PAR M. BURGUET, RAPPORTEUR
Messieurs,
Les deux maladies sur lesquelles vous avez interrogé l'expérience des praticiens sont du nombre de eélles que l’état social ajoute aux maux dont la nature a composé notre triste hér$age. Elles suivent en quelque sorte les progrès de la civilisation , devenant plus fréquentes au fur et à mesure que l'intelligence des peuples se développe et que leurs besoins se multiplient. Cette remarque, aussi philosophique que médicale, n'avait point échappé au génie profond de Galien.
Quant à vous, Messieurs, convaincus qu'il importait pour la médecine-pratique qu’on étudiat mieux qu'on ne l’a fait jus qu'ici l’hystérie etl’hypochondrie, vous pensâtes qu'il fallait empécher ceux qui s’en OCCuperaient encore de tomber dans des erremens aussi vicieux; rien ne vous parut plus propre à obtenir ce premier résultat , que de présenter dans un tableau raisonné ce
que les auteurs les plus recommandables ont dit sur ces deux ma-
XX vil] ladies. Vous résolûtes, en conséquence, de mettre au concours une question ainsi conçue :
Examiner comparativement les diverses opinions émises sur la nature , le siège , l’étiologie, la symptomatologie , le pronostic et La thérapeutique de l'hystés rie et de l'hypochondrie ; et faire ressortir l'indéntité ou les differences de ces deux maladies.
Vous désirâtes que ies concurrens comprissent bien votre intention, et qu’ils ne considérassent pas cette question comme une spé— culation théorique. L'examen des quatre mémoires que vous avez reçus vous prouvera, Messieurs, que les auteurs en sont pénétrés ; qu’ils n’ont point ignoré la direction que vous avez donné depuis tant d’années à vos travaux, et à laquelle la Société doit la considération dont elle jouit dans le monde médical.
Dans l'analyse que nous allons vous présenter, nous ne suivrons pas l’ordre numérique dans lequel ces mémoires sont inscrits ; nous les preridrons d’ après le rang que leur mérite respectif leur a assigné.
Le mémoire n° » a pour épigraphe ce passage de Baglivi: Opiniones medicorum falsd Pr&conceptæ, falsum genus analogiarum sive falsæ similitudines..… Prœcicipua mihi videntur esse impedimenta qu medicorum observando diligentiam , ac ipsius medicæ praxeos progressus retardarunt.
L'auteur a suivi, dans le plan de son travail, la division que vous avez adoptée dans l'exposition de la question. Cependant il en a interverti l’ordre ; il a pensé qu’en étudiant d’abord les causes et les symptômés , On arriverait plus sûrement à la connaissance de la nature essentielle et du siége del’hypochondrieet delhystérie; car vous remarquerez, dès les premières pages, qu’il ne s’est pas borné à copiertextuellement [es opinions des autres: il a cru avec juste raison que son travail serait d'autant plus utile que, par une discussion approfondie, il parviendrait à établir une opinion meilleure et plus conséquente avec les faits.
IL a attaché à l’étiologie une grande importance, parce qu’elle peut fournir les documens les plus précieux pour la solution du
probléme. Mais il a pensé que pour que son étude füt vraiment
utile, il fallait apprécier d’une manière plus physiologique qu’on ne l’a fait jusqu'ici, l’action des modificateurs de l’économie. La plupart desauteurs, en effet, se sont copiés les uns les autres sur ce point ; ils ont adopté sans examen des erreurs qui les ont conduits bientôt à des idées préconcues.…...... | Nous ne vous présentons , Messieurs , dans ce qui précède, que l'expression la plus simple de l'opinion de l’auteur sur létiologie de l’hystérieet de l'hypochondrie : ilne nous est pas permis de vous faire connaître, dans son ensemble, le raisonnement rigoureux auquel il a soumis ‘toute cette partie de la question; mais ce que nous venons de rapporter vous donnera la mesure des secours qu’il a su retirer de la méthode analytique. C’est par elle, en effet, qu'il a poussé jusqu’à la démonstration la différence des causes qui existent entre l’hystérie et l’hypochondrie; c’est par elle aussi qu’il a prouvé combien tous les auteurs se sont écartés de la vérité quand ils ont apprécié l'influence des modificateurs de l’économie sur la prédisposition et le développement de l’'hystérie et d l’hypochondrie.
