CHAPITRE. IX
POLITIQUE DE LA RÉGEIiGE JUSQU'a LA PAIX IMPOSÉE , • A PHILIPPE V.
U politique de Richelieu et de Louis XHT est abandonnée. - Deux Ëtats nouveaux prennent place au nombre des puissances européennes , la Prusse et la Russie. — Charles XII , roi de Suède.
— Georges I", les whigs et les torys. — Le prince Eugène. Il gouverne la monarchie autrichienne. Ses victoires sur les Turcs.
— Albéroni. Son caractère et ses projets. — Le baron de Gœrtz dévouera la fortune de Charles XII. — En France, Dubois suboA <}onne la politique de FËtat à ses convenance personnelles. — Philippe Y regrette sa patrie. Inquiétudes du régent à son àujet. — Georges P' gagne Dubois çn lui assurant une pension. — Expédition du Prétendant dens le nord de PËco^se. — Son entreprise n'a pas dç succès. Il revient en France, çt se retire à* Avignon.
— Négociations de Stanhope à Madrid, conduites dans le but de brouiller 1^ France et TEspagne. Elles échouent. — Traité 4e la triple alliance conclu entre la France, TAngleterre et la Hollande. ~ Voyage du czar Pierre à Paris. Il propose une union politique de la France et de la Russie. Cette ouverture eet froidement accueillie. - Intrigues d' Albéroni pour procurer aux infants d'Espagne des souverainetés en Italie. II établit des rapports avec les mécontents de France ; de son côté Pambassadeor du régent y à Madrid, se lie avec les mécontents espagnols. — Mission de Louville. Philyppe V refuse de le recevoir. — Tous les projets d'Albéroni échouent. — La Sardaigne conquise par une armée espagnole. — Albéroni prépare une expédition contre la Sicile. — Menaces de l'Angleterre — Une armée espagnole débarque en Sicile. Destruction de la flotte espagnole par une escadre anglaise. ~ Subsides payés par le gouvernement français à l'Angleterre. — Mouvements en Bretagne excités par l'influence espagnole, — . Quatre gentilshommes bretons sont déca* pités à Nantes. — Conspiration deCeliamare.Eye est découverte. L'ambassadeur espagnol arrêté. Le duc du Maine conduit au château de DoUllens , et la duchesse au château de Dijon. Le
|duc de Richelieu, qui avait promis- de livrer Rayonne au roi d'Ëf-
pagne, est mi^ à la Bastille. — Mort de Charles XII. — Gœrtz décapité. — Guerre contre PEspagi^je. — Le maréchal de Bemvick commande Tarmée française. Elle entre en Navarre. — Les Anglais exigent la destruction des vaisseaux et des munitions navales qui se trx)uvent dans les ports de cette province. — Le maréchal pénètre en Catalogne. — Les Anglais détruisent la marine espagnole dans toutes les parties du monde. — Disg^râce d'Albéroni. Il quitte PEspagne et se retire en Italie.— L^Espagne adhère au traité de la triple alliatice. La paix $ç conclut. — Le roi Georges demande au régent pour Dubois rarchevéché de Cambrai.
 peine Louis XIV a-t-il disparu que la politique dkHenri IV, cellQ de Richelieu continuée et développée pendant un règne de soixante-douze ans, est brusquement abandonnée. Des convenances autres que celles de TÉtat.vont changer entièrement les rap-» ports e:sistant entre les différents peuples^
C'est un grand malhjBur pour une nation que l'intérêt de son chef soit distinct du sien; car le premier prédomine toujours.
La distinction des intérêts du souverain et de celui du pays se rencontrait alors chez plusieurs puissances européennes.
En France le régent se préoccupait avant tout d'affermir assez son pouvoir pour que la couronne lui échût sans' obstacle, si la circonstance éventuelle de la mort du jeune roi survenait.
Georges , électeur de Hanovre et roi de la Grande- Bretagne, qui se sentait mal affermi sur le trône glissant, où on l'avait placé, désirait avec ardeur conserver sa prépondérance en Allemagne, et il eût voulu que toutes les ressources de l'Angleterre tîoncourussent à l'augmenter.
Au midi nous voyons Philippe Y plaçant son honneur à recouvrer les États que le traité d'Utrecht avait enlevés à TEspagne ; les forces de la monarchie seront employées à atteindre ce but.
Souveraine médiocre au milieu d'un€ époque glorieuse , la reine Anne avait dicté à Utrecht ^ en 4 71 3, la paix de TEurope.
Par ce traité, TAngletarre reconnut Philippe V, à condition qu'il renouvelleradt sa renonciation à la couronne de France; mais en même temps elle le dépouilla de tout ce que les rois ses prédécesseurs possédaient en Italie. La Sicile fut donnée au duc de Savoie avec le titre de roi. Le royaume de Naples^ le Milanais, quatre ports dans la Toscane et les Pays-Bas échurent à la maison d'Autriche ; la Hollande n'obtint rien ; /seulement on Tautorisa à mettre comme barrière des garnisons dans les places flamandes situées sur la frontière de France. L'Angleterre garda pour elle-même l'île de Minorque et Gibraltar. Elle obligea. Louis XIV à démolir les fortifications de Dunkerque , à combler le port de cette ville et à lui céder la baie d'Hudson, l'île de Terre- Neuve et l'Acadie.
Un des plus grands maux que rambi4;ion de Louis *XIV et les coalitions qu'elle a excitées aient fait au: monde , a été d'introduire l'Angleterre dans les affaires du continent. Cette puissance apparut avec sa richesse , avec l'énergie de ses résolutions et un orgueil national tellement développé que la vertu, la .justice et même l'humanité furent impuissantes pour balancer chez elle le désir d'accroître la grandeur politique du pays. Elle n'a pas tardé à devenir
prépondérante I et bientôt on Ta vue dominer lee autres peuples.
La maison d'Autriche ne se trouva pas suffisamment favorisée parole traité d'Utrecht j mais les victoires du maréchal de Yîllars la forcèrent d y accéder, en 1714. Toutefois elle refusa de reconndtre Phi-^ lippe V. Si les hostilités discontinuèrent avec ce prince, ce fut parce que l'Angleterre força l'empereur de retirer les troupes qu'il nvait^encore en Catalogne; mais le principe de la guerre ne cessa pas d'exister.
Pendant que les débats relatifis à la succession d'Espagne absorbaient l'attention des cabinets , d'é*tranges événements avaient lieu dans le nord de l'Europe. Deux États naguère inconnus, la Prusse et la Russie, se disposaient à-mettre un nouveau poids dans la balance des destinées humaines ; un troisième , la Suède , s'affaiblissait sous les lauriers cueillis par son chef* '
Tandis que la Prusse préparait en silence sa future grandeur, et que la Russie, jusqu'alors ignorée , sortait de ses déserts comme un géant armé, plein de jeunesse, de force et d'avenir; Charles XII, ce sublime insensé, après avoir sillonné avec ses armées les plaines de la Pologne et celles de la Russie, allait tout perdre àPultaw'a, hors la gloire et Thonneur. Ses provinces, en dehors de la mer Baltique, lui furent successivement enlevées, et il subit le sort ordinaire de ces grands remueurs de peuples dont la destinée brille d'abord commet le soleil et s^ obscurcit dans l'orage. La Russie, le Danemark et même l'électeur de Hanovre s'étaient coa- Usés pour partager ce qui restait au héros. Mais le
redoutable voisinage du (;zarfit naître des inquiétudes chez les confédérés, et une certaine froideur s'établit entre eux. Dès lors un rapprochement de la Russie et de la Suède«cessait de paraître impossible. Charles XII ne consertstit lin vif ressentiment que contre l'électeur de Hanovre 9 devenu roi d* Angleterre ; celni-ci 8*était fait donner en pleine paix, par les ennemis de la Suède /les duchés de Brème et Verden.
Telles étaient les dispositions des principaux souverains au commencement de la- régence.
Avant d'entrer daifs le détail des fourberies qu'on se plâlt à qualifier du nom d'habile politique, il &ut jeter un coup d'œii sur les personnages qui jouèreat un rôle principal dans la courte et intéressante période qui n&us occut>e.
Cinq hommes exercèrent alors une. grande influence sur les événements; le prince Eugène à Vienne, le roi Georges en Angleterre et en Allemagne, Albéroni à Madrid, le comte de Gœrtz en Suède, et l'abbé Dubois à Paris.
Le prince Eugène, au nom de l'empereur Charles YI, gouvernait la monarchie autrichienne, et il déployait^ dans ses rapports avec les autres puissances, ja hauteur et la morgue naturelles à la maison qu'il représentait. Après avoir ébranlé la couronne de France sur la tète de Louis XIV, il dé* fendait avec non moins de succès celle de l'empereur contre les envahissements des Turcs. Ceux-ci ayant déclaré la guerre à la république de Venise, l'empereur prit les armes pour la défendre, et des victoires signalèrent son intervention.
En MAUf la reine Anne mourut, emportant le
regret de ne pouvoir laisser le trône à son frère Jacques lil; le parlement Tavait forcée de sanctionner la réversion de la couronne à la branche hanovrienne, qui descendait d'une fille ^ de Jacques V\ La Qation anglaise était alors divisée en deux puissants plartis; les tprys qpi* applaudissaient à la paix 9 et eussent volontiers souscrit au retour du Prétendant, s'ils en avaient. reçu de suflBsantes garanties pour le maintien de la religion anglicane ; les whigs qui détestaient la maison des StuartSy et ne pardonnaient pas à la mémoire de la reine Anne. d'avoir fait la paix, sans exiger le démembrement de la France. Le roi Georges était trop habile pour ignorer que , danà un pays constitution* nel, il faut régner avec un parti, à l'aide de la force qu'on en retire jet de celle qu'on lui communique. Il n'hésita pas dans le choix^ et se décida ouvertement pour les whigs contre les torys disposés à rappeler le Pi^tendant à cert9.ines conditions. Mais, comme nous l'avons dit, un puissant intérêt, étranger à l'Angleterre, l'occupait, l'agrandissement de ses possessions en Allemagne.
Albéroni, fils d'un jardinier et curé d'un petite paroisse dans le duché de Parme ,. obtint la protec^ tion du duc de Vendôme qui le recommanda à la princesse des Ursins. Il devint ministre de Parme à Madrid, et fut chargé de «égocier le mariage d'Elisabeth Farnèse avec le roi d'Espagne. Le succès de sa mission lui donna un empire absolu sur l'esprit de la reine, et par elle sur celui du roi. Cette princesse avait de la fermeté et.de l'intelligence; il la gouvernait cependant parce qu'il con-
naissait les affaires et qu'elle les ignorait; il ne lui en laissait apercevoir que ce qui* convenait à ses plans. Quant à Philippe V, quoiqu'il possédât le courage du cœur qui rend insensible au danger, il manquait' entièrement de la force ^e Tâme, qui donne de la persévérance aux résolutions, et du ressort à la volonté. Le caractère d'Albéroiii était trop élevé pour qu'il se conteptât du rôle de minisire ou de favor^ ordinaire; il embrassa avec ardeur le -projet de replacer TEspagne au* rang des puissances du premier ordre, et def lui faire fendre les* États italiens que le traité d'Utrecht lui* avait ravis. Pour y parvenir, il fallait -dominer en même temps^ et ses maîtres et l'Espagne entière; et il y réussit. En peu de temps, son administration iira ' l'Espagne de sa langueur, Tordre se rétablit;, les finances devinrent prospères , la iparine fut recréée, l'armée réorganisée, l'ôgriculturfe encouragée, l'industrie développée et soutenue. Albér.oni communiquait sa brûlante acti* vifé'à toutes les parties de ce gi'and corps -engourdi par une longue .inertie. S'il eût consacré exclusivenrent son génie à ces grandes et notables améliorations, l'Espagne serait devenue une monarchie forte au dedans, influente au dehors, et il se fût placé au nombre des, grands ministres dont la postérité qoBserve la mémoire. Peu importait aux Espagnols que leur roi eût dès .sujets en Italie. La grandeur du pays reposait sur lac richesse de son sol, sur ses relértâons avec ses colgnies,* et dépendait surtout de l'énergie sagement excitée de ses hî^bitants.
Albéroni s'étai* proposé Richelieu -pour modèle j comme lui , il voulait abaisser la maison d'Autri- I. 12
che» et à son exemple; il avait fait passer des mains d'un roi faible dans. les siennes , tous les ressorts du gouvernement; mais les intrigues* de cour qui, plusieurs fois avaient compromis Tautorité et la vie de Richelieu, étaient présentes à son esprit, U crut s'en mettre à Tabri , en isolant complètement «es maîtres. Le caractère du roi le servit puissamment dans cette entreprise. Ce prince, timide, triste, hypocondriaque , était affecté de vapeurs qui ressemblaient à la folie. Il ne se complaisait que daua Tintimité du mariage et dans le? pratiqués de la plus minutieuse dévotion. Son bonheur consistait à être seul avec sa iTemme. qui ne le quittait que dans les moments où il s^entretenailr avec son confesseur;; et Albérpm avait su se faire* craindre du confesseur.
