effet que les symptômes primitifs résultent uniquement d’une disposition morale particulière, et que cette disposition suffit à elle seule pour entretenir toutes les autres affections. C’est dans ce sens qu'il dit, en parlant d’un noble vénitien atteint de cette maladie : « Tristatur iste nobilissimus vir siné « causà., timet non timenda, et non lætatur, hoc « est primum sÿmptoma quo maxime affici con- « suevit, etc. » ( Consult. Lxx1r.) |

Les préceptes thérapeutiques que Montanus donne dans les cas d’hystérie, sont fondés sur les causes qui, selon lui, amènent cette maladie : ces causes, dit-il, sont au nombre de trois; et c'était à peu près l'opinion de tous los médecins de

son temps. « Scitis suffocationem matricis pro- « vénire à tribus : primd provenit ex pluribus « humoribus collectis in matrice, qui putre-

« fiunt, etc.; secundd, provenit ex plethorä, « tertid, provenit, ut hoc sæpè vidi, ex ipso

La

« animi affectu. »

Montanus met ici sur la même ligne des causes immédiates et prochaines et des causes occasionnelles , telles que des émotions morales.

Il divise néanmoins son traitement , comme on avait coutume de le faire avant lui , en traitement des accès et traitement de la maladie. A l’exemple de presque tous les médecins anciens, il a pour but, dans l’accès, de rappeler la malade à la raison par tous les moyens excitans connus. Ces moyens doivent être employés alors, suivant lui, pro diversione; il indique les frictions, les scarifications, etc. Pendant l'intervalle des attaques, les moyens, dit-il, sont employés pro conservatione (de præfocatione matricis, Cons. Lxxxix).

C’est en effet le but qu’on doit se proposer dans ces deux circonstances.

$S VII. Le traitement proposé. par Sennert contre l’hypochondrie, est presque uniquement fondé sur la nature des causes prochaines qu'il avait admises. Suivant cet auteur, toutes les lésions cérébrales, dans cette maladie, étant dé-

THÉRAPEUTIQUE. 475 terminées par une vapeur maligne qui s'élève d’une congestion humorale formée dans la région des hypochondres, il importe d’évacuer ces humeurs, c’est la première indication.

« Cüm, caussa, à quà symptomata et mala « anteà commemorata., in hac affectione ortum « habent, sit colluvies illa humorum vitiosorum « in hypochondriorum locis suprà explicatis, hæ- « rens, facilè hinc patet primariam indicationem « esse ut illi humores evacuentur, et vapores « qui ab iis elevantur, et variorum symptomatum « caussa sunt, discutiantur. » ( De hyp. affect., Cap. XI).

Pour rendre ensuite raison du régime adoucissant et humectänt conseillé par Galien, au début des affections hypochondriaques, Sennert prétend que le système vasculaire des voies digestives est échauffé et comme desséché, qu'il est dans une disposition inflammatoire, ce qu'on nommerait aujourd’hui dans une irritation non élevée au degré de Pinflammation. à

« Verüm cum humores, mali hujus præcipua « causa, calidi sint, et vasa illa quibus conti- « nentur, sint calidiora et sicciora quam par est, « et inflammationem quasi dispositionem ha- « beant, refrigerantibus et humectantibus, illam « intempericm corrigendis opus ést. »

Mais ici se trouve, ajoute Sennert, une difficulté singulière dans le traitement de l’hypochondrie ; l'estomac, dit-il, est irrité, prédisposé à l’imflammation , et en même temps faible et débile, d’où deux indications opposées, la disposition inflammatoire réclame des débilitans, tandis que la faiblesse demande dés stimulans.

€ Verüm hæc omnia expedire difficillimum «est; etenim cum indicationes dentur contrariæ, «et quidem ventriculus plerumque debilis ca- « Jida requirat, contra. inflammatoria vasorum « dispositio refrigerentia requirat. »

Sennert signale précisément ici l’écueil sur lequel sont venues échouer certaines doctrines exclusives dans le traitement de cette maladie : ceux qui n'ont vu que faiblesse dans lestomac, ont prodigué les toniques sous toutes les formes possibles, et ils ont ainsi amené des inflammations chroniques et des altérations de tissu incurables; ceux qui.n’ont vu qu'irritation ont'soumis les hypochondriaques à une diète tellement longue et rigoureuse, qu'ils ont fini parfois par les faire devenir fous.

Dans les premiers temps de l’hypochondrie, il n’y a niirritation ni faiblesse réelles, mais il y a presque toujours perturbation des fonctions de l'estomac ; c’est ce qu’indiquent les diverses

thèses thérapeutiques soutenues par les auteurs ; il en résulte, comme nous venons de le dire, que si on attaque sérieusement cette prétendue faiblesse ou cette prétendue irritation, on finit presque toujours par déterminer des lésions extrèmement graves. | |

Senrert a développé un point de doctrine assez curieux , relativement aux émissions sanguines.

Il pense, comme beaucoup de ses devanciers, que s’il y a une portion de sang altérée, c’est celle qui circule dans la veine-porte, et dès-lors il n’admet pas les émissions qui ne portent que sur la circulation générale.

Or, suivant Fabrice d’Aquapendente, il n’y a qu’une branche de la veine-porte qui s’approche des tégumens ; c’est la veine hémorrhoïdale interne ou la veine de la rate, disait Fabrice, c’està-dire la petite mésaraique qui rapporte le sang au rectum et qui s’unit en effet à angle droit avec la veine splénique, Voilà donc une issue pour le mauvais sang de la veme-porte; mais il faut que la nature, ajoute Sennnert, ouvre ellemême cette issue en établissant des hémorrhoïdes internes, Car si on ouvre artificiellement ces plexus veineux, il arrive, dit Riolan, que le sang précieux de la veine-cave s'écoule, tandis que celui de la veine-porte reste dans l’économie.

Nous n'avons cité ce passage que pour faire voir combien on peut bâtir de suppositions sur une première hypothèse.

Quant aux purgatifs, Sennert prescrit, comme Aétius, de légers minoratifs, et rejette formellement les drastriques.

‘« Primd omninoô leniorihus medicamentis « utendum, à purgantibus verè fortioribus absti- « nendum. » (Loc. cit.)

Or, nous regarderons toujours la recommandation de n’employer que des médicamens peu énergiques dans l’hypochondrie, comme un progrès marqué vers les saines doctrines.

La diète est d’autant plus recommandée par Sennert, qu'il attribue le développement de toute affection hypochondriaque à des erreurs de régime.

Relativement aux préceptes hygiéniques, il préconise ce qui est connu de tout le monde : « Aër purus et temperatus, cibi boni succi, « facilis coctionis, etc.; » c’est-à-dire, ce qui doit être ordonné dans toutes les maladies, et conséquemment ce qui ne distingue en rien l’hypochondrie de telle ou telle autre affection.

Remarquons ici que si nous voulions prendre à tâche de rapporter toutes les médications indiquées par les auteurs dans le traitement de l’hys-

térie, nous serions obligés de rapporter presque invariablement les mêmes choses.

Sennert, comme ceux qui l’ont précédé , et comme la plupart de ceux qui le suivront, divise son traitement en médication des attaques, et médication pendant l'intervalle des attaques.

La première n’a d'autre but que de dissiper les vapeurs qui s'élèvent de lutérus vers la poitrine ; la seconde, de détruire la source de ces vapeurs. « Dissipare malignum vaporem ex utero ascen- « dentem ; humorem et mineram , € quà vapor « attollitur auferre. » (De suffocationis uteri, Cap. IV.)

Dans le traitement de l’hystérie comme dans le traitement de lhypochondrie, Sennert parle de vapeurs à dissiper, et d’humeurs à évacuer ; il ne faudrait pas en conclure que, sous ce rapport, il y ait de l’analogie entre ces deux maladies ; ces théories explicatives se ressemblent, il est vrai, mais c’étaient des hypothèses générales et commodes, mises en usage par les galénistes pour expliquer toutes les maladies. Dans tous les cas, 1l fallait un foyer humoral pour point de départ, et des vapeurs errantes pour rendre raison des phénoménes généraux. Ainsi dans l’hypochondrie, où il y a souvent coexistence de symptômes cérébraux et de symptômes gastriques, on plaçait ar-

A8O THÉRAPEUTIQUÉ.

bitrairement le foyer humoral dans la rate, ou dans le foie, ou dans la veine-porte , etc., et les phénomènes sensoriaux se trouvaient expliqués par les vapeurs parties du foyer. C'était uniquement la simultanéité des ae roc qui faisait admettre cette théorie.

Dans l’hystérie , les galénistes se croyaient d'autant plus fondés à admettre cette même théorie, que les malades accusent une sensation étrange qui s'élève de la région hypochondriaque vers la gorge. Si à cela nous ajoutons les dérangemens menstruels et leurs idées sur la liqueur spermatique , nous conviendrons qu'il leur était bien difficile de se défendre d'adopter des hypothèses pour eux si vraisemblables.

Sennert est le premier qui commence à mettre en doute l'efficacité de la titillation du col de lutérus, ou plutôt du clitoris, indiquée par Galien et recommandée par Avicenne ; mais il paraît émettre ce doute plutôt par principe de morale que par conviction, car il admet aussi la rétention des règles et de la semence ; 1l ajoute que cette pratique ne lui semble pas devoir être conseillée par un médecin chrétien. « Frictio ista à « christiano medico suadenda non videtur. »

Du reste, mêmes préceptes que ceux des anciens ; odeurs fétides pour les narines et la bouche,

odeurs suaves pour Îles parties de la génération ; anti-spasmodiques préconisés par les Arabes, muse, castoreum, assa-f@tida , etc., etc.

Dans l'intervalle des attaques , il faut chercher à enlever la cause immédiate des désordres ; c’est le sang, la semence, ou tout autre humeur corrompue : « Danda opera ut semen, sanguis vel « humor corruptus evacuatur. »

Pour la semence , il recommande les purgatifs doux et les médicamens : : « Quæ seminis copio- « sam generationem prohibent. » Mais cette liqueur est déjà amassée , il faut l’évacuer : à l’aide de clystères utérins ou de pessaires. Îl est bien singulier (pour le dire en passant) que les médecins qui admettent encore aujourd’hui des pléthores à ep: HE primitives et consécutives ; n'aient pas songé à ces divers moyens.