La symptomatologie de ces maladies à été traitée dans ce mémoire avec autant de soin et de méthode que leur étiologie. L’auteur oppose les uns aux autres ceux qui ont traité le mêmé sujet, et 1l s'attache surtout à apprécier la valeur qu’ils ont donnée à chaque symptôme en particulier. Cet examen le conduit à attribuer le vague qui règne dans toutes leurs descriptions à la manière dont ils ont observé le début de ces maladies... Nous ne nous arréterons pas à examiner ce que l’auteur dit ici dé l’essentialité de l’hypochondrie. Nous laisserons chacun de vous, Messieurs , réfléchir sur un sujet que quelques personnes pourront considérer encore comme susceptible de beaucoup de controverse, malgré les travanx des physiologistes et des psycologistes. L'auteur se serait écarté de la question s’il se fût borné à nous donner son opinion personnelle sur la nature et le siége de lhypochondrie. Il énumère toutes celles qu'on a émises, et c’est avec
le plus grand soin qu'il discute les vicés que chacune d'elles présente. |
Les théories sur Ja nature et le siége de l’hystérie n’ont été ni moins nombreuses ni souvent moins absurdes que celles qui ont été données sur l’hypochondrie. Notre.auteur les combat, et il suit dans cette réfutation la marche qu'il a adoptée pour la seconde. II prouve que l’hystérie ne dépend d'aucune lésion de tissu, et qu'elle est essentiellement nerveuse. Mais s’il nous à forcés, par ses raisonnemens, de reconnaître que c’ést là vraiment la nature de cette maladie, nous devons avouer qu’il ne nous à pas aussi bien convaincus pour le siége qu’il lui assigne. Il réfute l'opinion de Georget, qui la plaçait dans l’encéphale ; il combat avec non moins d'avantageSydenham, quila confondaitavec l’hypochondrie; il adopte l’opinion de Pujol et de M. Broussais, qui en font une mafadie de l'utérus; mais, comme nous venons de le voir il ne croit pas avec ces auteurs qu'elle consiste en une phlegmasie chronique de cet organe. Pour lui c’est une surexcitation nerveuse de la matrice, qui réagit sympathiquement dans les attaques sur l'axe cérébro-rachidien. Cette action sympathique se passe presque exclusivement sur la moelle allongée et la moelle épinière, très-rarement sur le cerveau. Voilà pourquoi on ne voit jamais de lésions de l'intelligence après les attaques d’hystérie les plus répétées.
Cependant, comme nous l'avons déjà remarqué, l’anteur n’a pas prouvé, d’une manière irréfragable , que l'utérus soit le siége de l'hystérie. Quelle que soit l'assurance avec laquelle il en parle dans certains passages, il ne paraît pas convaincu lui-même des preuves qu'il à administrées; car à la page 438 il dit: Nous avons cherché à prouver par la succession des phénomènes de l'hystérie que le point de départ de cette maladie est dans l'utérus. Cette opinion, comme on le voit, est présentée avec une réserve telle qu’elle est elle-même une preuve qu'il ne la croit pas très-fondée. D'ailleurs, à la A6! on remarque.ce passage : Ainsi, en admettant un egal degré de bonne foi littéraire on est forcé de convenir que la matrice , dans le plus grand nombre des cas , est au début de l'attaque le siége ou le point de départ de sensations diverses. À la page 407 , l’auteur avoue que ce n’est qu'après avoir longuement observé et avoir médité les auteurs , qu'on peut se
croire fondé à admettre l'opinion qu'il présente. On voit par ces divers
XXX] rapprochemens que l’auteur à été bien loin de démontrer son opinion, et qu'il s'est borné à un simple énoncé. Il faut que ce point de la question offrit de grandes difficultés, pour qu'un homme d’un esprit aussi sévère n'ait pas osé en aborder la discussion....…..
Dans la dernière section de ce mémoire, l’autéur se livre 4 lexamen comparatif du traitement de l’hystérie et de l’hypochondrie. Il examine , ainsi qu'il l’a fait pour toutes les autres parties de la question, toutes Les opinions émises depuis Hippocrate. Il apprécie les unes et les autres avéc la sévérité de critique et Ja justesse dé Jugement que nous avons eu occasion de vous signaler plusieurs fois dans le cours de cette analyse. Ce chapitre mérite d’être consulté ; il n'apprendra aucune nouvelle méthode pour traiter l'hystérie et l'hypochondrie, mais il rendra leur thérapeutique plus rationnelle, et fera repousser avec plus de soin des remèdes qui sont trop souvent dangereux.
