AUS
: Me vous duré its. rna— ee Sins bidon: ai à use
Di scies: tar “hi #
pie. aRque étages d rare
| na
PP: \£ 5 (um DAT.
+ n | Péri
Op L'e ri Le 1 Que TT A“ 1 un Cr à at "RL,
PI r 7" Ve
ÉTIOLOGIE.
À. Considérations générales sur les causes de lhypochondrie et de l’hystérie.
$ I“. Sydenham ayant conforidu, comme nous
le verrons plus tard, non-seulemeni les symptômes de l’hypochondrie avec ceux de l’hystérie, pour en faire une seule et même maladie sous le nom d'affection hystérique (Sydenh., Méd.
prat., Paris, 17990, p. 463), mais encore les symptômes d’une foule de maladies étrangères à ces deux affections , a dû nécessairement apporter la même confusion dans l’étude des causes. Ainsi on voit, sous le même chef, les mouvemens violens du corps et les vives émotions de lame, telles que la colère, le chagrin, la
26 ÉTIOLOGIE.
crainte, etc. , une abstinence trop long - temps prolongée, et la chute de la matrice (pag. 53r, prop. 139), la suppression des lochies et l’écoulement immodéré des règles, etc., etc. Si les causes énumérées par Sydenham offraient entre elles quelque analogie , soit par leur nature, soit par leur mode d’action sur l’économie animale, on pourrait peut-être en inférer quelque présomption en faveur de l’identité de l’hypochondrie et de l’hystérie ; mais il résulte de ce que nous venons de dire qu’on doit plutôt en tirer des inductions opposées.
Ce n’est pas ici le lieu de parler des causes immédiates inventées par Sydenham ; nous .nous contenterons seulement de regretter qu’un médécm, doué d’ailleurs d’une profonde sagacité, ait consacré plusieurs pages de son livre à l’explication des phénomènes de ces deux maladies par l’inégale répartition et le désordre des esprits animaux (p. 483 et suiv.) |
Examinons plutôt, et toujours comparativement, les causes de l’hypochondrie et de hystérie telles que l’observation et le raisonnement nous les ont fait admettre , en procédant des générales aux particulières.
Plusieurs divisions ont été proposées pour coordonner l'étude des causes : quelques-unes
ÉTIOLOGIE. 27
ont été rejetées avec raison , d’autres à tort.
Tout récemment on a voulu diviser les causes en matérielles et en immatérielles ; cette distinction est plus spécieuse que solide; elle porte plutôt sur les agens que sur là causalité; en effet , à l'exception des causes traumatiques et des substances spéciales, qui, en s’introduisant dans l’économie, viennent en infecter les liquides, tous les agens matériels et immatériels troublent les fonctions ou altèrent le tissu des organes, ‘Sans différences appréciables dans le mode de causalité.
Une distinction plus fondée, quoique banale si l’on veut, est celle qui sépare les causes prédisposantes des causes déterminantes ; elle est plus fondée parce qu’elle établit des rapports de causalité. M. Louyer - Villermay n’a donc pas fait preuve d’un esprit méthodique en blämant cette division. il en donne pour raison que le même agent peut constituer tour à tour une prédisposition ou une cause efficiente, suivant son intensité ou la disposition de l'individu (Malad. nerv.., page 224). Sans doute une cause prédisposante, par sa longue action seule, par sa seule intensité, peut déterminer une maladie, comme une dernière goutte d’eau fait déborder un vase déjà plein et nous en tiendrons compte en temps et lieu pour
28 ÉTIOLOGIE.
l'hypochondrie et pour l’hystérie; mais il n’en est pas moins vrai qu’il est un ordre bien distinct de causes plus particulièrement prédisposantes à ces deux maladies, et il est encore plus rigoureusement vrai, êt cela pour toutes les maladies peut-être, que l’éternelle série de causes occasionnelles, répétée par chaque auteur, serait nulle pour le développement ; Si déjà il n’existait une funeste et trop active prédisposition. C’est donc cette prédisposition que le médecin doit étudier; elle se confond avec la diathèse des anciens, et pour l’étudier il faut en rechercher les élérnéiss L'auteur que nous venons de citer a préféré diviser les causes en physiques et en morales. Pour faire juger comment il entend cette classification, il nous suffira de dire qu’il range parmi les causes morales de lhypochondrie tout ce qui peut impressionner les sens, comme les odeurs, les parfums, le régime végétal ou animal exclusif, le son produit par le choc des verres, etc., les professions , l’hérédité , etc. (Malad. nerv., P. 293 et suiv.) Et parmi les causes physiques : Vâge, les méüers (242), les affections syphilitiques, ctc. Pour l’hystérie ; même confusion. On trouve parmi les causes phy. siques : les odeurs, celle du charbon en particulier , la continence (36), une
ÉTIOLOGIE. 20
vive sensibilité nerveuse (35), etc. ; et parmi les causes morales : une constitution délicate et nerveuse (39), l’empire des organes réproducteurs (41), époque de la puberté (42), etc.
Quelques bons esprits avaient cru reconnaitre des causes internes et des causes externes : cette distinction n’est pas admissible dans l'état actuel des connaissances médicales. En effet, à lexception des lésions héréditaires , de certaines dispositions morales innées, des vices de conformation et des arrêts du développement, toute modification morale ou physique a dû primitivement être déterminée par Pimpression des agens qui nous entourent; resterait donc à fixer le laps de temps nécessaire pour. qu’un phénomène soit dit de cause interne, ce qui serait trop arbitraire.
Georget a senti que l’ancienne division devait être conservée. Il admet des causes prédisposantes ét des causes éxcitantes de l’hypochondrie et de l’hystérie ; nous suivrons son exemple dans la recherche comparative des causes de ces deux maladies, et dans l’appréciation philosophique de celles qu’on a généralement admises.
B. Causes prédisposantes de l’hypochondrie et de l'hystérie.
S I Nous passerons en revue ces eauses,
30 ÉTIOLOGIE.
avohs-nous dit ,; en commençant par celles qui influencent les masses, et en terminant par les plus individuelles. |
Non-seulement la nature physique impressionne et modifie puissamment les hommes, suivant qu'ils se rapprochent des régions équatoriales ou qu'ils se groupent vers les pôles, suivant qu’ils habitent l’ancien ou lenouveau monde, les continens ou les iles, mais encore selon la nature du terrain qui les nourrit; idée émise d’abord par Hippocrate (De ære 120) et reproduite par Montesquieu : « La stérilité des terres rend «les hommes industrieux . sobres et endurcis au «travail ; la fertilité d’un pays donne , avec Pai- « sance, la mollessé et un certain amour pour (la conservation de la vie. » (Esprit des lois, livre xvitt, chap. 1v.) N’allons pas trop loin, cependant ; ; le climat n’est qu’une des causes modificatrices de l’homme ; il serait absurde de croire, avec l’auteur de Particle Topographie du Dictionnaire des sciences médicales, que le climat fut la base de tout , de la manière d’être individuelle, de la religion, des mœurs, de la législation , du gouvernement, etc.
Comme être intelligent , ah réagit sur la nature e; il défriche les terrains incultes, il détruit les forêts, aplanit les montagnes, déssèche les
ÉTIOLOGIE. 31
marais, Ouvre des canaux, etc.; et si sa nature propre suit ces changemens topographiques, il est encore la cause premiére de leurs influences. Le climat lui-même devient un instrument entre ses mains puissantes. |
Quelque présomptueux que soit l’homme ; dit Robertson, il ne pourrait marquer trop de vanité , ni trop s’applaudir lui-même , s’il pouvait comparer l'aspect -de la nature inculte et l’état de la terre depuis qu'il a réagi sur elle et : queses mains l’ont embellie. |
Il y a donc réellement communauté d’action et de réaction entre l’homme et le globe qu'il habite, et conséquemment nécessité d’étudier l'action des climats ; mais il faut apporter dans cette étude des notions précises. et ne pas retomber, avec certains auteurs, dans ces éternels lieux communs de parallèle entre les peuples du midi et ceux du nord; parallèle faux, inventé par l'imagination de quelques médecins qui, à l’exemple de Pomme (Scribo in œre arelatenst, Traité des effets sie. ,; introduct. ÿs pourraient se vanter de n avoir Jamais quitté leur pays- |
La nature n’a pas distribué la force physique en raison des latitudes : il y a plus de vigueur physique et plus de rudesse morale chez les Piémontais, les Arragonais, les Asturiens et les Bas-
32 ÉTIOLOGIE.
CRE a FE Te D . pas Bei ques que dans tous les grands corps de la Ger-
| tn. PT En. 2.1 ME.
mamie et dans toutes les nations slaves. et Re Sn à à “et 20 nr Au lieu de chercher à concilier des 0
sent constamment une atonie générale (p. 332), d’où prédisposition égale à l’hypochondrie Il y a ici à la fois contradiction et erreur : contradiction, parce que plus haut cet auteur a trouvé que les peuples du nord sont à ceux du midi ce que l’Hercule Farnèse est à lApollon du Belvéder., c'est-à-dire, en langage ordinaire, que la force est du côté du nord;. erreur, parce que la cause prochaine de l’hypochondrie ne réside pas dans une atonie générale.
