CHAPITRE Vin
PIN DU SYSTÈME DE LAW; SES SUITES ^ SON SFF|ST $UR LES MOEURS. CALAMITÉS PUBUQUES.
Six cent million» en billets f^briqu^ssan» autorisation, ^n eii|« de chaque actionnaire un supplément de prix de cent cinquante livres ; les actions ainsi que le restant de papier-monnaie souçiif à un nofUYeau timbre et à un visa. -^ Le système fait une. banqueroute daquatre «lilliarda vingt-troi» millii)nsi, Ia dette fth connue reste fixée h dix-sept cent millions. — Résultat» dv système, quelques-uns avantageux, d^autres funestes. — L^oppesitlon prend pour organes la satire et les, chansons. -*- La restauration des finances ne paraît pas^impossible. Le» prpfusiona du régent »'y opposent. — Procès du duc de La Force. Arrêt flétrissant contre lui. — ^Incendie des viUes de Gh^lons et de Rennes. ^^ Peste de Marseille. Dévouement des échevins, du vfguier et du chevalier ^o^e, Couyage héroïque de Pévéque Relvunce. Diminution de la contagion. Elle s'était étendue daiis toute la Provence. Elle disparaît entièrement au mois de juin iTJM. Le pape envoie à Marseille«des galèVes chargées de grains. Effets moraniK de la calamité. — Resoin des plaisirs eomme diversion k des souvenirs funestes.— L^ndustrie , le commfirqe et le i^ecoo* vrement de Pimpôt suspendus pendant la durée de Pépidémie.
ta disparition de Law ne pouvait manquer d'eX' citer à un haut 'degré le mécontentement public. Lç duc d'Orléans trouva plaisant d'en jeter l-odieu;^ $ur M, le duc; il lui persuada de remettre ^lui-même au fugitif le§ passe-ports qui lui étîiientnécessairc$, et de pourvoir à sa sûreté. Cette complication d'intérêts et de ruses amena au premier conseil qui eut lieu eqauite> et ^n présence du jeune roi, une oxplica-
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tion très-vive entre les deux princes ; le régent fat obligé d'avouer qu'on avait émis pour douze cent millions de billetç de banque de plus qu'il n'était nécessaire ; que six cem millions avaient été fabriqués sans autorisation y et qu'on avait couvert cette irrégularité par des arrêts du conseil antidatés. Comme au fond,* les deux princes étaient d'accord sur l'opportunité du dépaft de Law, ce débat n'établit aucune froideur entre eux/ Law se retira avec peu' d'argent ^ itiais laissant quatorze belles terres qu^iLe,Vait «cquises dans le temps du système^ et qui furent confisquées. Il mourut en 1729, à Venise, dans un état voisin de l'indigence.
Il restait deux opérations importantes à faire : réorganiser la compagnie deç Indes sur d'autres bases, et retirer de la circulation les billets de banque qui s'y trouvaient encore. L'État en était garant, puisque les émissions n'avaient eu lieu que par son ordre. '
La régence eut toujours pour maxime de s'indemniser de ses propres fautes aux dépens des enrichis. Elle n'avait garde de s'en départir dans une circonstance où les maux qui affligeaient l'État ne devaient être imputés qu'à elle seule ; il 4ui importait donc de tourner l'indignation publique cpntre l'es hommes accusés d'avoir retiré 'des turpitudes de l'agiotage d'immenses profits. On divisa en deux catégories les possesseurs des effets, soit actions, soit billeW. Aucune taxe n'était exigible des personnes* qui avaient été obligées de les recevoir par suite du remboursem'ent de leufs rentes ou de la finance de leurs offices; car leur propriété se trouvait, ou dé-
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truite, ou diminuée parla dépréciation des effets. Venait ensuite la classe des spéculateurs^ parini lesquels on comptait les actionnaires primitifs de la compagnie des Indes. Le gouvernement , après avofir , par ses édits , placé ceux-là sur la voie de la fortune , ne les regardait pas moins comme susceptibles d'être poursuivis pour les richesses acquises sous «on patronne En conséquence , on résolut de leur faire regorger tout ce. qu'.ils s^vaieirt amassé. Il existait «ependaçt dan^ cette classé ^ certaines gens dont *on n'exigea rien ^ , quoiqu'ils fussent les moins excusables; je veux parler des princes et seigneurs de la cour qui avaient obtenu une multitude d'actions sans bourse délier : les fortunes augmentées, les dettes* payées ^ les terres améliorées montraieut combien le système leur avait été favorable. • . ^ *
On soumit (J'abord chaqueactionpaire au payement d'un supplément de pfrx de cent cinquante livres par action , dont les deux ti^rs étaient payables en nu- Qiéraire, et le. dernier tiers en billets de banque. La compagnie espérait que cet appel de fonds lui procurerait vingt- deux millions cinq cent mille livjes. .