Il voulut être* Cardinal, non pour parer sa vanité d'un vain titre » mais pour* augmente^* son crédit par Téclat de cette dignité; elle pouvait d'aillcfurs lui servir de défense contr.e la haine de ses ennemis, si jamais il quittait les affaires; il força le pape à«iui accoï*der le chapeau ^ malgré les .répugnances du pontife et l'influence de rAutriche toute-puissante à Rome.
Amoureux, de la gloire et du malheur, le «baron de Gœrtz s'était dévoué à la fortune de Charles XII. Son caractère était aussi ferme et aussi décidé que celui d'Albéroni. « Jamais ho.mme ne fut si souple et si audacieux à la fois, si plein de ressources dans les disgrâces, si vaste d^n^ 9((s desseins, ni ci actif dans ses démarches; nul projet ne l'effrayait, nul moyen ne lui* coûtait; il .prodiguait Ica dons, les promesses, les sern^ents, la vérité et le menaionge ;
il eût été capable d'ébranler l'Europe , et il en avait conçu ridée. » (Voltaire, Histoire de Chctrles XU.)
En France, le ministre n'employait ses talents qu'au service de sa cupidité et d'une ambition sans mesure ef sans frein. Dubois , homme de rien , crut pouvoir arriver 4 tout. Depuis sa jeunesse , il avait visé au plus haut, sans que ses yeux fussent effrayés du Vide immense qui séparait sa fortune d^ ses pré*tentioïis. Son esprit pénétrant entrevoyait de loin les points favorable^ à. ses intérêts, et il marchait vers eux' avec. une infatigable persévérance, sans 8*étonner ou se troubler. Habile, ferme, hardi et adroit d|ins la juste* mesure de son ambition, il avait sur les autres hommes Tavantage Q'un but fixe dont il D6 s^écartaît jamais; du reste; sans principes, sans honneur, sans foi , tous 1^ moyens lui étaient bons pour le succès. Personne n a déployé rëgoisme humain pur \ine plus vaste échelle; et malheureusement cet égoïsme ne se trouva pas en accord aved le bien de FÉtat. Nous ^vons vu qu'il s'était rendu utile au duc d'Orléans, en favorisant son goût pour la. débauche. Plus tard , le régent trouva en lui , outre la connaissance des affaires, la«ouplesse propre à les CQhduire, et une détermination qu'aucun scrupule n'embarrassait.
Lorsque Dubois eut arraché à la complaisance du duc d'Orléans la promesse d'épouser la fille naturelle de Louis XIV, il osa demander au roi pour prix de ses services, le chapeau de cardinal. Louis XIV lui tourna le .dos sans lui Tépondre. Ainsi, il aspirait dès lors' aux plus hautes dignités de l'Eglise. 1/avénement du duc d'Orléans à la régence , ouvrit devant
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lui la carrière des grandeurs civiles et ecclésiastiques, et il' s'y élança avec Timperturbable assurance d'un homme sûr du suceès. Mais la t)olitique suivie depuis Henri IV était trop familière à tous les hommes d'État , *pour lui fournir les moyens de se rendre nécessaire. 11 "n'hésita pas à bouleverser les relations établies entre -les peuples, et à en créer de nouvelles* sans s'inquiéter si elles étaient honoral)les à son maître et utiles à TÉtaU J II existait beaucoup de froideur entre le régent et la cour de Madrid. A l'époque où «les affaires du petit-fils de Louis XIV paraissaient désespérées, le duc -d'Orléans ayait ambitionné* là couronue d'Espagne. De &on côté, Philippe, accablé d'ennui , presque au sortir de l'enfance, pai* la gravité de sa cour, était livré à un abattement qui lui faisait reporter sans cesse avec amour et regret 'ses regards vers la France. Si le jeune roi» eût* succombé, il n'çût pas hésité à revendiquer \e trône auquel s^ naissance semblait Tappeter: ït -aurait même accepté la régence, à la condition de renoncer au titre de roi en faveur de son fils. La reine, qui haïssait les Espagnols, et que les Espagnols détestaient, partageait les sentiments de son époux; et Albéroni , \dout la vaste ambition ne s'effrayait pas à la pensée de réunir dans sa main l'administration des deux royaumes, favorisait les inclinations de ses maîtres. Ces dispositions de la cour de Madrid n'étaient pas-ignorées du régent, et elles lui inspiraient de l'inquiétude. Dubois lui persuada* qu'une alliance avec les puissances naguère ennemies de la France, deviendrait sa meilleure garantie.
Les craintes qu'inspkaieRt au duc d'Orléans les entreprises tentées contre ça.fégence étaient chimériques , soixante ans de régime absolu avaietit enraciné les haJ)itudes de soumission; et la légèreté des uns, le gcTât effréné du plaisir qui dominait les autres, éloignaient le danger d'une conjuration. On n'organise pas nh complot au milieu de l'orgie. Mais en cas de mort de Louis XV, la chance du duc d'Or-^ léans serait devenue fort incertaine. Philippe V, abandonnant le trône d'Espagne ktxx enfants de son second lit, et revenant comme duc d'Anjou et petitfils de Louis XlV, réclamer son héritage et relever Thanneur du pays, eût trouvé un grand nombre de partisans. Car le principe du droit de réversion de la couronné en ligne directe était encore profondément empreint dans les esprits. Nous citerons à ce sujet quelques paroles repiarquabtes d'une conversation du duc de Saint-Simon avec le Kégent : « Eh bien, que feriez-vous, si le roi diÉspagne entrait en France, désarmé^ et publiait qu'il vient âe livrer à ces mêmes Français qui l'^nt mis et qui l'ont maintenu sur le trône? — -Je ne sais quelle en pourrait être la révolution ; mais je vous confesse , Monsieur, que moi, qui suis à vous dès l'enfance, et qui savez à quel ppint j'y suis; qui ai tout à attendre de vous, et quoi que ce soit de nul autre, je vous confasse , dis-je, que si les choses Venaient à ce point , je prendrais congé de vous avec lanmes-, j'irais trouver le roi d'Espagne, et je le tiendrais pour le dépositaire légitime de l'autorité. >j * . ^ ^
Dans un mémoire que le maréchal de Villars remit au régent, il lui développa le moyen' le plus
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efficace de s'affermir. « Vous ne pouvez avoir de concurrent à la succestiop du .royaume de France^ que le roi d'Espagne, par la proximité du sang. Ce prince veut s'agrandir en Italie , aidez-le ; plu9 tous contribuerez à son agrandissement, moins il* sera tenté de vous troubler dans vos prétentions* à la cou* ronne, et s'il avait cette tentation., il verrait toute l'Europe s'élever contre un prince que vous auriez rendu trop formidable en étendant sa puissance*. «. Suivons les vues que la gloire de* la nation et la proximité du sang vous inspirent, jplutôt que celles qui', à la fin, vous mènerout à.fairè la guerre au roi d'Espagne. ».
On ne tint aucun compte de. ces sages avid. La finesse de l'intrigant T.emporta sur .la noble franchisé du guerrier. Dubois venait de recevoir du roi d'Angleterre une pension de huit cent mille livres >^ ce prix, il était advenu son serviteur. GeorgeS'.désirait vivement une alliance* avec la France, afin de tror^ vailler , libre de toute crainte de la part du Préten* dant , à l'affermissement de sa dynastie en Angle* terre, et à Taugmentation de sa puissance en Alle^ magne. Pour remplir ce dernier but et conserve]^ les duchés de Brème et Verdun, il lui fallait rester en bonne intelligence avec la cour de yieniie..E]i brouillant la France et l'Espagne , il satisfaisait F Au? triche , et cependant imposait à cette puissance pair son union avec le régent.
Louis XIV vivait' encore , quand Stair, dans la prévoyance de la régence prochaine du duc d'Orléans, s'aboucha avec lui, et allant droit au but» il lui avait dit : (c Georges est un usurpateur .aux yeujc
des Stuarts et de leurs àraid ;* si le jeune Dauphin succombe , ainsi que sa faible santé \e fait croire , vous passerez pour usurpateur auprès de la branche espagnole et^e ses partisans ; vos positions seront alors semblables : unissez-vous donc pour vous prêter un mutuel appui. Lq duc id'0i4éarïsi\' avait point été insensible à ce langage» Aussitôt la régence recon-* nue^ St2[ir proposa derédiger un traité de garantie des successions des royaumes de France et d'Angleterre; mais tout rapprocheiïient entre les detix nations fut ajourné pendant la première année par une entreprise à.laqttelle le duc d'Orléans ne put mettre obstack.
Après le traité d'Utrecht, le Prétendant s'était retiré dans les États du duc de Lorraine. Cependant ses amis n'avaient poiat abandonné^ sa cause ^ et le roi la favorisait* secrètement. Les violences exercées contre 4es tprys au commencement du règne de Georges I", ayant excité de graves mécontentements en Angleterre et en Ecosse, les espérances des Jaeobites se ranimèrent. Ils étaient en armes dans le nord de rÉcosse, sous les ordres du comte de Mar, et déjà il&avaient obtenu quelques succès, lorsque Louis Xi V mourut» Tout était disposé pour le départ de Charles- Edouard qui devait aller rejoindre les insurgés, et un bâtiment l'attendait au Havre. Le duc d'Orléans, au début dune administration nouvelle, entouré d'hommes d'État qui conservaient avec respect les traditions du grand règne , ùe se crut pas assez aflfermi pour contredire le conseil et s'opposer au départ du prince. Celui-ci .traversa- donc la France en dépit des réelalnations de Stair, et du
guet-apens que Tambassàdeur anglais avait organisé
sur la route pour le faire enlever ou assassiner \
Charles-Edouard trouva ses affaires désespérées et ne parut en Ecosse quepour assist^Bfàla dispersion de ses partisans. Vers la fin de février 1716, ildébarqua sur les côtes de France. Le due de Lorraine lui ayant refusé un nouvel asile dans ^es États y. il se cacha quelque temps aux environs de ParisV puis se retira sedrètemen^ à Avignoti qui appartenait au pape.' Les whigs et Georges souillèrent leiir victoire par de nombreuses exécutions.
Cette expédition avait donné* lieu dans le parlement d'Angleterre aux plus violentes^ déclamatioiis contre la France. Stair présenta au régent umnémoire écrit d'un style hautain; il réclamait l'interdiction du terrrtoirje au Prétendant , ainsi qu'à tous les réfugiés anglais, et la punition des officiers français qui l'avaiept accompagné. Le régent, conseillé par Dubois , se hâta de protester de sa non coopération , et 'il répondit que le chevalier de S^iint- Georges (c'est le nom qu'avait pris le Prétendant) et les ré-^ fugiés anglais ne seraient pas soufferts en France ; il ajouta que l'ordre était donné d'exclure d« l'arn^ée les officiers qui l'avaient suivi. Stair obtint en "outre.
* Slair avait envoyé sur ta roule de Dreux à VerneujU un Écossais réfugié , nommé Douglas, avec trois hommes sous ses ordres, pour attendre ]e Prétendant a l&on passage. La maîtresse de poste de Nonancourt devina leur criminelle intention,' éloigna les uns et enivra les autres. Le prince arrive; elle le fait cacher çt livre à la justice les exécuteurs du complot tramé contre lui. Stair n^hésita pas h les réclamer, et le régent eut assez peu de pudeur pour les soustraire à l'action delà >ustice ;il Us lut rendit.
comme réparation, la défease anx Français de faire le commerce dans la mer du Sud.
Néanmoins r une alliance entre les deux pays aurait alors'ohoqué vivement'les Anglalsi Poui^ la leur faire agréer, il fallait que le tr^^té à intervenir humiliât la. France et relevât les Pyrénées que Louis XIV avait abaissées. Çeorges négocia avec uue habileté peu conunune. Un des Slanhope futr envoyé à Madrid pour sonder les dis'positions de la cour d'Espagne. A défaut de la^France , le roi d'Angleterre se fût allié volontiers à Philippe V» Ce qui importait aux Anglais, 'était de brouiller les deux branches de la maison dé Bourbon^ Stanhope, qui connaissait l'éloignemcMt de Philippe et d'Albéroni pour le duc d'Orléans, se montra disposé à abandonner ce prince. 11 alla même jusqu'à faire espérer Tintervention de l'Angleterre en favjeur de Philippe, en cas de vacance du trône. .Mais comme toutes les propositions de Stanhope se sésumaient à reconnaître la neutralité de l'Italie ,' Albéroni, qui voulait y porter la guerre,' se refusa à un traité d'alliance et de garantie ayant une pareille ba^e. L^ambassadeur conclut un traité de commerce très-fàvoK|,ble à la Grande-Bretagne. Mais , en cela encore les deux ministres se jouaient. Stanhope avait sollicité ces avantages pour en user au détriment de TEspagne , et Albéroni les accordait dans la persu€tsion que les Anglais , aûn de ne pas compromeltre les intérêts de leur commerce, ne s'opposeraient, à aucun de ses projets.