Je l'ai déjà dit, avant de chercher à expliquer le mode d’action du climat il fallait constater les faits ; eh bien! malgré l'autorité de Georget , qui place les climats chauds au nombre des causes
ÉTIOLOGIE . 33
prédisposantes, il est de fait que. les hypochondriaques sont plus nombreux dans le nord-ouest de PEurope que partout ailleurs : l'opinion de Cheyne est. d’une vérité incontestable, mais cela tient à plusieurs causes : les esprits, dans ces contrées éminemment civilisées , s'intéressent vivement ou même participent au maniement des affaires de l’état; les fortunes y sont presque toujours le produit de l’industrie : aussi l’énergie morale y est fortement développée : or nous vérrons constamment ce développement en rapport avec la fréquence des affections hypochondriaques. |
. SIIL. S'il était nécessaire ensuite de chercher, comme on a tenté de le faire, quel rôle l’ëmagination des peuples peut jouer dans cette fréquence, nous prouverions, contre l’opinion commune , que si dans le midi lPimagination parait plus remarquable, elle y est moins active que dans le nord-ouest, parce qu’elle y est plus matérielle, et que, dans ses inspirations les plus brillantes, elle n’y reflète guère que les images du monde physique ; dans le nord-ouest, au contraire, elle se montre forte, active et vraiment créatrice; elle se repait de productions idéales , elle vit dans un monde moral et intellectuel ; il en résulte que lorsque cette imagination puissante
54 ÉTIOLOGIE.
se tourne sur elle-même , elle est bien plus i in génieuse à se créer desmaux ou à exagérer outre mesure ceux qui existent réellement. 11 faut le dire cependant, cette imagination agite seulemeni ces hommes qu’une certaine aisance met à l'abri des premiers besoins de l'existence, et à qui la terre devenue fertile a donné cet amour pour la conservation de la vie dont parle Montesquieu. Pour les autres la vie se partage entre le sommeil et un travail pénible qui n’est encore qu’un sommeil pour l'intelligence.
Ce que nous venons de dire est prouvé par l’état actuel de la littérature en Europe; dans le nord elle produit moins peut-être que dans le midi, mais elle est pleine de vie, de } Jeunesse et de chaleur.
Quand Alfieri voyagea dans le Nord, dit un écrivain anglais (Foreign Review), il fu surtout frappé du silence solennel de la nature : ce n'était plus tous ces bruits confus des contrées méridionales, murmures d'insectes, bourdonnemens indistincts, échos nombreux, signes d’une puissance de vie qui se répand au-dehors, et déborde, pour ainsi dire , mais un calme énergique et une grandeur muette qui semblait cacher en elle-même son activité , la resserrer et la comprimer pour Paccroitre.
ÉTIOLOGIE. 385
L’hypochondrie tire sa source d’une fausse direction de l'énergie morale : aussi se rencontre= t-elle la où, d'accord avec le climat, les institutions politiques et les situations particulières favorisent cette énergie et déterminent ainsi une prédisposition formelle.
Il en est autrement pour Phystérie, parce qu’elle est plus en dehors des opérations de Pesprit : un appareil particulier d'organes, Pappareil utérin, est frappé de névroses, é’est-à-dire qu'il devient le siége de sensations anormales, et bientôt l’innervation viciée, propageant plus loin les désordres, constitue Phystérie, comme nous le dirons plus tard; mais tel est le point de départ. Plus le système nerveux dominera, plus les névroses serom fréquentes et variées ; et plus le climat favorisera le développement de ce système, plusil prédisposera à ces lésions de l’innervation : or c'est dans les climats chauds qu’il faut voir jusqu'où peut aller l’exquise sensibilité des organes, et par suite les désordres de linnervation. |
Sydenham dit, à la vérité, augte son temps l'affection hystérique était en Angleterre la plus fréquente de toutes les maladies chroniques ; mais si nous cherchions ce qu’il entendait par
affection hystérique, nous verrions que, outre
36 ÉTIOLOGIE.
l’hypochondnie, il comprenait sous «e nom à peu près toutes les maladies qui affligent le genre humain : seulement il exigeait une condition pour qu’elles reçussent ce nom, c’est que leur marche: fût irrégulière. Pour le prouver il en vient aux exemples, et celui qu'il a choisi nous donnera une idée exacte de ce qu'il entendait par hystérie : « Quand cette maladie attaque le cerveau, dit-11 (Méd. prat., p. 475), elle y produit une apoplexie entièrement semblable à l’apoplexie ordinaire, ét qui se termine de même par une hémiplégie. » Est-il donc surprenant que Sydenham ait vu tant d’hystéries sous le ciel de l’Angleterre, et que, selon lui, peu de femmes en soient entièrement exemptes ? Cette affection forme la moitié des maladies apyrétiques , selon cet auteur (p. 473).
De ces considérations sur les climats il résulte une première différence de causalité entre PRypochondrie et lhystérie : c’est que l’hypochondrie régne dans les régions tempérées et dans les régions froides et humides, in aeris frigidé constilutione, in regionibus que ad septentrionem vergunt, pour nous servir des expressions de Fréd. Hoffmann, parce que dès que l’homme \ est au-dessus des premiers besoins de la vie, son entendement y reçoit un haut degré de culture
ÉTIOLOGIE. 37 et d'activité, et se prédispose aux lésions morales; lhystérie; au contraire, mode vicieux d’innervation, se montre plutôt dans les climats chauds, qui favorisent si puissamment le développement des constitutions nerveuses, dont elle est un des principaux accidens.
$ IV. Sinous examinons maintenant l'influence de l’expatriation , nous verrons qu’en certaines circonstances elle se rapproche de celle des climats, du moins dans ses effets. Un homme est arraché aux lieux qui l'ont vu naître, transporté sous un ciel étranger ; la patrie absente est toujours devant ses yeux, tout ce qui l'entoure se couvre des couleurs les plus sombres; son esprit dés-lors est plein d’une idée exclusive, il ne vit plus que de souvenirs; et sil ne voit pas de terme à son exil, de tristes pressentimens lui persuadent qu'il est au milieu de causes de destruction. En effet, bientôt l'appétit se perd, et diverses lésions d'organes se déclarent. Une indifférence morale profonde pour tout ce qui est étranger au pays, et une prostration physique toujours croissante, sont les traits dominans de cette maladie : elle a été individualisée , et on lui a donné le nom de nostalgie, maladie qui n’en est pas une, suivant Gcorget. Cet auteur ne reconnait en elle qu'une
cause morale d’affections diverses. Nous pen-
38 ÉTIOLOGIE.
sons comme lui : la nostalgie est primitivement un état moral pénible ; mais cet état nous parait tellement analogue aux symptômes primitifs de l'hypochondrie que nous le regardons comme une des variétés de cette maladie. Cette varicté a une cause spéciale, et c’est à cette cause, qui lui imprime son cachet de spécialité, qu'est due son apparente individualité; du reste sa nature est la même que celle de lhypochondrie. Un jeune docteur de Pécole de Paris, qui a particulièrement étudié la nostalgie chez les marins sta été conduit à faire le même rapprochement. « De « la nostalgie, dit-il, je rapprocherai lhypochon- « drie, plus spécialement fréquente parmi les « officiers de marine. Pendant ces longues tra- « versées, ces croisières insipides que rien ne « remplit; durant ces quarts paisibles et soli- « taires des belles nuits, lame s’abandonne à de « vaines chimères, s’y livre aux illusions de l’'a- « mour-propre, aux rêves de Pambition, qui « fermentent et se créent des fantômes brillans « que le réveil dissipe , laissant à leur place la triste réalité et la perception désolante de la « situation actuelle. »
Pour le marin, -en effet, dont la vocation-n’est point prononcée, qu’une profonde sensibilité attache aux objets dont il s’éloigne malgré lui, les
ÉTIOLOGIE. 39
chances de résistance aux agressions morbides sont bien peu nombreuses. À mesure qu'il s’éloigne il calcule Pespace qui le sépare de ce qu’il a de plus cher; il ne voit qu'un abime entre lui et le bonheur, et tombe dans un état voisin du désespoir, Dans cet état oppressif le moindre germe de maladie exercera bientôt d’affreux ravages , fomentés ainsi par une idée fixe, le découragement et la crainte de la mort. (/nÿl. de la navig. sur le mor. et le phys. de l’homme.)
C’est donc assez naturellement que nous avons rapproché ici les effets produits par l’'expatriation, non qué nous pensions que les affections nostalgiques soient le résultat unique de l'influence d’un ciel nouveau, puisque des individus nés dans des pays insalubres deviennent nostalgiques dans les contrées les plus saines, mais parce que ces individus se placent d'eux-mêmes, et à la manière des hypochondriaques, dans des conditions morales telles, que l'influence d’un climat, pour peu qu’elle soit défavorable , devien* immanquable sur eux. |
C’est l’idée de Baglivi : Aypochondriaci et melancholici frequentiès reliquis in morbo ineidunt ed quia' affectus animi moderari rectè aut coercere nesciunt. (Baglivi, de Medendis animi morbis.) 354
40 ÉTIOLOGIE.