Puis, malgré l'arrêt tout récent du conseil, par lequel le gouvernement avait déclaré qu'il ne taxerait, dans aucun cas, les actionnaires à raison de leurs profits, on fit un rôle qui obligea cent quatre-vingts individus qu'on supposa indûment enrichis, à rapporter à I9, compagnie le nombre d'actions déterminé par ie rôl%, quand même ils n'en posséderaient plus aucune. Us devaient y être contraints par tous les
ISO HiSTOÎftË • PfflLOSOPBÎQUË
moyens Uôités pour le recouvrement. des impdtf' tiôns. Il êêt vrai qu'on s'engageait à leufrendw au bôtit de tfoift and les adtions fournies par eut ; pro» messe fallacieuse comme celles qui avaient précédé. Alors recommencent les honteuses manœuvres dont Ift chambre ardente avaitdonné le premier exemple} des enrichis se rédiment en achetant des proteo*^ têurs. Les pierres -précieuses jsont prbdiguées aut fi^mmes. Quelques-tins traiient avec le régent luimême, et abandonnent à-VÊtat une partie de leur fortune pour sauver te reste, tandis que les grands et leurs clients se trouvent ménagés, les riches ob^ scurs sont impitoyablement pressurés* Des taxes plu» ou moins fortes les atteignent; et pour que les per* sonnes elles capHanine cfherchent pas un asile chec Tétranger^ la sortie du royaume est généralement interdite pendant deux moi&, sous peine de la Viôî deui cent millions sont ainsi bbtënus.*
Enfin, une -dernière ordonnance oblige tous Jel possesseurs d'actions de les déposer dans un bU' reju désigné h cet effet, pout y. être •vérifiées et recevoir un nouveau timbre* On avait compté s\jr là défiance qui ne manquerait pas de s'emparer dei actionnaires : en effet, ils se persuadent que leurs actions ne ressortiront plus de ce gouffre. L'expérience du passé justifie les alarme».* On oppû$e la force d'inertie à l'exigence de la loi. Un déljai est accordé, suivi encore d'un autre délai; puis enfin, toutes les actions non déposées et non tim-^ brées du double ifcèau* de la compagnie sont dé*clarées nulles. ^:
On était parvenu ainsi à en réduire le nombre à
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Mttquâtite*ciûq mille quâtfô cents. La valeur de ces actîôtt» reconnues i»eâte fi^ée à cinq mille livres ^ représentant un capital de deux c^nt soixante dixsept millions 9 et on accorde à chacune d*elléË Uû dividende de deux cents litres, dont la moitié à la ehâfge du trésor royal, et Tautre -moitié payable par la compagnie.
Lès directeurs, accusés de malversation, avalent été mis à la Bastille. M. Lépelétler de la Houssale, successeur dô Law au contrôle général, réorganisa sur un nouveo.u pkn k direction de la compagnie, 6t lui 6ta Vadminîstrâtlott des ïlnailceâ de l'État. Les receveurs généraux furent Rétablis ; le bail des monnaies et celui des fermes générales résiliés. La compagnie ne conserva que la ferme du tabac. Mais âês atîtionuaires pôuvaièpt compter sur les bénéfices que leur prom^tâit la propriété de plus àé ceni navires , et les établlsgethents créés dans Ijbs différentes parties du monde, à l'aide des fonds qui lui avaient été prodigués par Vauteur du système. Elle s'affermit donc et subsista jus(Ju'à ce grand* cataclysme qui fit disparaître, à la fin du xvni*' siècle, tout ce qui existait auparavant.
Il y avait encore dans les mains du public Une masse très-considérable de papier-monnaie, de récépissés, de titres de rentes de toutes natures, perpftuelles et viagères, et d'autres effets royaux.. Un édit ordonna, sous pi^ne de déchéance, aux possesseurs de ces valeurs de les 'représenter afin de les soumettre aU visa; les porteurs devaient. en même temps justifier du prix auquel ils les. avaient achetées, et faire, sous la foi du ferment, une déclara-
tion. fidèle de leur fortune; et comme on croyait peu à la sincérité de ces serments ^ on les contrôla au moyen de recherches faites dans tous les actes des notaires.
L'opération du visa fut confiée aux frères Paris. Cinq cent onze avilie personnes déposèrent leurs titres et papiers. Cette opération n'était autre chose qu'une inquisition sur la quotité des fortunes, et sur les voies par lesquelles on les ava.it acquises. L'arbitraire y présidait, et la corruption ainsi que l'injustice ne pouvaient manquer de s'y glisser. Toutefois les Paris restèrent irréproclîables ; il n'en fut pas de même de tous les délégués qu'ils s'adjoignirent. Des. inagistrats se rendirent coupables de vols si manifestes, qu'il'devint impossible de ne pas les poursuivre. Un maître*des requêtes et un .conseiller d'État furent condamnés à êt»e diécapités , et deux des principaux commîs'à êtrç pendus. Le régent commua leur peine.