L’écoulement des menstrues doit être régularisé, et quant aux humeurs corrompues, Sennert indique une foule de remèdes, de potions, des eaux hystériques, aquæ hysterice , etc. ( Loco citato.) :

& VIE. Thomas Willis a le mérite incontestable d’avoir singulièrement éclairci, en général, la pathologie du système nerveux, ct d'avoir émis des idées nouvelles sur le traitement de lhystérie en particulier. ei

Nous allons d’abord examiner ,; pour suivre l’ordre des témps, celles qu'il a consignées dans son traité des maladies convulsives, pris nous dirons quelques mots sur sa réponse à Nathanaël Hygmore.

On pourrait d’abord trouver étrange que Willis répugne à faire jouer à la matrice, dans lhystérie , le même rôle qu'il fait jouer à la rate dans l’hypochondrie, st on ne se rappelait qu'il a voulu prouver que lhystérie attaque aussi quelquefois les hommes. Sa théorie de l’hypochondrie est presque la même que celle des autres auteurs pour l’hystérie. Le point de départ de l’hypochondrie est dans la rate ; le cerveau et le système nerveux sont influencés secondairement : « Et « propter noxam 7 eyzegzlw impressam, hypo- « chondriaci variis phantasmatis, et cogitationum « mole, fluctuationibusque tentari solent. » Mais revenons au traitement.

Sa thérapeutique, il faut le dire, est encore plus vicieuse en quelque sorte que celles des auteurs examinés jusqu'ici, et cela parce que, loin de s’en tenir aux lésions de la sensibilité qu'il avait si bien décrites, il établit sa méthode de traitement dans le but, 1° d’éloigner ce qu'il nomme les obstacles au traitement; 2° de détruire les prétendues ebstructions de la rate ;

3° de rendre à la masse du sang sa crase naturelle ; 4° enfin de. réprimer les désordres des phénomènes nerveux. Pour remplir ces diverses indications, il prescrit, avec la plus grande confiance, les purgatifs, l’émétique, les linimens, les fomentations , les électuaires, les apozèmes , les poudres, les teintures, les infusions, les eaux acidulées, etc., etc., etc. Enfin, il termine par une longue dissertation sur Îles préparations chalybées. (De morbis convulsivis, cap. x1.)

Le chapitre. consacré à l’hystérie dans Pouvrage de Willis nous offre beaucoup plus d’intérêt, et donnera lieu à quelques observations plus importantes sous le rapport de notre question, bien que Willis ne veuille pas accorder à la matrice la part qu’elle doit avoir dans la production des phénomènes de l’hystérie. |

Quelques -unes de ses remarques sont justes , comme nous allons .le voir; mais elles ne prouvent pas cependant que l’hystérie ait un autre point de départ.

Willis commence par Pexamen des « causes de quelques symptômes hystériques ; 1} cherche à prouver que les accidens ne dépendent, ni des mouveméns des a matrice, ni des vapeurs qui s'élèvent de cet organe. La première -opinion a dit-il avec raison , bien que fort ancienne , est la

moins vraisemblable , et il se fonde pour la rejeter sur deux raisons remarquables ; autant lune est plausible et péremptoire, autant l’autre est faible et inutile. La première, c’est que lutérus, par-ses dispositions anatomiques, est tellement fixé aux parties voisines, qu'il ne peut quitter le lieu qu'il occupe pour monter dans Pabdomën.

La seconde, c’est que cet organe est d’un si petit volume chez les vierges et chez les femmes qui n’ont pas eu d’enfans, que , même en supposant qu'il puisse changer de place, il ne ferait éprouver aucune sensation.

Quant aux vapeurs.qu’on supposait partir de l'utérus, Willis regarde cette opinion comme vulgaire, vaine et futile, et il prétend Pavoir déjà réfutée plusieurs fois. ( De morbis convulsivis, AGE.) |

indépendamment des objections que Willis avait à combattre relativement au développement et à la succession des symptômes, il en est d’autres fort singulières , qu'il ne devait pas même chercher à réfuter , mais qu’il accepte cependant avec une bonne foi surprenante.

On sait aujourd’ hui à quoi sen tenir sur les preuvés fournies par les succès de tel ou tel genré de médication ; on les regarde à peu prés comme nulles, paree que, grâce aux forces de la

bonne nature , on peut guérir, comme Île disait Chaussier , sans médicamens, avec des médicamens, et malgré les médicamens ; mais enfin Willis, fort de ses explications, ne récuse pas les objections suivantes : La maladie est hystérique, lui disait-on , puisque des médicamens appliqués sur l'abdomen soulagent fréquemment les malades. À cela Willis répondait que ces applications pouvaient n’être pas moins utiles, bien que le point de départ des symptômes fût dans le cerveau ; et en outre il prétendait avoir prouvé que, par l'effet de l'impulsion encéphalique , la diathèse spasmodique descendait tout-à-coup dans tout le système nerveux, et qu'alors les mouvemens convulsifs se propageaient des extrémités ‘vers le centre, c’est-à-dire, remontaient vers leur origine ; l’hypogastre peut donc se prendre, puis la région précordiale, puis enfin le cerveau. Si donc, ajoutait-il, au moyen d’emplâtres appliqués sur l’ombilic, on préserve ces parties de irruption cérébrale, tous les organes resteront dans l’état normal. | Willis pousse la complaisance jusqu’à accepter l’efficacité des substances fortement odorantes qu’on avait coutume de placer près des ouvertures naturelles ; et à l’aide de nouvelles explications il tâche encore de faire regarder leurs bons

480 THÉRAPEUTIQUE effets comme confirmatifs de son Nos (Loc. cit.) à

Dans cette partie thérapeitique de l’histoire de l'hystérie , Willis fait un aveu précieux ; nous n’aurions pas pu en quelque sorte Jui demander davantage. Il avoue formellement , «et de la manière la plus claire, que Pétat de l'utérus entre comme partie constituante dans la cause prochaine où morbifique des accidens hystériques. Voilà ce que Georget, qui s’est si souvent appuyé de l'autorité de Willis, n’a eu garde de citer. Les paroles de Willis sont cependant bien précises : « Attamen cüm affectiones hæ (scilicet

hystericæ vulgè dictæ), sexui femineo sæpis- « simè contingunt, in quo nempe fluxus men- « strui, aliaque uteri accidentia, plerumque in «e causæ morbificæ partem asciscuntur , 1dcircù « medicamenta varias uteri dispositiones respi- « cientia superaddi debent. »

Ainsi Willis reconnait d'abord que les accidens généraux et graves consistent dans des symptômes convulsifs, et nous sommes de son avis ; ill ne va donc pas aussi loin que Georget, qui voit l’hystérie tout entière dans les phénomènes convulsifs. Willis dit seulement : «Plurima

hujus morbi symptomata sunt convulsiva », et il part de là pour prescrire des anti-spasmodiques :

THÉRAPEUTIQUE. 487 « Indè constat remedia. antispasmodica potissi- « müm indicari. » Mais il fait jouer un rôle à la matrice dans la production de ces phénomènes ; il fait entrer ses divers états morbides dans Îa cause prochaine, et cela nous sufhit. Willis était trop grand médecin pôur ignorer que les convulsions les plus fortes, les plus violentes, sont presque toujours produites sympathiquement , tandis que les symptômes qu'on pourrait appeler d’oppression nerveuse, la résolution des membres, les affections carotiques, etc., ete., sont plutôt déterminées par des lésions idiopathiques. Aussi dans sa méthode curative prend-il en considération l’état de utérus, afin de diriger une partie de ses moyens thérapeutiques vers cet organe. FAR Willis divise ensuite les indications thérapeu- RES il indique le traitement des accès et celu qu’on doit mettre en usage dans l'intervalle des accès; mais, à en juger par les dénominätions qu’il donne à ces deux sortes de traitement , on serait fondé à croire que , suivant lui, la maladie n’existe que pendant le temps des attaques, €t que dans l'intervalle elle cesse complètement. Les indications thérapeutiques à remplir dans le temps des paroxysmes sont curalives , les autres sont préservatives. Cependant , lorsqu'on entré

dans un examen plus approfondi des diverses médications proposées par cet auteur, on reconnait que pendant l'accès il n’a d'autre but que de calmer les accidens, tandis que dans l'intervalle des attaques il cherche à attaquer les causes organiques; et conséquemment permanentes de la maladie. |

On ne saurait trop approuver le premier précepte qu’il donne sur la conduite à tenir dans les attaques peu violentes d'hystérie, dans celles qu'il reconnaît exemptes de perturbation nerveuse générale, c’est-à-dire qui ne consistent que dans le développement de quelques spasmes des viscères abdominaux ; il veut alors qu’on abandonne la maladie à elle-même. « Si pa- « roxysmus levior esse solet, absque ulteriori « spiritûm pertubatione, suà sponte pertransire «, pérmittatur. n

On sait que, selon Willis, les attaques convulsives ne sont déterminées que par la perturbation et l’altération des esprits animaux ou de linflux nerveux; mais ce qu'il importe de remarquer, c’est que cet auteur regarde ces accidens comme consécutifs , « ulteriori perturba- « tione. »

Circonstance que Georget a toujours tàché

daffaiblir. |

Willis fait sentir l'absurdité de certains moyens employés pour rappeler l'utérus à sa place ; cependant il s'occupe de cet.organe, mais d’une manière plus rationnelle. Sa troisième indication thérapeutique à pour but de remédier aux désordres fonctionnels de l’utérus dans la passion dite hystérique. ”

« Quæ uteri inordinationes inhibens, passto- « nis dictæ hystericæ sanationem provocet..»

L’utérus, dit-il, peut bien éprouver des chütes, cela arrive souvent , mais 1l est très-rare que cêt accident provoque si phénomènes hystériques; il en est de même, selon lui, de l'augmentation du corps de cet organe par le développement.de divers produits dans sa cavité, etc., tant est vrai ce que nous avons dit ailleurs, que les accidens généraux de lhystérie ne tiennent pas à une lésion organique quelconque de l'utérus , mais bien à une excitation spéciale, et dont le nr est dans le système utérin.