Votre commission, Messieurs, se plait à reconnaître que l’auteur de ce mémoire a considéré la question proposée sous son point de vue le plus utile. Il a pensé que l'examen comparatif des opinions des médecins qui ont écrit sur l'hypochondrie et l’hystérie, devait tourner au profit de ja médecine-pratique. Il serait difficile d'ajouter quelque chose à l’histoire des causes, et surtout de saisir avec plus de talent l’action des modificateurs sur l’économie. Partout on reconnaît un praticien consommé habitué à méditer sur l'enchaînement des phénomènes morbides. Aussi, votre commission ne balance pas à mettre son ouvrage au rang des meilleurs qui aient été écrits sur le même set.
Votre commission, Messieurs, s’est livrée avec un soin scrupuleux au travail que vous lui aviez confié. C'était un devoir pour elle d'autant plus grand, qu’il s'agissait d’un sujet important que la théorie a controversé de mille manières, et ce devoir devenait rigoureux en quelque sorte, puisque la philosophie et la médecine-pratique s’intéressaient presque également à la solution de cette question.
Votre commission a cherché à s'identifier pour ainsi dire avec
XXXi]
chaque concurrent , et elle s’est convaincue des immenses difficuités qu'ils avaient à vaincre. Aussi n’hésite-t-elle pas à vous affirmer que si aucun d’eux ne les à pas toutes vaincues, il n’en est aucun qui ne mérite des éloges pour avoir abordé une question aussi vaste. C’est afin de couronner leurs efforts qu'elle vous propose de leur accorder des récompenses dans l’ordre que nous leur assignons ici : |
1° Une médaille d’or de la valeur de 200 fr. à l’auteur du mémoire.n° 2; c’est M. le docteur Frédéric Dubois (d'Amiens), agrégé à la Faculté de médecine de Paris.
2° Une première mention honorable à l’auteur du mémoire n° 4;
3° Une seconde mention honorable à l’auteur du mémoire
Bordeaux, le 18 octobre 1830.
$ I. LA question proposée par la Société royale de médecine de Bordeaux était déjà d’une assez haute importance : Examiner comparativement les diverses opinions émises sur la nature, le siège , l’'étiologie, la ohpiarlos ote, le pronostic et la thérapeutique ‘de Phypochondrie et de l’hystérie, et faire ressortir l'identité ou les differences de ces deux maladies ; mais il ne suffisait pas d'analyser comparativement et
rigoureusement les opinions émises, sous ces
2 CONSIDÉPRATIONS
divers rapports, par les auteurs; il fallait encore, faisant abstraction de tout ce qui avait été dit, interroger la nature, c’est-à-dire , saisir les premiers indices des modifications imprimées , dans l’économie , par les agens nuisibles , matériels ou immatériels; suivre ensuite l’enchainement , ou mieux, la filiation des phénomènes morbides, et arriver ainsi aux résultats les plus éloignés : ce n’est en effet qu'après avoir ainsi examiné la question de l’hypochondrie et de l’hystérie, qu’il devenait possible d'établir, comme conséquence des faits raisonnés, une série de propositions propres à faire ressortir l'identité ou les diffé-
rences de.ces deux maladies.