Les effets soutni^ au visa s'élevèrent à une somm« de deux milliards deux .cent vingt-deux mlHions. On retrttncha ou annula cinq cent vingt-deux millions. La dette reconnue resta fixée à.dix-sept cent millions. ,
Ainsi lé système qui avait produit six milliards de papier-monnaie ou d'effets publics, faisait une banqueroute de quatre milliards vingt-trois millions, -et la dette reconnue dépassait, de six cent vingt-oinq millions en* capital ce qji'elle était avant l'établisse^ ment du systèfne. On trouvait à la vérité uqc compensation à cette augmentation de la dette , dans l'extinction d'un grand nombre d'offices y et dans le
remboursement des charges et d^s aUénations , qui accroissaient Ip revenu disponible de tous les produits dégagés ou rachetés.
Le •système avait disparu ; on ne peut nier que ses conséquences très-graves pour l'avenir , n'aient produit sous quelques rapports des avantages présents. Le kixe ôffréné des enrichis/ en créant de nouveaux besoins, donna uii nouvel essor à l'industrie ; les .calculs savants , les combinaisons hardies devinrent plus * familières au commerce, et ceux qui l'exerçaient acquirent aux y.eux du peuple une importance qui leur procura uùe plus graude considération.. On commença à comprendre l'utilité du crédit; de bons esprits en étudièrent les principes et enseignèrent à éviter les fautes qui le conapromettent. Paris obtint dès lors sur la France cette influence devenue de nos jours si prépondérante. La compagnie des Indes restée deboi^t sur les ruines qu'elle avait faijtes, montra^ ta puissance de Tassociatibn ^n matière commerciale, et enrichit l'État en développant, cette active puissance dans toutes les parties du monde. Dels grands seigneurs, des nobles, des financiers ,' des bourgeois en faisaient partie, et la commlinauté des intérêts établit entre eux des rapports de brenveillance et d'égalité; enfin, l'abondai^ce du signe d'échange qu'on augmentait à volonté permit de diminuer les impôts. On put accorder quelques fonds aux routes et aux canaux, jusqu'à cette époque complètement délaissés. Leur administration devint réguliwe, et on la confia à un corps spéciaK La première chaussée pavée fut ouverte de Paris à Reims. Si les villes avaient excès-
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ôlYement souffert; lois campagnes, cës nouttlelfefeà de l'Êtât , ti'épfottvèf eut qu'une gêne mômentanét. C'est ce qui explique le peu de ti*acê8 qué la rétolti*tiou financière ,âu système laisua danss la ^ftune publique.
Mais à côté de ces résultats favorablei^ {fault l* ihal moi*âl qui.se dêVeloppa, prit râdine et resta. Les richesses avaient plusieurs fois ehg.ngé de maiûS} et si quelques hôtnmès habilep et privilégiés lés mh- Bérvèrent, on vit souvent le laquais sôrtif dé 60(1 cari»osBe et i^evehir à l'antichambre, etTaKisan quîttèi^^son hôtel pourtentter dans son ateliei*.les bouleversements rapides des fortunes ne -peuvèût avotf llfu sans que les moeurs ne reçoivent -de profondes atteintes. Une égale cupidité domine lèS gens qui n'ont pu encore s'élever, et les personnes qui étant descendues, voudraii^nt remonter ; cette pasSlon, comme toutes celles qui s'emparent du cteur de l'homme, Vaccotiïmode de. tous les moyens pour réussir, heureux si elle s'arrête devant la fraude* et le crime. « Ceux qui avaient d'abord été corrompus par leurs' richesses, le furent ensuite par leur pau* vreté. «'(Montesquieu.)
(( L* argent devint Une divinité à laquelle on sàcri« fia et principes et devoirs. Les richesses aôcumuléôs subitement inspirèrent tcmteà les folies du lutè, tous les excès de la dépravation. Les mœurs, la reli^ gion qui les soutient en partie, reçurent des plaies mortelles que le temps n'apu guérir. » (Hhtotré ffïû^ derncy par Millot. ) * ,
(c toutes les classes de TÊtât n'ont aujourd'hui qu'un objet, c'est d'être riches , *sans que qui que
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ce ôoît fixe les bornes de là fortuir^ où il prétend. » {Mémoires de Duclos. )
LHûfluenêê ne fut pas moindre èur Vôfdre &ocîal. MontÇâquleû dit que rhôuneur est le principe des motiarôhîeâ. Pour qu*ll se conserve et agisse, il faut qu'il Bé perpétue dâM leâ classes ^supérieures. Là, s'établissent le^ lois et se forment les préjugés qui lemailitîefinetit;-ilâ arrivent aux classes moyenflçil , et péûètrent enfin dans les classes populaires.
Il y a doue grand danger pour une hionarchie à ce que l'honneur dégénère dans la noblesse ; c*est ce qui arriva pendant Isr régence,* et nous devons Tattribue? spécialement au système. L'honneur préfèfô la gloire et la bonne rénommée â l'argent. ".L*ignoblé paséion de Tor est incompatible avec les idées élevées. Ainsi la noblesse de cette époque a* forfait à iOfl principe eu se livrant à la cupidité éffréûée développée par le système. Alors elle cessa dlnâpi-* fer le respect, et ell« ne put lé recouvrer," car elle continua S, trouver insuffisante la conèldératiôn qui vient des aïeut, et à éprouver îe besoin d'y joindre celle de la fortune, d'où s^ettsulvit un notable et profond changement dans les mœurs. La richesse conlmença à être estimée à l'égal de la naissance j elle ne tardera pas à l'emporter.