L’hystérie, dans le cas d’expatriation, ne se trouve amenée par aucune cause morale de ce 8enrc, el sous ce rapport elle différe encore de l’hypochondrie. L'influence seule et toute physique du climat, s’il est chaud, peut y prédisposer; ce qui n’a pas lieu pour l’hypochondrie, qui demande le concours d’autres causes, comme nous l'avons dit plus haut. |
S V. Les saisons, ainsi qu'Hippocrate l'avait remarqué, sont en quelque sorte des climats transitoires ; nos réflexions sur les climats peuvent donc en partie s'appliquer aux saisons : Morbi quidem omnis generis in quibusvis anni temporibus oriuntur, nonnulli tamen in quibusdam temporibus et Magisfiunt et exacerbuntur. (4ph., sect. ur, aph. 19). La double remarque du-divin vieillard à été confirmée par tous les médecins observateurs, et elle n’est pas étrangère aux deux maladies qui nous occupent ; mais comme on doit moins regarder les saisons comme causes prédisposantes que comme causes eff cientes, nous en parlerons à l’article de ces der niéres. ie |
S VI. On ne doit pas trouver étrange que nous ayons à parler des diverses formes de gouvernemeh£, puisque, de nos deux maladies, l’une surtout doit nous faire prendre en grande eonsidé-
ÉTIOLOGIE. 41
ration les causes productrices et modificatrices de nos idées. Un genre tout particulier d'idées, ou plutôt une idée exclusive, constitue primitivement l’hypochondrie; nous avons donc à en rechercher les causes productrices. L’état moral n’est pas entièrement étranger à la manifestation des symptômes nerveux de l’hystérie : nous de-
vons donc encore mentionner ce qui pourrait y prédisposer dans ce sens.
Pour l’hypochondrie , nous verrons que là où les esprits sont éminemment excités par Pambrtion, par le désir du pouvoir, des honneurs et des richesses, les hypochondriaques sont nombreux; à une vie agitée succède souvent un repos trop absolu, soit que, n’ayant plus rien à désirer, ils tombent dans un ennui profond, soit qu’une disgrâce imprévue les condamne à Pinaction ; ils tournent alors sur eux-mêmes toutes leurs inquiétudes morales : c’est le cas des gouvernemens républicains. Dans les aristocraties les affections hypochondriaques ne sont pas moins fréquentes. Une classe d'hommes tout entière, après avoir pu abuser de tout, par privilége de naissance ou de fortune, arrive à ce point où Paction de vivre devient pénible et douloureuse. Dans les monarchies on en voit moins; sous le despotismeal n°v a que des troupeaux d'esclaves, il n'y à point
d'intélligences, iln°y a point d’hypochondriaques. y a cela de singulier dans l’histoire des institutions humaines, qu’elles sont presque impuissantes pour créer de grands génies dans les nations ; ét toutes puissantes pour les y étouffer. Ce ne sont pas les institutions, dit un philosophe anglais , qui ont déposé le germe des lumières intellectuelles; elles n’ont pas même contribué * à les améliorer beaucoup ou à les répandre ; souvent elles leur ont fait plus de mal que de bien (Smith). Mais revenons.
L’hystérie reçoit une influence moins prononcée et moins directe de la part de telle ou telle forme de gouvernement; cependant il est de fait que les grands législateurs ont continuellement cherché à corriger, par leurs institutions, les vices du climat sur le physique de l’homme.
Les accidens nerveux se prononcent d'autant plus dans notre Europe qu’on se rapproche du midi, parce que les constitutions nerveuses \ prédominent. En Orient les mœurs sont d'autant plus pures qu’on éloigné rigoureusement tout ce qui peut impressionner et stirnuler les femmes, c'est-à-dire, comme le remarque Montesquieu , à proportion que leur clôture y est plus exacte.
Il résulte de ce qui vient d’être dit, que si le gouvernement politique a une influence remar-
ÉTIOLOGIE. 43
quable sur le développement des affections hypochondriaques, le gouvernement domestique n’a pas moins d'effet sur l'accroissement de lPhystérie ; et que, toutes choses égales d’ailleurs, plus ce dernier gouvernement sera reläché, plus les femmes hystériques seront nombreuses.
Avant de terminer ce qui a rapport aux climats et aux gouvernemens, ajoutons un mot sur l’Angleterre; il nous semble que, par le fait de son existence civile et politique , la grande fréquence des affections hypochondriaques qu’on y observe se trouve déjà suffisamment expliquée ; et quand on considère l’immense amour du gain qui y travaille les esprits, le mouvement industriel dont l’activité, comme on le dit, est devenue presque fébrile , la crainte et le pressentiment des bouleversemens politiques, n’est-on pas tenté de compter pour rien les causes futiles rapportées par M. Louyer-Villermay, telles qu'une atmosphère charbonneuse , Pusage ‘des poëles, Pexcès du thé, etc. (WMalad. nerv., pag. 234.)
& VII. Nous ne devons point passer sous silence la part diverse qu'on peut attribuer aux croyances religieuses dans la production de Fhypochondrie-et de l’hystérie, ou du moins dans Ja prédisposition à contracter ces deux maladies. Toutes les sectes peuvent être ramenées à quatre
44 ÉTIOLOGIE.
principales, en les considérant sous le point de vue philosophique : le sensualisme , le spiritualisme, le matérialisme et le mysticisme. On croirait peut-être que, plus une religion est sombre, triste et sévère, plus elle doit porter aux affections hypochondriaques ; eh bien ! il n’en est pas ainsi : une religion de ce genre nous invite à l’abnégation de nous-mêmes ; elle répêtera cette pensée de Platon, que l’homme est une intelligence servie par des organes, et elle nous donnera le précepte de mépriser ces organes ; ainsi vous pourrez voir cerlains mystiques exténués , voisins du marasme, mais jamais hypochondriaques. L’hypochondrie frappera de préférence les sensualistes, ces hommes qui, selon l'expression de J.-J. Rousseau , s’enfoncent dans la vie et qui redoutent tant de la quitter.
Le mysticisme, de son côté, favorisera l’'apparition des accidens hystériques. H y a dans l’hystérie, comme nous le verrons plus tard. des joies et des peines immodérées ; mais ces peines ne résultent pas de la crainte des maladies : elles sont sans cause; toutes organiques, si l’on peut s'exprimer ainsi. Telle femme hystérique verra tantôt avec étonnement ses yeux pleurer, et tantôt ne’ pourra se rendre raison d’un rire presque convulsif.
(Sydenh., 481.1
ÉTIOLOGIE. 7.15
Le-mysticisme, par ses rêverles extatiques, ses intuitions, ses recherches scrupuleuses d’émotions, en apparence morales, mais le plus souvent physiques, est très propre à provoquer l'invasion des phénomènes nerveux. Il y à plus, porté à un haut degré, le mysticisme n’est pas sans danger pour les mœurs, parce qu’il exalte, par une attention intuitive, la sensibilité des organes, et qu’une fois cette sensibilité mise en jeu, Pesprit maitrisé ne tarde pas à s’égarer. |
Ainsi, pour revenir à Pesprit général de notre question, n'oublions pas que, par la nature de nos deux maladies, ayant à considérer et les causes productrices de certaines idées, et les causes productrices de certaines irritations nerveuses, noùs trouverons toujours les premières presqu'exclusives à l’hypochondrie, et les secondes à Phystérie. Or, comme ces causes n’affectent jamais cette constance dans la production d'effets fortuits, comme elles sont ici en rapport, par leur nature, avec les affections qu’elles provoquent, il est évident que les différences qu’elles présentent entre elles doivent être prises en considération.
S VII, Puisqu’il s’agit ici de préceptes religieux et moraux, comme pouvant devenir causes de ces deux maladies, peut-être est-ce le lieu de parler de la continence. Certaines institutions re-
46 ÉTIOLOGIE.
ligieuses attachent une idée de perfection à {a continence, quelques médecins croient trouver la cause. de lPhystérie et même de l’hypochondrie dans cet état. Arrêtons-nous sur cette question.
La continence, dit avec assez de légèreté M. Louyer-Villermay, est un état contre nature, et qu'on ze doit prolonger que le moins possible chez les personnes du sexe.
La méprise de M. Louyer-Villermay est impardonnable dans une matière aussi délicate; Georget le lui a bien prouvé, et sa conséquence , suivant nous, loin d’être admise par les médecins d’un esprit droit et philosophique, sera rejetée comme fausse dans son principe et immorale dans son application.
Il suffit, en effet , de quelques réflexions pour se. convaincre que la continence primitive n’est pas nécessairement un état de violence ; ce n’est pas elle du moins qui suscite des besoins impérieux. |
Les philosophes, et ceux surtout qu’on peut regarder comme les précepteurs du genre humain, Ont bien senti cette vérité. Si vous demandez à Montesquieu pourquoi toutes les nations se sont également accordées à attacher dy mépris à l’incontinence des femmes, il vous répondra : C’est que la nature a parlé à toutes les
ÉTIOLOGIE. 47
nations, (Esprit des lois, liv. xx1, chap. x.) S'il est vrai, en effet, qu’en certaines circonstances l’état continent paraisse un état de violence, et conséquemment dangereux, c’est qu’alors il y a plus que de la continence ; c’est qu’une imagination polluée stimule les organes, ou que la puissance physique du climat viole {a loi naturelle des êtres intelligens, comme le remarque le même Montesquieu. Qu’y a-t-l à faire alors ? Le législateur, d’une part, ainsi que le veut Montesquieu, doit faire des lois civiles qui forcent la nature du climat et rétablissent les lois primitives ; quant au médecin , instruit qu'il doit être des lois de l'organisme , il ne devra pas dire que lhystérie est nécessairement aredouter, sice que M.Louyer- Villermay nomme le vœu de la nature n’est pas rempli, si ce que M. Louyer - Villermay appelle le besoin de l’organisation n’est pas satisfait le plus tôt possible ; il conseillera plutôt d’éloigner tout ce qui peut éveiller des sensations voluptueuses, comme les spectacles , certaines lectures , les conversations licencieuses, tout ce qui peut enfin stimuler les organes, et les organes resteront dans le silence.
