‹ Histoire philosophique du regne de Louis XVChapitre 14 sur 37 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

VIKtSTÈRE BU DUC BE BOURBON, PRINCE BE GONBÉ.

fleury fait donner au duc de Bourbon la place de premier miniitre. — , Caractère des princeidu sa^g. — Le duc de Bourbon dominé par madame de Prye. Caraclère de celle femme. Elle s'associe P&ris-Duverney. Celui-ci enlreprenanl, mais inconsidéré. — M. le duc conserve lous les minisires choisis par le duc d'Orléans. — .Flcury possède la réalité de la puissance. — Abdicalion de Philippe Y. Mort de Louis r%son fils et.son successeur. Philippe reprend la couronne. — Mort d'Innocent XIL- Mort de Pierre le Grand. Sa tcutc lui succède et règne sous le nom de Caiherine I**. — Charles Yl , empereur d'Allemagne, règle sa succession par un acle auquel il donne le nom de pragmatique sanction. — Frédéric-Guillaume I*' fonde la puissance prussienne. — En Angleterre, mort de Sianhope.^Ministère de Robert Walpole. Corruption. Walpole fait à madame de Prye une pension égale.à celle que recevait le cardinal Dubois, -r- Fêles données au roi à Chantilly. — M. le duc se décide à marier le roî. Maladie de Louis XV. Brusque ren?oi de Tinfante. Indignation du roi d'Espagne. -^ Marie Leczinska , reine de France. Motif qui lui fait donner là préférence. — Disette et misère des peuples. — Philippe Y se lie avec PAutriche. — Traité de Hanovre eptrc PAnglelerre, la Prusse et la France destiné à contre-balancer Tallianee de TAutricheet de l'Espagne.— Ripperda, Hollandais, premier ministre en Espagne. Il cherche à armer la Russie et l'Espagne en faveur du Prétendant. Mesures énergiques prises par l'Angleterre. Disgrâce de Ripperda.— Procès de Le Blanc suscité par madame de Prye. ^ Dureté du ministère du duc de Bourbon. — Déclaration du roi en MU contre les protestants. Ses effets funestes. Motifs politiques de Louis XIY dans la révocation de l'édit de Nantes. — L'émigration des protestants ' recommence après la publication de la dëclaraiibn de MU. -« Création de la milice. — Ordonnance du roi du mois de juillet MU ^ prescri?ant des mesures pour la suppression de la mendicité. — Déclaration du roi qui applique la peine de mort au vol domestique. — Déficit. Itesnres de ûuou$. Réiistaiioe 46s parlemoBlt oi du clergé, --

Élé désastreux de 1726. -« La châsse de sainte Geneviève. Utilité des croyances populaires. — Fleury est toujours présent au travail du premier ministre avec le roi. Exclu d'un travail qui a lieu dans Tappartement de la reine, il se retire de la cour. Chagrin du roi. Il ordonne au duc de Bourbon de rappeler le prélat. — Froideur de Louis XV envers la reine. — Di^râce du duc de Bourbon. Son exil à Chantilly. — Joie dans Paris à la chute de M. le duc. — Querelle de Voltaire avec le chevalier de Rohan; le poète est mis à la Bastille. Sorti de prison il va en Angleterre où il se lie avec la secte antichrétienne. — r Conférences de Tentresol.

La mort du duc d'Orléans était prévue) dôs symptômes évidents d'apoplexie l'annonçaient. La Vrillière, secrétaire d'État, promit au duc de Bourbon de le prévenir aussitôt que l'événement serait arrivé*

L'évêque de Fréjus agirait pu se faire déclarer premier ministre. Le jeune roi ne voyait que par lui, ne parlait que sous son ins.piration; mais il ne crut pas le moment propice pour arriver ostensiblement à la souveraine puissance. Son caractère calme, circonspect et prudent modéraient une ambition active, et il ne voulait rien accorder au hasard. Sa finesse profonde , dirigée par un jugement exquis, prévoyait que les fautes des autres lui aplaniraient le chemin.