En outre I le niveau de l'égalité s'était établi à la rae'Quinoampoix , entre les grands seigneurs et les dernières classes de la société; la noblesse étant descendue jusqu'à ees gehs-là^ ils en déduisirent logiquement que dans d'autres cirèon stances, ill pourraient monter jusqu'à elle.
Dans le système oq découvre le germe de la démocratie.
La monarchie, telle qu'elle existait, s'affaiblit donc dans son fondement constitutif, et la hiérarchie des rangs qui sert de digue à l'arbitraire , et défend le pouvoir contre les exigences populaires, tendit à s'effacer.
Si la noblesse avait compromis sa dignité , la conduite des princes du sang n'était pas moins fâcheuse pour la royauté. On reconnaît, dès cette période du règne de Lpuis XV, les symptômes d'une révolution inévitable.-
Maîs.leg Français de cç -temps étaient trop légers et trop' frivoles pour les apercevoir. Les chansons affluaient; le rire et la satire devenaient les seules nrraes de l'opposition, le couplet était son organe; c'est dans les chansons qu'on trouve la peinture des mœurs et l'expression de l'opinion; les unes peignent avec cynisme les vipes de la haute société, Içs autres marquent du pceau du ridicule les ignobles mesures du gouvernement. Paris ressemblait à une réunion' de fous qui dansent 5ur des ruines et grimacent lfi^ joie \
OjQ a de la peine à comprendre dans notre siècle
que la régence ait usé san^ opposition^ d'un arbi-
• ' On trouve dans les Mémoires de idaurepas les statuts et la composition du régiment de la calotte; elle avait un colonel et des dignitaires. Tous les événements y étaient traduits en vaudevilles , et la société adressait aux personnes qu'elle voulait blâmer des vers satiriques publiés ensgîte. Malheur à qui dédaignait de s'y affilier ! On connaît l'aventure de P^ris de Montmartel , forcé de se battre trois fbis ponr n'avoir pas voulu ôter son chapeau à un dignitaire de la calotte.
traire si excessif en matières de finances, matières qui touchent plus ou moins ajtix iutérèts de chaque citoyen.* L'explication se trouvé dans les paroles adressées à Louis XV par lé maréchal de Villeroy , déjà citées : « Vous voyez, mon. maître, tout ce peuplç est à vous , tout cela vous appartient. » Cette déplorable maxime devienne le dogme des flatteuis de Louis le Grand , avait continuellement retenti aux oreilles du duc d'Orléan^; les sujets eux-mêmes la contestaient à peine, tant ils étaient habityés fi respecter la volonté du souverain. Fas un courtîsan qui ne l'approuvât et ne la professât, et les mi*nistres la trouvaient trop commode pour la désavouer. Ainsi le régent, en ordonnant des spoliations^ des visites domiciliaires, des r;onfiseation« , des emprisonnements-, croyait avoir usé d'un droit de souveraineté établi et reconnu. Ce prince était, par son caractère personnel, plutôt porté à la clémeiice qu'à la sévérité. On le vit souvent adoucir en secret les rigueurs qu'il avait commandées. Lui seul dédaigna \out profit dans les opération3 de Law. Mais son âme molle et son caractère facile se laissaient dominer par les -conseillers qui l'entouraient. Dubois était durj hardi, impérieux; Law n'hésita pas à fout bouleverser au profit du système , et ils poussèrent un prince débonnaire à des actes de vio-' lence que l'histoire ne saurait blâmer avec trop de sévérité. La liberté a ses troubles et ses agitations ; mais peut-on les comparer à rarï)itraii:e de l'époque que nous étudions, excitant le mépris encore plus que l'indignation, et préparant néanmoins, d'horribles tempêtes?
158 HISTOIRE PHILOSOÏ^HIQUE
A U chute {iu système et malgré les charges qu'il ayait laisserai la restauratioa des finances paraissait facile. Le trésor débarrassé du payement ^es gagest des offices supprimés et des^immunitéa abolies jeti-* rait cent vingt-trois millions des contributions. Il était dû à TÉtât plus de cent vingt millions par des receveurs et trésoriers solv^bles dont les compta n'avaient pas été apurés. D'un autre côté> la dette arriérée se trouvait éteipte. On pouvait done pourvoir au payement des intérêts de, la nouvelle datte et Gréer un fonds d'amortissement* Il suffisait dt revenir aux règles de T économie établies ptr le duc de Noailles..Mai8 il n'en fut point ainsi, Lee dépenses quô l'abondance du papier avait exagé-* rées, ne rentrèrent pas dans les limites d'une, judicieuse écononjie et la faveur épuisa de nouveau le trésor. Les familles accréditées, qui avaient éprouvé des pertes au jeu des actions , persvadèreut au régent que l'.État devait les indemniser. Il accorda .pour plus' de vingt milfions de {)ensionsy et les acquits de comptant s'élevèrent dans la même année à la somme énorme de cent quatre-vingtcinq millions. Ces profusions rejetèrent l'administration dans les voies ruineuses .que nous avoue précédemment signalées i anticipations sur les exei^ cices suivants, nouveau travail sur les monnaies, créations de charges, d'attributions i de droits et d'immunités , et enfin établissement de plusieure nouveaux impôts^ Le parlement voulut faire quelque résistance, Du'jpois lé menaça* de restreindre sa juridiction , et il céda.