L'expérience prouve d’ailleurs que la continence seule ne détermine pas lhystérie. Les femmes hystériques dont parle Forestus étaient
49 ÉTIOLOGIE.
soumises à bien d’autres causes : #ulieres wir'os@,1in otio viventes , cuin ventris irritamentis, vino nempè generoso, multisque delicatis ferculis VENEREM EXCITANTIBUS, /ruentes. Les trente et un cas relevés par Georget suffisent, comme il le dit, pour réfuter lPopinion de ceux qui prétendent que l’hystérie est presque toujours le résultat de la continence. Ce n’est pas la continence qui développe , entretient et surexcite la constitution prédisposante à l’hystérie , la constitution nerveuse ; c'est le concours d’autres causes et entre autres, dit Georget (Dictionn., p. 533), l'excès contraire à la continence. Loin done de partager le sentiment de M. Louyer-Villermay, et dé recommander de faire cesser le plus tôt possible Vétat prétendu contre nature, Georget ajoute que non-seulement le coïit ne guérit pas lhystérie, mais que souvent il l’aggrave, ainsi que Tissot et Pomme l'ont très-bien observé (535). Dans un autre endroit, M. Villermay s’est en quelque sorte chargé lui-même de prouver combien est nulle la continence pour produire lhystérie , puisqu'il avoue (p. 36) « qu'il ne suffit pas « toujours que le but de la nature soit rempli, « qu'il faut en outre quelquefois que le vœu du « cœur soit exaucé, et que c’est ainsi qu’on voit « des femmes mariées , jouissant des droits de
ÉTIOLOGIE. 49 « lPhymen, qui éprouvent des accès d’hystérie « PARCE QU'ELLES sont sous l’empire d’une incli- « nation qui n’est pas satisfaite. » De satisfaction en satisfaction, cet auteur arriverait peut-être à prouver une opinion contraire à la sienne, parce que-rien n'est plus difficile à constater que les peines du cœur, et surtout chez les femmes ; c’est la remarque de plus d’un praticien ; l’observateur doit donc se tenir sur ses gardes. Sauvages, nous le savons, admet que la continence peut causer l’hystérie, puisqu'il part de là pour établir une sixième variété qu’il nomme hysteria libidinosa ; mais, comme le remarque le savant commentateur de Cullen, Sauvages n’a fait en cela que suivre Raulin, qui s’est étayé d’une théorie subtile et fausse plutôt que de lexpérience.
On ne conçoit pas pourquoi M. Louyer-Villermay a encore vu dans la continence une cause de lhypochondrie, ou, pour nous servir de ses expressions, comment l’hypochondrie devient un des accidens de l’état de continence chez l’homme (Op. cit., p. 11). Nous ne chercherons pas à réfuter cette assertion, qui n’est d’ailleurs appuyée sur aucun fait dans son ouvrage, el qui n’est émise qu’en passant. à
On peut reprocher aux auteurs qui négligent,
5o ÉTIOLOGIE.
dans l’étiologie de l’hypochondrie, les causes modificatrices de nos idées, ce que le commentateur du Cullen, Bosquillon, reproche à ceux qui, dans le traitement de cette maladie, prodiguaient les laxatifs et les apéritifs, c’est-à-dire, de n'avoir Jait aucune attention à. état particulier de lame (Note au $ 1232). De l'observation attentive des symptômes de l’hypochondrie et de lP’hystérie ; aurait dû résulter une idée-mère, savoir : que les causes de l’hypochondrie s'adressent plus particulièrement à l'esprit et indirectement aux organes ; tandis que les causes de l’hystérie s’adressent, dans le plus grand nombre des cas , directement aux organes. Mais nous étudierons comment arrive cette succession de phénomènes ; il nous suffit pour le moment de nous rappeler qu'en fait d'hypochondrie il s’agit principalement de causes productives ou du moins modificatrices d'idées, et cela parce que, comme le dit ce méme Bosquillon, l’hypochondrie est en quelque sorte sous la dépendance d’une lésion du sensorium commune (Note au $ 1235).
$ IX. En parlant des climats, nous avons déjà fait pressentir quelle importance on doit attacher aux effets produits par les diverses phases de la civilisation sur l’homme ; nous savons déjà que l’hypochondrie est une maladie des sociétés civi-
ÉTIOLOGIE, 51
lisées. En peut-on dire autant de l’hystérie? II faut, selon nous, distinguer ce qu’on doit enten. dre par état de civilisation. Si les lumières seules constituaient cet état, 1l n’y aurait pas de raison pour que l’hystérie en füt la conséquence. Qu’a de commun, en effet, l’hystérie avec la culture de l'esprit ? Ce n’est plus un des vices attachés à son haut développement ; mais si, par civilisation, on ne veut entendre que cet état des sociétés où de nouveaux besoins sont sans cesse exprimés par les sens, sans cesse satisfaits et sans cesse excités par une avide industrie, où les aises de la vie sont chaque jour perfectionnées, alors, en effet , on prédispose les constitutions à l’hystérie , parce qu’on tend à les vicier par des habitudes de mollesse et d’oisiveté , c’est-à-dire, à faire prédominer , dans l’économie animale , l’appareil de l'innervation, ou le support des stimulus, pour nous servir d’une expression favorite du professeur Récamier.
La conclusion de ce que nous venons de dire, c'est que la civilisation, prise dans un sens général, ne prédispose pas également à lPhypochondrie et à l’hystérie, et qu'on doit distinguer, dans les divers états de la civilisation, ce qui tend à modifier lesprit et ce qui tend à développer un système particulier d'organes.
52 | ÉTIOLOGIE.
S À. Tous les auteurs qui se sont OCCupés spécialement des affections hypochondriaques et hystériques ont parlé des professions comme causes prédisposantes , et avec raison. Certaines professions absorbent la vie entière des hommes; tantôt elles consumernit leurs forces physiques dans des travaux pénibles, tantôt elles énervent ou fortifient leur entendement : il faut donc en apprécier l'influence.
C’est en vain qu’on cherche, dans . dissertation de Sydenham , les causes réellement prédisposantes de ces deux affections, ou plutôt de l’affection hystérique, puisqu'il n’en fait qu’une seule maladie. Les mouvemens violens du corps seraient, selon lui, une des causes externes ou antécédentes, comme on le voit pag. 482 ; d’où il résulterait que les professions qui exigent des mouvemens semblables seraient fécondes en maladies de ce genre : ce qui n’est pas. Si ce grand praticien avait distingué avec plus d’attention les symptômes différentiels de l’hypochondrie et de l’hystérie, il aurait vu, et plus tard Cullen l’a noté avec soin ; que l’hypochondrie, constituée primitivement par une direction particulière de l’esprit, reconnait des causes et réclame un traitement tout autre que les affections ones
(Cullen, Méd. prat., Paris, 1795, S 1230.)
ÉTIOLOGIE. 53
Le médecin d'Édimbourg est tellement convaincu de cette vérité, qu’il se contente d'établir avec précision le diagnostic de l’hypochondrie, assuré qu’il est qu'on en trouvera dés-lors aisément et les causes les plus fréquentes, et le traitement le plus convenable (S 1231).
Dans l'étude des influences déterminées par les professions , M. Villermay suivrait volontiers , si l’ordre des matières le lui permettait, dit-il, une marche qu’il ne fait qu'indiquer , et que nous regardons comme la plus naturelle et la plus philosophique. Îl étudierait successivement l’action spéciale des différens états de la société sur lintelligence , et l’impression reçue (secondairement) par le système nerveux de la digestion. On voit qu’en ce sens, et incidentellement, cetauteur se rapprochait du véritable côté de la question ; mais cette idée féconde émise par lui, qu’indépendamment des contentions d’esprit, il faut disunguer la nature des idées que chaque profession fait naître ou entretient, ne l’arrête qu’un instant, et nous verrons que, dans l’histoire des symptômes , 1l a totalement abandonné ce fil qui seul pouvait le conduire au but. Il est si difficile, au reste, d'échappericià évidence, que M. Broussais a été lui-même forcé d’avouer, malgré des idées préconçues sur cette maladie, que sa prédisposi-
54 ÉTIOLOGIE.
tion consiste quelquefois dans la manière d’étre de l'encéphale. Ajoutons toutefois en passant que la manière d’être de l’encéphale, comme l’entend M. Broussais, n’est nullement analogue à celle que nous décrirons ; la sienne est toute organique : elle conduit à l’encéphalite et même à l’apoplexie. Georget avait bien reconnu que les causes prédisposantes ne devaient point s’adresser à des organes qui ne sont que secondairement affectés dans cette maladie. Aussi place-t-il en première ligne les professions qui exigent une attention soutenue ; cependant, à côté de l'exercice des facultés de l'esprit porté outre-mesure, il met l’oisiveté (Op. cit., p. 495), ce qui parait contradictoire sans l’être effectivement. Georget n’a pas cherché à se rendre compte de cette difficulté ; nous allons le faire pour lui. Tant que l'attention est vivement soutenue et concentrée sur les objets de la profession, elle prédispose aux affections hypochondriaques, parce qu’elle développe l'esprit de recherche, mais il est impossible qu'elle les détermine : chose remarquable et rare en pathologie, c’est une cause prédisposante qui, par son excés même, ne peut devenir déterminante ; bien plus, elle peut devenir un des moyens de traitement ; nous reviendrons plus tard sur cette circonstance singulière.