Les suppressions de certaines excrétions naturelles ou morbides, telles que les menstrues , les flueurs blanches et la liqueur spermatique , paraissent à Willis rentrer dans les causes de lhystérie; et, ce qu'il y a de singulier, c’est qu'il s'exprime sur les effets de ces suppressions absolument comme les auteurs qui n'ont pas

voulu reconnaitre à l’hystérie d'autre point de départ que la matrice.

Des particules hétérogènes, dit-il, produites par le sang des règles ainsi retenu, se répandent vers la tête ét déterminent des mouveémens spasmodiques; il en est de même pour les flueurs blanches qui cessent de couler, les particules excrémentielles résorbées par la circulation vont influencer le système nerveux, etc. : « Propter « mensirua retenta particulæ beterogenæ non «rarû in caput suffusæ, pathemata spasmodica « inducunt; pariter-cum fluor albus sistitur ma- «-teria excrementitia à sanguine resorpta cere- «€ bro et nervoso generi traditur. »

Abstraction faite des expressions qui changent avec le temps, et selon lé caprice des auteurs, n'est-ce pas toujours à peu près les mêmes idées ? Une vapeur, un esprit, une matière subüle, un fluide particulier , une émanation, une érection vitale, une iritation qui s’élance , un corps impondérable, un stimulus, un mouvement sympathique ; etc., etc., tous ces mots n'ont servi qu'a exprimer les mêmes pensées.

Des stüimulans divers, moraux ou physiques, ont excité le système utérin, une excitation nerveuse s’y est établie, sans la participation du système vasculaire, et elle détermine sympathiquement

THÉRAPEUTIQUE. 491 des phénomènes généraux dans l’économie ; voilà ce que nous avons vu et Ce que nous verrons encore dans les divers systèmes explicatifs de la plupart des auteurs. |

Dans sa réponse à Hygmore, Willis a cherché à confirmer par de nouvelles observations les points de doctrine qu'il avait établis dans son traité des maladies convulsives ; il prouve que presque toujours chez les femmes hystériques les palpitations, la dyspnée, l'anxiété précordiale, etc., sont des effets purement nerveux, et il répolie à cette occasion des expériences qu l avait faites sur des animaux vivans, expériences qu’on a répétées de nos jours, et que quelques personnes ont regardé comme nouvelles ; nous voulons parler de la ligature des nerfs pneumo-gastriques. Willis avait remarque que les symptômes que nous venons d'indiquer se déclarent immédiatement après qu’on a pratiqué cette ligature : & Si in vivo quoplam ani- « mali nervorum paris vagi ac intercostalis, ad

præcordia pertinentium ; truncos ligaveris, « statim prædicti affectus cum dyspnæë et suffo- « cationis sensu, etc., orientur. » (Pathologia spasmodica vindicata, ete.)

Hygmore avait avancé, dans son ouvrage, que les émissions sanguines étaient favorables

dans les paroxysmes de lhystérie, et il se fondait sur cette circonstance pour attribuer à une irruption ou à une congestion sanguine Les accidens,de cette maladie.

Willis a réfuté cette assertion de la manière la plus victorieuse ; loin d'accepter pour les émissions sanguines les conséquences de leur prétendue efficacité, sauf à leur donner une autre explication ,; comme il Pavait fait dans son premier ouvrage , pour d’autres moyens également préconisés, il en appela cette fois à lexpérience , avant de raisonner, et les succès de la saignée prônés, dit-il, avec tant de confiance par Hygmore, tombèrent complètement. C'est à cette occasion que Willis, nourri de la lecture des anciens, rappelle cet axiôme profond de la médecine antique, savoir, que pendant un paroxysme hystérique il ne faut pas moins se garder de troubler intempestivement l'organisme par des émissions sanguines, que dans l’imminence d’une crise fébrile;.la nature médicatrice, dit-il, est alors aux prises avec son ennemi , et elle sor-: tira d'autant mieux et d'autant plus vite de ce combat, que vous vous abstiendrez de troubler ses efforts ! ’

Urgente paroxysmo , haud minüs quam ins- « tante febris crisi, sanguinis missio rard indica-

« Lur : quippé natura cum hoste suo acriter de- « certans quo minüs perturbatur et citiüs et meliüs se experdire solet.» (Loc. cit.)

Pensée admirable et féconde, qui confirme pleinement ce que nous avons avancé sur l'espèce d’insurrectien organique qui semble s'élever dans une attaque hyÿstérique. a

Willis prouve ensuite que les émissions sanguines ne sont guère moins dangereuses dans Pintervalle des attaques. Suivant Hÿgmore, il devait y avoir toujours excès de sang chez les femmes attaquées de cette maladie, puisque c'était ainsi qu’il en expliquait les symptômes. Dans son premier traité, Willis avait dit avec raison que les femmes placées dans des conditions contraires , sont plutôt exposées aux accidens nerveux :

« Novi puellas oh y2sowsw quasi exsangues,

quæ tamen passionibus dictis hystericis . erant

graviter obnoxiæ. », (De' Morb. consuls. , cap. x.)

Dans sa réponse à Hygmore, il cite les mauvais effets des émissions sanguines dans le traitement de cette maladie. Quelques femmes bien consti= tuées avaient éprouvé quelques accidens hystériques assez légers et à de longs intervalles ; elles furent atteintes d’abondantes hémorrhagies spontanées, ou largement saignées , aussitôt les

attaques se rapprochèrent et devinrent beaucoup pe intenses. b. |

« Plures ego novi ne Hbnrihés quæ cum «e RATES hystericis primè tantum leviüs et ra- « riùs obnoxiæ fuerint, post copiosas aut phle- « botomias aut hæmorrhagias spontaneas, statim «istius morbi paroxysmis gravioribus, et crebrio- « ribus infestari cæperunt. » (Patholog. spasm.)

Nous aurons encore l’occasion de revenir sur cette remarque, lorsque nous parlerons de la nouvelle doctrine , qui préconise encore les émissions sanguines dans le traitement de nos deux maladies. É

S IX. Le traitement proposé par Sydenham se ressent de l’incohérence de ses idées sur la nature essentielle de l'affection hystérique , ou plutôt de son affection hypochondriaco-hystérique. |

Sa: première indication thérapeutique , et c’est la principale suivant lui, est fondée sur une idée purement arbitraire ; c’est-à-dire sur la nécessité de fortifier le sang.

Il regarde. cette indication comme la conséquence naturelle de tout ce qu'il a dit concernant les causes, les symptômes et la nature de cette maladie.

Il faut fortifier Le sang, dit:il, afin que les

esprits étant fortifiés eux-mêmes, par ce moyen, soient en état de garder l’ordre qui convient à l’économie. Nous ne nous arrêterons pas à réfuter toutes ces suppositions.

Nous avons vu jusqu'à présent la plupart des auteurs , quelles que fussént leurs idées systématiques , commencer avec une certaine réserve le traitement de ces affections , et suivre en cela le précepte de Galien, qui se contentait de prévenir ses amis au il per x au besoin trouver des moyens plus énérgiques ( De locis affect.). Sydenham , au contraire, nous dit qu'il débute par une saignée du bras, et trois ou quatre jours de purgation ; cependant, ajoute-t-il, comme je n’ignore pas que les malades ñe s’en trouvent que plus mal, j'ai soin de les prévenir de cette circonstance (95). Ce n’est qu'après cette sorte de préparation qu'il se mettait à fortifier le sang par le moyen des ferrugineux. Il employait en même temps chez les femmes les remèdes dits anti-hystériques ; il y avait en effet de son temps, des eaux, des sirops, des pilules, connus sous ce nom; mais I} avoue ingénuement (107) qu'il n’est pas rare de voir des femmes d’un tempérament si singulier, que les remédes anti-hystériques , d’ailleurs si utiles , leur nuisent beaucoup au lieu de les soulager.

Sydenham, cependant, ne tenait pas autant qu'on pourrait le croire à ses remèdes fortifians, et, fort heureusement pour les malades, il ne s’obstinait pas dans leur administration. Si les remèdes que j'ai proposés ne conviennent pas, dit-il, on peut recourir à la diète lactée. Tout en regardant la chose comme surprenante, il se trouve forcé de dire (115) qu'il a vu des femmes dont le mal avait résisté aux remèdes les plus appropriés, et qui avaient recquvré la santé en ne vivant que de lait pour toute nourrityre.

Comme des faits de cette nature paraissaient en opposition avec son système, Sydenham à recours à une explication pour prouver que le lait fortifie aussi bien le sang que les préparations martiales ; il y a plus, comme il va citer un exemple remarquable de guérison amenée uniquement par l’exercice du cheval, il tâche de prouver en même temps que cet exercice Journalier est le meilleur moyen qu'il connaisse pour fortifier le sang.

Nous ne chercherons pas, avec Sydenham , comment le mouvement du cheval débarrasse le sang des humeurs excrémentitielles , comment il donne du ressort aux fibres, dissipe les obstructions, etc., ete. ; l'observation qu'il rapporte mérite seule de fixer notre attention.

H's’agit d’un prélat hypochondriaque , épuisé par la maladie et par des remèdes, dit Sydenham (il avait fait usage de préparations martiales), il était tourmenté par. un dévoiement colliquatif, avant-coureur ordinaire de la mort dans la phthisie et dans les affections chroniques.

Sydenham lui conseilla de monter à cheval et de persister dans cet exercice jusqu’à ce que sa santé fut entièrement rétablie ; en même temps il lui dit de ne se soumettre à aucun régime , et de vivre comme un vrai voyageur. |

La réflexion que fait Sydenham à ce sujet est profonde ; il fallait, dit-il, un esprit d’une forte trempe, pour-suivre ce conseil sans hésiter, pour entreprendre dans cet état de dépérissement un semblable exercice; nous ajouterons qu'il fallait que le médecin fût doué d’un esprit supérieur et appuyé sur une haute réputation, pour oser donner ce conseil à un hypochondriaque tel que ce prélat,

Pour nous, nous avons vu des malades de cette sorte se mettre dans une colère inexprimable à la seule proposition de sortir à pied pour prendre un peu d'exercice et respirer un air plus favorable.

