LITTÉRATURE, SCIENCES ET ARTS
EexTii* siècle , époque du génie et des œuvres dUmagination. lie rrnt* siècle, période d'investigation, de doute et dé tfeclierèlièl scientifiques. — La littérature du temps de la régence prend le caractère du ]>el esprit sans profondeur. — Le dogme de la sou^ veraineté du peuple importé d'Angleterre. — Les premières attaques contre le pouvoir absolu partent des protestants réfutii^s. — Petit-Caréme de Massillon. — Montesquieu. Les Lettre penaniê. — Bayle établit le pyrrbonisme. La réformation en est la première cause; Tincrédulité, la conséquence. — La régence favorable aux sciences. Établissement de cinq écoles pratiques de Tartillerie et de Tadministration des ponts et chaussées. —Le besoin du bien-être multiplie les arts nécessaires aux commodités de la vie. Changements dans la distribution des maisons et dans Phabillement des deux sexes. — Mode des étoffes de la €hine. Usage du thé et du café. Leur influence sur la sauté. Les cafés remplacent les tavernes. On s^y occupe des affaires ptt*bliques. — Entraves imposées par Louis l^IV au commerce de le. librairie , maintenues par le régent. La plupart des livres s'impriment en Hollande. — Éducation publique. Celle quedôniiaient les jésuites convient à la noblesse. «—Les gens de lettres et les savants commencent à être recherchés dans la société. —- Bail masqués. — Petites maisons. — Fondation des frères de la doctrine chrétienne par Tabbé de La Salle, et des filles Sainte- Marthe par la veuve Théodon.
Le xvii'' siècle avait été Tépoque du génie et des œuvres d'imagination. Le xviii'' fut celle du doute > des recherches et des sciences exactes.
Telle est la marche naturelle de l'esprit humain. Lorsque la civilisation commence à remplacer la barbarie , et pendant les temps qui .succèdent immé-
diatement aux émotions des guerres civiles ^ il reste quelque chose de Texaltation que ces guerres produisent, et cette exaltation est favorable aux œuvres de l'esprit. Si en outre les âmes sont remuées violemment par les idées religieuses , des passions ardentes se manifestent; en même temps d'éclatantes vertus se développent. Partout la gran* deur, que reflète le nom de Dieu prononcé par toutes les bouches , anime l'imagination , et le génie de Fhomme produit des ouvrages sublimes : la Jérusalem délivrée ^ le Paradis perdu et Polyeucte apparraissen^ ^ Cette même élévation se retrouve dan^ les autres compositions. Descartes unit la verve du poëte aux idées du philosophe; Newton et Leibnitz dévoilent les voies de la Providence dans l'ot^anisation du monde : grande poésie , digne de les inspirer ! Les moralistes ne cherchent pas à expliquer le sou* verain Être : ils le montrent et l'adorent dans ses œuvres, et font aimer ses préceptes ainsi que la sublimité de sa morale. Bourdaloue , Bossuet , les solitaires de Port-Royal, dans un langage magni* fique, enseignent rhumilité aux grands, et montrent Téternité comme indemnité du malheur. Des palais admirables se construisent pour loger la royauté , regardée comme l'image de la Divinité sur la terre ; et le dôme des Invalides élève jusqu'au ciel la croix, symbole d'espérance pour les infortunés recueillis dans l'immense hospice construit à ses pieds. Claude le Lorrain, Philippe de Champagne, Lesueur, Le
* Nous avons dû aux troubles de la fin du xviir siècle Pinspirttion qui dicta le Génie du Christianisme , les Martyrs, et les Mé^ ditations de Lamartine.
Srun^ ornent nos temples des chefs-d'œuvre de leurs pinceaux. Tout porte Fempreinte de cette énergie primitive aussi noble que puissante.