Pendant que ces choses se passaient en Espagne , Stair faisait sonner bien haut, à Paris, le mécontentement -des whigs au sujet des prétendus secours
donnés a\;i.-pHnce Edouard. L'envoyé britannique avait séduit Dubois en satisfaisant sa cupidité^ et plusieurs des amis du régent par ses flatteries; ainsi^ les paroles qui parvenaient aux oreilles de*ce prince tendaient toutes à le. confirmer dans la'peosée que ralliance anglaise contiendrait ses ennemis > et qu'il fallait à to^pt prix l'obtenir. ' .
Dubois avait accompagné" jadis le duc d'Orléans en Espagne. Des rapports bienveillants s'étaient établis entre lui et Stanhope qui y commandait un corps de troupes anglaises. Ce dernier était devenu ministre de Georges P% et Dubois essaya de renouer leurs anciennes relations* Une correspondance -fut ouverte entre eux ^ D'^lin autre côté^ le marquis de Châteauneufy an^bassadeur de* France à la Haye^ eut ordre d'entamer une négociation par Kentremise de la Hollande. Cette. nation avait grand besoin de la paix pour* réparer les pertes que. son acharnement dans la guerre « de la succession lui avait fait éprouver. Mais elle se trouvait dominée par l'Angleterre qui s'était bien gardée, dans les stipulations du traité d'Utrecht, d'augmenter sa puissante. De plus, ses capitalistes avaient des sommes énormes .engagées à Londres. Il était donc visible que les né^ cessités de sa position rendraient sa médiation d'autant plus partiale en faveur de l'Angleterre, ^ue les États généraux n'avaient rien à oraindre*ou à espérer du gouvernement français.
Sur ces entrefaites, on apprend que- le roi Georges va visiter son électorat et que Stanhope «'arrêtera quelques jours à la Haye. Aussitôt il est* convenu entre le régent et Dubois^ que celui «^ci se
rendra dans cette ville ^ sous prétexte d'acheter des livres et de réclamer des tableaux, mais dans le fait pour s'aboucher avec Stanhope. Afin de donner plus d'importance à «on. envoyé , le régent le décora du titre da-conseiller d'État..
Dubois vit Stanhope en secret; et alla continuer à Hanovre Ik.négocisCtion qu'il avait ébauchée à la Haye. Ces deux hommes y déployèrent dé part et d'autre un prodigieux esprit : Dubois , pouc persuader à l'Anglais de vouloir ce que celui-ci désirait ardemment 5 Stanhope, pour dissimuler ce désir et fçiire croire que l'alliance était une .généreuse concession qu'on devait acheter. Dans certte lutte , la France ne pouvait mahquer d'être sacrifiée, car le ministre de Georges stiptilait les intérêts de son pays, et'Dubors he travaillait que pour ceux du duc d'Orléan-s et pour les siens propres. On convint d'abord que. le Prétendant serait contraint de se retirer au delà des Alpes. Cet éloignement devenait nécessaire pour satisfaire le parti whig. Louis XIV avait fait creuser le canal de Mardick qui remplaçait à certains égards le port de Dunkerque. La sécurité de l'Angleterre exigeait qu'on n'éludât. pas ainsi le traité d'Utrecht et que le canal fût comblé. Enfin , la France garantissait la succession de la couronne d'Angleterre dans la ligne protestante. « Je crois, dit Stanhope, qu'à cette triple condition, vous pourrez effacer les idées défavorables qui préoccupent l'esprit de mon maître. »
Dubois courut à Paris soumettre au régent ces exigences de TAnglais. Il emportait pour lui-même l'assurance de la protection du roi Georges qu'il
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mérita toujours par son servile dévouement à l'Angleterre.
Le régent approuva tout. Il restait une difficulté de forme. Georges prétendait prendre, dans le protocole du traité, le titre de roi d'Angle^prre çtde France, et ne laisser à Louis XV que celui d,eRoi Très -Chrétien; le régent souscrivit en^cora à cet opprobre. Enûn, le 28 novembre 1716, la honte fut consommée par la signature que Dubois apposa au traité dit de. la triple alliance, résultat .digne d'un pareil négociateur. La Hollande y accéda le 4 janvier suivant. Lp, France promettait non-seulement de ne pas souiîpir sur son territoire le Prétenda.nt, mais encore elle s'engageait à le forcer de'quitter Avignon. Georges ne voulut ratifier .le traité qu'après l'exécution de CQtte clause. Le régent obéit, et Charles- Edouard se retira à Rome. Un commissaire anglais vint surveiller Içi destruction du canal .de Mardick. La France affranchit les Hollandais de- l'impôt jde quatre sous pour livre à l'importation de leurs marchandises, et leur gouvernement reçut le titre de Hautes Puissances. Le traité d'Utrecht fut confirmé , et on convint d'un subside réciproque, en cas de guerre. La cour des Tuileries garantit la succession de la couronné d'Angleterre dans la ligne protestante. En conséquence de cette stipulation , Sa Majesté, le roi d'Angleterre et de France et leurs Hautes Puissances voulurent bien aussi garantir la régence au duc d'Orléans, et, conformément au traité d'Utrecht, la possession éventuelle du pouvoir royal à sa branche. C'était le point important qu'on avait hâte d'obtenir et auquel on sacrifiait honneur et patrie..
Cet abandon prodigieux des intérêts de la France étonne d'autant plus, que le duc d'Orléans n'eut jamais un désir passionné de devenir roi. Le renversement de la politique de Louis XIV s'opérait en faveur d'un événement que ses* soins assidus, pour son reyal pupille, tendirent constamment à éloigner. Lorsque le régent communiqua au conseil des affaires étrangères le traité de' la triple alliance, le maréchal d'UxeHes , président de ce conseil , refusa de le signer, mais feajrésistance né fut pas de longue durée. On» le menaça d'une rév/)cation et il céda. Cette faiblesse ne lui fut guère secourable. On ose beaucoup contre les hommes d'un caractère débile. Ils sont sacrifiés sans pitié comme des instruments de .peu d'utilité. Bientôt après les conseils furient supprimés, ainsi que nous l'avons vu précédemment. Dubois reçut le titre de» ministre* des affaires étrangères, et fut chargé de diriger la nouvell-e politique qu'il.avait -créée *. •
Le czar Pierre' le Grand vint peu de temps après à Paris. Nous ne parlerons pas de sa réception , de la grâce qu'on déploya pour lui plaire , de ses caresses envers le jeune roi, et des habitudes de cet homnie eitraordinaire. Ces détails se trouvent partout. Mais ndus ne saurions passer sous silence le
* Dubois répondit à un ministre anglais , qui le félicitait de sa nomination : « Si je n'étais retenu par le respect , j'écrirais à Sa Majesté Britannique porur la remercier de la place dont monseigneur le régent m'a honoré. » Quelques jours après, il mandait à Stanhope : < Je yous dois jusqu>à «la place que j'occupe dont je souhaite avec passion faire usage seloh votre cœur, c'est-à-dire pour le service de Sa Majesté Britannique dont* les intérêts me seront toujours sacrés. »
désir qu'il manifesta d'une liaison intime avec la Franca» Une allianc;a entre les deux couronnes était le principal motif de son voyage. Voici les propositions que ses ministres avaient transmises à Tarn* iMMsadeur français à la Haye, par le canal du roi de Prusse, et qu'ils renouvelèrent au maréciial de Tessé, attaché à sa personne, pendant son séjour à Paris.. ' .
« Une amitié, réciproque eiiti^e les deux nations, et une alliance. * • • * •
« Il sera fait un traité défensif , par lequel le czar et le Toi de Prusse garantiront à la France les traités de Baden et d'Utrccht^ et la France, de son côté, garantira les conquêtes que.le czara faites sur la Suède , laquelle né sera point assistée d'argent ou de troupes ni directement ni indirectement. »
Les ministres du czar observèrent avec raison que la garantie des conquêtes de leur -maître sur la Suède n'était que nominale, puisque la France n'apurait jamais aucun point de contact aVec les provinces qui. bordaient k Baltique. La question des subsides était plus difficile. Le roi s'était obligé par d'anciens traités à les solder exactement, et ces traités avaient été renouvelés le 3 avril 1715. Mais le temps où Gustave-Adolphe venait en aide à fticheliëu était déjà bien éloigné. Le czar nous disait : « Je vaux mieux pour vous que la Suède que j'ai vaincue. Versez dans mes mains l'or que vous perdez dans les siennes. Je tiendrai ses engagements , et je vous apporte de plus l'alliaucedè la Prusse et de la Pologne. » Le marqchal de Tessé reçut l'ordre de traîner, la négociation en longueur et de ne faite que des ré-
ponses dilatoires. On craigDait surtout de porter ombrage à TAngleterre* Dans une instruction se-* crête transmise au maréchal, on trouve ce qui suit :
li M. le maréchal de Tés€é aura remarqué que son Altesse Royale ne veut absolument prendre aveerlt czar àuQune liaison qui puisse être contraire en qa^ que. manière quç ce soit à celles qui ont été prises par le traité (T alliance avec V/4ngleierr^ et la Hollande ^ ni donner aucun juste iujet d'ombrage à ces- deux puis* sances. Elle veut donc que ce qui pourra être négocié avec le ezar soit toujours subordonné à cette vue, et que M. le maréchal ^e Tessé se renferme dans les expressions d'un simple traité d'amitié et de bonne correspondance. »
Le czarv dégoûté par la froideur avec laquelle on recevait ses proppsitions , quitts^la France sans rien conclura, et Ton manqua Toccasion d'une union intime du nord'et du midi qui eût contenu Vambition de TAutriche .et restreint les pretentigns orgueilleuses de 1 Angleterre.
II. fout retourner un peu en arrière pour nous occu](tor des- combinaisons politiques d'Albéroni; Elles embrassent l'Europe entière. 11 remuera, s'il le faut, le monde pour doter la couronne d'Espagne de quek ques petites provinces en Italie. Son génie, plus vaste que sensé , compte pour peu les obstacles ; et il croit tout surmonter par son inébranlable persévérance. Des alliances contre la maison d'Autriche sont provoquées, et si les princes refusent de l'écouter, on excitera chez eux des révoltes. La France lui dénie son concours, et un complot est oi^anifié contre lo régent. Ses efforts pour s'unir
192 HISTOIRE PHILOSOPHIQUi:
à l'Angleterre seront impuissants ; Georges tombera ^ et Jacques III prendra sa place. Albéroni flatte les passions chevaleresques et aventureuses de Charles XII; il attise le mécontentement du czar •outre l'électeur de Hanovre. Le baron de Gœrtz seconde ses desseins et s'efforce d'opérçr un rapprochement entre les deux héros du nord. Charles a fait et défait des rois ; il a perdu à cette sanglante partie la moitié de ses États; n'importe*, il a encore une armée. Elle pourra être employée à renverser un trône, à en élever un autre. Pierre fournira* les vaisseaux, Charles les troupes, et -ce foudre de guerre ira frappjer la couronne usurpée de Georges, que ce rude coup brisera à ses pieds. En Italie, on éveillera la cupidité du duc de .Savoie, roîde Sicile, par la promesse duJVîfilanais. Le pape sera contenu par la crainte d'un schisme. Les petits princes italiens opprimés par l'Autriche formeront une confédération sous la protection de l'Espagne. Le Turc sera excité à continuer la guerre, et on réveillera les troubles de Hongrie. Cependant une armée espagnole débarquera en Italie, sans que les autres souverains, occupés ehez eux, "puissent s'y opposer ; et cette armée n'aura qu'à se monfrer poù!» y opérer un sorulèvement général . au profit * du roi d'Espagne.
Ce plan gigantesque échoua daUs toutes ses parties.
La plus grande faute d'Albéroni et la plus irréparable, parce qu'elle fat le principe des échecs qu'il essuya, se reconnaît dans la publicité quil permit de donner à la haine de Philippe V contre le
régent. 11 laissa imprudemment percer la prétention conservée par son maître de succéder à la couronne, et même d'obtenir la régence. Le duc d'Orléans en conçut un ressentiment que les procédés du minime espagnol aigrirent de plus en plus. La chute de l'un ou de l'autre devait en être la conséquence. Dès le commencement *de 1716, le duc *de Saint- Âignon, ambassadeur dé France à*]Madcidy reçut l'ordre de se lier avec les. mécontents, et de fomenter le dépit que les réformes opérées par Albéroni leur ^causaient; il devait aussi pratiquer le père Daubenton , jçsuite français , confesseur du roi , et tâcher de le faire entrer daus les mêmes voies".