Les scandales du système se terminèrent par I9
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procès du duc de La Force. On reprochait k ce seigHiUP rn,ocaparement d'uue grande quantité de denréfia et d'objets divors} beaucoup d'autres çourtisaus l'étiâent rendus coupables de la métne faute i mais la duQ de La Force avait accumulé sur lui des baines qui eherchèrent à se satisfaire par son humiliation» Chaud partisan de Law , tous les ennemis de ce der^ nier devinrent les siens. Le parlement savait que ces deux hommes avaient comploté ensemble sa disso** lution , et le remboursement des charges des ma-* gisteats.en papier-monnaie. Il en gardait uuaamère innoime. Enfin les princes se prononcèrent contre le duc de La Force dans l'espoir que leur sévérité à son égard ferait oublier leur honteuse avidi.té*
On excite les maîtres épiciers et apothifCaiTCs à dénoncer un magasin existant dans un local dépendant du couvent des Augustinji, où il ^itîté éiabli piar les soins des agents d^ duc de La Force* Les maî^ tr«s verriers, faïenciers et émailleura se joignent à 4IUX*; aussitôt, à la diligence du Ghâtalat de Raris, les scellés sopt mis sur les salles qui oontiennent lo dépôt. Le pjirlemen^ se rassemble; dix^^neuf pairs et les pVinees d^ la maison de Coudé assistent à la ^éaiiQe, Le parlsment iait arrêter les agents du due de La Force, et tè décrète lui-même d'ajournement parsonneL Cette i^alitioji nouvelle et inattendue d'uPjs portion de la pairie et des magistrats alarme
^ * [iS détsU <)as o|)jets qui compos«ieiit 1q magasia du duc de La Força est asyez curieux pour le noter ici : qùjiraate caisses de thé| plusieurs câjsses de galunga, beaucoup de myrobplan, de i*esquine en quantité , des paravents de la Chine , une caisse de sucre candi e| plus de cinquante mille pièces de porcelaines du japon.
le régent. Un arrêt du conseîl évoque Taffaire. Remontrances du paflement rédigées de concert avec les princes et les pairs. Le régent cède , et consent à ce- que le parlement reste investi de la connaissance du procès. Après avoir ouï le duc de La Forcé , la cour rend un arrêt qui ne lui impose d'autre peine que le déshonneur': « et sera tenu'^ ledit Henri-Jacques Nompar âe Caumont, duc d« la Force, d'en user avec plus de circonspection , et*de«se comporter à l'avenir d'une manière irréprochable et telle qu'il convient à sa naissance et à sa dignité de pair de France. » A une autre. époque, on eût préféré la mort.
Les agents du duc sont blâmés et condamnés à l'amende. *
Pendant que les calamités du système affligeaient la câpitaleVwfe désastres d'un autre genre frappaient plusieurs parties du i oyatagje- Une portion de la ville de Châlpns devint la- proie des flammes, et celle de Rennes fut aussi presque entièrement consumée. Le gouvernement se réunit a\i clergé pour solliciter dans tous les di||cèses des quêtes en faveur //Sfe^incendiés. La réponse que fit l'évêque de Castrés- au marquis de La Vrillière , secrétaire d'État , pfcin* la détresse qui existait alors : « Tous nos soicis n'ont pu produire dans mon diocèse que cent|Kistoles en espèces et cinq mille livres en billets. L'inondation de. ces papiers a fait presque autant de mal dans nos cantons que les flammes en ont pu faire en Bretagne. Si le spectacle n'est pas aussi affreux , les effets n'en pont guéres moins funestes Quel changement un si court e^ace n'a-t-il pas apporté aux
fortunes qui paraissaient les mieux établies? On ne saurait le comprendre sans le -voir, et on ne saurait le voir sans être accablé de douleur. ••• »
Le prélat faisant ensuite allusion aux alarmes qu'avait répandues, dans les provinces du Midi la peste qui désolait Marseille^ ajouté : « Que sera-ce si le mal qui s approche peu à peu vient jusqu'à nous? À quoi pouvons-nous nous attendre?^... »
Cette coùtagion ^ qui excitait «de si vives inquiétudes, avait été importée à^Marseille le*25 mai 1 720, par un navire marchand venant de Syrie. Il était muni de patentes nettes. Cependant jl avait perdu quelques hommes dans la traversée , et un de ses mousses mourut en arrivant au lazaret. Un chirurgien ignorant ne sut pas reconjiaître les symptômes de la peste. On ne prit aucune précaution, et les étoffes qui con^posaient la cargaison furent débarquées sans obstacle. La maladie se déclaca d'abord au lazaret et dans, le quartier qui l'avoisine. On refusait de s'avouer l'effrayante vérité. Enfin, au bout d'un moi3 les médecins rompent le silence et proclament la peste. A cette nouvelle , fes gens riches, ceux qui, par leurs lumières, leurs professions et leurs emplois publies, pouvaient servir l'humanité dan3 le grand désastre qui la menace , prennent la fuite; tout à coup. le lazaret se trouve sans intendants, les hospices .sans économes, les tribunaux sans juges, l'impôt sans percepteurs; tout est suspendu; les magasins et «les boutiques se ferment; les pourvoyeurs manquent aux approvisionnements, les officiers de police-, au bon* ordre, les notaires aux contrats. Le fléau sévit sur les pauvres , d'au- I. 11