‘Cette entreprise offrait bien des difficultés :
d'un côté , nous ne devions pas chercher à prouver, seulement par des aperçus généraux sur quelques symptômes saillans, que l’hypochondrie et l’ hystérie forment bien deux individualités morbidés ; tout, en médecine, pourrait être scindé par des considérations générales qui ne porteraient sur aucun fait positif; d’un autre côté, nous ne
devions pas moins nous garder de concentrer
l’attention des lecteurs sur ces minulieuses variétés de physionomies morbides que le médecin rencontre à chaque pas dans la pratique, et à l’aide desquelles on pourrait en quelque sorte individualiser indéfiniment. Ce double écueil, au reste , avait été signalé dés l’enfance de l'art et le père de la médecine l’avait sagement évité : « Hippocrate, dit Cabanis , Se montre également « en garde et contre ces vues précipitées qui gé- « néralisent sur des données insuffisantes, et con- «tre cette Impuissance de l'esprit, qui, ne sa- « chant pas apercevoir les rapports, se traîne « éternellement sur des individualités sans ré-
« sultats. »
Quant à l’ordre que nous avons suivi, c’est, à peu de choses près, celui que la Société nous avait tracé elle-même ; et si nous sommes parvenus à prouver, par des examens comparatifs, que l’'hypochondrie et hystérie diffèrent par leur nature ; par leur siége , par leurs symptômes ; par leurs terminaisons, par leur pronostic, et enfin par le traitement qu’elles réclament, nous
croirons avoir suffisamment prouvé que ces deux
affections différent essentiellement l'une de Pautre, et que persister à les regarder comme identiques , c’est vouloir retarder sans motif plausible
étude de leur diagnostic différentiel.
Nous devons toutefois faire remarquer , avant d’aller plus loin, que , dans l’état actuel des connaissances médicales ,il ne faut rien moins que des différences établies dans toutes ces parties pour faire rejeter formellement l'identité de deux
maladies.
En effet, les synonymies et les classifications sont l’œuvre des médecins ; le temps les modifie, elles appartiennent rarement à la nature. Quant aux agens modificateurs, qui ne sait que les mêmes causes peuvent déterminer des maladies variées , et que des lésions identiques peuvent être déterminées par des causes différentes? Les symptômes considérés seuls n’offriraient pas une base plus solide, loin d’être toujours identiquement reproduits, loin de correspondre toujours directement aux divers genres de lésions; des liens sympathiques à peu prés inconnus, et le
consensus général de l’économie, amènent les dif-
férences les plus imprévues et les plus bizarres. Bien plus, les symptômes peuvent être nuls, comme disent les nosologistes; il n’est point de lésion même matérielle et profonde qui ne puisse parfois rester latente , et cela pendant toute la
durée de la maladie.
Les terminaisons, sous ce rapport, ne sont pas moins trompeuses ; le nosologiste observe que Le plus ordinairement telle maladie incline vers telle terminaison ; mais dès que plusieurs élémens organiques sont appelés à jouer un rôle dans la production des phénomènes morbides, rien de plus variable que les terminaisons , rien de moins
propre à différencier les maladies qui les ont
amenées.
Passons aux caractères anatomiques. Une école, qui se prétend toute moderne en médecine, celle des anatomo-pathologistes , à cru un instant pouvoir reconnaitre matériellement et invariablement toutes les lésions morbides : LE FLAMBEAU de l'anatomie pathologique, c'était leur terme de prédilection, devait éclairer désormais toutesles par-
ties de la science restées jusque-là dans lobscurité:
Cette erreur a peu duré, du moins pour les bons esprits, pour les chefs de cette école : aussi M. le professeur Andral s'est-il vu forcé de reconnaitre et d’avouer, dans le sein d’une compagnie savante , que, loin de pouvoir différencier les maladies, beaucoup de caractères anatomiques , donnés comme point de départ d’une foule de symptômes, n’entrent souvent pour rien dans leur production ; et que le plus souvent, simples effets cadavériques, ils suivent, dans leur apparition, une double loi étrangère à l’organisme ; c’est-à-dire, que des altérations regardées comme pathologiques, telles que les injections,
les rougeurs , les ramollissemens, etc., sont en raison composée de la chaleur atmosphérique et
du retard qu’on apporte à faire l'ouverture des
cadavres.
Si la nature des lésions pouvait étre rigoureusement appréciée , assurément elle suffirait à elle seule pour constituer clairement les individualités ; mais, comme il n’en est pas ainsi , et que, dans son investigation , On à besoin d'étendre ses
recherches et dans l'étude des symptômes et dans YMP
celle des caractères anatomiques ; il en résuflle que ; considérée seule et en.elle-même, cette nature ne serait qu’un être de raison, une abstraction arbitrairement individualisée. #4 Les différences dans le pronostic de deux maladies sont des conséquences du degré de gravité attribué à chacune d’elles , elles ne peuvent donc entrer pour rien dans les élémens. de leur dia-
gnostic.