Revenons au malade de Sydenham : il se soumit entièrement à ses conseils, chaque jour il

faisait un peu plus de chemin que la veille , il en vint jusqu’à faire de vingt à trente milles en un jour ; il continua ainsi plusieurs mois, pendant lesquels il fit plus de mille lieues. Sa santé se rétablit complètement dans ces voyages, et il acquit même , ajoute l’auteur, assez de force et de vigueur (117).

Quelle conclusion Sydenham a-1-il tiré de cette observation ? A-t-l vu dans ce prélat épuisé, comme il le dit, par des études opiniâtres, un homme dont la santé générale est d’abord affatblie par des excès de travail, puis par des remèdes inutiles ; et qui, abandonnant les ferrugineux, les purgatifs, les anti-scorbutiques , etc., trouve enfin le moyen de diminuer, par un exercice physique long-temps soutenu , la prédominance’ des fonctions cérébrales, prédominance établie au détriment des systèmes organiques ? Cherche:t-il à constater les effets de la direction nouvelle imprimée à l'esprit de ce malade? Nullement : Sydenham en conclut que l'exercice du cheval à dû évacuer par la transpiration les sucs dégénérés , ou les rétablir dans leur premier état, soit qu'il ait ouvert des couloirs, où renouvelé le sang, etc.; et enfin, fondé sur ces explications plutôt encore que sur le fait que nous venons de citer, il assure (118 } que le mercure

nest pas plus efficace dans le traitement des affections syphilitiques ; et le quinquina dans celui des fièvres intermittentes, que l'exercice du cheval dans toutes les maladies qu’il nomme de consomption, pourvu que Île malade fasse suffisamment de chemin , et que les draps de son lit soient bien secs. | Abstraction faite de toutes lés hypothèses avancées dans cette occasion par cet auteur, nous devons le dire, cet exercice du cheval qu’il met au-dessus de tous les agens thérapeutiques sans exception, qu'il compare au mercure et au quinquina, ce moyen qu’il conseille aux hommes, c’est-à-dire aux hypochondriaques, qu'il défend aux femmes (116), c’est-à-dire aux hystériques , ce moyen enfin que ce grand praticien sanctionne ainsi de toute son autorité. est en effet de plus puissant qui “existe peut-être pour ramener à la santé les hommes atteints d’hypochondrie, et spécialement de la variété que nous avons nommée monomanie asthéniaque. Lorsqu'on peut le faire adopter par ces malades, il n’en est pas qui puisse, d’une part, les arracher aussi bien au cours ordinaire de leurs pensées , surtout si cet exercice leur est peu familier; et d’autre part, ramener insensiblement dans tous les systèmes organiques la vigueur et la régularité normales,

L'intelligence de l’hypochondriaque doit, au moins pendant quelques heures, s'occuper uniquement de la direction des mouvemens d’un autre animal, et abandonner enfin le soin de ses propres organes à la force vitale. Si donc on pouvait obtenir ce double résultat de exercice du cheval, on aurait, suivant nous, les élémens les plus sûrs de la guérison de l’hypochondrie.

Dans le trattement des attaques hystériques , Sydenham abandonne encore ses fortifians du sang ; la violence du mal est telle, dit-il (119), qu'on n’a pas le temps de fortifier le sang et les esprits, il faut recourir aux remèdes hystériques; et dès-lors il revient aux substances indiquées par presque tous les auteurs, telles que l’assa-fœtida, le galbanum, le castoreum, etc., et le laudanum pour les fortes douleurs.

En résumé, nous dirons que Sydenham ne s'étant pas contenté d’énumérer divers remèdes comme certains auteurs; mais ayant attribué consciencieusement à chacun d’eux un certain degré d'efficacité, a jeté ainsi quelque Jour sur la nature de l’'hypochondrie et de lhystérie, et même sur leurs différences, puisqu'il a avancé que tel moyen réussit chez les hommes et ne réussit pas chez les femmes, et que dans l’attaque hystérique chez ces dernières il faut changer de

THÉRAPEUTIQUE. 5oi médication ; nous ajouterons qu’en bon praticien il a indiqué dans le traitement de l’hystérie un plan de conduite qu’on ne saurait trop imiter. « Pour moi, dit lHippocrate anglais, non-seule- « ment dans les affections hystériques, mais en- « core dans toutes les maladies, quand Je ne « pense pas pouvoir réellement faire du bien par « mes remèdes, je crois que le meilleur parti « que j'ai à prendre, si je Veux remplir les de- » voirs d’un honnéte homme et d’un bon méde- « cin, c’est de ne rien faire du tout, etc.» (134.)

S X. Baglivi a dit plus que tout autre peutêtre en thérapeutique sur la nature dé certaines monomanies, et conséquemment sur leur distinction d’avec les affections purement nerveuses. JL veut que les médecins se livrent enfin à une investigation scrupuleuse des causes morales , et qu'ils ne recherchent plus Porigine de toutes les maladies dans des réplétions et des cacochymies imaginaires. Assurément , dit-il, il ya des maladies déterminées par des réplétions ; mais il en est bien davantage qui ne sont occasionnées que par des influences morales, surtout chez les hommes agités par les soucis de l'ambition, élevés en dignité , lancés dans la carrière des honneurs, chez les hommes enfin qui ont toute autre chose à faire qu’à se gorger chaque Jour d’alimens, et

qu'a se plonger dans les sales félicités de Pivresse.

« Multi, fateor, ob repletiones, in morbos «’incidunt, sed multo plures ob animi pathe- « mata, et potissimüm si aut rei familiaris cur « distenti, aut dignitate constituti fuerint, aut in aulà vivant , quorunx plurimi longé alia co- « gitant, quam stomachum crapulà et ebrieta- « übus quotidiè replere. » (De medendis animi morbis ; Cap. x1V.)

Une indication thérapeutique très-importante, suivant Baglivi, dans les maladies qui reconnaissent une origine morale, c’est de s'occuper des voies digestives. Ce médecin profond déclare positivement que lestomac n’est que secondairement affecté, que primitivement l'affection est toute morale : |

« Qui laborant animi pathemate ventriculi « morbis corripiuntur, etc. » (Loc. cit.)

Aussi regarde-t-il comme une conséquence toute naturelle d'appliquer un traitement moral aux lésions digestives, et de ne pas traiter indistinctement toutes ces maladies par des purgatifs , des saignées, des réfrigérans, des humec- Lans, etc., comme beaucoup de médecins ont coutume de le faire. « Neque indiscriminatim “ omnium morborum curatio à purgantibus et

THÉRAPEUTIQUE. 503 «.phlebotomiis, refrigerantibus et humectantibus, etc., uti apud multos invaluit usus, in-

« choanda. » |

Baglivi sentait bien toute l'influence vicieuse de l'esprit inquiet des by pochondriaques sur les fonctions digestives ; voyez , au contraire , dit-il , ceux qui s'inquiètent fort peu de leur sit enEs, bien que gorgés d’alimens grossiers , ils Les digèrent avec facilité, et ils jouissent de la meilleure santé ; il en est ainsi, poursuit-il avec une précision admirable ; de tous ceux qui, par une certaine indifférence de la vie, ont appris à bannir de leur ame le sentiment des peines et des douleurs.

Suæ salutis non admôdum solliciti, quam-

« vis nimium répleantur cibis, cosdem tamen « benè digerunt, optimäque fruuntur. valitu- « dine.... quique dolorum, curarumque sen- « sum quädam vitæ negligentià ab animo nôrunt « dispellere. » (Loc. cit.)

Ce qui confirme encore tout ce que nous avons avancé sur l’enchainement des symptômes de l’hypochondrie, c’est ce que dit plus loin Baglivi sur l’issue des maladies développées sous l'influence d’une monomanie de ce genre. Si quelque affection , dit-il, attaque un malade en proie à cet état de lame, elle a coutume de

durer tout autant de temps que l'affection morale, et elle se convertira plutôt en une autre espèce de lésion, que d'abandonner le malade. € Si quis morbus, durante animi passione, « ægrum corripuerit, solet interdum tamdit « durare , quandit ipsa animi passio, et potiùs « in alienæ speciei morbum mutabitur , quam « ægrotantem liberum relinquet. »

Il est fâcheux que la plupart des auteurs anciens, et même des auteurs les plus récens, n'aient pas su tirer de leurs études sur les maladies la même induction que Baglivi ; savoir, que puisque les forces vitales sont ainsi troublées et violentées par laffection morale, il n’est pas étonnant que les remèdes viennent échouer dans le traitement, et que les médieamens ingérés dans l’estomac causent plus de mal que de soulagement.

« Quoniam spiritus, ab affectà mente, sum- « moperè turbantur, et affieiuntur et semper « distracti hinc indè sunt; nil mirum si hâc de « causà medicamentorum quoque vires infrin- «€ gantur, eaque corrumpantur potits in stoma- « cho 2 desideratum levamen ægrotantibus «-afferant,.

On: prévoit que la métis thérapeutique de ces sortes de maladies ne peut être que parfaite-

THÉRAPEUTIQUE. 505 ment tracée par Baglivi, puisque cette méthode sera déduite de notions positives sur leur nature essentielle. Les maladies qui dépendent d’un état particulier de lame, dit ce médecin, seront traitées avec prudence et avec réserve; on s’abstiendra surtout de médicamens nombreux et actifs.

Avant d’aller plus loin dans l’examen des opinions de Baglivi sur le traitement de lhypochondrie , nous ne pouvons nous décider à passer sous silence un passage remarquable de cet auieur concernant l’étude de ces sortes de maladies ; nous le disons avec une sorte de satisfaction, 1l nous semble que nous avons fait quelque chose pour remplir sous ce rapport les désirs exprimés par Baglivi. Nous désirons, disait ce médecin philosophe , uné histoire exacte des maladies déterminées par les inquiétudes morales, dans laquelle on expliquerait quelles sont les maladies qui se développent plus spécialement sous l'influence d’un état intellectuel quelconque, quels sont les symptômes qui les caractérisent, de quelle manière elles augméntent ou diminuent, en quelle autre espèce de maladies elles ont coutume de se changer, quels sont les remèdes qui les calment et ceux qui les exaspèrent, quel genre de médication on doit

adopter, et enfin une foule d’autres choses qui nous manquent encore, comme nous l’avons dit.