162 HISTOIRE PHlLOgCNPHIQUE
tant plus féroce que VindigeHce est plus grande. Mais bientôt la contagion gagne les autres classes. Une population éperdue cherche à fuir; le parlement d'Aix rend un arrêt qui enferme dans une ligne gardée Marseille et son territoire , et interdit sous peine de mort de la franchir. Alors la désola-* tion est générale. Toutes relations sont rompues du dehors au dedans. L'argent ^ les subsistam^eib manquent à la fois. Dans ToBUvrede la destruction la famine vient en aide à la peste. Quelques citoyens se dévouent. Quatre échevins : Estelle, Moustier, Audimard et Dieudé restent à leur poste , ainsi que le viguier de Pille. Ces hommes déploient un héroïsme que rien n'intimide ni ne fatigue. Au-dessus d'eux se dessine la figure du chevalier Roise s offrant comme victime volontaire pour le salut de ses concitoyens. Il s'empare d'un quartier, organise ies secours , étaUlit un hôpital. Les échevins , jour et nuit à leur poste , ordonnent les mesures propres à diminuer le désastre ; inutiles efforts* : If s secours sont insuffisants contre la marche rapide«de' la mort. La terreur rompt les liens de famille; le mari abandonne sa femme atteinte du terrible mal , la femme fuit' son mari, les enfants leur père , le père ses enfants. Les moribonds re9tent seuls en proie à leur désespoir; quelques-uns dans leur délire se traînent dans la rue où ils achèvent leur pénible agonie. C'est alors que la religion déploie toutes ses merveilles. Elle ne connaît ni l'égoïsme, ni la peur* L'évèque Belzunee sort de son. palais , son clergé l'accompagne ; les capucins , les jésuites le suivent ; les oratoriens se joignent à eux. Ces ouvriers évangéliques par^
courent les maisons abandonnées , les nies encombrées de morts et de mourants, présentant partout les consolations de réternité à la douleur d'une vie qui s^éteint. La plupart succombent eux-mêmes. L'évêque presque seul, soutenu par un zèle que rien ne peut refroidir, persévère dans la :sublîme tâche qu'il s'est imposée, et les infortunés que le fléau atteint Iti doivent une fin plus tranquille.
Les échevins avaient deux missions bien difficiles à remplir : celles de nourrir les personnes valides et de faire anterrer les*m*orts. Les villes voisines prirent en pitié la malheui^use Marseille, et si on n'y rétablit pas l'abondance, on lui procura au moins le nécessaire. Un service fut organisé pour enlever sur des tombereaux les cofps gisants dans Tes maisons et dans les rues; mais comme on craignait que les cadavres ne communiquassent la contagion, peu d'hommes se vouaient à un travail si périlleux/ Moustier et Estelle se mettent à la tête des ouvriers qu'ils ont enrôlés, et l'intrépide évêque, pour ranimer les courages, s'assied sur le premier tombereau qui transporte les restes des pestiférés aux immenses fosses creusées dans la campagne; les morts reçoivent enfin la sépulture.
Cependant une effroyable fermentation repousse hors*du sol les dépouilles humaines. Moustier accourt, accompagné de quelques soldats; ceux-ci tremblent. Le courageux échevin prend lui-même la pioche. Son énergie électrise ses compagnons, et la terre recouvre les restes hideux qu'elle avait rejetés. Soldats et ouvrrers meurent , ie seul Moustier survit. Veîwnne ne ie présente plus/ et les cadavres s'en*
tassent dans les rues et sur les places publiques. L'esplanade de la Tourette en contient deux mille qui pendant trois semaines y restent exposés aux chaleurs de la canicule. On réclame avec, instance le service des forçats ; le bagne envoie successivement des détachements de ces malheureux; on promet la liberté à qcux qui survivront ; faveur inutile, dont aucun ne devait jouir. Néanmoine, encouragea par Fespoir qu'on leur a donné.^ ils travaillent avec ardeur. Le chevalier Roze découvre d'anciennes tours bâties par les Romains et dont Tintérieùr i^che d'immenses souterrains. On défonce les voûtes , et en peu d'heures, par un procédé ingénieux , le chevalier Roze fait précipiter dans^ces gouffres les deux mille cadavres de l'esplanade; une masse de chaux les recouvre , les voûtes sont maçonnées et le vaste foyer de corruption se trouve assailli.