Quant à la thérapeutique , est-elle raisonnée ? elle n’a de valeur que lorsque ses indications ressortent de la connaissance précise des lésions ; est-elle empirique? elle suppose encore quelques distinctions entre les maladies les plus tranchées. Ce n’est plus aujourd’hui qu’on voudrait donner tel genre de médication comme une pierre de touche ; ainsi, loin d'attendre de la thérapeutique quelques lumières pour notre travail, avouons que cette partie surtout est restée en ar fiège-
Ces réflexions suffisent pour montrer ce qu'on pourrait espérer de chaque division examinée
isolément. En concluerons-nous que l'ensemble
s 8 CONSIDÉRATIONS
dés présomptions ne sera d’aucune valeur ? Non, sans doute: si par une concordance générale, tout tend à prouver que nous avons réellement analysé deux maladies, nous croirons à l’existence de ces deux maladies, et ce qui n’était que .
présomption deviendra certitude ; hors cette manière de raisonner, il n’y a rien à faire encore en médecine , parce que nulle part , suivant l’expression de Bacon, empruntée par M. le professeur Andral, nulle part, en médecine, on ne voit une vérité qui, comme une tour, puisse do-
miner toute la science.
Revenons au plan de cet ouvrage. Nous avons suivi , avons-nous dit, la marche que nous avait tracée la Société; les modifications que nous allons indiquer ne portent pas en effet sur le fond de cette division. Ainsi, pour procéder analytiquement, nous nous sommes réservés de n’aborder la nature et le siége de nos deux affections qu'après en avoir recherché minutieusement les causes, et qu'après en avoir tracé fidèlement l’histoire symptômatique. Nos idées
sur la nature et le siége sont basées sur l'étude
de leurs causes et de leurs phénomènes ; il était donc indispensable pour les faire adopter de traiter préalablement de Flétiologie et de la symptomatologie. |
Agir autrement, c’eüt été trancher la question à priori, et substituer l'autorité aux faits et aux raisonnemens.
Après un court exposé historique des sentimens des auteurs sur l’acception donnée aux mots hypochondrie et hystérie, et après un aperçu rapide de l’ordre nosologique dans lequel on a successivement platé ces deux maladies, nous avons abordé leurs causes et nous en avons fait une étude comparative. Cette investigation nous a fourni des documens précieux pour l’'appréciation de leur nature, et conséquemment de
leur diagnostic différentiel.
La symptomatologie comprend trois périodes pour l’hypochondrie et deux degrés pour lhystéri à; là . les différences ne sont pas moins tranchées entre ces deux maladies; préparés par létude des causes, nous avons trouvé celle des
symptômes extrêmement simplifiée.
L'histoire des terminaisons les plus fréquentes de l’hypochondrie et de l’hystérie n’a pas dû être négligée; rarement les terminaisons sont constantes et régulières; néanmoins elles entrent encore dans les motifs qui nous ont portés à différencier les lésions.
Les ouvertures de cadavres nous ont été utiles , moins pour trouver le point de départ des phénomènes morbides que pour constater les effets matériels ou parfois les complications de ces mêmes phénomènes ; Mors seulement nous avons traité de la nature et du siége , et, à cet égard, les opinions émises par les auteurs ont été successivement examinées et comparées.
Nos idées sur ce point ont été exposées comme exprimant les conséquences naturelles et inévitables de l’action des causes et de l'apparition des symptômes. Le pronostic a été approximativement donné comme une suite de nos études
sur les terminaisons les plus ordinaires.
Enfin la thérapeutique a été considérée sous le point de vue comparatif et philosophique ;
mais rappelons ici que tout en suivant l’idée-mère
PRÉLIMINAIRES. II de notre travail, c’est-à-dire , l'appréciation de l'identité ou de la différence de l’hypochondrie et del’hystérie , nous avons cherché quels secours on doit raisonnablement attendre de l’art dans
ces deux graves maladies.
$ IL. DÉNOMINATIONS DIVERSES. — DÉFINITIONS DES AUTEURS. — CLassiFIcaTIoNs. Il suffit de jeter un coup d'œil rapide sur les diverses dénominations successivement imposées à l’hypochondrie, pour se convaincre que tantôt on a voulu désigner le siége précis de la lésion primitive, le véritable point de départ des phénomènes morbides, ettantôt signaler un symptôme prédominant, comme pouvant, à lui seul, sinon constituer, du moins
caractériser cette affection.