«e Desideramus historiam morborum ab animi « curis provenientium, in quà scilicet explicatur, « qui potissimum morbi à quovis animi motu «-oriantur, quibus comitentur symptomatis , « quomodd augeantur, et quomodo declinent, «€ quantüm durent, aut in qualispecie morborum « mutari soleant, quibus remedis leniantur, « quibus exacerbantur, quæ medendi metho- « dus, etc., etc., innumera alia quæ desirantur, «ut diximus. » (Loc. cit. v.)

Il ne nous parait pas que depuis Baglivi cette lacune ait été remplie ; tout en cherchant là solution de la question proposée par la Société royale de Bordeaux, nous avons été conduit à diriger toutes nos études sur l’affection hypochondriaque, suivant lesprit de ce passage de Baglivi; on jugera si nous avons en effet contribué à jeter quelque lumière sur un point de doctrine qu'il signalait comme obscur et comme important à connaître. | |

La méthode curative des affections kipaghans driaques proprement dites n’a été qu'indiquée par Baglivi, mais elle Va été de main de maitre ; son esprit pénétrant avait vu les limites étroites

de l’art dans ces circonstances.

Nous regardons en effet le peu de lignes que nous allons citer comme un modéle de perspicacité et de justesse d'esprit :

Maintenant, disait cet auteur , 1l nous resterait à ajouter quelques mots sur le traitement de ces sortes d’affections. Mais, avant d’aller plus loin, avouons que ce traitement réside presque tout entier. dans les forces morales du malade , © est-a-dire , dans sa patience , SON COurage, sa prudence, sa sérénité ; etc. Sans ces conditions, toute la série des médicamens, tous les eflorts des médecins seront en quelque sorte inutiles et en pure perte; et quant à ce luxe des officines, à ces médicamens dits hilarians, anitmélancoliques, fortifians du cœur et de l'esprit, excitans de ame, etc., ils sont plutôt propres a soutenir le décorum de l’art médical qu’à éhasser les soucis de l'ame, et qu’à relever un epanit abattu. À 2 ètS

« Restant nunc dicenda nonnulla de curauone « illorum ; et quidem in ipso limine fatendumest, « illam pené omnem in ægrotantis animo morali- « bus virtutibus, patientià nempè, fortitudine , « prudentia, tranquillitate, etc. reposilam esse ;

. quod si non fiat, omne genus remediorum, :om-

nes medicorum conatus inutiles propémodum

Pa Lan

erunt, àc vani, Quæque in pharmacopolus me-

« dicamenta dicunt exhilarantia, anti-melanco- « lica, cor aut memoriam confortantia, ingenium « acuentià, etc., adjuventa sunt ad quamdam ve- « luti pompam artis, quam ut valeant atras ab « animo curas dispellere , vel jacentem illum at- « tollere. » (Loc. cit., V1)

Cependant Baglivi n’ignorait pas qu’on ne contribuerait en rien à la guérison d’un hypochondriaque, en lui recommandant de montrer de la force d’ame, du courage, de la patience, de reprendre de la sérénité ; il savait qu’il faut essayer d’arracher ces esprits à leurs pensées habituelles, qu'il est des moyens qu’on peut employer pour arriver à ce but, et ces moyens il les à indiqués.

Il place lexercice physique au premier rang ; les voyages dans les contrées étrangères, ou la chasse dans des lieux agréables ; le séjour à la campaghe et l'exercice du cheval fréquemment répété ; précepte dejà donné par Sydenham et approuvé par Hoffmann. À l'exemple de Montanus, Baglivi ne veut pas qu’on prive les malades de tous les plaisirs ; il conseille , au contraire , de chercher des distractions capables de ramener l'esprit à son état normal . et de faire ainsi disparaître peu à peu les altérations physiques de lorganisme. à

C’est à ce sujet que, plein de la lecture des an-

Ce

ciens moralistes, et croyant ne pouvoir rien dire de mieux que Sénèque sur la médication de lame, Baglivi se borne à citer les propres paroles de ce philosophe, qu'il appelle avec juste raison l’un des précepteurs du genre humain.

Avant de quitter Baglivi, voyons avec quelle noblesse et quelle grandeur il veut que le médecin se conduise dans le traitement de ces maladies. C’est en traitant des maladies de cette espèce, dit-il, que le médecin doit s'élever au-dessus de lui-même ; quels que soient les conseils qu 1] donne, quels que soient les médicamens qu'il propose , il doit le faire avec une telle dextérité, avec une telle audace d'expression, que le malade, retrouvant de la patience, reprenant de la sérénité , ne doute plus des bons résultats de sa médication. Je puis à peine exprimer, ajoute Baglivi, combien les paroles d’un médecin peuvent avoir d'influence sur l'issue de ces affections, en agissant sur limagination des malades. Un médecin. en effet, fort de son éloquence, habile dans l’art de persuader , verse dans l’ame de ses malades tant de confiance pour sa doctrine, et ajoute ; par ses paroles, tant d'efficacité aux médicamens, qu’il peut obtenir. plus de succès à l’aide des remèdes les plus insignifians que tel autre médecin plus instruit, mais faible, mou

et en quelque sorte’ énervé sous le rapport de lélocution, avec les médicamens les plus précieux. « Cœterùm in hujusmodi ægris cu- «randis præstare maximoperé debet medicus, ut « quæcumque remedia aut precepta curationem « spectantia ægroto proposuit, ea tali arte, et in- « trepidà dicendi hbertate proponat, qua illum ad « patientiam, et tranquillitatem componere, et ad «summam medicamentis præbendam fidem hor- « tari valeat. Si quidem vix fateri possum, quan- « tum verba medici dominentur in vitam ægro- « tantis, ejusque phantasim transmutent ; me- « dicus namque in sermone potens et artium sua- « dendi peritissimus, tantam vim dicendi facultate « medicamentis suis adstruit, et tantüm doctrinæ «-suæ fidem in ægro excitat, ut interdüm vel ab- « Jectissimis remedis difficiles morbos superavit, « quod medici doctiores, sed in dicendo languidi, «molles ac pené emortui nobilioribus pharmacis « præstare non potuerunt. » (Loc. cit., VIN.) XI. Nous ne dirons qu’un mot sur le traitement humectant tant vanté par Pomme ; on sait que les affections hypochondriaques et hystériques n'étaient traitées par lui qu'avec l’eau de poulet et les bains. Dans tous les cas, selon ce médecin , ‘les nerfs étaient raccourcis ; il prétendait que, pour ce qui est de l’hystérie, le sang ,

THÉRAPEUTIQUE. Dix après avoir agacé les nerfs de la matrice , se porte sur la poitrine et produit la suffocation, etc. C’est ainsi que M. Louyer-Villermay présume que le reflux du sang irrite tous les nerfs de l’économie (53). |

La théorie que j'ai établie, dit Pomme ; m’an-

nonce les propriétés des remèdes à employer, c’est-à-dire , tous ceux qui pourront relâcher les spasmes, etc. Le docteur Fizes de Montpellier, cité plusieurs fois dans Pouvrage de Pomme, adoptait aussi ce genre de traitement pour diminuer la tension du système nerveux.

Quoi qu'il en soit de toutes ces divagations, Pomme a beaucoup fait pour la thérapeutique, comme le reconnait Georget, puisqu'il'a proscrit tous les médicamens énergiques si Souvent employés avaæt lui dans le traitement de l’hystérie.

S XHE. « Cullen avoué, dit M. Liouyer-Viller- « MAY ; qu'il manque d'observations suffisantes « pour établir d’une manière précise les bases du « traitement convenable à lhypochondrie, et les « conseils qu’il donne sont bien propres, poursuit « M. Louvyer-Villermay , à nous confirmer dans « Paveu qu’il nous fait, ete. » (602.) |

Jamais reproche ne fut plus légèrement adressé, et plus ma! fondé. Nous allons voir si les conseils donnés par Cullen portent à croire que cet au-

teur n'avait pas en effet suffisamment observé l’'hypochondrie.

Cullen dit qu'il manque d’observations (1 233); mais nous ne savons où M. Louyer-Villermay a lu : pour établir les bases du traitement de Phypochondrie. Le médecin d’ Édimbourg ajoute seulement: pour déterminer quelles sont les causes éloignées de l'hypochondrie (1233). D'où il conclut qu’il ne peut indiquer le traitement préservatif d’une manière aussi claire et aussi positive qu’il le désirerait.

Quant aux observations conpignées dans les auteurs, Cullen n’a pas voulu s’en servir, et avec raison, parce que ces médecins n'avaient pas fait de distinction entre le morbus ructuosus, flatulentus, là dyspepsie, etc., et la ee «à hypochondrie. pe?

Voyons actuellement les conseils de Cullen, traités si lestement par M. Louyer-Villermay.