Malgré les précautions prises, l'épidémie franchit le cordon et s'étend à toute la Provence. Elle envahit Arles, Toulon et Ait^ Avignon et Orange la voient paraître, Lyon la redoute; Montpellier en éprouve quelques, atteintes , et qlle vient se perdre dans les solitudes du Gévaudan.
Que faisait le gouvernement , tandis qu'une province de France était ainsi désolée? Absorbé dans les intérêts du système et dans les embarras produits par la chute du papier-rmonnaie , un malheur éloigné ne pouvait attirer son attention. Les gens qui meurent ne se révoltent pas. Le mécontentement des Parisiens semblait bien, plus à redouter. On remarque ,. dans le silence presque complet des Mémoires du temps, le peu d'impres-
sion que cette horrible calamité fit sur la cour. Saint-Simon indique en« deux phrases le commencement et la fin du fléau. Duclos êa parle à peine. Le maréchal de Villars, quoique gouverneur de Provence, n'en dit que quelques mots; il avait offert à la vérité , avec sa forfanterie ordinaire, de marcher contre la peste; mais cette offre n'eut aucune suite. Ce fut seulement deux mois après l'invasion de la maladie que le régent chargea des médecins de Montpellier d'aller eïi reconnaître ' la nature et de lui en faire un rapport. L'histoire a conservé les noms* des docteurs qui se dévouèrent à cette époque : Chicoyneau , chancelier de l'université , Deydier, Verny, et Soulier an^tomiste. Aucun ordre n'avait été donné aux commandants des galères , et ils furent obligés de prendre sur eux. d'accorder lès forçats que la ville réclamait pour l'enlèvement des morts. Enfin, le 12 septembre , le régent nomme le chef d'escadre Langeron^ .commandant de Marseille et de son Aerrifoire. Celui-ci prend pour son lieute-* nant le chevalier de Soissons, officier des galères, dont la prudence égale l'activité. La faculté de disposer du bagne et l'établissement d'un camp à la Chartreuse, donnent à Langeron une autorité dictatoriale. Il force d'abord les fonctionnaires fugitifs à revenir. Tout se régularise, et on agit avec un ensemble inconnu jusqu'alors. Les rues qu'on ne pouvait plus parcourir à pied , tant elles étaient encombrées des dépouilles des maisons et de débris humains, sont déblayées. Avec d'énormes filets, on entraîne en pleine mer* les cadavres d'hommes et d'animaux jetés dans le port, et au bout d'un mois.
lefi causes locales de corruption ont disparu, La po« pulation qui existe encore se ranime; on invoque le ciel avec ardeur; et les échevins font le yœi) da fonder une rente de deux mille livres au profit des pauvres filles orphelines. L'évéque bénit solennellement la ville^ A la fin d'octobre une violente tempête venue du Nord emporte la plus grande partie des miasmes pestilentiels et l'épidémie commence à per-* dre son intensité» • * -* <
Le régent se décide enfin k envoyer à Marseilte vingt» deux mille marcâ d'argent. Cet exemple tardif a des imitateurs; de nombreuses quêtes ordonnées par les évêques obtiennent du succès. Law donne cent mille livres et une soc^té bienfaisante, où figuraient Samuel Bernard et les Paris, fournit trois cent mille livres par moi^> libres 4e tout intérêt pendant le temps que^durerait la contagion. De nombreux con** vois de. denrées sont dirigés vers la Provence par les ordres du gouvernement.. La compassion agissait enfin. Mais de longues semaines avaient passé sans qu'une calamité inouïe eût dominé les préoccupa*tions de la cupidité , et fait diversion à l'entraînement 4u plaisir. Tandis que Paris oubliait ainsi les niisères éloignées, le pape Clément XI, non content de prescrire 4^3 prières publiques dans toutes les églises de Rome, faisait charger de blé trois galères pour secourir les malheureux habitants de Marseille. Une politique infân\e s'efforça vainement de mettre des entrave^ à cet acte de charité du père commun des fidèles. Lafiteau , ministre de France , soupçonna que la générosité du pape avait pour but caché d'accusçr la régence, et de, décréditer Tabbé. Dubois,
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afin d'avoir un prétexte pQur se dispenser de lui donner le chapeau ; Tagent français employa toutes le» ruses de son esprit à retenir, dans les ports d'Italie lee galères frétées par le pape. Ces intrigues furent beu*reusement sans succès. Les galères mirent en mer; une d'elles échoua; les deux autres arrivèrent aprèe avoir été prises par un corsaire barbaresque, qui les relâcha aussitôt qu'il connut leur pieuse destination. Elles déchargèrent leurs eargaisons dans une île dé-* serte vaifi[ine de la c$te*f et cette provision de blé répandit Faboi^dancp dans la portim de la jclasse indigente que la peste avait (épargnée.