Mais quand les peuples, assoupis par un long .srepos ^ s'amollissent dans le bien-être d'une civilissationplus avancée , les imaginations, qui ne sont ^lus stimulées 9 se refroidissent^ et le siècle raison- :^eur succède au siècle de la poésie. Le génie redes-* ^end de la montagne où il embrassait un vaste Hiorizon y et se borne a explorer minutieusement la "plaine. L'esprit ne crée plus; mais il recherche les causes et la formation de ce qui existe. Cette disposition est très-favorable aux sciences exactes qui ^m'inventent point, et constatent seulement ce qui ^st^ afin d'en déduire les conséquences. Alors ^ aux '^lans de l'imagination succède l'émulation dû savoir; :%iais on ne tarde pas à s'apercevoir que les limites ^e la science sont resserrées. Les sages se résignent ^ croire ce qui leur est démontré^ quoiqu'ils ne [puissent le concevoir. Malheureusement^ il arrive ^es temps où l'orgueil humain met en doute tout ce qu'il ne comprend pas^ et le siècle savant devient isceptique. Avec le doute sur toutes choses et l'abandon de tous les préjugés^ se produit la sécheresse de l'âme. Le sens intime se refroidit, ne se réchauffant plus à sa source divine. Le bel esprit remplace le génie. L'orgueil, qui n'est plus maîtrisé, s'étend sans mesure. Jadis , on bornait la gloire de sa vie à un seul objet; on voudra les embrasser tous I L'homnie de lettres prétendra être savant; le savant recherchera les succès des gens de lettres. Tel fut le caractère de la littérature et des sciences pendant la I. 17
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régenee. Fontenelle et La Mothe ourrirent la carrière du bel esprit sans profondenr, et Voltaire , qni resta àuperficieli parce qu'il prétendit être unÎTereel^ conduisit dans cette voie ses nombreux adeptes. Cependant les traces du grand siècle se faisaient encore reconnaître. Rousseau ^ dans ses odes, Crébillon, dans ses tr&gédies^ Voltaire , dans wnÇEdipe, Massillon^ TAnge de la chaire, rappelaient la manière des illustres écrivains de cette époque. Un homme e-*élevait qui devait illustrer son temps , par la profonde et habile investigation devenue un be* soin des esprits. Montesquieu se faisait connaître par la publication des Lettres persanes. Il débutait, quoique par une voie détournée^ dans le champ de la politique qu'il devait parcourir plus tard avec tant de succès.
Lès révolutions survenues en Angleterre au milieu et à la fin du Y¥1i* siècle , avaient amené des eontroversee animées sur le pouvoir des rois ' et la souveraineté des peuples. €e dernier principe avait triomphé en Angleterre. H occtipa peu les Français tant qu'ils furent enivrés des merveilles ia règne de leur grand roi y et quHls se sentirent fiers d'être ses sujets; mais il commença à se propager, à la fin de ce règne, alors que le prestige de la gloire- disparut devant le malheur, et que la persécution religieuse créa de nombreux ennemis à la royauté. Les premières attaques contre Vautorité absolue des rois partirent des protestants réfugiés. Blassillon vint ensuite, qui dans son Petit Carême, enseigna, au nom du ciel, que cette autorité émane du peuple, el doit être exercée pour le peuple; les légi->
limés eux-mêmes ne cessèrent d'invoquer 1^ souveraineté de la nation contre les sévérités de la régence j^dle plus, les rapports qui s'établirent entre le ]gouvernement dn régent et celui de la Grande- -Bretagne f mirent la France en communication avec les iirstitutions politiques de cette puissance. Les zMdées de pondération des pouvoirs et de gouverneiHtnent représentatif passèrent le détroit, et Montes- ^^uieu donna un corps à ces idées encore vagues.
Ce fut aussi un réfugié qui porta le scepticisme ^dans les croyances religieuses. Bayle,.qui trouvait ie doute plus commode que raflRrm'ation , établit un ;^yrrhoni$me général , et fournit , avec Fréret, pres- ^que tous les arguments dont les philosophes se ser- ^^irent après lui; déjà les esprits se trouvaient dis- ^ ^osés ù l'incrédulité. La cause en remonte plus haut ; il faut la chercher dans les changements opérés par la réformation. Tant qu'elle a été militante, elle a ]>lutôt consolidé le principe religieux qu'elle ne l'a ébranlé ; de part et d'autre on s'attachait fortement ^ux croyances pour lesquelles on exposait sa vie; mais quand la paix succéda au tumulte des armes« la réforme se subdivisa en une foule de sectes qui tontes se prétendirent les organes du ciel et l'expression de la vérité. Le doute devait sortir dç ce chaos. Par une filiation naturelle , l'incrédulité suivit le doute.