- ÉTIOLOGIE. 55
Que loisiveté succède brusquement À ces fortes contentions de lesprit, 1l faut que cette exubérance d'activité mentale se porte sur d’autres objets ; s’ils manquent, elle fait un retour sur ses propres organes, elle les scrute, et le moindre changement de sensation qui se passe dans le corps, dit Cullen (S 1222), suffit alors pour loccuper sérieusement, parce que des sujets ainsi façconnés ne peuvent s'occuper que sérieusement, et l’'hypochondrie se développe. Cetaccident résulte de la nature de Pesprit humain : « Aussi, dit Mon- « taigne, voyons-nous que lPame se pipe plutôt « elle-même, se dressant un faux subject et fan- « tastique, que de n’agir contre quelque chose.» (Essais, Viv.r, ch: 1v.)
Les professions, on le conçoit maintenant, en façconnant ainsi les esprits, les ont prédisposés à cette maladie, et l’oisiveté ensuite à pu lPoccasionner; d’où il s'ensuit que Georget devait mentionner ces deux causes, mais qu'il devait rejeter la seconde parmi les causes occasionnelles.
On ne doit pas admettre indistinctement au nombre des causes prédisposantes de lhypochondrie toutes les professions qui exigent un travail quelconque d’esprit. Celles qui comportent plus d’ardeur que de régularité, plus de sollicitudes que de délassemens, sont plus fécondes
56 ÉTIOLOGIE.
en maladies de ce genre, surtout lorsqu'elles entraïnent ceux qui les cultivent dans une carrière orageuse.
Les médecins sont moins sujets qu’on ne le pense à cette maladie, et si au début de leurs études quelques-uns paraissent en offrir les premiers symptômes, l'habitude et la raison les guérissent bientôt.
Parmi les artistes on a cru trouver beaucoup d'hypochondriaques : si, par un examen attentif, on en écartait ceux qui sont affectés de simples névroses ; si On séparait les femmes bystériques , le nombre en serait beaucoup moins considérable.
Une autre erreur à encore contribué à fortifier cette opinion : c'est que beaucoup d’auteurs ont confondu sous le même titre les mélancoliques, les hypochondriaques, les suicides, etc., etc. ; dans un autre lieu nous donnerons les caractères différentiels de ces affections, et nous ferons voir que leurs connexions ne sont pas aussi intimes qu'on l’a cru jusqu’à présent.
Abstraction faite de l’autorité de Zimmermann, il n’y a aucune raison pour que les métiers de tisserand, de tailleur et de cordonnier éoient des causes prédisposantes à l’hypochondrie. Il n’en est pas de même de la profession des armes,
ÉTIOLOGIE. 57
de la vie des gens de mer et des commeércans, lorsqu'un repos complet succède tout-à-coup à leurs agitations. Cette observation a frappé M. Villermay; mais il lui aurait été impossible d'expliquer pourquoi cette maladie empoisonne si souvent le reste de leur vie ; d’après ce que nous ayons dit, on sent déjà pourquoi.
Les hasards de la guerre, les dangers de la navigation et les chances d’un grand commerce, sont autant de stimulations dont l'esprit se fait un besoin, et ce besoin devient tellement impérieux que, lorsque l’homme a atteint ce but après lequel il a tant soupiré , le repos, il tombe dans une funeste hypochondrie, parce qu'il est privé de ce qui faisait autrefois son tourment. M. Forget a tracé dans son travail un tableau animé et réel de cette situation : par quelle fatale inconséquence, se demande-t-il, le marin qui ne rêvait naguère que le séjour et les délices des villes, s’en dégoüte-t-il si promptement, et ne respire-t-il plus que le désir de courir de nouveaux hasards et d’essuyer de nouvelles misères? Son ame, habituée à de fortes émotions, ne trouve plus rien que de fade et de monotone dans une existence invariable et calculée à l’avance. Heureux si alors il ne se r'eplie pas sur lui-même! Cette monomanie attaque surtout les individus doués
58 ÉTIOLOGIE.
de cette activite morale qui est le mobile des plus belles actions et des plus funestes erreurs.
L'hypochondrie peut aussi frapper les hommes de mer pendant leurs voyages ; mais cela n’arrive quependant ces longues traversées, ces croisières insipides dont nous avons parlé plus haut. Les officiers, dont Pesprit est plus cultivé, en sont presque exclusivement atteints : dans cette disposition d'esprit, comme le remarque l’auteur que Je viens de citer, les liens de société et d’amitié sont rompus : malheur aux subordonnés dont le chef est frappé de cette funeste affection morale ! Cet état d'inquiétude et d’irritabilité ne peut durer sans exalter le système sensitif au point de faire croire au malade qu'il est atteint d’une foule de maux, imaginaires le plus souvent, mais dont la perception ne lui en parait pas moins réelle ; et qui finissent même par se manifester effectivement.
Îl'est tel genre de vie, telle profession adoptée par les femmes qui les prédisposent aussi plus ou moins à l’hystérie ; mais cette influence ne sera plus la même que pour l’hypochondrie.
Les professions sont moins variées pour les femmes que pour les hommes ; de celles qui leur conviennent plus particulièrement, les unes les condamnent à une inaction physique presque
ÉTIOLOGIE. 59
complète, les autres impressionnent directement leur système nerveux : dans ces deux cas on peut entrevoir des prédispositions à lhystérie. Si la réclusion avait toujours pour effet de prolonger pour les jeunes femmes le silence des passions, elle n'aurait aucun rapport de causalité avec Pespèce de névroses dont nous nous OCCUPONS; Mais elle peut, réunie à d’autres circonstances , avoir un effet contraire, c’est-à-dire les entretenir et les exciter. Presque toutes les femmes citées comme hystériques par Pomme (Trait. des aff.
vap.) étaient des religieuses ursulines, carmélites ct hospitalières. Pomme a recueilli ses observations dans le midi de la France, dans la Provence, vers la fin du dix-huitiéme siècle, lorsque la morale des maisons religieuses était extrèmement relâchée : c’est une jeune et robuste religieuse ursuline qui se livrait avec passion à lPusage du café et du thé, et qu’on cherchait à guérir de son hystérie à l’aide de puissans cordiaux; c’est une demoiselle de Saint-Jurs, prétendante chez les dames carmélites, âgée de dix-huit ans, placée dans des conditions semblables , etc., etc.; il est facile de concevoir que la vie monastique, dégagée de règles rigoureuses et sous un ciel ardent, a pu être considérée comme cause prédisposante de l’hystérie,
60 ÉTIOLOGIE.
Les professions qui n’ont d’autre but que les plaisirs des sens ont une influence bien plus évidente. La culture immodérée des beaux-arts, les impressions enivrantes et souÿent répétées de la musique ont plus d’une fois contribué au développement des accidens hystériques.
L'irritation des organes génitaux, de quelque manière qu'elle ait lieu, a été mise avec raison, par tous les bons observateurs, au nombre des causes de Phystérie. Il ne faut pas croire ce que dit trés-naïvement M. Louyer-Villermay, savoir, que l'orage serait bientôt passé si le besoin de la nature était satisfait (p. 41); car il est faux que ce soit l’empire des organes reproducteurs qui provoque directement et primitivement le désordre hystérique, comme le dit cet auteur (loc. cit.) ; ce sont eux qui ont été préalablement excités et provoqués, et de là le désordre. I faut donc chercher une grande partie des causes prédisposantes et occasionnelles de Phystérie parmi tout ce qui peut provoquer le système nerveux et spécialement l’innervation génitale : conséquemment aussi on cherchera les moyens de traitement, non dans l’infâme pratique indiquée par Sauvages, mais dans la soustraction des causes de stimulation.
S XL Les faits d'observation prouvent que
ÉTIOLOGIE. 61
lhypochondrie parait beaucoup moins fréquemment héréditaire que les aliénations mentales proprement dites, tandis que les femmes hystériques ont presque toujours eu parmi leurs proches parens des hystériques ou des épileptiques, des sourds, des aveugles, etc. (Georget). On pourrait peut-être trouver des raisons assez plausibles pour expliquer cette circonstance.
Les vices et les avantages de Porganisation physique sont fréquemment transmis par filiation et d’une manière plus évidente que les dispositions morales, de telle sorte, du moins, que les dissemblances physiques sont plus facilement appréciables entre les hommes que les dissemblances morales; il en résulte qu’on n’à jamais pu dire pour les formes physiques ce qu’on a dit pour lPesprit, c’est-à-dire que tous les hommes naissent semblables, et que l'éducation seule amène entre eux des différences. Il n’est pas de notre sujet d’examiner à fond cette question, mais elle prouve une chose: c’est que l’éducation n’a qu'une influence peu marquée, mais patente, sur l’organisation physique de l’homme, tandis qu’elle a une influencé plus étendue mais mal appréciée sur son esprit. C’est pour cela que les vices de l’organisation matérielle sont regardés comme plus susceptibles d’être transmis héréditairement
62 ÉTIOLOGIE.
que les inclinations morales. La médecine peut souvent à peine modifier les premiers, tandis que le législateur peut prévenir les mauvais effets des secondes par une borne éducation publique. Je sais bien qu'on pourrait me répondre que les inclinations morales sont les résultats nécessaires de la disposition physique, et que l'éducation ne saurait les corriger; mais comme rien n’est encore moins prouvé que ce système, d’où découlent des argumens si commodes pour justifier toutes sortes de délits, nous persistons à penser que les dispositions morales, sans être primitivement les mêmes pour tous les hommes, peuvent être largement influencées par de fortes institutions.