Les^randes calamités , en «ébranlant profondément râmCi jettent les hommes dans des voies inaccoutumées» Les un^ dirigent avec ferveur leurs yeux vers le ciel, afin* de trouvée, dans les espérances de l'éternité 9 la résignation aux maux présents, lis font avec calme le sacrifice de leur vie, attendant ce qu'il plaira à la Providence de décider. Chez d'autres , toutes les passions honteuses se développent avec URO effrayante énergie. Cette diversité se montra pendant la peste de Marseille. A côté de sublimes vertus, apparaît un égoïsme féroce dont nous avons déjà signalé les effets. On se sentait mouf ir, .et on voulait charmer les dernières scènes de la vie par une volupté sans frein. On accourait à des festins où la iport s'asseyait avec les convives, et l'orgie, près des tombeaux f hurlait ses joies éphémères. Desfemm.es contractaient des. mariages sur les cendres à peine refroidies de leurs maris, et ces amours d'un jour faisaient bientôt place à de nouvelles amours et à de nouveaux liens. On vit le crime .sans répression
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comme sans remords leyer sa tète hideuse. Empruntant le masquer de la charité , des individus se proposaient pour soigner les malades^ pénétraient dans les maisons, étouffaient ceux qui respiraient encore^ et se retiraient emportant toutes les choses précieuses qu'ils avaient pu découvrir. Quelques herures'passées^ et les voleurs ainsi que les vols gisaient péleméle sur le sol de la rue. Le chef d'escadre Langeron fit faire bonne et prompte justice de ceux d'enttd ces misérables qui survécurent^ et des gibets «ïjpiartoires s'élevèrent idàns plusieurs«quarfiers de la ville.
La peste 9 ayant commencé à diminuer à la fin d'octobre, s'éteignît ensuite graduellement. U n^en restait plus de traces au mois de juin' 1 721 . Soixante^ trois villes , bourgs et villages avaient souffert du fléau , et le nombre des morts e^t évalué à environ quatre-vingt-dix mille. Un fait remarquable arrivé à Marseille prouve que la peste n^est^ que contagieuse et point .épidémique. Les chanoines de Saint-Victor habitaient un couVent entouré de fortes' murailles ; ils en barricadèrent les portes, rompirent' teut rapport avec la ville et pas un ne fut atteint.
Dès le mois de novembre, on s'occupa de désinfecter les maisons et les navires. La population fugitive revint, et le mouvement des affaires amena bientôt de nouveaux habitants pour remplir les vides que la contagion avait faits. La Providence préserva ces hommes admirables qui s'étaient montrés si courageux, et si fidèles à des devoirs délaissés par tant d'autres. On remarque avec douleur que la reconnaissance publique ne s'' éleva pas au niveau des services rendus {far ces grands citoyens. La faiblesse
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qui fuit le danger s'efforce toujours d'amoindrir l'héroïsme qui le brave. Moustier, 'Estelle et Roze ont fini leur vie dans l'obscurité, et on ne voit pas que la gratitude de leurs compatriotes se 8oit manifestée par aucun acte spécial. *La postérité plus juste que les contemporains a transmis leur mémoire à la Vénération de tous les âges. Le gouvernement offrit révèoBé-pairie de Laon , puis un archevêché à l'évèqne. BelzuBce voulut vivre et mourir près dé son trouptiia qull avait soutenu avec un si grand dévouement, au jour de l'affliction. Il vécut encore vingt-cinq années. Un siècle s'est écoufé depuis et son souvenir reste immortel aux yeux des hommes, comme ses vertus aux y eus de l'Etre souverain qui les inspirait.
A la suite de la peste de Marseille , deux phénomènes, l'un physique , l'autre moral, se manifestèrent. Nous les avons vus se renouveler de nos jours, après une calamité non moibs grande , le régime de la terreur. Quand un fléau destructeur a diminué la population, la nature s'efforce de réparer ses pertes, en accordant aux femmes un surcroît de fécondité. De ^^2^ à 1722, le nombre des naissances donne un chiffre double de celui des années antérieures à la maladie.
Lorsque l'âme a été livrée longtemps au tourment de l'inquiétude et de la peur, et que la sécurité est revenue, le plaisir devient un besoin pour effacer les traces profondes des angoisses passées. La douleur de ce qu'on a perdu s'efface dans la satisfaction de se sentir vivre, et une joie fiévreuse s'empare des esprits. Après la cessation complète de la peste les
fêtes et les danses se multiplièrent sans mesure et sans fin à Marseille. 11 en fut de même à Paris en 1795.
La contagion qui dépeupla la Provence suspendit pendant une année toutes les relations commerciales avec les ports de la Méditerranée. Le commerce et Findustrie en souffrirent un grand préjudice qui ne fut pas moindre pour TÉtat. 11 fallut ajourner le re« couvrement de Tirnpôt dsil^s les lieux envahis par la maladie : les droits de douane et les aides y devinrent nuls tant qu'elle subsista.