Tandis que la haute société s'avilissait dans les infamies d'un libertinage effréné, les gens d'ua esprit grave s*éloignaient.de ce spectacle de corrup^ tion, et ckercbuient dans leur cabinet les distractions de l'étude. La régence a été favorable aux sciences.
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tion qui signala la fin du xviii'' siècle. Dans l'Àca-. demie des sciences, fondée par Colbert, se trouvait réuni l'ensemble de toutes les connaissances humaines , d'où elles se répandirent jusqu'aux extrémités du rpyaume.
Le besoin du bien-être multiplia les arts nécessaires aux commodités de la vie. Mais ils durent se modifier pour répondre aux nouveaux besoins qu'une société amollie et égoïste éprouvait. Le grandiose fut remplacé par les recherches du luxe et de la commodité. Au lieu des palais où nos aïeux se rassemblaient à l'entour d'un immense foyer, on bâtit des maisons moins vastes, mais plus agréables. Le salon et le boudoir remplacèrent les grandes salles, et l'architecture extérieure se développa elle-même sous de moins nobles proportions. Le caractère de l'architecture du xsif et du xviii* siècle se dessine dans deux célèbres monuments : les Invalides et rÉcoFe militaire; l'un, majestueux; l'autre, élégant, correct, mais sans élévation et se rapprochant de la terre.
Les richesses subitement créées par le système donnèrent un granfd essor au luxe et à tous les produits des arts dont il s^alimente. Une irive émulation animales artistes. On rechercha les sciences, non plus comme objet de simple curiosité, mais dans leur application la plus utile aux procédés des arts.
Avec le changements des fortunes était survenu le changement des goûts. Les arts furent obligés de se soumettre aux caprices de la mode , et subirent son influence. Les meubles reçurent des formes
bizarres , contournées. L'expression des peintres et des sculpteurs s'affadit; ils renoncèrent aux mâles contours pour ne nous donner que les images de la mollesse coquette ou de la volupté hardie. Dans leurs productions , tout est gracieux , mais le beau en est exclu. Le costume des hommes fut plus léger ; ils abandonnèrent la majestueuse perruque en usage sous Louis XIV. Celui des femmes devint fantasque^ comme les meubles. Elles adoptèrent les coiffures hautes, Tusage de la poudre, les mouches et left graads paniers. Les étoffes de la Chine et des Indes» et les autres curiosités de ces pays lointains furent recherchées avec avidité. Toutefois , on doit reconnaître qu'il résulta quelque chose, d'utile de ce dernier caprice : il créa un nouveau genre de spécular tion qui contribua à étendre et à perfectionner la marine marchande.
Ce fut au temps de la régence que Tusage du café et du thé se répandit. L'introduction de ces plantes exotiques produisit plusieurs effets dignes de re* marque. Elle encouragea la navigation au long cours ; elle exerça de l'influence sur les habitudes des femmes et même sur leur santé. Enfin, elle favorisa le mouvement politique qui déjà se préparait. Aux tavernes, où Tesprit s'appesantissait dans les jouis^ sauces de la table et dans les excès du vin, succédèrent les cafés. Là, se réunirent une foule d'oisifs dont l'imagination était excitée par la fève stimulante de l'Arabie. Chacun raisonnait sur les événements du temps; on s^accoutumait à rechercher leurs causes, à prévoir leurs résultats ^ à juger leurs moteurs ; les cafés devinrent ainsi les précurseurs des
«lubs. On s'y essayait aux discussions politiques, on exaltait ou on blâmait de concert le gouvernement.