La conclusion qu’on doit tirer de ces réflexions est facile à prévoir : les effets de l’hérédité étant plus marqués pour l’hystérie que pour l’hypochondrie, c’est une probabilité de plus, non-seulement en faveur de ceux qui nient l'identité de ces deux affections, mais encore en faveur de la doctrine qui rattache l’hypochondrie à un état anormal de l'intelligence , et l’hystérie à l’exagération nerveuse d’un appareil déterminé d’organes. | | S XIE. Dire que l'hypochondrie frappe de pré-
férence les hommes qui ont atteint l’âge du plus
ÉTIOLOGIE. 63
haut développement intellectuel,'et que lhystérie ne sévit sur les femmes que pendant la période de leur vie que nous appelons utérine, c’est-àdire, de la puberté à l’âge critique, c’est exprimer un fait qui ressort de nos considérations précédentes. C’est en effet à la maturité intellectuelle que l’hypochondrie semble réservée, à cette époque surtout où , détrompé et revenu de tout ce qui l’attachait au dehors , homme fait un triste retour sur lui-même; rarement les jeunes gens en éprouvent les symptômes : on en cite quelques exemples, mais alors le caractère moral n’était plus celui de la jeunesse, il était exceptionnel. « Jusqu'à l’âge de dix-huit ans, écrivait un « malade à Pomme, j'étais triste, studieux; je «n'avais aucun goût pour les plaisirs de mon « àge.» Malheur à l'enfant qui ne sait pas répandre l’activité de son ame sur tout ce qui l’environne! La jeunesse est nécessairement expansive; elle doit vivre au-dehors, agir sur une nature qui, trop tôt peut-être, réagira sur elle. Cette existence laborieuse nourrit et entretient les facultés mentales de l’homme, et lorsque l’âge enfin le condamne à l’inaction, se tournant en arrière, il vit de souvenirs, et si la mort l’entraine, dit Montaigne, elle l’entraine à reculons.
Pour que lhystérie développe l'appareil com-
64 ÉTIOLOGIE.
plexe de ses symptômes, il faut que la vitalité des organes qui en sont le siége soit viciée : or, cette vitalité, spéciale dans la femme, est sur-ajoutée, pour ainsi dire, à son organisme ; ses phénomènes commencent plus tard et finissent plus tôt que ceux de la vie générale. Ainsi Démocrite (ou l’auteur des lettres qu’on lui attribue) n’avait point tort, comme le pense Sydenham, d’écrire à son disciple Hippocrate que l'affection hystérique devait être rapportée au système utérin. Aussi, lorsque ce système est devenu nul dans léconomie de la femme, elle n’est plus apte à devenir hystérique , et se rapprochant de la nature de l’homme , elle participe davantage à ses maladies, elle peut devenir hypochondriaque.
Dans le dernier cas, on remarque que celles qui sont restées filles y sont plus exposées; et cela se conçoit assez : dans l'isolement du célibat, elles concentrent naturellement sur elles seules toutes leurs pensées et toutes leurs affections.
Il faut une longue série d'observations pour faire des applications générales : c’est donc raisonner peu logiquement, que de tirer des conclusions définitives de quelques observations particulières rapportées par un auteur, dans un but quelquefois tout différent ; mais pour nous, après
ÉTIOLOGIE. 65
avoir parcouru des observations nombreuses } après nous être rendu compte de l’influence de l’âge sur les maladies, nous croyons pouvoir conclure que l’hypochondrie, sous ce rapport, ditfére encore de l'hystérie.
Nous ne voulons point passer à l'examen d’une autre cause avant d’avoir justifié Cullen d’un reproche que lui adresse M. Louyer-Villermay.
C’est bien à tort, dit ce médecin (Rech. sur l’hyp., p. 49), que Cullen considère Phypochondrie comme une maladie réservée à la vieillesse. Cullen ne nous semble pas avoir dit cela ; il pense que l’état moral propre à développer cette maladie, est, si l’on veut, amené par l’âge, puisqu'il consiste dans un esprit sérieux ct grave ; mais il ajoute que cet état arrive plus tôt ou plus tard, selon les tempéramens; et de-là cette belle et philosophique observation «que le tempéra- « ment sanguin retient plus long-temps le carac- « tère de la jeunesse, tandis que le tempérament «mélancolique amène de meilleure heure les «manières de la vieillesse. » (Médec. pratiq., $ 1229.) | |
.& XIIL. Est-ce seulement la différence dessexes qui apporterait dans l’action des causes et dans les expressions symptématiques d’une même maladie, des modifications telles, qu'aux yeux de
quelques personnes, elles constitueraient chez l’homme l’hypochondrie, et chez la femme l’hystérie ? Cette question est du plus haut intérêt : sur ce point roulent la plupart des difficultés que les auteurs ont imposées au problème que nous avons à résoudre, S7 forsan admittetur quædam differentia, disent quelques-uns, ea soltmmodo sexum respicit, adeù ut passio hypochondriaca ad nobiliorem, hysterica ad molliorem restringatur. Les opinions émises par les auteurs portent donc spécialement sur cette question ; donnons toute notre attention à leur examen comparatif.
Avancer que « les mêmes causes qui font naître « Phypochondrie chez les hommes, déterminent «souvent lhystérie chez la femme, » c’est, selon nous, une des plus grandes concessions qu'on puisse faire aux partisans de l’identité de ces deux maladies, et cette concession, qui d’ailleurs n’est pas admissible, a été faite par M. Louyer-Villermay (Rech. sur lhypoc., p. 5o). Il résulte de cet aveu que la première partie au moins de la question que nous venons de poser est résolue affirmativement par cet auteur, et cela contre ses intentions. Dire, en effet, que « les femmes sont moins exposées à l’hypochon- « drie que les hommes, parce que les mémes
ÉTIOLOGIE. 67
« causes qui font naître lhypochondrie chez « ceux-ci déterminent lhystérie chez elles, » n'est-ce pas faire supposer que la constitution seule des femmes modifie l’action des causes et par suite les symptômes is méme mMmaladie ? |
Ce n’est pas tout : peu conséquent avec luimême, cet auteur, dans un autre lieu, s’effor-
çant de parvenir à la connaissance de ces deux maladies, cherche à suivre les différences qu’elles présentent dans leurs causes, et il en trouve, dit-il, dans les prédisposantes et bien davantage dans les déterminantes ( Malad. nerŸ. , P- 477).
Les hommes sont plus fréquemment hypochondriaques que les femmes : les auteurs sontà peu préstl @ord sur ce point; c'est un fait d'observation qui n’a pas besoin de preuves.
Les femmes sont exclusivement hystériques ; c’est le sentiment du plus grand nombre ; nous le pensons aussi, mais il faut le prouver. Nous nous réservons d'aborder ailleurs cette question, soit par le raisonnement, soit par l'analyse des prétendus symptômes hystériques accusés chez les hommes.
Cherchons ici pourquoi lhypochendi est frappe de préférence les hommes; nous trouverons
65 ÉTIOLOGIE.
peut-être ensuite pourquoi l’hystérie attaque exclusivement les femmes.
Selon nous, les raisons se présentent d’ellesmêmes. Nous allons les indiquer, et en même temps nous ferons voir combien sont peu fondés les raisonnemens soutenus par quelques auteurs, pour prouver la même chose que nous. |
Nous pouvons dire, d’abord, que c’est par une raison précisément contraire à celle donnée par M. Louyer-Villermay, que les hommes sont plus fréquemment hypochondriaques que les femmes.
« Étrangère, dit-il, à ces émotions tumul- « tueuses qui bouleversent l’imagination des « hommes, la femme est, par conséquent, moins «exposée à l’hypochondrie. »
Où donc a-t-il vu que les femmes soidfit êtrangères aux émotions tumultueuses ? que leur imagination n’en soit pas bouleversée ? Sans chercher à approfondir ici la question des passions | Si mal analysée jusqu’à présent, hasardons quelques mots sur leurs effets.
Les hommes et les femmes peuvent éprouver les mêmes passions, mais il est évident que ces passions prennent des caractères différens en raison des sexes : chez l’homme , les passions sont graves , calculées et presque toujours soutenues
ÉTIOLOGIE. 09 par l'intérêt ; chez la femme, les passions sont douces et violentes, LA onpeco et tumultueuses 1 améres et enivrantes.
Roussel dit que ce sexe ne peut éprouver de passions fortes , et cela parce que ces passions ne sont pas analogues à sa constitution ! Misérable raison qui tend à établir le degré de.}la sensibilité intellectuelle et morale d’après le degré de la vigueur du corps! D'accord avec l'expérience, le raisonnement prouve, au contraire, que c’est à ces constitutions, faibles en apparence, que sont réservées les passions violentes; parce que cette violence ne consiste que dans la manière de sentir : elle n’est pas en dehors du moe, elle est donc d’autant plus forte qu’il y a plus de sensibilité. d
Si on cherche à comparer, dit Condorcet (Frag. sur lalt.), énergie morale des femmes à celle des hommes, en ayant égard aux effets nécessaires de l’inégalité avec laquelle les deux sexes ont été traités par les lois, par les institutions , par les mœurs ; par les préjugés , et qu'ensuite on arrête ses regards sur les nombreux exemples qu’elles ont donnés de mépris dela mort ou de la douleur, de constance dans les ré solutions et dans les sentimens, d’'intrépidité , de courage, d'esprit ou de grandeur, 6n verra que
70 ÉTIOLOGIE.
l’on est bien éloigné d’avoir la preuve de cette infériorité prétendue.