De la non-distinction des affections idiopathiques de l’estomac, et des troubles fonctionnels de ce viscère , déterminés par une influence morale, devait résulter un traitement essentiellement vicieux, c’est la première remarque de Cullen, et elle prouve que ce médecin connaissait parfaitement la nature de l’hypochondrie. « Les af- « fections de l'estomac, dans lhypochondrie ,

« dit-il, étant les mêmes que dans le cas de « dyspepsie (gastralgie). On a mis peu de dis- « tinction dans la pratique, mais je suis persuadé « qu'il estnécessaire de la varier. » 4

Le commentateus donne une nouvelle force à lopinion, de Cullen. Un grand nombre d’auteurs, ajoute Bosquillon, ont traité, sous le nom d'affection hypochondriaque ; les symptômes que produisent les embarras de la veine-porte et les diverses affections des viscères abdominaux ; ils ont en conséquence insisté spécialement sur les laxatifs et les apéritifs, et n’ont pas fait attention à état particulier de Fame (note au par. 1239). , Cette remarque lumineuse de Bosquillon', qui avait si bien compris le texte de Cullen:, explique toutes les erreurs commises dans l’histoire de l’hypochondrie; c’est en effet parce qu’on n'avait pas fait cette distinction fondamentale, qu'on a confondu l’hypochondrie avec lhystérie et avec d’autres.maladies ; c’est pour cela que les Ârabes ont désigné l’hypochondrie sous le nom de rirachialis morbus., et Dioclès sous celui de morbus flatuosus, etc.; c’est ‘pour n'avoir pas fait cette distinction, qu'aujourd'hui M. Broussais et ses partisans ne volent en elle qu’uie gastroentérite, et M. Louyer-Villermay une affection nerveuse qui réside dans le système nerveux des

voies digestives, et c’est enfin pour cela que M. Louyer-Villermay n’a pas senti le mérite des conseils de Cullen. |

« Les principaux remèdes de la gastralgie, « poursuit Cullen, sont les toniques, qui ne me « paraissent ni nécessaires ni sûrs dans l’hypo- « chondrie. » | |

Observation toute pratique; l’habitude en effet de prodiguer les toniques dans le traitement de l’hypochondrie fait qu’on détermine bien souvent des lésions organiques de lPestomac chez les malades.

« Les eaux minérales ferrugineuses ont eu des « succès apparens dans l’hypochondrie; ces suc- « cès doivent étre plutôt attribués aux distrac- « tions et aux exercices physiques qui accompa- « gnent ordinairement lusage de ces eaux. »

Nous n’avons pas besoin de faire sentir toute Pexactitude de cette remarque. |

L'exercice physique , considéré comme moyen curatif, occupe ensuite Cullen ; il le trouve utile dans le cas d’affecüon idiopathique de l'estomac, et dans les cas d’rypochondrie. Ce médecin prouve, avec une haute sagacité, que dans l’exercice physique il y a deux sortes de résultats : il fortifie tous les systèmes de l’économie, en activant leurs fonctions ; c'est pour cela qu’il ranimce

THÉRAPEUTIQUE. 515 l’action des-estomacs languissans , et qu’on doit le préférer à tous les toniques et tous les stimulans pharmaceutiques ; en second lieu, il est éminemment utile, dans le traitement de lhypochondrie, par leffet qu’il produit sur: Pame. Aprés avoir ainsi fait connaître le double but qu’on peut atteindre par l’usage d’un exercice convenable , Cullen part de là pour donner les conseils les plus sages et les plus efficaces dans le traitement de cette maladie.

Il n’a eu en vue, dit-il, que d’attaquer le point capital de la pratique, relativement aux affections hypochondriaques ; savoir, le traitement qui convient à l’esprit. Car l'affection de l'esprit, ajoute-t-il. constitue toujours et spécialement le caractère dominant de PRE

drie (1243).

Suivant Cullen, et suivant tous ceux qui ont bien observé les hypochondriaques , rien de plus délicat et de plus difficile que Part de diriger lesprit de ces malades. « Il ne faut avoir recours « exclusivement ni à la raillerie ni au raisonne- « ment; il faut bien se garder de considérer « leurs craintes comme dépourvués de fonde- « ment. S'il est jamais permis de donner quelque « remède innocent pour plaire au malade , c’est « assurément dans le traitement des hypochon-

« driaques , qui sont fous de médicamens et qui, « quoique: souvent trompés dans leurs espéran- «cés, prennént cependant encore tout remède « nouveau qu’on leur propose. » Il serait superflu de pousser plus loin ces citations pour prouver que Cullen connaissait bien la nature de l’hypochondrie, et qu'il a jeté les véritables bases du traitement moral et intellectuel.

Quant à l’hystérie ; il fait rentrer ses indications curatives dans celles de lépilepsie ; il pense que ces indications sont les mêmes. Or, comme il trouve que dans l’épilepsie on doit agir sur tel ou tel viscère, lorsque les symptômes sont déterminés sympathiquement, nous devons en conclure qu'il aurait dirigé, dans l’hystérie, ses moyens thérapeutiques vers le système utérin ; puisqu'il a reconnu que la matrice est le point de départ de cette maladie.

S XIII Pinel n’a donné que des indications très-vagues sur le traitement de l’hypochondrie ; toutefois ces indications sont conformes. à la véritable médication de cette maladie; elles sont déduites de son caractère essentiel, c’est-à-dire de l'état moral des individus. Il interprète convenablement le précepte donné par Montanus aux hypochondriaques : Fuge medicos et medrcamina et sanaberis, c’est-à-dire qu’au lieu de

donner sa confiance aux longues et interminables formules de certains auteurs, 1l faut faire une application convenable des préceptes de Phygiène.

Conformément à Popinion des médecins les plus éclairés, Pinel pense que les accès hystériques sont constamment exaspérés par les moyens violens dont on avait coutume de se servir pour faire cesser les syncopes; cependant il ajoute que lorsque les fonctions de la vie sont suspendues, il y aurait du danger à ne pas recourir aux moyens les plus actifs.

& XIV. Pour l’hypochondrie comme pour ve , l'école du Val-de-Grâce à pr éconisé la diète et les émissions sanguines ; ; doit-on en inférer que, dans lesprit des partisans de cette école, ces deux maladies sont admises comme identiques? Il est bien vrai que M. Broussais à dit que lhypochondrie est l’effet d’une gastro-entérite chronique qui agit avec énergie sur un cerveau prédisposé à Pirritation (Examen des doctrines, prop. 144), et que l'hystérie doit être rattachée à la même cause que Fhy- Asset (Prop. 372, pag. 236); mais peutêtre n’en considère-t-il pas moins ces deux alfections comme formant deux individualités bien distinctes. Maintenant, quant à l’efficacité des

émissions sanguines et de la diète, dans leur traitement, on sait aujourd’hui à quoi s’en tenr. Georget cite des hypochondriaques qui ont fini par perdre la raison sous l'influence d’une diète très-sévère et long-temps continuée ; d’un autre côté, Willis, comme nous l’avons fait remarquer , avait trés-bien observé que les femmes anhémiques sont précisément celles que les attaques hyÿstériques tourmentent le plus souvent. Un fait assez curieux rapporté par Pomme indique encore mieux Pinutilité des saignées dans les Cas d’hystérie ; on lit, dit-il, dans le Journal de Médecine (mai 1759, pag. 292), qu’un chirurgien de Chantilly, nommé Brillonet, fit à une fille hystérique, dans le cours de plusieurs années, mille et vingt saignées! Le tout sans pouvoir la guérir.

S XV. Après avoir examiné, suivant s-Mespiit de notre question , les opinions émises par les anciens médecins , sur le traitement des affections hypochondriaques et hystériques, nous venons d'entrer dans la discussion des moyens proposés par des auteurs contemporains ; pense-t-on que, sous ce rapport du moins, l’état de la science soit beaucoup plus avancé ?

Voltaire , dit M. Louyer-Villermay nine:

sur Phyp., p. 184), reprochait à un jeune mé-

THÉRAPEUTIQUE. 519 decin de mettre dans un corps qu’il ne connatssait pas, des médicamens qu'il connaissait encore moins ; et à cette occasion , M. Louyer-Villermay ajoute , avec un mouvement de satisfaction : « Félicitons-nous de ce que les progrès de

la chimie et de l'anatomie mettent aujourd’hui

les médecins à l'abri de ce reproche. » Il me semble que M. Louyer-Villermay s’est étrange ment mépris sur le véritable sens du reproche fait par Voltaire. |

Oui, certainement , à l’aide des études chimiques et anatomiques, on peul connaître aujourd’hui d’une manière absolue la composition de tel médicament et la structure de nos organes ; mais en est-on plus avancé sous le rapport de la thérapeutique ?

Un sauvage apprend au monde civilisé que l’écorce du Pérou arrête la marche des phénomènes périodiques ; la chimie décompose , analyse ce médicament , l'anatomie poursuit ses progrès; les sciences médicales marchent à grands pas ; on découvre une base salifiable dans l’écorce du Pérou : mais quant à son mode d’ action thérapeutique sur l économie , qui oserait pr ‘étendre qu’on sait quelque chose de plus que l’Indien qui. l’a découverte ? C’est la nature des rapports, c’est la manière-d’agir d’un agent thérapeutique sur

l'organisme, que Voltaire entendait, et ce point de doctrine nous parait avoir si peu marché avec le progrès de la chimie et de Panatomie , que, touchant déjà au terme de la derniére partie de notre travail, nous répéterons ce que nous avons dit au commencement : /n therapeia maximè claudicamus. Passons toutefois au plan de thérapeutique proposé par M. Louyer- Villermay, et voyons s'il démontre, comme il le dit (Walad. nerv., 605), l'utilité de la médecine dans le traitement des affections hypochondriaques.

Il y a d’abord lieu de s'étonner de voir M. Louyer-Villermay avancer que tous les préceptes thérapeutiques sont étouffés dans les ouvrages des auteurs parmi les opinions les plus hasardées ; que, dans tous les auteurs, la vérité et l'erreur marchent sur la même ligne , ou sont offertes avec une égale assurance {604). Avouons le faible de notre siècle; on méconnait les écrivains d’un autre äge, ou bien on ne les connait que d’après quelques citations rares ét éparses dans les ouvrages des contemporains. M. Louyer- Villermay a conclu, de son assertion, que sa tàche etait facile à remplir ; qu'il lui suffisait de mettre à profit les idées saines, et de signaler les opinions fautives, pour établir un plan de thérapeutique propre à démontrer l'utilité de la médecine

THÉRAPEUTIQUE. 5at

dans le traitement des affections hypochondriaques (605). Mais d’abord , ce qu'il trouve facile est précisément ce qu'il y à de plus difficile, puisqu'il ne s’agit rien moins que de distinguer la vérité de l'erreur ; sans doute, il est beau de dire, avec Klein : « Liberam profiteor medici- «-nam, nec ab antiquis sum, nec à novis, utrosque, «ubi veritatem colunt, sequor. » Rien de mieux, je le répète, n’était la difficulté de trouver ubi veritatem colunt. Quant à nous, ilnous semble que, plus on médite sur ce point, plus on trouve qu’il est difficile de trouver ce plan de thérapeutique propre à démontrer l'efficacité de la médecine dans le traitement de l’hypochondrie , et Baglivi a ajouté à notre opinion tout le poids de son autorité. | |

M. Louyer-Villermay divise-le itraitement-général de l’hypochondrie, 1° en traitement de la maladie , 2° en traitement des symptômes , 3° en traitement des complications. Nous ferons remarquer d’abord que les symptômes, de aveu même de cet auteur, sont les élémens de cette maladie ; d’où l’on doit inférer que, lorsqu'on attaque les symptômes, on attaque la maladie : or ,; d’après ces principes, est-ce raisonner d’une manière logique que de considérer la maladie comme un être à part, et ses symplômies comme des acces-

soires distincts? Pour prouver le peu de fondement de cette division, nous ne nous arrêterons que sur les premiers symptômes que M. Louyer- Villermay prétend traiter indépendamment de la maladie.