Beaucoup d'ouvrages parurent pendant la régence j néanmoins, la librairie à cette époque, était loin d'être florissante. Les restrictions imposées par le gouvernement et la difficulté d'obtenir la permission d'imprimer , obligeaient la plupart des auteurs à se servir des presses hollandaises. Louis XIV gouvernait les lettres avec une sévérité que la régence maintint rigoureusement. Dubois obligeai' Académie française à exclure de son sein l'abbé de Sainte Pierre , qui , dans sa Polysynodie, avait semblé critiquer le gouvernement de Louis XIV. Voltaire fut exilé en 1716, puis, mis à la Bastille en 1717. Quoique l'étude des sciences abstraites eût donné plus de précision au style , la postérité n'a conservé la mémoire que d'un petit nombre des auteurs de ce temps, hommes d'élite, imbus encore des maximes littéraires du grand siècle. Cependant, l'instruction publique, confiée à deux corps émules, l'Université et les jésuites, était dirigée de manière à développer le goût de la belle littérature et des meilleurs modèles que nous ait laissés l'antiquité. Les jésuites se vouaient spécialement à former les gen« du monde; un théâtre était attaché à chacun de leurs collèges. Les élèves y représentaient les pièces composées par leurs maîtres. Ces jeux scéniques leur rappelaient Eschyle, Sophocle, Corneille et Racine, et leur donnaient le sentiment des beaux vers. Ce fut chez les jésuites que Voltaire puisa ses premières inspira- I. O*
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tioDS* Mais la plupart des hommes* sont ce que les mœurs du temps où ils yiyent les fout. Les savants et les gens de lettres crurent de leur dignité de sa montrer incrédules; et la science s'égara souvent dans des systèmes antichrétiens. La littérature devint dogmatique ^ maniérée. Louis XIY vivait encore, que des réunions d'athées avaient lieu chez le duc de Vendôme. Nous savons ce qu'étaient les soupers du régent. Des assemblées pareilles se tenaient chez le prince de Gonti, et madame de Tencin rassemblait les beaux esprits de son temps dans des soirées où on se riait du ciel et de ses préceptes* Ce fut vers Tépoque de la régence que les gens de lettres et les savants commencèrent à être recherchés dans la société des grands. La duchesse du Maine en était entourée.
En 1716 commencèrent les bals masqués qui avaient lieu dans la salle de l'Opéra. La licence du temps les fit adopter avec ardeur. Sous le masqué , toutes les turpitudes de la société se révélaient dans des conversations où la voix déguisée cachait le nom el le rang des interlocuteurs. La liberté du masque éloignait la pudeur et dispensait de la honte. Une foule d'intrigues naissaient ou se liaient dans les bals masqués et se terminaient dans les loges du cintre qu'on avait grillées pour que le vice y fût à l'abri dos regards de la curiosité. Le duc d'Orléans faisait du bal masqué ses délices. 11 y, paraissait sans déguiae* ment, et souffrait les lazzis impertinents que lél masques lui adressaient. Â l'exemple du maître, l69 courtisans y affluaient.
Une autre coutume singulière s'établit, qui se maintint pendant plus de soixante ans,, celle des petites maisons. Les petites maisons étaient àè§ logements- situés dans des quartiers éloignés , or-p dinairement dans les faubourgs, où les riches, et particulièrement les grands, allaient jouir des charmes d'une liberté licencieuse qu'ils n'osaient admettre dans leurs hôtels. On meublait ces demeures avec élégance. Des hommes corrompus , des femmes éhontées s'y réunissaient dans des soupers où la bonne chère, les vins exqtiis provoquaient la gaieté et excitaient au plaisir. Quelquefois, les petites maisons servaient de rendez-vous pour traiter, loin des yeux scrutateurs, des affaires politiques. Communément, elles étaient tenues par une courtisane que le propriétaire y entretenait à grands frais.
Au milieu des désordres de ce temps,' l'âme se repose avec douceur sur la formation d'un institut créé pour enseigner aux petits enfants pauvres l'aïïiour de Dieu, le respect des parents, la loi du devoir, et pour leur donner les instructions élémentaires convenables à leur position. En 1722, Un vertueux prêtre (l'abbé de La Salle), fondait Tordre des frères de la doctrine chrétienne, qui prirent par humilité , le nom de frères ignorantins. Restés seuls debout parmi les débris des ordres religieux , ils ont survécu à nos révolutions , soutenus par la vénération du peuple et entourés de l'estime publique, même de celle des philosophes.
Presqu'à la même époque , et avec le même succès, la veuve du sculpteur Théodon établissait, dans le faubourg Saint-Antoine , à Paris , les filles Sainte- Marthe , consacrées à Tinstruction des jeunes filles pauvres et au service des malades.