Non content des intrigues prescrites à l'ambassadeur, le duc^ d'Orléans fit partir pCmr- Madrid, au mois de juillet 1716, le marquis de Louville, qui fut reyêtu du caractère d'envoyé -extraordinaire. Celui-ci, pendant un assez long séjour en Espagne, avait obtenu les bonnes grâces du roi; ainsi on devait croire qu^ sa présence- lui serait agréable. Il était porteur d'une instruction écrite de -la main dû régent, qui lui ordonnait de voir le plus souvent possible le roi en particulier. Louville devait s'efiforeer de lui faire sentir la nécessité d'une liaison intime avec le gouvernement français pour l'avantage réciproque des deux nations^ et de le dégoûter des Italiens dont il était entouré. L'envoyé français se rapprochera des mécontents, organisera leur résistance et la dirigera. Il feindra un grand dévouement «pour Albéroni, afin* de le commettre avec le cardinal del Giudice, qui conservait encore le titre de premier ministre. Dans la même instruction, on I. 13
m HISTOIRE PHILCMBOPIIIQUE
proscrivait a Louville de rendre suspect à Albéroni le oonfeaseHf et ees amis, et en même temps d'atli^er la jalousie ^U'Albéroni inspirait à Daoben^ ton» afin que ee dernier agît oontre lui^ et que ces deux* hommes se détruitissent réciproquem^t- Cependant il travaillera à faire ôter la direction de la consoienoe royale à DaubTenton et aux jésuites en général 9 pour In rendre aux dominicains. Enfin ^ il proposera au roi detraiter avec Tempereur sous la médiation du régent. Pour avoir le temps de monter toutes ces machines > Louville s'annoncera comme charge de négociei^ un traité de cominerce.
Il arriva incognito à. Madrid. 8a mission n!aVait point été communiquée au conseil Âe régence, et le maréchal d'Uxelle^i blessé.Me ce secret^ fit avertir i^lbéroni. Lo^nvillci- à peine descendu de voiture^ rççut une défende de paraître à la cour^ et peu de jours après, Tordre 4e sortir d'Espagne. Il déploya alors son caractère d'envoyé extraordinaire; n^ais ce litre qui le couvrait d'une sorte d'inviolabilité ne put cependant lui obtenir ni d'être présenté au roit ni de l'approcher en particulier,, ou mêjme en public. Le régent lassé le rappela au mois de sep^ tembre suivant. Alors ce prince ^se décida » écrire une lettre particulière et confidentielle, au roi d'Ea* pagne ; elle fut remise par un jésuite au père Omibentoui qui devait la présenter au roii mais le confesseur qui craignait plus le ministre qu'il n'aimait le régent, porli^ la lettre à Albéroni. La reine et lui s'entendirent sur la nature de la réponse à faire. Philippe Y manda sèchement au duc d'Or-* léans j que ce qui s'était passé à Tégi^rd de Louville»
atflit été fait par son ordre, et que les lettres qu'on lui adresserait devaient être remises à son ambas^* sadeur; il finissait par Téloge d'AlbéronL
Celui'Kïi négociait partout a la fois. L'Angleterre et h Franco éludaient ses propositions. L'Autriche agÎMait eomtrerlui; la Hollande le berçait de belles paroles, mais était décidée à la neutralité. Le roi de Sicile, à* qui il offrait le Milanais en échange de cette tte, semblait l'écouter favorablement; mais défiant et cauteleux, il- traitait en même temps avec Tempeineyr dont il demandait la fille en mariage pour îon fils, sa proposant en définitive de s# ranger du côté du plus fort. Les petits princes ita« liens, étourdis de ce grand mouvemeirt. diplomatique venant de Madrid, attendaient avee an^i^iété, et redoutaient plu» l>mpêreur qn'iU n'espéraieQl de TEspagne. Le pape leur donnait l'exemple de la résistance aux exigences d'Albéroni. €e dernier comptait sur les embarras que la guerre des Turcs causerait à la cour de Vienne* Les victoires du prinee Eugène avaient simplifié la question , et uD armistice était sur le point de se conclure. En Hongrie, il ne se manifestait aucun mouvement. Dans le nord , les efforts du baron de Gœrlz pour rapprocher les- cours de Suède et de Russie, et les eon fédérer contre Georges, en faveur du Prétendant, n^avaient encore servi qu'à obtenir des Jacohites un subside pour son mattre. Le cabinet de Londres averti de ces manœuvres par le duc d'Orléans que ses espions avaient prévenu, fit niettre à la tour Gyllembourg, ambassadeur de Suède, et obtint des Hollandais d'arrêter le baron de Gœrtz, qui se trou**
vait à la Haye sans aucun titre diplomatique apparent.
On devait croire qu'Àlbéroni frappé de rinutilité de Timmense travail diplomatique qu'il avait entrepris, ajournerait ses projets à uac époque plus favorable. Son invincible obstination y encouragée par le désir passionné que la reine éprouvait d'assurer des États en Italie aux enfants de son lit, Fentraîna à persévérer. A Londres et à Paris, les ambassadeurs d'Espagne reçurent Tordre , l'un de se lier avec les Jacobites, l'autre/ d'entrer. en rapport avec les mécontent^ de France, et spécialement avec la duchesse du Maine et sa cour. Les préparatifs de guerre furent continués avec une telle acvité que les autres nations qui, après de si longues agitations aspiraient au jepos., en conçurent de justes alarmés. Georges et le régent avaient besoin pour s'affermir, que la paix de TEurope ne fût pas troublée ; mais le premier, chef d'un gouvernement libre, ne pouvait établir avec solidité sa dynastie qu'en persuadant à son peuple qu'il s'occupera , avant toute chose , dçs intérêts de l'Angleterre , tandis que le duc d'Orléans, maître absolu , ne sera arrêté par aucun obstacle lors mêtne qu'il sacrifiera ceux de la France aux siens. L'un puisait sa* force dans l'assentiment d'un peuple satisfait, l'autre ne l'emprunte qu'à son propre égoïsme. Le premier devait donc constamment dominer le second, et c'est ce que les événements démontrèrent.
La grande difficulté à surmonter était d'obtenir l'accession de l'Espagne et de TAutriche au traité de la Haye. Le régent souhaitait l'adhésion de FEs-
pagne qui eût constaté Tabandon définitif des pré^ tentions de Philippe V au trône de France. Georges voulait celle de Tempereup avec lequel il avait conchi le 25 mars 1716 un traité de garantie mutuelle des possessions qui leur étaient dévolues en vertu des stipulations de Bade et d'Utrecht» De plus il lui- importait de* conserver ùtie liaison intime avec ce prince ,. afin de contenir le czar et le roi de Suède qui manifestaient des dispositions hostiles à son égard.
Le duc d'Orléans agit fratichement dans ses efforts auprès de la cour de Madrid ; il l'instruisit des progrès de la négociation eïitàmée de concert avec rAngleterre , en l'engageant à s'y joindre. Philippe V repoussa cette ouverture* avec mépris-, en disant que le traité d'Utrecht n'avait pas besoin de nouvelles garanties. Cependant par les. soins d'Albéroni une flotte îibmbreuse se réunit sous le prétexte d'aller au secours des chrétiens contre les Turcs. Huit niille hommes y furent embarqués , et on apprit bientôt avec surprise qu'elle avait abordé, le 22 août^ à l'île. dé Sardaigne que le traité d'Utrecht concédait à rAu triche. Cette île fut conquise en six semaines. L'Espagne publia up manifeste pour justifier la reprise des hostilités.; elle y accusait le gouvernement autrichien de violer lui-même les conditions du traité 9 en fomentant l'esprit de révolte dans la Catalogne , et elle lui reprochait comme une insulte à là nation espagnole Tarrestation de Molinez , grand inquisiteur, qui, en revenant de Rome, traversait le Milanais.
L'entreprise de l'Espagne sur la Sardaigne excita
m HISTOIRE PHILOSOPHIQUE
d'autant plus ti Veinent la sollicitude dè8 cabmtto > que le cardinal multipliait ses préparatifs d% guerre et semblait se préparer à xme expédition plusimpor^ tante encore. L'Angleterre et li^ France se décidèrMt i se porter médiatrices entre l'Autriche «t rEspagns. I^ régent enToya Dnbois à Londresé Peuten*iedtr y représenta rAulrlcht. Ces deux plénipotentiaires s'abouchèrent ^.vec les ministres anglais pour rédif^ ger une convention qui dbnn&t à.eerlains égards sa^ tisfaction à l'Espagne , sans que l'empereur eût à se plaindre qu'on saccifiât ses ihtérôts. Quatre àrtioles préliminaires furent .d'abord arrêtés. L'empereur abandonnait ses prétention^ sur* l'Espagne et les Indes 9 et Philippe V celles qu'il conservait sur les Payâ«*BaB^ le royaume de Naples et la Sicile» Les re« nOnoiations de la paisou d'Espagne au trône de France et dès princes français à la couronne d'Es^ pagne étaient f enonveléesà La Sicile passait «ous la domination de l'empereur^ et le duo de Savoie re*^ oevait en échange la Sardaigne; enfin .le duohé dé Parme et la Toscane érigés en fiefs impériaux écherraient après la mort de leur possesseur aun enfants de la reine d'Espagne» Jusqu'à ce moment la garde en serait confiée à des garnisons suisses. Enfin si TEspagne refusait d'accéder à ces propoei^ tionS dans un délai déterminé , les armes des alliés devaient Vy contraindre.
Le colonel Guillaunie Staahope , cousin du. tnirnistre , fut envoyé à Madrid , avec la miBsion de ffiire agréer ces conditions à la cour d'Espagne. On donna ordre au duc de Saint- Aignan de le seconder. Le roi et la reine parurent un moment ébranlés par lasfiu-
fttJttÊONE'M: LOUIS XV. m
rknèll de la Bucce«aioii' des duchés de Parme et de TddCAilê ftux etifatits dii second lit. Mais la clause de rëô«tt|il^ ces États à titre de fiefs impériaux et en vertu d'une investiture accordée par l'empereur leur parut offensante 9 et d'ailleurs ils se sentaient blessés de 1a Contrainte \lont on les menaçait. Albéroni répondit par des dénmndes hautaines y et confînua avec plus d'ardeur que jamais ses préparatifs.
L'Angleterre, qui comptait peu sûr ^adhésion de Vhilippe V, arma de son côté une flotte de vingt-deux ^^râisseaux de ligne. En insérait dans le traité des ^côndttionli humiliantes pdur l'Espagne, elle avait ^agi dans Ip. prévoyance que le cabinet de Madrid :»i'y souscrirait pas ; son refus* la plaçait dans Tobli- ^gation d'intervenir à main armée coiùnie garante de ^a neutralité de l'Italie, et elle «e. croyait assurée ^l'entraîner le gouvernement français à la guerre; ^Ue brouillerait donc les deux États, détruirait la ^fcoarine d'Espagne au moment où elle commençait ^ devenir redoutable, et ferait redescendre la puis- TBancé eépagnolûftu second rang; alors, les liens de iaittiUequi ne pouvaient manquer de se renouer plus ' tard , deviendraient sàtts importance pour la France. Albéroni persévérait dads le projet d'expulser entièrement les Aiitrichiens de l'Italie. Toutes ses an^ éienneB illilsions s'affermissaient dans son imagination. La Hollande avait mis en liberté le comte de Gœrtz , qui travaillait de nouveau à rompre la coalition du nord et à réunir Charles XÏI et le czar dans les liens d'une haine commune contre Georges : d'ailleurs Tanimadversion de ce dernier ne semblait pas à craindre. Les intérêts commerciaux que le
cardinal avait su créer en Espagne , en faveur de l'Angleterre et de la Hollande, devaient éloigner de Tesprit de ces puissancesUoute idée de rupture; autrement y la mésintelligence chaque jour croissante entre le roi Georges et son fils ^ et les prétentions de Jacques III , pouvaient amener des trou* blés qui absorberaient Tattention des Anglais. A Paris y le prince deCellamare, ambassadeur de Philippe y, pratiquait tous les ûiécontents. On se flattait d'obtenir la déchéance du régent, de Tenlever et de le conduire prisonnier en Espagne. Le mouvement de la cs^pitale serait soutenu par Finsurrection des provinces de Poitou , d'Anjou et de Bretagne; ou avait, en. effet, ourdi dans les doux premières, quelques intrigues qui avortèrent avant d'avoir porté leurs fruits. Il n'en était pas de même en Bretagne , où l'irritation produite par la conduite du maréchal de Montesquiou et les sévérités du gouvernement, se montrait encore vivace. .