Ces symptômes, dit-il, émanent directement de la nature même de l’hypochondrie; sensibilité des organes situés dans l’épigastre et les hypochondres (729), borborygmes, flatuosités, étc. Remarquons qu'il suffirait d’énumérer ces symptômes pour avoir précisément la définition de lhypochondrie suivant cet auteur. Or, qu’est-ce qu’une méthode qui vous fait traiter d’abord la maladie , puis les élémens de la maladie ?

Quant au traitement des complications, on ne peut le considérer comme une division du traitement général de l’hypochondrie. On n’a qu’à lire le chapitre qui lui est consacré pour voir qu'il s’agit, en effet, d’un traitement purement accessoire.

M. Louyer-Villermay donne trois bases principales (605) à la méthode curative : 1° appréciation des lois de lhygiène ; 2° direction donnée aux facultés morales et intellectuelles ; 3° choix convenable des médicamens. Avouons que cetauteur aurait pusse contenter de donner deux bases, car la direction des facultés morales, animt pa-

THÉRAPEUTIQUE. 533 themata | rentre nécessairement dans lPapplication des lois de l'hygiène.

Maintenant, de deux choses l’une : ou les idées de M. Louyer-Villermay sur la nature de lPhypochondrie sont exactes, et alors son traitement est vicieux , ou son traitement est rationnel, et alors ses idées sont erronées. Cet auteur a dit, dans son chapitre du principe de l’hypochondrie (320), que « cette maladie à pour siêge pri- « mitif les viscères abdominaux, et surtout l’es- « tomac ; qu’au trouble de ces organes se Joint, « par sympathie , le désordre consécutif de pres- « que tous les organes de notre économie , etc., et enfin l'affection sympathique de nos facultés morales et intellectuelles. » à

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Or; nous le demandons, en adoptant cette hy- pothèse, est-il rationnel de donner pour première base au traitement l'indication de traiter avant tout un désordre moral secondaire , déterminé enfin sympathiquement, lorsque tous les organes ont déjà été lésés, et de rejeter en sous-ordre ie traitement de l'estomac, siége prémitif de la maladie ? pl le

Ce traitement est cependant le seul rationnel ; M. Louyer- Villermay a bien fait de Pétablir ainsi; mais il y a lieu d’être surpris de ce que l’ordre même de son traitement ne Pait pas

conduit à rectifier ses idées sur la cause prochaine de l’hypochondrie, et à trouver ainsi la différence fondamentale de cette maladie et de l’hystérie. .

M. Ed ii 6 pose en principe général (pag. 606) que rien ne constate mieux la nécessité de varier le traitement de l’hypochondrie que la multiplicité des causes s les nombreuses variétés de cette affection, etc., etc. Et quelle raison puissante , ajoute-t-il, de modifier le traitement que les succès avérés obtenus par les moyens les plus contraires ?

Il résulte de cette manière de raisonner que l’hyponchondrie , pour notre auteur, n’est pas une individualité morbide déterminée, et que le même vague qui a régné. dans son étiologic et dans sa sympitomatologie , , va régner encore dans son traitement; il n’a vu dans cette affection qu'un assemblage confus, incohérent et disparate de symptômes; il va préconiser successivement les bons effets des six choses dites non naturelles , et de tous les médicamens que comprend la matière médicale; &{ va se rendre raison, et ce sont ses expressions (607), des réussites amenées par des méthodes curatives toutà-fait opposées. 71 conçoit d’abord pourquoi Hoffmann réussissait avec son élixir viscéral, et

THÉRATEUTIQUE 5925 il n'est pas étonné, dit-il, que les délayans aient donné des résultats avantageux. Il suffit enfin de parcourir son chapitre des médicamens pour voir avec quelle facilité cet auteur sait s’accommoder, comme il le dit (608), à lextréme diversité des symptômes.

Si nous ne nous trompons, M. Louyer-Villermay aurait dû dire que lorsqu'on pense comme lui que toute circonstance , quelle qu’elle soit, peut déterminer lhypochondrie, il faut se borner uniquement à écarter cette circonstance malencontreusce. On va voir qu’en résumé tout se réduit à cela, dans son livre. Ainst, l’hypochondrie récente est-elle produite par une suppression du flux: hémorrhoïdal? il n’y a qu’à rétablir ce flux; est-elle produite par contention d'esprit? donnez des distractions ; par des peines de lame? donnez des consolations; par une vie trop sédentaire ? preserivez des courses variées; par la négligence d’une saignée habituelle? nouvelle saignée. Üne femme perd son enfant , et devient hypochondriaque ; son mari faisait lit à part; un médecin bien inspiré donne un avis tout opposé ; la nature le seconde, dit M. Louyer-Villermay : grossesse, cessation de lhypochondrie. | Autres indications de notre auteur : ste ma-

sf

lade èst riche en vaisseaux sanguins (615), on saigne ; mais la constitution délicate réclame un bon régime ; au tempérament nerveux et irritable conviennent les anti-spasmodiques ; à la prédominence du systéme bilieux , on oppose les acidules, les délayans, les laxatifs, etc. ; au tempérament lymphatique , les martiaux, les amers, le quinquina et la gentiane. |

Nous n'avons rien à reprocher à ces prétentions thérapeutiques de M. Louyer-Villermay , elles cadrent parfaitement avec son étiologie ; il n’est pas une disposition de l’économie, nous l’avons vu ; pas un agent dans la nature, qu'il n’ait considéré comme pouvant devenir cause d’hypochondrie ; il est conséquent avec lui-même en admettant dans le traitement de cette maladie l'application de toutes les lois de l'hygiène et de tous les médicamens sans exception.

Nous ne parlerons pas des lois de l'hygiène préconisés par cet auteur ; on connaît ces lois, il les vantes foutes successivement, il pousse même le soin des indications jusqu’à recommander (628) aux personnes qui sortent l'hiver, d’un appartement échauffé, ou d’une réunion nombreuse, de fermer bien exactement leurs habits, sous peine de devenir hypochondriaques.

Pour ce qui est de ses médicamens, les bornes

THÉRAPEUTIQUE. . bag

de ce travail ne nous permettent pas même de les énumérer.

Passons au traitement proposé par M. Louyer- Villermay contre l’hystérie. «Il est peu de mala- « dies, dit d’abord avec assurance cet auteur , « dont le traitement fasse plus d'honneur à la « médecine (149).» En vérité, on pourrait croire qu’une opinion aussi présomptueuse n’a pu être émise que pour rassurer les gens du monde , tant elle s'accorde peu avec l'esprit de doute et de vérité qui doit régner enfin dans les sciences médicales, et c’est de l’hystérie que parle M. Louyer- Villermay! Il ne s’est donc pas rappelé que c'était précisément lorsque le traitement n'avait aucun succès dans une maladie que les médecins du siècle dernier étaient portés à croire qu’il s’agissait d’une affection hystérique ? « De fomite hysterico suspi- « candum rit, ait Baglivi, quandd morbus ali- « quis remediis cedere nolit. » Le traitement de l’hystérie, dit Georget, éprouve les plus puissans obstacles. yré

Ce n’est pas toutefois sans motif que M. Louyer-Villermay a cru si bénévolement à la puissance de l’art dans cette circonstance ; il s’est fondé sur Pexistence d’une cause qui ,: si elle était réelle , serait en effet assez facile à éloigner ; mais il est aujourd’hui reconnu par tous les bons

esprits que cette cause est tout-à-fait hypothétique ; les difficultés restent les mêmes dans le traitement de l’hystérie.

Suivant notre auteur, presque toujours le médecin découvre la cause de l’hystérie, cause qui était cachée ou ignorée ; il dissipe les inquiétudes des parens et justifie leur confiance par une prompte guérison (149). Il est facile.de deviner que c’est de la continence que veut parler ici M. Louyer-Villermay, et conséquemment du mariage comme panacée infaillible. Nous croyons en avoir dit assez sur la continence comme cause de hystérie, pour prouver que dans la plupart des cas le rnariage , loin de calmer les accès hystériques, doit, au contraire ; comme cause excitante et directe du système utérin, accroître encore leur violence. Nous sommes si convaincus de son inutilité et de ses fâcheux résultats, dit Georget , que nous recommanderons de nouveau aux médecins et aux familles de mettre toute la prudence et toute la circonspection possibles dans son usage.

Le traitement de lhystérie que propose M. Louyer-Villermay se divise, comme celui de tous les auteurs qui l'ont précédé, en traitement dé la maladie et en traitement des accès. Pour ce dernier cas il rappelle linspiration des sub-

THÉRAPEUTIQUE. 529 siances aromatiques , moyen tant préconisé dans l'antiquité , et il donne la formule d’un liniment aromatique dont on peut se servir pour frictionner la partie antérieure du cou.

Une injection de laudanum dans le vagin a réussi, dit-il, au célèbre Bichat ; Pinel et Duvernoy se sont bien trouvé des lavemens d’assa-fætida.