Pas plus que Georget, nous ne voulons, d’après un sens étymologique, trouver le siége et pénétrer la nature intime de l’hypochondrie; nous nous contenterons de faire quelques remarques
sur les variations principales de cette synonymie.
Relativement au siége , la région épigastrique
et les hypocondres ont toujours été plus spécia-
lement désignés ; bien qu’on ne puisse réellement trouver dans cette région le siége de l’hypochondrie , il faut le dire cependant, ce n’est pas sans raison que l'attention des observateurs a été plus particuliérement tournée vers ce point. C’est de là que surgissent en effet les symptômes les plus propres à frapper le commun des hommes, c’està-dire les symptômes prédominans de la seconde période. |
Le mot hypochondrie indiquait donc un siége approximatif, de même que le morbus mirachialis des Arabes. Mais quel était l'organe spécialement et primitivement affecté ? Quelle était la nature de laffection? IL y a plusieurs viscères dans les hypochondres. Ceci est uné remarque faite par Mercurial, précisément dans le cas qui nous occupe :ën hypochondriis complura sunt viscera, dit-il (de Melan, cap. 1v.), et on ne sait de quel genre de lésion parlent les auteurs
et quo afjectu afficiantur viscera.
Relativement au symptôme désigné comme pathognomonique, on a beaucoup plus varié ;
tantôt on s’est attaché à signaler les dispositions
morales des malades, tantôt la couleur terne de leur peau ; l’'émaciation de l’économie, tantôt on s’est uniquement attaché à une sécrétion insolite de gaz, qui a lieu parfois dans l'estomac et dans les intestins des hypochondriaques. De là les expressions de morbus niger, morbus resiccatorius$ | MmorbUsS cOrruplorum, maos quormdes | etc.
Pour ce qui est de l’hystérie, le point de départ des symptômes, quoique assez obscur, du. moins dans la majorité des cas, n’a pas éprouvé beaucoup de variations. L’organe primitivement lésé a presque toujours été désigné parles auteurs; les erreurs n’ont pasété moins nombreuses, si l’on veut, mais elles ont plutôt porté sur le genre de lésion dont on le soupçonnait affecté. C’est pour cela qu’on peut trouver aussi une foule de synonymies dans les auteurs. On va en juger.
Chez les Grecs: :.9 Ru voreow, : À mule qn.:er JAGTOL, VUTEDALVTIOL etc. |
Chez les latins : kysteria, hystericismus, hysteriasis, hysteris, malum hystèericum, morbus hystericus , adfectio hysterica , uteri adscensus,
morbus strangulatorius,, suffocatio uterina,
hysteralgia, passio hysterica, uteri dolor, hysterergia medica , vapores uterini , dyspnæa hysterica , strangulatio vuke , strangulatio
hysterica, asthma uteri, ete., etc,
Chezles Français : hystérie, hystéralgie, mal de mère » vapeurs utérines , névroses utérines. etc.
‘Chez les Allemands : die hysterie, mutterbeschwerde, mutterkrankheit, mutterweh , hysterisches uebel, mutterkrampfe > etG,. etc.
Chez les Anglais : hysterical fits, hysterick
passion, rising of the mother, ete.
Aïnsi, tantôt on a cru trouver la cause de tous les désordres de l’hytérie; dans la constriction , dans l’étranglement de l'utérus, tantôt dans le déplacement de cet organe, et tantôt dans dés lésions organiques ; un mot qui n'aurait rien préjugé , aurait peut-être dû avoir la préférence ; il n'aurait pas du moins contribué à retarder les progrès de la science , en rappelant d'anciennes erreurs. Mais après tout, il suffirait de bien s’entendre aujourd'hui sur l’acception à donner au mot hystérie pour le conserver et pour justifier
la généralité de son usage. Le mot hystéralgie,
renouvelé depuis quelque temps, ne convient pas, il est trop vicieusement significatif ; et il ne convient pas davantage à l’inflammation de la matrice, malgré l’explication de M. Louyér-Villermay. Nous ne nous arrêterons pas davantage sur ces distinctions, qui ne sont } appèst tout, que
des distinctions de mots.