Malgré le profond secret dont s'enveloppait Albéroni, ses projets sur la Sicile et le royaume de Naples commençaient à être soupçonnés. Le régent envoya à Madrid 9 comme ambassadeur extraordinaire , le marquis de Nancré, pour seconder les efforts de Stanhope, et il dirigea un corps d'observation du côté des Pyrénées. L'Anglais ne dissimula pas au cardinal que son gouvernement recourrait à la force
' Georges croyait que le prince deGtlles n^était pas son fils et il le traitait avec dureté. N'étant encore qu'électeur de Hanovre , il avait fait jeter dans un four chaud Pâmant de sa f^mme , et le prince de Galles ne lui pardonnait pas d'avoir ainsi déshonoré sa mère.
des armes pour réprimer toute entreprise contre ritalie; néanmoins , la flotte espagnole mit en mer; elle portait trente-trois mille hommes commandés par le marquis de Leyde. Cette armée débarqua au commeneement de juin, près de .Palerme, dont elle entreprit aussitôt le ' siège. Le due de Savoie , s'abusant dans sa propre finesse, qui lui faisait suivre à la fois deux négociations opposées, n^avait pris aucune mesure pour la défense de l'île. Elle eût été conquise aussi rapidement que laSardaîgne, si le marquis de Leyde avait eu plus de résolution et d'activité.
A la nouvelle de ces hostilités) toutes les indécisions réelles ou apparentes de la politique cédèrent devant l'intérêt du momient. L'escadre anglaise appareilla le 13 juin. Le 2 juillet l'empereur signa, à Passarov^it2 , un traité de paix avec la Turquie , et l-armée impériale se dirigea immédiatement vers l'Italie. Le 2 août suivant, l'Autriche accéda aU traité de Londres.
L'amiral Byng , avant de passer le détroit de Gibraltar , communiqua à Albéroni les ordres de son gouvernement. Le cardinal lui fit répondre qu'il pouvait les exécuter comme il l'entendrait. Se croyaitil sûr de la victoire? Non content de lui avoir fait donner cet avertissement , le ministre Stanhope voulut aller conférer personnellement avec lui. Il ne lui dissimula pas que la flotte anglaise attaquerait celle d'Espagne 9 si cette puissance persistait dans ses projets d'invasion. « Si cela arrive, dit le cardinal , il n'y aura pas un pied de terre en Espagne sur lequel je puisse répondre de la sûreté de votre
personne. » Stanhope^ après avoir rédigé une note menaçantei s'empressa de partir. Aux yeux des Aa-*glais, lambassadeur parut avoir épuisé tous Itt moyens de conciliation , et il rejeta ainsi sur Albé^ roui seul Todieux d'une rupture nuisible au eom** merce de TAngleterre.
Les premières opérations de Tamiral Byng furent de transporter des troupes autrichiennes.du royaume de Naples en Sicile. Les amiraux esp^aols s'endormaient dans une fausse sécurité» Byng, après avoir cherché à les tromper par diverses manœuvres , les rencontre le 11 août. Leur position était dé^avanta* geuse* L'Anglais les attaque immédiatement ^ et la flotte est détruite.
Cette nouvelle causa en Fram^e de la tristesse* Dubois seul témoigna une joie insultante* Suivant lui^ le cas était arrivé de fournir les subsides stipulés par le. traité de la Haye ^ et le régent commença a les payer; ainsi s'expliquent les créations occultes de billets de banque et l'écoulement de l'argent de France en Angleterre. « 11 n'était question alors , dit Saint^imon , que de subsides de la France à l'Angleterre, se déclarant contre l'Espagne conjoint, tementavec l'empereur, et ces subsides devaient être
secrets Je lui fis remarquer avec détail (au
régent ) , que l'Angleterre et l'empereur ne pouvaient être que de faux amis, et encore de moments^ parce que ces deux puissances avaient et auraient toujours des intérdts directement contraires à la France. En^ suite, je lui fis sentir la grossièreté du piège qu'on lui tendait ; que des subsides secrets* étaient un en*gagement qui l'entraînerait à la rupture, qu'il était
honteui: it nuisible à la France de payer les ennemis de la France pour lui faire la guerre ; que l'intérêt) le but, les vues dô Tentraîner à la rupture étaient trop grands et trop évidents pour qu'il dût espérer que Tempereur et T Angleterre ne trahissent pas le prétendu secret des subsides qu'il donnerait, et qu'il.devait compter qu'eux*mèmes auraient grand Boin de faire revenir en Espagne qu'il leur en fournissait* »
La prédiction s'accomplit bientôt. Albéroni ne tarda pas à avoir cfonnaissânce des subsides payés par la France, et il b' affermit dans la résolution de SB BoMrir des mécontents pour renverser Tautorité du duc d^Orléans. C'est une vengeance déloyale de csheroher à exciter des troubles chez une nation ^Yale# On honore-cette politique du nom d'habileté; ^^oaais elle produit de profonds et durables ressenticlients qui amènent de cruelles représailles. Albéroni ^le justifiait de ses intrigues contre le régent par «celles que le di^c de Saint<-Aignan et Louville avaient ^surdies en Espagne. La destruction de sa flotte ne l'avait point abattu. )1 sévit contre le commerce anglais, et en même temps ^ il prépara une nouvelle expédition maritime. Celle-ci n'irait pas conquérir des royaumes > on la destinait à semer la discorde et à provoquer des révoltes* Le Prétendant fut invité à se rendre de Home à Madrid. Une division de la flottô devait le transporter en Ecosse avec des troupes de débarquement^ tandis qu'une autre division pa^ raîtrait/sur les côtes de Bretagne pour y développer Tinsurrection.
Depuis quelque temps les gentilshommes bre-
tons cherchaient à s'unir^ dans la vue d'affermir les privilèges de la province lésés lors de Taffaîre du don gratuit^ et aussi afin de prévenir le retour des violences exercées contre quelques-uns d'entre eux. Ce pays de poésie agreste reconnaissait encore dans les femmes le don de l'inspiration qui jadis leur assura un si grand empire sur l^s peuples druidiques. Deux dames 9 les châtelaines de Kaukoën et de Bonamour devinrent Tâme du complot. Elles excitaient Ténergie des uns ; les craintes et la paresse des autres étaient combattues par elles* Une vaste fédération s'établit; tous les gentilshommes devaient y prendre part. On colportait de château en château l'acte fédératif 9 qui se couvrait de signatures. Bientôt se présentent des chefs à qui , par un consentement tacite , on accorde obéissance. Des rassemblements se forment daus les bruyères et au milieu des forêts ; un costume et des mots d'ordre sont convenus; tout s'organise, et on se prépare comme on l'a fait de nos jours à ce soulèvement de toute une province où l'insurrection agit partout , sans qu'on la rencontre nulle part. Mais il se trouva des traîtres. La Bretagne a conservé avec horreur le nom d'une dame d'Égoulas, qui, unie en apparence aux châtelaines de Kaukoën et de Bonamour, révélait tout au régent* Le maréchal de Montesquiou prit des mesures efficaces pour empêcher les réunions et dissoudre les rassemblements. Alors les nobles bretons recoururent au roi d'Espagne qu'ils regardaient comme le régent légitime de la France. Âlbéront' ne pouvait manquer de les accueillir avec empressement. Une correspondance s ouvrit entre la Bretagne
et la cour de Madrid^ et s'entretint au moyen de quelques nobles bretons qui passaient incesss^mment de France en Espagne. Le duc de Saint-Âignan en prévint le conseil de régence^ et la Surveillance du maréchal redoubla.- Nous verrons bientôt quelles furent les conséquences funestes de cette tentative de la noblesse bretonne pour assurer son indépendance.
Mais le mécontetitement^ la révolte même d'une province ne pouvaient avoir assez de puissance pour ébranler le gouvernement. Il aurait fallu que le mouvement parti de la capitale vînt donnei* la. vie et Faction à Topposition préparée ailleurs. C'est ainsi qu'avait agi la Fronde; mais les temps n'étaient plus les mêmes. Â l'époque de la minorité de Louis XIV, les âmes conservaient encore quelque chose de la vigueur de la Ligue. Le règne austère de Louis Xlll n'avait pas amolli les courages, et le cardinal de Richelieu comprima cette énergie sans la détruire. Si les mœurs n'étaient paa pures, elles gardaient au moins de la dignité et une certaine grandeur. On conspirait pour plaire à la feipme qu'on aimait; on n'allait point chercher ses inspirations dans les tavernes et dans les mauvais lieux. La galanterie peut quelquefois exalter le cœur. La débauche et l'orgie l'abaissent et l'avilissent toujours. De plus , ainsi que nous l'avons remarqué déjà , la noblesse possédait encore une influence que Louis XIV lui ôja depuis. La Fronde avait livré des batailles; l'opposition à la régence du duc d'Orléans ne nous montra que les petites intrigues de gens s'abusant eux-mêmes dans l'espoir de tromper les autres.
Ce n'est pas une étude oiseuse qiie de comparer
3Ûé HISTOIRE PHlLOSOraïQUR
loB trois grandes époques de la Ligue > de la Fronde
et de la régence du duc d'Orléans.
Au temps de la Ligue ^ la civilisation gavait point encore adouci les mœurs dures des siècles préoé*« dents* Ces mœurs sont susceptibles d'enthousiasme, et surtout d'enthousiasme religieux. L'Qmbition dea seigneurs de la Ligue prit pour auxiliaire cette foi pour laquelle on meurt, et dont le malheur ne lasse pas la constance.
La Fronde, faute d^un but élevé, resta dans les minces proportions des intérêts privés. Celui de la religion lui manqua : la gloire seule de ses cheffll la soutint; car en France la gloire est aussi uq prestige. Déjà la gravité des anciennes mœurs avait disparu ; on conspirait en riant, on se battait gaiement | une guerre civile qui se résout en chansons a peu d« portée.
Sous la régence ) la religion et la gloire se trouvaient hors de cause. La inanité et J'égoïsme qni eomplotent n'excitent que peu de aèle et jamais de dévouement. Ils ne sauraient s'appuyer que sur la corruption qui les accueille pour s'en jouer et lea trahir. Il existait des mécontents sans doute; maia où était la force morale chez ces hommes fatiguéi par les malheurs des dernières guerres, et tout oe-^ eupés a les oublier dans les plaisirs ou dans les eaU culs d'une abjecte cupidité? Cette force se retrouva seulement, mais impuissante, dans les âpres bruyèrea de l'Armorique.
* Le prince de Cellamare était trop éclairé pour ne pas apprécier la différence des temps; mais il avait besoin de faire oublier à Albâroni, à force de com-
DU RÈGNE DE LOUIS XV. Wï
plaisaneasy qu'il était le neveu du cardinal del Giudice, son ennemi. Il se décida à flatter ses désirs par de chétives intrigues^ dont il lai faisait espérer de grands résultats. La duchesse dtr Maine était irritée jusqu'à la clémence de la chute des légitimés^ et, dans son aveugle colère , elle ne rêvait qu'aux moyens de renverser le'régent; Cellamare s'unit avec elle. Dana ces menées, parait en première ligne le comte de Laval , homnie de grande maison , actifs mécontent, atrabilaire; il avait* atcepté du régent une pension, et néanmoins il restait son ennemi. Il se persuada que la noblesse était encore irritée des prétentions énoncées par les ducs d'ans l'affaire des légitimé», et il se vanta de faire soulever, à l'aide de ce grief, le Poitou et les provinces environnantes. On voit ensuite un marquis de Pompadour, ancien diplomate, qui conspirait (disait-il, par respect pour la mémoire de Louis XIV et par amour pour ses enfants). On le chargea des affaires étrangères de la eabale; un M. de Malézieu, homme de lettres attaché à la maison du Maine , compositeur des comédies qu'on jouait sur le théâtre de Sceaux, rédigeait , de concert avec un intrigant nommé Tabbé Brigaud, les pièces qu'on voulait envoyer en Espagne. Le cardinal de Polignaç , commensal de la maison , bel esprit, académicien, contribuait à l'œuvre, en mettant en bon français le travail des deux autres. Puis Tenaient deux valets de chambre qu'on déguisait quelquefois en princes, pour les différents emplois qu'on leur confiait. Tels étaient les éléments de cette misérable machination qu'on a décorée du nom pompeux de conspiration de Cellamare.