Roussel, au reste, est tombé dans une erreur commune de nos Jours. Combien de physiologistes répétent que l'intelligence humaine se développe ou s’affaiblit essentiellement en nous, suivant que nos organes se développent ou s’altérent ? Eh bien! la nature, comme pour donner un démenti formel à ces physiologistes , ne produit presque toujours une exubérance des facultés de l’âme qu’au détriment du développement organique, et vice versä. C’est quelquefois chez les étres les plus faibles et les plus débiles en apparence, que le feu de la vie se montre avec le plus d'éclat ; une sorte de fiévre intellectuelle semble les dévorer ; et alors, où trouver cette identité d’action et de réaction entre les principes et les élémens. matériels qui nous constituent ? ; |
On parle sans cesse de la faiblesse des femmes ; mais le médecin observateur, qui va chaque jour dans les hôpitaux contempler la nature aux prises avec les grandes douleurs, sait avec quelle constance, avec quelle énergie les femmes supportent souvent les angoisses les plus terribles. Il y a plus ; les grands opérateurs, habitués à observer, chez les femmes, les effets consécutifs de ces
ÉTIOLOGIE. "I
actes d’héroisme, craignent ces excès d’exaltation et redoutent ces grandes contraintes morales qui violentent lame de concert avec les douleurs physiques. Il ne faut donc pas chercher dans le degré de force des passions, la cause de lhypochondrie, car alors elle devrait être plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. Il faut la chercher dans le caractère de ces passions. Analysez les passions'des hommes , vous y trouverez toujours plus d’égoïsme que dans celles des femmes. |
Jamais une femme n’aurait écrit le livre des Maximies ou celui de PEsprit. Chez elles il y à plus de désintéressement , et lorsque leurs passions sont fortes et violentes, ce ne sont pas des passions d’égoisme ; bien plus, c’est précisément alors qu’on les voit faire abnégation d’ellesmêmes: | | LEE" or
L’hypochondrie , dans son origine et considérée sous un certain point de vue, n’est ellemême qu’une passion, et la plus égoiste de toutes les passions, puisque les hypochondriaques ne s'occupent que d'eux-mêmes , et puisqu'ils veulent que tout le monde s'occupe d'eux, ce qui rend leur commerce insupportable : l'est donc dans l’ordre des choses que l’hypochondrie se développe: plus fréquemment chez les hommes, où
m9 ÉTIOLOGIE.
clle est amenée par d’autres passions analogues.
L’hystérie ne peut avoir lieu que chez les femmes ; c’est l'opinion la plus générale, ai-je dit, néanmoins c'est une quéstion qu'il importe encore d'examiner : elle seule, résolue dans ce sens, suffirait pour faire rejeter toute idée d'identité entre cette affection ét l’hypochondrie.
À l’article de la symptomatologie, nous examinerons les symptômes exclusifs à l’hystérie , et nous -verrons s'il est vrai qu'on en ait trouvé seulement les apparences chez les hommes.
Il résulte néanmoins de ce que nous venons de dire ; que, par la nature diverse des idées et des affections qu’on remarque chez les hommes et chez.les femmes , le sexe , considéré comme prédisposition , établit de nouvelles Acnteime l'hypochondrie et l’hystérie.
$S XIV. Sydenham a bien vu que l’action des causes. oCcasionnelles ne suffirait pas pour produire ce qu’ilnomme l’affection hystérique, s’il ne s'y Joignait une mauvaise disposition du corps (p. 481, $ 76). Cette mauvaise disposition du corps peut, ‘en certains cas, n'être autre-chose qu'un tempérament particulier trop fortement prononcé, Un tempérament de cette espèce est, comme on l’a remarqué depuis Jong-temps , un premier pas fait vers une classe déterminée de
ÉTIOLOGIE. To
maladies. On peut même dire, en ce sens, qu'il est impossible d’indiquer üne ligne de démarcation bien précise entre l’état de santé et l’état de maladie. Certains physiologistes soutiennent que dans un tempérament il y a disproportion organique , mais disproportion telle, que la santé persiste. Cette assertion est fondée en tant qu’elle exprime une convention presque. générale aujourd’hui, mais toujours est-il vrai que, dans le tempérament ainsi défini, on peut trouver, sinon un commencement de l’état morbide, du moins une prédisposition matérielle. | Une erreur a long-temps régné parmi les anciens : ils pensaient qu’un caractère moral bien tranché devait constamment :correspondre à-un tempérament phy$ique et de là ces tableaux pittoresques de tempéramens, reproduits de nos jours par quelques physiologistes. Nous sommes loin de nier que la constitution organique ne soit la source de certains penchans ; et que ces penchans ne puissent, en certains cas, donner une teinte particulière aux idées; mais ces penchans sont trés-bornés, tandis que les pensées sont immenses. Les déterminations intellectuelles proprement dites, sont plus indépendantes des organces qu’on ne le pense généralement; Je me propose de revenir sur ce beau point de doc-
74 ÉTIOLOGIE.
trine. Il résulte de ce que nous venons de dire 1 qu'ici, comme pour l’hérédité, nous nous trouverons en opposition avec plusieurs auteurs, et avec Frédéric Hoffmann ‘en particulier. Selon nous, on ne peut trouver dans un tempérament , quel qu’il soit, considéré seulement dans son acception physique, une prédisposition aussi marquée à lhypochondrie qu’à l’hystérie : le raisonnement l'indique et l'expérience le prouve. Le raisonnement l’indique, puisqu’une lésion morale ne peut guère trouver ses prédispositions que dans l'influence des agens qui, par leur mode d'action, sont directement en rapport avec l’intelligence, tandis je l’hystérie, n'étant, en dernière analyse, qu'une des RAS de la constitution nerveuse et sanghine trouve dans ce tempérament sa plus forte prédisposition.
L'expérience Île prouve, puisque, dans les nombreusés histoires d’hypochondrie, on voit des malades doués des tempéramens les plus différens , tandis que pour Phystérie l'unité est vi pante.
Avant de se dédder pour l'adoption de tel ou tel tempérament comme cause prédisposante d’une maladie , on devrait chercher si réellement un tempérament particulier a bien cette prérogalive. Si on néglige cet examen pour suivre la
ÉTIOLOGIE, 7
routine , on tombe dans une foule d'erreurs. Les variations de M. Louyer-Villermay, à égard de l’hypochondrie, en sont la preuve : en 1802, il choisit le tempérament nerveux (Rech.surlhyp., p. 87); en 1816, le sanguin, puis le tempérament bilieux (Malad. nerv., p. 230), et enfin le nerveux (p. 481). Pour Le sexe , même instabilité. La femme est plus exposée, dit-il, aux affections hypochondriaques vers l’âge dé retour, lorsqu'elle perd les attributs de son sèxe (470), et l'homme aussi y est plus exposé, ajouté -t-il (481), en se rapprochant, par une vie sédentaire et par une éducation efféminée , de la constitution physique de la femme. Get auteur à éprouvé, sous ce rapport, le sort de presque tous ceux qui n’ont pas suffisamment analysé les causes de l’hypochondrie , de Stahl, de Sydenham, et même de Fréd. Hoffmann; il a voulu faire cadrer son étiologie avec des idées pathologiques toutes faites.
La constitution physique qui dit plus spécialement à l’hystérie a été mdiquée assez exactement par presque tous les auteurs. Un des plus grands peintres de l'antiquité, Arétée, ne Pa point méconnue : J'uvenes muliérculæ, que sunt sensibilioris generis nervosi, texture tenerioris.