M. Louyer-Villermay n’a placé que dans sa septième section le traitement moral de lPhystérie ; il s’étendra peu, dit-il(189), sur l'application des moyens moraux au traitement de l’hystérie, ses considérations relatives à la médecine morale devant recevoir un plus grand développement dans lhistoire des névroses qui ont leur siége dans le système de la digestion. Si réellement dans les deux cas la cause prochaine avait son siége dans les organes abdominaux, pourquoi l’hypochondrie seule réclamerait-elle de préférence le traitement moral? Pourquoi les névroses du système utérin, système qui joue un si grand rôle chez la femme, n’imprimeraient-elles pas des modifications aussi marquées au moral que les névroses digestives ?

Il faut le dire cependant, malgré tant d'erreurs, M. Louyer-Villermay a été dans les dispositions de son traitement plus près de la vérité,' que dans ses considérations sur la nature de ces ma-

ladies ; il a bien fait de mettre en première ligne , de considérer comme première base du traitement de l’hypochondrie la médication morale, parce que dans cette maladie il y a toujours erreur dominante, et que cette erreur forme Île grand obstacle aux moyens curatifs soit hygiéniques, soit pharmaceutiques. Il a bien fait ensuite de donner moins d'importance aux indications morales dans la cure de lhystérie, parce qu'il s’agit presque uniquement de faire cesser des impressions vicieuses , et d’écarter les excitans trop énergiques ; indications toutefois plus faciles à remplir dans le traitement prophylactique que dans le traitement curatif ; mais quant à ses considérations ultérieures elles ont toutes porté à faux.

S XVI. Georget a exposé avec assez de détails le traitement de lhypochondrie et de l’hystérie ; les indications thérapeutiques dans lesquelles il est entré sont toutes de nature à confirmer de la manière la plus évidente les différences fondamentales de ces deux maladies.

Nous allons voir en effet que malgré ses idées sur la nature essentielle, il cherche toujours dans le traitement de l’hypochondrie à combattre une erreur dominante comme cause de tous les dés-

ordres, tandis que dans le traitement de lhys-

THÉRAPEUTIQUE. 534 térie, il semble, et par les moyens prophylactiques et par les moyens curatifs, chercher à combattre non la prédominance du centre nerveux de la vie animale, comme cela devait être dans ses idées, mais bien du système nerveux général. Examinons rapidement ses moyens thérapeutiques. Îl avoue d’abord avec Cullen que les hypochondriaques sont les malades les plus difficiles à soigner, qu'ils sont indociles, versatiles; qu’à chaque instant ils changent de reméde ou de médecin, que personne, selon eux.

leur mal.

Georget avait donc très-bien observé ces

ne saurait comprendre ni bien connaitre

sortes de malades ; une seule chose pourra nous étonner quand nous aurons examiné ses rémarques sur l’état moral, c’est qu’il n’ait pas vu que tous les autres symptômes n’ont pas d'autre point de départ dans cette maladie. |

Les enfans, dit-il, fortement prédisposés à cette maladie, qui manifestent de bonne heure un penchant prononcé à la mélancolie, etc., ont besoin d’une éducation particulière, il ne faut point se hâter de cultiver leur esprit; suivant nous, cela. n’est vrai que jusqu'à un certain point : il faut seulement choisir avec sagesse les alimens qu'on doit donner en quelque sorte à des esprits de cette.

trempe. Il faut savoir cultiver leur esprit avec discernement, parce que des esprits ainsi prédisposés se cultivent vicieusement avec la plus grande facilité, s'il est permis de s'exprimer ainsi: la culture de l'esprit n’exclut pas, il est vrai, l'erreur dominante qui constitue primitivement l’hypochondrie, mais 1l ne faut pas pour cela laisser l'esprit plongé dans l’ignorance: loin de nous cette idée : il faut lui donner une autre direction. C’est pour cette raison que le seul changement du genre de vie, des occupations et des habitudes des malades, est presque toujours, comme le dit Georget, le moyen le plus efficace à opposer à leurs maux.

Cet auteur ajoute avec juste raison, que dans aucune autre affection, peut-être , cette seule condition n’est suivie de résultats plus favorables. Pourquoi n’en a-t-il pas conclu que cela tient à ce qu'il y a seulement idées exclusives dans l’hypochondrie primitive, et non affection matérielle de l’encéphale? Il avait trop de rectitude dans Vesprit pour croire que Île changement seul des idées et des occupations habituelles d’un ma- Jade puisse changer subitement une manière d’étre physique de l’encéphale.

Parmi les moyens hygiéniques les plus puissans, reprend Georget, on doit d’abord compter

ceux qui agissent sur le moral des malades. Rien de plus exact encore ; et pourquoi? Nous n'avons plus besoin de le dire, parce que c’est dans le moral des malades qu’est la source unique du mal. ,

Le traitement établi par cet auteur indique d’un bout à l’autre la nature que nous avons assignée à l’hypochondrie, et cette nature constitue la différence la plus forte qui existe entre cette maladie et lhystérie. |

Il n’est peut-être pas une indication thérapeutique donnée par Georget qui n'ait pour but d’affaiblir l'erreur dominante des malades. Quel est par exemple le moyen le plus sûr de détruire une erreur dans. l'esprit d’un autre homme ?

N'est-ce pas de se rendre d’abord entièrement maître de son esprit? Eb bien! c’est le but principal de cet auteur. € Les hypochondriaques , « dit-il, s'occupent à chaque instant de leur « maladie, ils ne cessent d’en parler avec le pre- « mier venu , ils aiment à lire les livres de mé- « decine, ils sont trés-avides de remèdes, et « restent dans une continuelle hésitation sur ce « qu’ils doiveut croire et sur ce qu'ils doivent « faire. Is ont donc besoin d’un médecin habile «qui exerce sur ÇUX assez d'influence pour fixer

« leurs idées et régler leurs actions. Îl faut écou- Li)

ter avec patience, avec intérêt, les plaintes de ces malades et le récit de leurs souffrances ; il faut explorer avec la plus grande attention toutes les parties douloureuses. Ils se croient toujours atteints de quelque mal extraordinaire aussi difficile à connaître qu’à guérir, et si vous ne les étudiez pas avec le plus grard soin ; si vous ne paraissez pas rester quelque temps avant de pouvoir bien connaître leurs Maux, vous n'avez pas leur confiance et ne

pourrez leur faire aucun bien. Il est en géné-

ral important de leur prouver, par des raisons à leur portée, qu’ils n’ont point les maladies graves dont ils se croient affectés. La persistance dans un état satisfaisant des fonctions nutritives est un fait qui a de l’influence sur leur esprit. Quelquefois pourtant on peut leur laisser croire qu’ils ont réellement le mal dont ils se plaignent, pour les traiter ensuite et agir de la sorte sur leur imagination. » Il suffit de

ces citations pour prouvér que les indications don-

nées par Georget , indications qui ne sont que les

résultats de l'observation rigoureuse des phéno- , 8 P

ménes , établissent de la manière la plus péremp-

toire les vrais caractères de l’hypochondrie.

Passons actuellement à l’hystérie , et voyons si

dans toutesses indications thérapeutiques Georget

THÉRAPEUTIQUE. 53 n’a pas eu un but tout-à-fait différent; ou, du moins, s’il n’a pas eu pour but de guérir une maladie toute différente. Georget n’a pas donné les raisons de sa méthode prophylactique et de sa méthode curative ; nous allons y suppléer autant que nous le pourrons, parce qu'ici les moyens thérapeutiques eux-mêmes doivent être raisonnés. Dans les temps anciens comme dans Îles temps modernes , les médecins attribuaient, et avec raison, les accidens hystériques à un développement, ou mieux à une excitation anormale du système nerveux , système dont le principal, pour ne pas dire lunique foyer, chez les femmes, est l’organe utérin ; les médecins ont en conséquence cherché à diminuer cette prédominance nerveuse, tantôt par des débilitans, et tantôt par des anti-spasmodiques qui le plus souvent ne sont réellement que des excitans; que résultait- 1 de ces deux modes de traitement ? Que d’une part les débilitans ne portaient pas leur action sur le système nerveux, que ce n’était pas lui qu'ils débilitaient, mais bien les autres systèmes de l'économie, de telle sorte que le système nerveux n’en prédominait que davantage ; tel était souvent l'effet de la diète-et des émissions sanguines , qui ne peuvent pas rétabhr, dans ces cireonstances, l'équilibre des systèmes ; d'autre

part les anti-spasmodiques sur-excitaient encore ce système, car rien ne, fait moins cesser les spasmes, dit Georget, que les anti-spasmodiques, et à cette occasion il rappelle que Pomme, le premier, a eu le mérite de proscrire tous ces remèdes prétendus bÿstériques et anti-spasmodiques, tels que le castoreum, l’éther, le succin, le camphre, l’assa-fætida , le musc, la valériane, etc., etc.

Que faut-il donc faire pour rétablir l’harmonie ; l’équilibre des systèmes de l’économie ? Nous avons reconnu que lhystérie a pour cause immédiate l'excitation du système nerveux, systéme qui se trouve en quelque sorte concentré alors vers la matrice. Or, puisqu'il n'y a pas de moyens capables de diminuer directement cette excitation , d’affaiblir ou de calmer le système nerveux, il ne reste que deux sortes d'indications à suivre pour rétablir cet équilibre : 1° prévenir ou écarter avec soin toutes les causes stimulantes du système nerveux ou déterminantes des irritations nerveuses ; 2° faire prédominer par l’exercice les autres systèmes, afin de les élever en quelque sorte au niveau du système nerveux.

Nous allons disposer les indications données par Georget , suivant la division que nous venons

d'établir :

1° Causes stimulantes à prévenir ou à éloi-

gner. « Eviter toutes les occasions, toutes les

[Ce

causes propres à exalter l'imagination, exciter les passions, remplir la tête d'illusions et de chiméres ; ne permettre le coucher que lorsque le sommeil.est imminent, et ordonner le lever aussitôt le réveil, pour empêcher les rêves dangereux. de l'imagination. » (Pour ‘prouver

que toutes ces excitations vont converger, pour

ainsi dire, vers les organes de la génération

comme vers un foyer unique, 1l nous suffira d'achever la phrase de Georget). « Pour empé-

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