La duchesse du Maine s'était attachée un Liégeois, nommé le baron Wolof , homme consommé en fourberies. Ce baron partit pour le Piémont , Fltalie et l'Espagne; s'annonçant près des souverains comme son envoyé. Il s'aboucha avec un ministre de Tempereur, puis avec le roi de Sicile , qui resta impénétrable pour'lui. Enfin y il ^e rendit eh Espagne, avec la mission de faire . envisager au gouvernement espagnol le danger d'adhérer au traité de la quadruple alliance. Il alla si loin, et il engagea tellement la princesse , que celle-ci se crut obligée de s'adresser à l'ambassadeur d'Espagne pour le désavouer. C'est de ce moment que commencèrent les rapports de la duchesse du Maine et de ce ministre. Elle le& entretint avec précaution et en secret. Us se rencontraient en grand mystère à l'Arsenal. La duchesse s'y rendait dans une voiture sans armoiries ni domestiques; le comte de Laval lui servait de cocher. Là, on discutait les plans; les aides en conspiration étaient admis. Chacun apportait Theureuse petite nouvelle qu'il avait rêvée, et le lendemain Cellamare en réjouissait le cardinal Âibéroni.
Une conjuration se (ïivise en' écrits et en actes : ici les écrits sont nombreux et les actes nuls. On imagina, d'abord, pour mettre le publie en goût d'une nouvelle Fronde, de publier les Mémoires du cardi-nal de Retz. La duchesse du Maine aurait pris avec bonheur le rôle de la Grande Mademoiselle, mais son mari eût fort gauchement singé le duc de Beau* fort. Il ne se sentait pas d'étoffe à faire un roi ^es halles. Turenne et le grand Condé n'étaient plus là ;
les maréchaux qui leur avaient succédé^ vieillissant sous le harnais^ boudaient un peu, mais n^entendaient pas se prêter à une révolte. Après cette publication parurent des pamphlets contre le régent^ qu'on ingiprimait en Hollande avec l'argent d'Albéxonî. Enfin, on projeta de faire écrire le roi d'Espagne liliT-méme. Les compositeurs de Paris rédigèrent une lettre à Louis XV , une autre à tous les parlements ^ un manifeste aux États généraux et une :2*equèt6 de ces États à Sa Majesté Catholique. Le :snonarque copia de sa main les deux lettres à Louis XV ^t au parlement, et il signa le manifeste. Albéroni les envoya à Cellamare pour en faire usage quand le :snoment serait venu.
Dans sa lettre au roi , Philippe V se plaignait du traité de la quadruple alliance^ et demand^ait la convocation des États généraux.
« On épuise votre clergé, votre noblesse et votre peuple pour payer des contingents qui n'ont pour but que ma ruine et la vôtre : et des traités qui , par leur seule importance, ne devraient jamais être conclus pendant une minorité, sans avoir consulté la nation, c'iBSt*à-dire les États généraux, ou du moins les parlements, se proposent au conseil de votre régence, comme une chose toute faite, sans donner même le loisir à la délibération.
« Je n'éïitre point dans les détails des conséquences funestes de la quadruple alliance, et de l'injustice criante qu'on prétend exercer contre moi; je me renferme à prier instamment Votre Majesté de convoquer incessamment les États généraux de votre royaume pour délibérer sur une affaire de si grande I. 14
210 HISTOIRE PHILOSOPHIQUB
conséquence Je tous prie^ Monsieur mon oher
frère et neveu , que vous répondiez au plus tôt à la proposition que je vous fais, puisque rassemblée que je vous demande préviendra les malheureux engagements où nous pourrions tomber «par la suite p et que les forces d'Espagne ne seront employées ()u'à soutenir la grandeur de la France et à humilier sea ennemis. »
La lettre au parbment contenait les mêmes plain-" tes, et réclamait son intervention pour obtenir que les États généraux fussent assemblés /Dans le mani* feste, le duc d'Orléans était grossièrement attaqué ^ et o^ s'efforçait d'y propager les craintes qu'une défiance calomnieuse inspirait sûr la vie du jeune roi. « En effet, comment pouvoir souffrir plus longtemps des traités où l'honneur de la France et les intérêts du roi son pupille sont sacrifiés, quoique faits au nom de ce jeune prince, dans Tunique but de lui succéder; et surtout après avoir répandu dans Je public des écrits infâmes qui annoncent sa mort prochaine , et qui tâchent d'insinuer dans les esprits la force des renonciations , au-dessus des lois fondamentales. Un procédé si contraire à ce que toutes lea lois divines et humaines exigent d'un oncle, d'un tuteur et d'un régent, aurait dû seul exciter notreindignation par Tintérêt que nous prenons tant au bien de la nation française qu'a la 'con^orration du roi notre très-cher neveu, n
Enfin , le projet de requête dea États généraux au roi d £j4)agne> l'engage à venir prendre possession de la régence , et loi promet Tadhé^ sion de 1 armée dont tous les officiers, disent les
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auteurs de la requête, s'émpreBseroDt d'aller le rejoindre.
On touchait dans cette dernière pièce le point fondamental de la difficulté i car, la force seule pouvait contmindre le régent à convoquer des -Ëtats généraux y dont la première opération serait c3e lui ôter là régence pour l'ofifrir à Philippe V. C]lellamare ne dissimule pas qu'il n'y a point de soulèvement a espérer sans Tappui d'une armée es-f agnole ; mais une partie des troupes de Philippe ^st en Sicile^ et il va avoir t, -combattre- Tempereur ^t le duc de Savoie ; 11 faut donc, écrit Albéroni, tem^ ]poriser jusqu'à l'année suivante « avec le secours ^^e la plus fine dissimulation )> En effet, le com<- I^lot ne trouvait d'écho nulle part. Le comte de ïlAval échouait complètement dans l'entreprise de ^^:*éveiller la querelle de la noblesse et des ducs. La fermentation de la noblesse bretonne n'avait pas ^lle*mème la portée qu'on lui supposait. On disait ^ Cellamare qu'au premier signal vingt-deux colonels se réuniraient avec leurs régiments à l'armée d'Espagne, et le duc de Richelieu, jeune fat de "vingt-deux aàs, qui ne connaissait que la politique des ruelles, et conspirait pour se donner de l'importance «ux* yeux des femmes, fut le seul qui s'engagea; encore a^ait-il été poussé à cette démarche par un Italien nommé Marini^ qui exerçait en même tempB Tespionnage pour le compte d'Albéroni et du régent; Le due de Richelieu fut désavoué par tous les officiers de son régiment. A la vérité le premier président de Mesme promettait le soutien du parlement I irrité, disait*il, des mesures despo*
tiques de la régence ; mais d^ toute sa compagnie il était le seul initié. On le savait d'ailleurs constamment dévoué au plus offrant.
On fut donc réduit^ pour présentes quelque chose, à dresser la liste de trente officiers plus ou moins obscurs^ qui demandaient du service à TEspagne, où ils comptaient obtenir de ravancement. Ces migrations étaient assez fréquentes depuis que la maison de France occupait le trône d'Espagne. Le comité de la duchesse dii Maine transformâmes officiers en conspirateurs audacieux, prêts à, tout entreprendre cQutrer le duc d'Orléads et pour le service de Philippe Y; la plupart d'entre eux ignoraient même qu'il y eût un complota
La destruction de la flotte espagnole répandit la consternation et l'épouvante parnii les minces conspirateurs du château de Sceaux. On s'enveloppa de plus en plus de précautions et de mystères. L'agence générale, du complot fut confiée à une femme de chambre de la duchesse du Maine , mademoiselle de Launay , célèbre depuis par ses Mémoires y sous le nom de madame de Staal. Albéroni, poussé à bout et obligé de faire jouer à la fois tous les ressorts de sa politique y pressa l'exécution des magnifiques promesses dont on le berçait. Cellamare qui touchait au fond des choses, était si pénétré du vide de ces promesses que dans sa correspondance avec le cardinal, il négligeait les précautions les plus ordinaires. 11 ne chiffrait pas ses dépèches , et il confiait le soin de copier les pièces qu'il voulait expédier à Madrid, à un employé de la bibliothèque du roi, nommé Buvat. Cet homme s'alarma des choses
qu'on lui faisait écrire, et alla en rendre compte à l'abbé Dubois. Celui-ci lui prescrivit de continuer, mais en. lui apportant exactement l'analyse des pièces qu'il copierait. Dubois laissa marcher le cçmplot qu'il eût pu dès lors arrêter; il voulait avoir une conspiration d'une apparence .dangereuse à présenter au conseil et au public. Il savait qu'une entreprise de ce genre, lorsqu'elle avorte, affermit le pouvoir qu'elle voulait ébranler.
Au commencenlent de décembre 1718, l'abbér Yorto Carrero et le comte de Monteleone, fils de Xambassadeur d'Espagne à Londres, partaient pour Madrid. Céllampre leur remit les documents qu'il ^^oulait envoyer à Albéroni. Ces pièces furent placées dans un double fond de leur chaise de poste. IDubois, averti, envoie à leur poursuite un officier 3)orteur d'un ordre du roi pour saisir leurs papiers. <Ielui-ci les atteint à Poitiers , remplit sa commis-^ «ion, et leur permet ensuite de continuer leur route. Toutefois, l'abbé Porto Carrero a le temps de dépêcher un courrier à Cellamare. L'ambassadeur, au lieu de faire disparaître sur-le-champ les preuves de la conspiration qui existaient dans ses mains, va porter plainte à Dubois de la saisie de ses dépêches. Uest arrêté chez le ministre , reconduit à son hôtel par Duboi& et par Lé Blanc, secrétaire d'État de la guerre, qui visite ses papiers avec lapins minutieuse exactitude;* Dubois s'en empare, et laisse Cellamare sous la garde d'une compagnie de mousquetaires. On trouva chez lui, en original, les in- 8tractions qu'il avait apportées, et qui lui enjoignaient de s'opposer aux prétentions du duc
d'Orléans à la régence ^ la correspondance sécréta et autographe entre lui et Albéroni, les lettres pour Louis XV et pour les parlements tracées de la main de Philippe V, des notes s^r les projets de la duchesse du Maine ^ et enfin les divers mémoires signés par les Français qui demandaient du service. Les agents du! complot furent immédiatement emprisonnés; et avec eux beaucoup d'autres personnes. La Bastille, Vincennes et la Conciergerie se remplirent. Le gouvernement profita de la circonstance pour enfermer les individus dont il était mécontent ou dont il se défiait. En multipliant ainsi les mesure^ de rigueur y on frappait les esprits de l'étendue ' du danger auquel l'État échappait, et on les préparait à une déclaration de guerre à l'Espagne' exigée par les Anglais. Dubois obtenait un plein succès.
Le prince de Cellamare écrivit à tous -les ambas-^ sadeurs pour les engager à réclamer contre la violation du droit des gens commise sur sa personne. Dubois, de son côté, rédigea une circulaire où il leur expliquait les motifs de la conduite suivie par la régence daw cette affaire. Le duc d'Orléans ptH blia les deux lettres de Philippe Y au roi et au parlement. Aucun des ministres étrangers n'embrassa la cause de l'ambassadeur , et Topinion publique se prononça généralement contre Cellamare et ses com«^ plices. Il fut conduit à Blois, et 11 obtint la permission de rentrer en Espagne quand le -duc de Saint* Aignan fut revenu en Franôe.
Tandis que ces choses se passaient à Paris, Albé^ roni, dans un billet qui fut saisi par le marécheA de Berv^idk) commandant en Guyenne^ mandaiivà CA-
lamare : « Mettez le feu aux mines. » Mais les mines n'étaient chargées que d'inutiles papiers remplis d'illusions et de mensonges. Le duc de Saint-Aignan jouait à Madrid le même rôle qui avait si mal réussi à .Cellamare en France; Âlbéroni qui le savait, mais qui n'.avait pas besoin du fracas d'une conspiration, se borna à lui intimer Tordre de quitter Madrid et l'Espagne. « J'ai renvoyé ce baladin , écrivait- il 9 lorsque ses extravagances ont eu suffisamment amusé Madrid et servi de -supplément au carnaval. » Quand il apprit les événements de Paris, il fit courir après le duc, pour le retenir prisonnier; mais celui-ci s'était déguisé et traversa les Pyrénées par des chemins détournés.
L^inquiétude était grande au château de Sceaux. On redoutait les aveux des personnes emprisonnées. Eu effet, l'abbé Bk^igaud dévoila toutes les circonstances du complot. On obtint aussi des renseignements du marquis de Pompadour. Le régent 86 décida à faire arrêter le duc et la duchesse du Haine (29 décembre 1718). Mais quel serait le lieu de leur détention? On craignait le voisinage de Paris ^ et Tintérét que la vue de leur infortune y exciterait. On choisit pour le duo du Maine la citadelle de DouUens. Quant à la duchesse, le régent conçut Tadroite combinaison de lui donner pour geôlier soa neveu, le duo de Bourbon. D'une part, on la croirait bien coupable, puisque sa propre famille consentait -à sa puaition ; de l'autre, on avilirait le duc et on lui ôterait cette puissance de l'opinion qui un joUr peut-être en eût fait un rival dangereux, Âprèa quelques difficultés de forme, M. le du6
consentit à une mesure qui flattait la haine qu'il nourrissait contre sa tante ^ Cette princesse fut conduite au château de Dijon. M. le duc était gouverneur de la Bourgogne , et le eommclndement du château de Dijon, lui appartenait. Les enfants du duc du Maine furent relégués au château d'Eu; on exila le cardinal de Polignac à son abbaye d'Âmbin, et Richelieu fut mis à la Bastille*.