$ IL. Passons à la classification. I est aujourd’hui plus difficile que jamais de s’entendre sur le lieu que lon doit assigner à l’hypochondrie et à l’hystérie dans un cadre nosologique. De même qu’on a obscurci kes données diagnostiques en voulant les simplifier, c’est-à-dire en voulant faire correspondre directement, et dans tous les cas pathologiques possibles, une série bien déterminée de symptômes à une lésion matérielle également bien déterminée, de même, en cherchant continuellement à rétrécir les cadres nosologiques, on a fini par rendre impossible le classement d’une foule de maladies, et spécialement celui des deux maladies qui nous occupent.
Après l'élimination des fièvres essentielles est
venue l'élimination des névroses ; après celle-ci
est venue l’élimination des altérations organiques : les premières et les secondes parce qu’on a nié leur existence, les dernières parce qu’on les a regardées comme des formes variées ou comme des produits de l’inflammation. Si donc nous ne consultions que certains auteurs modernes, nous ne pourrions trouver l’hypochondrie et l’hystérie que dans l’ordre des phlegmasies abdominales (Pujol, Broussais, etc.); ce qui répugne aux faits
e d'observation, comme nous le verrons plus tard.
Mais remontons plus haut, sans toutefois y attacher, pour le moment, d'autre importance que l’autorité de quelques auteurs relativement
au classement de ces deux maladies.
La classe des vésantes, dans laquelle Sauvages a rangé, avec l’hypochondrie, et de simples symptômes et des maladies d’une nature essentiellement différente, cette classe a pris tellement dinstatis és entre ses,mains, ) que nous sommes forcés d’avouer qu’elle ne peut préjuger en rien les différences de l’hypochondrie et de l’hystérie : il suffit de dire que le vertige, la berlue, la dé-
monomanie, etc. etc., se trouvent compris dans
cette classe. Cependant, il faut le reconnaitre , ce nosologiste entrevoyait vaguement dans Phypochondrie une hééètion des facultés intellectuelles comme point de départ et origine première de tous les désordres, ét hystérie lui paraissait avoir plus de rapport avec les spasmes d’abord en dehors de la sphère de l'intelligence et indépendans des volitions.
Joseph Franck à maintenu l’hystérie dans les affections spasmodiques. Haase a voulu préciser
ce genre de lésion, mais sa division est plus arbitraire, À
Il est évident que M. Louyer-Villermay s’est égaré dans Îes ramifications de son arbre nosologique : il range d’abord l’hystérie dans la classe des névroses, et en cela il suit l'exemple de Cullen et de Pinel; puis il la reporte dans l’ordre des vésanies, et cela parce que certains auteurs ont confondu cette maladie avec l’hypochondrie, qui est aussi une vésanie pour M. Louyer. Ce n'est pas tout : cet auteur, ayant besoin d’un genre, et même d’une espèce, revient aux névroses, el il trouve que les névroses de lu géné-
ration forment ce genre, et les névroses génitales de Ja femme l'espèce. Ce n’est donc pas sans raison qu’un auteur étranger (Loewenthal) s’écrie : Hanc classificationem mirati sumus | et l’on conçoit déjà peut-être que, tout partisan que s’est déclaré M; Louyÿer-Villermay de la distinction dé” nos deux maladies, avec des idées aussi peu rigoureuses, il nous sera d’un bien faible
secours dans la suite de notre travail.
Ce pressentiment sera même justifié en voyant combien cet auteur méconnait la nature de lhypochondrie dans la définition qu’il a donnée de cette maladie.
Au lieu de suivre la route entrevue par Sauvages et indiquée par Linnée, c’est-à-dire, au lieu de déterminer, comme nous essaierons de le faire, quel est l’état de l'intelligence au début de cette affection, M. Louyer-Villermay dit sérieusement que c’est une affection éminemment nerveuse qui réside dans une manière d’étre du système nerveux qui vivifie les organes digestifs : d'où l’on conçoit qu’il la place dans là classe des
névroses ; pour revenir dans l’ordre des vésa-
nies, elc., elc. Raisonner ainsi, c’est assurément, suivant l'expression de Georget, enseigner fort peu de chose. Ce même Georget, sans.ayoir atteint le but, suivant nous, dit avec raison que les phénoménes caractéristiques de l’hypochondrie viennent de la tête, tandis que pour l’hystérie on trouve son phénomène caractéristique dans les attaques convulsives. Âvouonñs cependant que le siége de cette’ dernière maladie lui paraît être encore dans la tête : c’est une erreur que nous chercherons à combattre dans d’autres lieux. Pour le moment, nous ne voulons que prendre acte de cet aveu, et montrer qu’un bon observateur est toujours utile dans la science, même en déduisant de fausses conséquences , parce que les faits restent ; tandis qu’en soutenant une bonne thèse un auteur peu judicieux ne
peut être dnhne utilité.