La description de Fréd. Hoffmann est pleine
76 ÉTIOLOGIE.
de vérité : « Quod attinet mulieres morbo hys- « terico præ aliis subjectas et obnoxias, notari mnerelur, non omnes Cujuscumque ætatis, tem- Cperamentt, ac vitæ instituti, id genus niorbi «pati, sed PRECIPUË virgines sensibilioris et u tencrioris naturæ ; viro maturas , ITEM i- « duas et fæminas conjugatas neque minùs mol- « liter à in otio educatas , texturæ tenerioris at- «que graviüs illo dpédhtl » (Opera medic., de malo hyster.)
fl y à plus : la prédisposition établie par le tempérament semble tellement péremptoire à Fréd. Hoffmann, qué, sous cette influence , les femmes ne lui paraissent jamais exemptes de symptômes hysiériques, même pendant la gestation : « Veque 8 gravidæ , si sanguineo-chole- «c ricæ sint constitutiontis à sævissimis uteri dans «ms Sunt immunes. »
« L'examen dés tempéramens particuliers, dit «M. Louyer-Villermay , nous apprend que la Cprédominence du système hépatique est fré- « quemment celle qui dispose davantage à Vhy- «pochondrie. » Cet examen ne nous apprend rien de semblable. Peu après, il ajoute qu’un teint bilieux, la sensibilité de FPhÿpochondre droit ; Pabondance des évacuations où une constipaton opiniâtre, sont les principes constittians
ÉTIOLOGIE. cg.
de l’hypochondrie (Malad. nerv., p. 230). Raïsonner de cette manière, n'est-ce pas avouer qu’on ne connait nullement la nature de cette maladie ? Qui voudrait aujourd’hui appeler principe constituant un teint bilieux, une constipation opiniâtre, etc., etc.? :
Ce qui peut nous apprendre si un tempérament particulier prédispose plutôt qu’ un autre à l’hypochondrie, ce n’est pas l'examen des tempéramens, c’est l’histoire de. cette affection. Eh bien ! si on consulte les auteurs à ce sujet, Si on parcourt les histoires particulières de Fréd. Hoffmann , par exemple, on voit que lPinfluence du tempérament ne peut être comptée pour rien dans ses observations. Ainsi, le sujet de la première consultation est un homme dé trente-deux ans, d’un tempérament sanguin et bilieux, et grue constitution délicate (Consult. de méd.,
#11); puis un militaire de trente-quatre ans , cé de toutes. ses forces , d un corps robuste et d’une bonne santé à inrérieur (p. 15) x plus loin, c’est un jurisconsulte d’une constitution autrefois maigre, maintenant plus grasse ; puis un homme de quarante-trois ans, d’un esprit fort, vif et d’un tempérament sanguin, etc., etc. (p. 40). | |
La conclusion de ces raisonnemens et de ces
78 | ÉTIOLOGIE.
faits, c’est que le tempérament n’a qu’une in- Le équivoque sur le développement de l’hypochondrie, tandis que l’hystérie trouve sa plus forte prédisposition dans la constitution nerveuse ; cé qui apporte encore une différence majeure entre ces deux maladies,
S XV. «Von omnes cujuscumque vitæ insti- «tutti, id genus morbi pati, notari meretur. » (Fréd. Hoffmann, Oper. méd.) Ce que nous venons de dire pourrait, en partie, s'appliquer aux diverses espèces d'alimentation et aux divers genres de vie suivis par les malades ; Mais ceci demande examen, «car notre charge n’est pas, « comme dit Montaigne: (Essai, Liv. x, chap. XXY), «de redire ce qu’on nous a dit, bien qu’on ne «cesse de le criailler à nos oreilles, comme qui «verserait dans un entonnoir. »
Ne nous occupôns que de linfluence des alimens proprement dits. Peut-on dire que tel genre d'alimentation prédispose plutôt à l’hypochondrie qu'à toute autre maladie? Nous ne le pensons pas : tantôt les hypochondriaques se gorgent d'alimens, tantôt ils se soumettent à un jeûne rigoureux : ces excès ont des effets pernicieux , mais ils ne causent pas, ils ne déterminent pas la maladie; ils l’aggravent seulement; nous y reviendrons en exposant les symptômes de cette
ÉTIOLOGIE. 79
maladie. Ainsi c’est à tort que les auteurs, se copiant les uns les autres, placent au nombre des causes de l’hypochondrie tantôt lhabitude d’une table recherchée , de repas copieux, de contentions d'esprit pendant le temps de Ja digestion, etc., etc., tantôt des jeûnes multipliés, des eaux de mauvaise qualité, etc. De toutes les maladies qui affligent l’espèce humaine, il n’en est pas une dont on ne pourrait tracer ainsi l’étiologie. Il nous semble que, une fois cés choses dites en pathologie Benne on,ne devrait plus y revenir.
Que penser de M. Louyer-Villermay , qui avance. sérieusement qu’une boisson très-froide ou prise à la glace, dans le moment d’une soif ardente et d’une forte transpiration, ne manque presque jamais d’occasionner de fâcheux résultats, au nombre desquels on doit placer l’hypochondrie ?
Assurément il n’est pas une impression vive sur nos organes, quel que soit l’agent qui la produise, qu'on ne puisse placer à aussi juste titre au nombre des causes de l’'hypochondrie en concluerons-nous'que tous les agens qui nous entourent sont autant de causes de l’hypochondrie? Non certainement ; mais c’est où nous conduirait une telle manière de procéder en étio-
G0 ÉTIOLOGIE.
logie ; et si nous voulions suivre à la lettre les auteurs sur ce point, un examen comparatif des alimens considérés comme causes de lhypochondrie et de l'hystérie ne nous serait d'aucune utilité pour la solution de notre problème ; en effet nous ‘veérrions les auteurs reproduire encore comme ,causes de lhystérie une nourriture trop succulente et trop variée , une transpiration intervertie dans son jeu naturel, etc. (Wal. nerv., p- 33). Bornons-nous donc à examiner philosophiquement, non ce qui a été émis sous ce rapport, mais bien ce qui existe réellement, Quels què soient les aliens dont l’homme fasse
usage , s'ils sont sains, en quantité suffisante et un peu variés, ils n'amènent pas de différences bien marquées dans l’économie. Que l’homme, en effet, se nourrisse préférablement de végétaux ou d’animaux tués dans ses boucheries ,.suivant les impulsions données par les divers climats, il n’en acquiert pas moins le même développement physique ,-et, à fortiori, le même développement moral. On commence à s ’entendre sur ce point, qui a si souvent servi de texte à de vaines déclamations. Cabanis trouve que Les peuples qui mangent de la chair sont incomparablement plus actifs et plus forts que les peuples qui n’en mangent pas; il les trouve aussi plus auda-
ÉTIOLOGIE. O1
cieux et plus obstinés (Znfl. du régime sur les hab. mor.); mais l’histoire n’est pas d’accord avec lui sur ce point : c’est chez les peuples montagnards qu’on trouve ces qualités au plus haut point. Parcourez l’histoire des dernières guerres, et vous verrez d’une part les peuples germains, grands mangeurs de chair, presque toujours vaincus et soumis, et, d'autre part, les Espagnols et les Russes résister et combattre avec obstination pour leur indépendance. Or, tout le monde connaît la sobriété des premiers , et ceux qui ont voyagé dans le nord savent que les armées russes ne se nourrissent que de végétaux. Parlerai-Je des Suisses, qui ne vivent guëre que de lait et de fromage, et quin’en sont pas moins robustes, industrieux et obstinés? Quoi qu'il ensoit, Valimentation varie avec les climats; là où les tégumens externes, c’est-à-dire la peau , est dans un travail, dans une surexcitation continuelle , les habitans mangent peu, ils sont sobres naturellement ; là, au contraire, où les tégumens internes, c’est-à-dire les muqueuses des premières voies , jouissent d’une grande activité, les hommes sont grands mangeurs et portés à livrognerie; mais toujours est-il impossible d'admettre qu'une ali- : mentation particulière , et encore moins qu'un aliment spécial, puisse amener une prédisposition
02 ÉTIOLOGEE.
à l'hypochondrie. Des excès dans ce genre de vie prédisposent certainement à contracter des maladies, mais pas plus l’hypochondrie que toute autre, parce que l’hypochondrie, avec tous ses symplômes gastriques , n’a pas son point de départ dans les premières voies. Lorsqu’à la suite de l'ingestion d’un certain aliment l’hypochondrie se déclare , il est absurde d’en attribuer la cause à cet aliment; c’est faire usage du raisonnement si décrié : Post hoc ergd propter hoc.
Pour ce qui est de lPhystérie, on est tombé dans des erreurs d’un autre genre : les uns ont dit qu’une abstinence trop longue était l’une de ses causes les plus évidentes (Sydenham, $ 78), « soit que cette abstinence trop longue, dit Sy- « denham, ait vidé entièrement l’estomac, ou « des évacuations excessives que la personne « n’était pas en état de soutenir , soit qu’on l'ait « trop saignée, etc. »
Le traducteur de Sydenham partage son avis :
il voit autant de causes de l’hystérie dans tout ce qui tend à affaiblir le genre nerveux et à appauvrir les sucs, comme les longs jeûnes , les longues veilles, Les évacuations immodérées, etc. (Note au paragraphe ci-dessus.)
Les autres. avec Forestus, l’attribuent à l’u-
sage exclusif d’alimens copieux et trés-excitans :
ÉTIOLOGIE.g 83
În otio viveñntes, cum vertri irritamentis, vino nempè generoso fruentes. Loin de trouver le point de départ dans des pertes immodérées, ils veulent des femmes pléthoriques. «L’hystérie af- « fecte, ditCullen, les femmes extraordinairement « sanguines 6t pléthoriques, celles qui sont d’une « constitution mâle et fort robuste.» La véritable hystérie, ajoute Bosquillon , n’a communément lieu que chez ies femmes sanguines et robustes.
M. Louyer-Villermay, après avoir énuméré tous les alimens réputés aphrodisiaques, et après avoir reconnu én eux des causes de l'hystérie, parle des vins recherchés et des nourritures succulentes; mais il ajoute, probablement pour concilier les auteurs : « Et peut-être une absti- « nence trop absolue ou trop long-temps pro-
longée.
Une simple énumération de causes ne peut jamais conduire à quelque chose de positif; on doit parfois les donner comme faits d’obsérvation, lorsqu'il y a authenticité dans leurs résultais; mais on doit aussi raisonner sur l’action de ces causes, sl y a lieu. Ïl en est de létiologie comme de la thérapeutique empirique , qu'on ne doit pas rejeter, mais qui ne doit pas cependant nôus empécher de raïsonner.
Le système nerveux, dit M. le professeur