Le duc du Maine supporta «a disgrâce avec résignation. La duchesse éclata en imprécations, plus encore contre son neveil que contre le duc d'Orléans,
Il restait à décider le parti que Ton prendrait à regard des coupables. Dubois , le garde des sceaux d'Argenson, et Le Blanc, leur faisaient subir successivement de longs interrogatoires, sans arriver à d^autre découverte qu'à celle de cette intrigue sans portée , ourdie entre le château de Sctsàux et l'ambassadeur espagnol. La conjuration s'arrêtait à la tentative de soumettre aux États généraux les griefs qu'on articulait contre le gouvernement du régent. Mais un appel aux États généraux n'était point un acte criminel; et de plus, rien n'avait été préparé pour contraindre le gouvernement à les convoquer. Le duc de Saint-Simon pressait le régent d'agir avec sévérité. Sa haine ne pouvait être satisfaite que par la perte complète du duc et de la duchesse du Maine. Le régent répondait : « Qu'on me donne des preuves et j'y consens. » La rigueur n'était ni dans son cœur ni dans sa politique : il lui suffisait
* La cause de celte haine était un procès entre la duchesse du Maine et la maison de Condé pour le partage de la succession du dernier prince de Condé.
de brouiller sans retour la maison de Gondé et les légitimés; cette division assurait son autorité dans TaTenir. Un seul homme pouvait justement être accusé de haute trahison^ le duc de Richelieu, qui avait promis par écrit de livrer la ville de Bayoane aux Espagnols* Mais toutes les femmes prenaient parti pour lui , et cette confédération d'un nouveau genre le sauva. Le^premier président de Mesme qui se sentait coupable ^ demanda une audience au régent : à peine en sa présence , il se confondit en protestations de dévouement à sa personne. Le régent^ sans l|ii répondre, lui montra la lettre qu'il avait écrite au roi d'Espagne pour lui garantir le concours du parlement^ lui tourna le dos et rentra dans son appartement. De Mesme se crut perdu. Le duc d'Orléans, indigné de sa fausseté, voulait le faire arrêter. On lui fit sentir que cette âme avilie serait désormais toute à sa disposition. De Mesme conserva sa liberté > et resta à la tète du parlement de Paris.
Les personnes emprisonnées furent successivement relâchées. Le duc du Maine obtint d'abord la permission de chasser auprès de DouUens, et bientôt après celle de, quitter cette citadelle. Il protestait de son innocence, et -en effet, s'il eut connaissance des manœuvres de sa femme, il n'y participa que par son silence, et ne leur accorda aucune approbation apparente. Celle-ci, au bout de trois mois, se plaignit que le séjour- du château de Dijon détruisait sa santé. On la transféra à Châlons , puis à Savigny , jolie maison de campagne située en Bourgogne. Enfin, elle fut rendue à la liberté, après avoir écrit
trois lettres au régent ^ rédigées en toute humilité , et dont Tune contenait Faveu détaillé des intrigues qu'elle avait dirigées 6a encouragées. On exigea une pareille confession des autres détenus ^ a^ant de leur ouvrir les portes de leur prison. Le due du Maine passa plusieurs mois sans «consentir à voir la duchesse ^ tant il était irrité des tribulations que ses passions violentes et .inconsidérées lui avaient occasionnées. La clémence du régent lut acquit beau* coup d'honneur aux yeux du peuple; on ignorait que les preuves manquaient entièrement contre les accusés, et que les punitions n^àuraient pas été*ju9tifiées par des faits qui pussent les autoriser. 'Une poursuite judiciaire eût démontré le peu d'impor** tance de la conjuration, et le gouvernement de la régence n'aurait pas obtenu cet accroissement d'au<* torité qu elle lui donna et qu'il a conservé depuis.
Dubois f à l'aide de l'indignation excitée par la conspiration de Cellamare , instrument élastique dans ses mains , parvint, au commencement de 1 71 9, à faire déclarer la guerre à l'Espagne. Le' maréchal de Berwick accepta le commandement d'une armée de quarante mille hommes , qui marchait contre la seule puissance favorable à Jacques lU, dont il était le frère naturel. Le maréchal avait puissamment contribué à l'affermissement de -Philippe Y, qui l'avait comblé de faveurs; son fils même était au service de ce prince. Néanmoins, il se décida à le combattre, tant était profond le sentiment d'obéissance imprimé par Louis XIV dans Fàme de ses serviteurs.
Le régent s'efforça de justifier son agression par un manifeste. Fontenelle y qui avait le malheur
de s'être mis aux ordres de Tabbé Dubois ^ fut chargé Ae la rédaction de cette pièce, œuvre froide et faible qui manquait d'inspiration.
Le 11 décembre 1718, la Suède fut délivrée de Charles XII , tué d^un coup de feu , dans la tranchée de Frederickshall. Sa sœur Ulrique-Éléonore lui succéda; elle fit arrêter le baron de Gœrtz, plénipotentiaire de Suède pour traiter de la paix avec la Russie. Gœrtz avait amassé *sur sa tête des haines furieuses, en faisant avec le cuivre de Suède une opération analogue à celle qu'avait exécutée Law en France, avec du papier. Il avait donné à une monnaie de convention fabriquée en cuivre une valeur idéale avec laquelle le gouvernement payait ses approvisionnements de guerre. Le sénat de Stockholm le condamna à mort. Gœrtz marcha*au supplice avec pompe dans une voiture à six chevaux , paré de tous ses ordres et entouré des gens de sa maison. Arrivé sur Téchafaud, il se fit déshabiller par ses valets de chambre , et livra ensuite intrépidement sa tête au fer du bourreau.
Tous les plans d'Albéroni échouaient. Il venait de perdre le roi de Suède , sur lequel il fondait tant d'espérances. Son courage néanmoins ne faiblit point. La fortune , pensa-t-il , lui redeviendrait .favorable s'il parvenait à relever celle du Prétendant en Ecosse et à rallier une partie de l'armée française aux drapeaux de Philippe V.
Le Prétendit s'embarqua le 1 1 février , pour se rendre en' Espagne; au commencement de mars, une flotte préparée à Cadix et à la Corogne reçut cinq mille hommes de débarquement , commandés par le
duc d'Ormond. Malgré le secret soigneusement gardé» Georges se tenait prêt à les recevoir. Le régent avait assemblé des troupes sur les rivages de la Normandie. Un contingent hollandais et autrichien bordait les côtes des Pays-Bas. Âûx termes du traité de la quadruple alliance 9 ces troupes devaient , en cas d'agression ^ être conduites en Angleterre au secours du roi Georges. Mais la flotte montée par le duc d'Ormond fut assaillie par une horrible tempête près du cap Finisterre et en partie détruite. Deux bâtiments seuls arrivèrent en Ecosse; les hommes qu'ils portaient débarquèrent 9 prirent un fort, mais ne tardèrent pas à être faits prisonniers , et on les promena honteusement d^ns les villes d'Angleterre. Le duc d'Ormond, après avoir radoubé ses vaisseaux, parut sur les côtes de Bretagne pour favoriser le soulèvement de la province. Il les trouva garnies de troupes, et ses opérations se bornèrent à recevoir à son bord les nobles compromis dans les mouvements qui avaient eu lieu précédemment. Tous n'eurent pas le bonheur d'échapper à la vengeance du gouvernement du régent; quatre furent arrêtés et conduits dans les prisons de Nantes. On se garda bien de les livrer à la justice légale qui aurait tenu compte de leur simplicité, de leur ignorance et des motifs d'irritation qu'on leur avait suscités. Une commission spéciale fut établie à Nantes pour condamner ces gentilshommes et d'autres qu'on espérait découvrir. Le tribunal de mort sgrriva escorté de deux bourreaux. Ces quatre gentilshommes furent exécutés aux flambeaux, le 26 mars 1720, et la commission en condamna seize autres à mort par
contumace. Il est dangereux pour le pouvoir lui-même de faire usage de commissions judiciaires. Ces tribunaux improvisés semblent destinés, non à juger, mais à immoler les prévenus traduits devant eux. Les peuples prennent alors une fausse notion de la justice qui ne leur paraît instituée que pour sacrifier le faible aux passions haineuses des hommes qui gouvernent; puis il arrive que les partis s'emparent de ce redoutable moyen de vengeance. Le régent donna donc un cruel et dangereux exemple. Les supplices après les troubles civils ressemblent au massacre de^ prisonniers de guerre qu'un vainqueur impitoyable sacrifie à sa colère. Il est difficile de justifier la rigueur du régent envers les nobles bretons. La paix était faite alors, la régence se voyait triomphante et affermie. Mais on voulait abattre pour longtemps Ténergie de caractère qui s'était montrée dans cette province. Ailleurs on abaissait les âmes à l'aide des plus honteuses passions; là, ne pouvant corrompre, on élevait l'échafaud.
La duchesse du Maine était restée étrangère aux mouvements de la Bretagne. Trois gentilshommes bretons lui avaient été présentés, mais elle les accueillit froidemient. Il n'en était pas de même de TEspagne dont les émissaires soufflèrent le feu de la révolte; et on rapporte que Philippe V versa des larmes en apprenant la catastrophe de Nantes. Quel-, que tempo après' la mort des quatre Bretons % une amnistie fut accordée. Vingt-six gentilshommes s'en
* Les quatre genUlshommes exécutés étaient MM. de Guet de Pont-Gallet , de Mont-Louis, Lemoyne, dit le chevalier de Talhouet, et du Goëdic.
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brouYèrettt exceptéài et demeurèrent eu Espagne^
entretenus par la libéralité, du roi.
Je ne finirai pas ce qui a rapport aux troubles îçh térieurs 9 s^ns rappeler un événement bisarf e,fii«nyét à la Martinique dans les derniers mois de 1747« Mgr colons 5 fatigués du despotisme du gouverneur et d,#' Fin tendant, s'emparèrent de leurs- personnes »lefii embarquèrent sur un vaisseau qui fit voile immé^; diatement pour la France. Ils élurent un autre gouverneur et un nouvel intendant; et ce qu'il y eut de plus extraordinaire dans cette affaire , c'est que la cour confirma le choix des colons.
La campagne commença à la fin de mars 171-9^ sous les ordres du duc de Berwick^ mais en effets sous la direction du cplonel §tanhope..Le régent avait nommé le prince de Conti commandant gô^ néral de la cavalerie; il ne rejoignit Tannée qu'au mois de juin. On vit alors, ce qui n'était jamais arrivé, un prince marchandant l'honneur de commander à des Français. Pour décider le prince de Conti à partir, il fallut lui donner cent mille écus, payer ses frais de poste , et lui allouer soixante mille livres par mois pour sa table. Il voulait sana doute être indemnisé de ce qu'il eût gagné à la rue Quincampoix.
Les Anglais exigèrent que les premières opéra* tiens fussent dirigées contre la marine espagnole. Un lieutenant général français s'empara du port de Passage où se trouvaient, six vaisseaux de. ligne sur le chantier, et la plus grande partie des munitions navales de l'Espagne; tout fut enlevé ou livré aux flammes. Un autre officier surprit la ville de Çentena
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et y brûla trois yaisseaux. Les Anglais en prirent six au port de Vigo, et leur flotte détruisit dans les Indes ceux que TEspagne y entretenait. On ne vit paraître nulle part la flotte française; elle avait été anéantie pendant la guerre de la succession , et T Angleterre ne permettait pas au régent de la rétablir.
A Paris , ces déplorables succès excitèrent un sentiment de douleur qui suspendit un instant les préoccupations du système. Le jeune roi lui-même en parut affecté.