Il y a plus, et on peut le dire aujourd’hui, c’est se livrer à un travail stérile que de rechercher minutieusement l’ordre auquel doit appartenir telle maladie ; puis le genre, puis l’es-
pèce, puis la variété, etc., etc. Autant ces mé-
20 CONSIDÉR ATIONS
thodes sont utiles aux naturalistes pour grouper les familles des êtres organisés, autant elles peuvent être nuisibles en médecine, en inspirant insensiblement de fausses idées sur la nature des maladies et sur leurs analogies. L'esprit, en effet, finit par oublier qu'il ne s’agit que de simples modifications imprimées à. l’économie animale ; il se familiarise en quelque sorte avec cette idée qu il S agit de distribuer méthodiquement des individualités abstraites , et toutes ses forces sont
employées à méditer sur des êtres de raison.
Nous ne Cheese donc pas à classer lhypochondrie et l’hystérie à la manière des nOSG1OS gistes, nous chercherons encore moins à les définir:; nous nous contenterons de résumer en peu de mots l’idée générale que nous nous faisons de ces deux maladies, et nous indiquerons ainsi le sens dans lequel seront dirigés tous nos travaux ; c'est comme une solution que dés ce moment nous signalons, mais dont les élémens seront successivement discutés dans chacun des chapitres
de notre livre,
$S HE Suivant nous, l’hypochondrie consiste
primitivement dans une déviation, ou plutôt dans une fàcheuse application des forces de lintelligence humaine ; nous verrons plus tard que tout part de là dans cette maladie, que fout peut y être rapporté ; c’est en ce sens qu’ on peut considérer cette affection comme‘une monomanie bien distincte , puisqu'elle est caractérisée par une préoccupation dominante, spéciale et exclusive, c’està-dire, ou par une crainte excessive et continuelle de maladies bizarres et imaginaires, ou par Pintime persuasion que des maladies réelles, à la vérité, mais toujours mal appréciées, ne peuvent
se terminer que d’une manière funeste.
IL n’y a pas autre chose dans l’état primitif de cette maladie; et plus tard, c’est-à-dire dans les dernières périodes, c’est encore ce qu'il y a de mieux caractérisé , de plus positif et de plus constant; le reste se trouve toujours sous la dépendance de cette lésion primordiale de
l’intellect.
Cette maladie est exclusive à Fesprit humain ; elle est plus ‘particulière ‘aux hommes qu'aux
femmes, en raison des causes que nous ferons
connaitre ; elle -est apyrétique , comme l'ont remarqué les plus anciens observateurs, absque Jebre sitique, obscure, et enfin à peu près inconnue dans la filiation de ses caractères phénoménaux, parce qu’elle n’a pas encore été rigou-
reusement analysée.
L’hystérie , pour être bien appréciée, doit être suivie dans tous ‘ses accidens symptomatiques ; s il est très-difficile d’en donner une idée à la fois générale et précise; toutefois, nous pouvons dire que nous ne voyons dans cette maldie, comme caractère fondamental | qu’une perturbation violente, ordinairement fra :
toujours intermittente de li innervation générale ; perturbation déterminée par une surexcitation , Ou irritation nerveuse locale, que nous ferons connaitre plus particulièrement dans la suite, mais qui, dans tous les cas, est bien différente
des irritations vasculaires.
Cette maladie est également apyrétique, exclusive aux femmes, et ‘parfaitement distincte de l’hypochondrie par tous les élém'ens qui consti-
tuent les maladies.
Tel est le jugement que nous croyons pouvoir énoncer à priori sur ces deux affections , mous réservant d’en démontrer rigoureusement l’exac-
titude dans la suite de cet ouvrage.
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