Le maréchal de Berwick mit le siège devant Saint- Sébastien et Fontarabie. Albéroni et Philippe V nourrissaient .toujours Tespoir de nombreuses défections parmi les troupes, mais la fidélité au drapeau est un article de foi pour Foi&cier français, D ailleurs , le régent eut soin de répandre beaucoup dargent dans les divers corps destinés à faire la campagne. Le roi d'Espagne se décida à se mettre lui-même à la tête de son armée. Il annonça cette résolution par une déclaration en date du 27 avril, à laquelle son gouvernement donna une grande publicité. Dans cette pièce , il traitait le duc d'Orléans de prétendu régent, et proclamant que la régence était son droitv il sommait, en vertu de ce droit, les régiments français de venir le rejoindre. Des grades et des récompenses- attendaient les militaires qui obéiraient à cette înjonotion. Le régent lui opposa une éclatante manifestation. 11 déféra aux parlements la déclaration du roi d^Ëspagne qui fut flétrie unanimement par leurs arrêts. Dans cette circonstance , le parlement de Bretagne se prononça comme les autres cours» Le régent fit écrire au maréchal de
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Berwick, une lettre de la main du roi, qu'on publia également, et où ce jeune prince disait : « La guerre que je suis obligé de porter en Espagne n'a pour objet ni son roi qui m'est uni de si près par les liens du sang, ni la nation espagnole que la France a si constamment secourue de son sang et de ses trésors pour lui conserver son roi; mais seulement un gouvernement étranger qui opprime la nation p qui abuse de la confiance du souverain , et qui n'a pour but que le renouvellement d'une guerre gêné-*
raie C'est au seul ministre d'Espagne, ennemi du
repos de l'Europe, que j'impute les résistances du roi catholique à la paix , les conspirations tramées çn France, tous ces écrits, également absurdes dans leurs principes, et injurieux à mon autorité qu'on attaque dans la personne de mon oncle, le duc d'Or* léans , qui en est le dépositaire. »
L'élite des troupes d'Espagne se trouvait en Sicile; celles qui accompagnaient le roi, mal armées^ mal équipées, n'égalaient pas le nombre des assaillants et ne pouvaient opposer une résistance sérieuse. Néanmoins, Philippe s'avança jusqu'à Pampelune. Saint-Sébastien avait été pris; Fontarabie capitulait malgré l'approche de son roi. Les défections attendues ne se réalisaient point. Âlbéroni aperçut alors le précipice où ses illusions et sa politique imprudente l'avaient plongé. Toutefois, Philippe V persistait à se présenter devant l'armée française, persuadé qu'à sa vue tous les drapeaux s'inclineraient devant lui. Le cardinal sentit l'inutilité et.le dangei^ de cette démarche. Il prit des mesures pour que l'escorte qui conduisait le cortège royal s'égarât ,
et peu après , il décida le roi à retourner à Madrid.
Que serait-il arrivé de l'apparition de Philippe devant le camp français? Le ministre de la guerre avait recommandé au maréchal de Berwick de respecter, quelque chose qui arrivât, la personne du roi d'Espagne. Si Ton eût tiré sur le petit-fils de Louis le Grand, un cri d'indignation eût retenti d'un bout de la France à l'autre.
Le maréchal conquit la Navarre et la province de Guipuscoa, il porta ensuite le théâtre de la j^uerre en Catalogne, où il attaqua et prit Urgel. Dans le même temps , la cour de Madrid apprit que son armée de Sicile, à la suite de plusieurs combats glorieux, avait succombé sous le nombre , et que l'île était presque entièrement soumise à l'empereur. Cette coïncidence de nouvelles fâcheuses plongea le roi et la reine dans un profond découragement, Albéroni seul resta inébranlable; afin de priver la France de ses alliés, il entreprit de jeter l'Espagne dans les bras de l'Autriche et de l'Angleterre, en demandant, à l'une, la main d'une archiduchesse pour le prince des Asturies , et ouvrant à l'autre les ports du Mexique. 11 y avait quelque chose de romain dans Tâme de ce prêtre. Son malheur voulut qu'il rencontrât pour adversaire un homme aussi habile qu'astucieux. Albéroni ne sut pas mesurer l'étendue de l'influence que Dubois exerçait, et quand il s'en aperçut , il se trouva trop engagé pour reculer.
Après la prise d'Urgel, Berwick mit ses troupes en quartiers d'hiver. Les hostilités étaient suspen- I. 15
iiê HrsTOiftÉ philosophique
dues, le» intrigues de la diplomatie devaient lèâ remplacer. Le régent désirait terminer cette guerre de faltï*îlle quî ôoiildtait en France le dégoût et l'indignation. Elle ne pouvait finir que par la ôïiuté d'Albéronî. L'Angleterre avait atteint lé but qu'elle d'étàit pr<]rposé éti pi^cnaùt les armes. L'intérêt de isùtï coinmereel lui conàeillait la'paix et elle pei*mît à don pewsiotinaire Dubois d'éiïiployeï* fonate son habileté à consommer la perte d'Albéfonï. Touâ tés moyens furent mis en œuvre. Daubentoiï ^eçut la mission d'agir suï* Tesptît dri roi. La réîné avait âitaebé à sa pefsonrte une fyaysanne du dtidié de Parme j Laurd Piscatcrri, sa nouï^rîce ; sotlvéùt, dàttâ les goiivertiements absolus , lès rétoliïtîons partent d*une cau^e infime, d'autant pltis redoutable, qu'elle agit inaperçue. Laura, comme toutes le^ confidéûtèâ de bas étage , était envieuse et détestait Albéroùi. Dubois tira parti des dispositions de la nourrice , la gagna et la fit agir. H fallait persuade** à la reine que le cardinal Favait sel'vie avec maladresse. On approche vite de Toreille d'un prince quand on lui fournit léâ moyens de rejeter sur Htt âtitre le poids de ses ptopreâ déceptions. D^aiUeurs, on irtiputé Volontiers des tôrté à ceux que la fortune abandonne. Laura ni'eut pas de peine à convaincre là reine qu'Aïbéroni perdait pâ^ sa faute la partie qu'il avait joùée pour éffe. Enfin, Dubois obtint qne le doc de Parme envoyât le marquis de Scotti à Madrid, ï'eprésetrter à Philippe V la nécessité de satisfaire ï'Europer, put la disgrâce dé son ministre. Le 5 décembre , Albéroni reçut du roi l'ordre de quitter Madrid dans huit jours, et TEspagne dans trois semaines. 11 lui était eùjoint de
bu ktC^Ë DE LôtJîë iv. W
partir satis cbërfelier a voir ni lé roi ni là i*eifiè. Phîlîppè demahda f)Our lui dès pàsse-porls àti fégëiii, àflii ^tl'il pût êri àùl'êté tràvefêér le ihidi delà ï'raiidë jusqu'à Aiitibès, ou il devait s'ëtnbarqiief* pout Gènes. Slif sa rbute, èri Espagne, il ftii deux foiS attaqué et riiàri(|ùà de pèrdrfe fa vie. tè rêgènt envoya lé clièvàlîer de Màfcien l'âtièndre a la frontière âtec bfdhe dé ràcctfttp'agnér jusqu'à Aiilibés. Màrdëii lé ffaîtS avec égâW ; ttiàîs ne permit pas qii'îl devînt l'objet d'àtifedii hômmàgê. Le cardinal eibàldît iitié violente colère contre la cour d'Ëspàghè , iïiaiâ il fie prondii^a pas un seul mot (Jtii pût coiùprdniëttre quî que té fût éh France. Arïîvê en Italie , le pàpé i^aitii lui ôtèy lé fchàpèàii et lui fàîi'ë feirè sdtï ptô^ 6ès. Le sacré fcoUêgé s'y opptiéai ; uti pareil ëiètnplé iê la défchéanfee d'ilii cardinal eût ménâèé l'avenir de tdiià léà aluires. Àlbéroiii âvdit vît ââ brillante fôrtiinë lui échapfpér cotiinïe tin sôtige; il éé réâîgnà éi vécût tràijqùillé eti Italie àvéfc lëà richèsâè'â^ âàù- HéÈ dû nàiifr'âgë. Son ^énié avait fconçu un iraàte âystéme. Il échbuà , parôè (^vCxl n' apprécia pds là téridaticé dé son é|)0(|tië, tolité dirigée vers le rèpoài. Diibtfis â'émpresâà d'aIiIidùcé]^ ati fcothte Stànhd^é là diégrâéë dii cardinal. On t*émàrque dans ta lettre qu'il lui écrivit les |)hraèés éuivanté^ : (< Oh riè peut apprendre ce dénoûment sans faire réflexion, tiiilord, éfùr la jùàticè qu'dti ddit à tdtfé Excelîëtice d'âi^oir prof(osê d'àuàsi grsthdg projeta et dès rfiééurëd àûàSi jastëé poiir lè^ ëtmduirë à leur fitï. Son Àltésâé Rôyàlé éàt rétt(plié de la réconndissathce qti'ôtif vous doit, et de \à gloire que lé rdî , vôtre ma'îf^e , et toute votre' ridtlon actldièl*ent dans le^ cirèoùétahèës i(tli
décident du bonheur de toute TEurope. Ce sont les vrais sentiments de son Altesse Royale, qui s'intéresse autant à la gloire de Sa Majesté Britannique qu'à la sienne propre, et qui regarde tous les événements qui peuvent contribuer à rétablir la tranquillité publique, comme des fruits heureux des liaisons qu'elle a contractées avec TAngleterre. Aussi, ne veut-elle rien omettre ni négliger de tout ce qui peut en affermir les liens , par une correspondance parfaite, et par toutes les attentions que l'amitié peut inspirer. »
La chute d'Albéroni aplanissait, en effet, les difficultés qui s'opposaient à une pacification. On la proposa à Philippe V. L'ombre de Louis le Grand sembla alors lui apparaître pour ranimer son énergie. Il demanda la restitution de Gibraltar, de Port-Mahon, la cession de la Sardaigne, et la réversibilité ^
de la Sicile à l'Espagne, en cas d'extinction de la je
branche autrichienne. Les puissances coalisées lui m
déclarèrent que la guerre continuerait avec plus de ^
vigueur que jamais s'il n'adhérait pas purement et ^t simplement au traité de Londres. Philippe se rési- — gna. Le marquis de Beretti - Lanti , son ministre ^
à la Haye, apposa par ordre, et au nom de son ^
maître, sa signature au traité de Londres, le 17 février 1720.
Tout était consommé. La marine espagnole se trouvait détruite; son commerce dans les Indes avait passé aux Anglais. De longtemps l'Espagne épuisée ne pourrait se relever, ni jovier un rôle dans le monde. Inutile alliée de la France, elle n'ajouterait rien au poids de cette puissance dans la ba- "^
lance des nations. Les affaires des Anglais étaient faîtes. Dubois avait gagné son argent. L'empereur possédait la Sicile , au lieu de Tâpre et stérile Sardaîgne. Le duc de Savoie subissait la plus humiliante mystification. La France gardait Dubois et aurait bientôt l'insigne honneur de le voir cardinal et premier ministre. Pour ce résultat , les lis s'étaient inclinés devant le drapeau anglais ; la France avait prodigué à ses ennemis natui^els ses trésors*, son alliance et son sang : et le régent, que gagnaitil à cette politique honteuse ? Les inquiétudes que Philippe V lui donnait pour sa régence sont-elles de nature à le ju§tifier? Ce pauvre roi visionnaire, hypocondriaque, qui se sentait la tête vide, se confessait tous les jours, et néanmoins forçait son confesseur à passer une partie des nuits auprès de son lit, de peur de mourir sans confession, était-il véritablement à craindre pour lui? Quant à l'éventualité de l'ouverture de la succession au trône , elle s'éloignait tous les jours par l'affermissement de la Santé de Louis XV. Mais le duc d'Orléans subissait, en dépit de ses lumières, l'empire que le vice hardi peut exercer sur un égoïsme sans force et sans caractère.
Une suspension d'armes fut conclue aussitôt que l'Espagne eut adhéré au traité de Londres, et on décida que, pour régler les prétentions respectives des cabinets de Madrid et de Vienne, un congrès serait réuni à Cambrai.
' La richesse ûclive et momentanée du système avait pourvu aux subsides et aux frais de la guerre. Le papier restait en France; l'or contre lequel on Téchangeail passait à Londres et à Vienne.
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Diî|)pis mérit^ij; réppippense , apssi (îenjand^t-i} effrpntépnieHt an régent Tarpjiey^ptjé de CamJ^Fai réceparfleat vacant;, «Tpîj ^rchevêqijp! s'écrjç celuici, ah! mon Dieu, m Puboi^ donnp Qr4re 4 Dp^ tQupbee, envoyé dp frjipcp à f^(}n4r^at 4© fair§ ^plUfçiter Ip dpc 4'Qrlé^ps pfir le roi d'Apg|et^rre. A la première ouverture, Qeorgps éplatp 4p rjre : (< Qup dira Je rpgent, 4'un princp profeglant " sfi mêlant de la ppminatjon d'up archev^q^p catljOT lique? — Sire, il rira et il accprdera ; » et eu rpêfpç tepapp Ppstouches liji présente uqe jpttre toqtç fér digée. Georges $igne, elle est exppdiép^ et Dpbqf^ e§t ^rpheyêqup de C^pibraj-
DU RÈGNE DE hOVlS XV. |8|