Il attendit donc y quoiqu'il eût soixante et onze ans. Saint-Simon raconte une curieuse conversation qu'il eut avec lui quelque temps avant la mort du duc d'Orléans. 11 lui parlait de ses craintes prochaines pour la vie de ce prince, et il l'engageait à se mettre en mesure de lui. succéder; Fleury lui dit que cette place revenait de droit au duc de Bouii)on dontil fit

"un pompeux éloge. Saint-Simon ne manquait pas d'objections y et il les fit valoir avec sa vivacité accoutumée. L'évêque s^expliqua alors plus claireiment. Il lui dit que « de M. le duc d'Orléans à un ^particulier la chute était tro{) grande ; qu'elle écraserait les épaules de tout particulier qui lui succé- <lerait, qui ne résisterait jamais à Tenvie générale <t à tout ce que lui susciterait la jalousie de chacun ; <iue dans la conjoncture dont je lui parlais comme 3[)rochaine, il n'était possible de jeter les yeux que sur ^n prince du sang, et parmi eux, sur M. le duc^ qui ^tait le seul d'âge et d'état à pouvoir remplir cette emportante place; qu'au fond, il n'était pas connu ^u roi et n'avait nulle familiarité avec lui , -quoique la place de surintendant de son éducation eût dû et "pu lui procurer l'un et l'autre j il aurait donc besoin de ceux qui étaient autour du roi , et dans son goût et sa privance ; qu'avec ce secours et les mesures que M. le duc serait obligé d'avoir avec eux , tout irait bien ; qu'enfin, plus il y pensait et y avait pensé, plus il se trouvait convaincu qu'il n'y avait que cela de praticable. »

Aussitôt que la mort du duc d'Orléans fut connue, le duc de Bourbon se rendit dans le cabinet du roi^ où étaieiit déjà Pleury, La Vrillière et quelques autres personnes. On remarqua que le roi avait beaucoup pleuré. L'évêque élevant la voix lui dit <c que, dans la grande perte qu'il faisait de M. le duc d'Orléans^ Sa Majesté ne pouvait mieux faire- que de prier M. le duc de vouloir bien se charger du poids des affaires , et d'accepter la place de premier ministre^ comme l'avait fait M. le duc d'Orléans* »

tro HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

Sans répondre un mot» le roi donna aon consentement par un signe de tète. La Vrillière avait rédigé à Tavance la formule du serment et la patente de nomination. Louis XV la signa et reçut le serment du nouveau ministre. En un moment tout fut consommé.

Avant d*aller plus loin^ il convient de dire quelques mots des princes de la famille royale, des ministres, et des autres personnages qui jouèrent un rdle pendant Fadministration de M. le duc.

Le premier prince du sang, héritier présomptif de la couronne, était le duc de Chartres, qui prit après la mort de son père, le titre de duc d'Or- Itons, prince d'une petite portée, gauche et maladroit; il était dépourvu d'ambition personnelle, mais sa mère parvint à exciter sa jalousie contre le duc de Bourbon, et leur désunion influa sur les événements de cette époque.

Dégoûtés des intrigues, le duc et la duchesse du Maine passaient leur vie dans une élégante retraite' embellie par le bon goût et animée par les plaisirs de l'esprit.

Vers ce temps le comte de Toulouse obtint du roi la permission de déclarer son mariage avec la marquise de Gondrin, sœur du duc de Noaiiles. La gîttce et la vertu s'étaient unies à la sagesse et au bon ton. Le comte de Toulouse retiré à Kambouillet, y recevait toutes les semaines le roi que le plaisir de la chasse y attirait. Ce jeune prince prenait dans la société de la comtesse de Toulouse, pour laquelle il ressentait beaucoup d'amilié, Thabitude dctia politesse et du bon goût. La maison du comte de Tou-

loQse se distinguait par Tordrei la décence, une piété solide et éclairée ^

Quatre princes composaient la maison de Condé. Bf. le duc, le comte de Charolais, le comte de Cler- ■nont et leur cousin, le prince de Conti. Ce dernier, intipie, libertin, s'était fait remarquer pendant le système par son excessive avidité. Le comte de Cha- ■t>lais , brave comme tous les Condé , a laissé une ■réputation de férocité qui fît dire à Louis XV que M^homme qui le tuerait aurait sa grâce; quant au «cm te de Clermont^ il fut nul au conseil, nul à la guerre, commanda cependant les armées, et ne se ^rendit célèbre que par des défaites. Enfin paraît Tatné Wle tous, M. le duc, qui précéda Fleury dans la direction de l'État, comme l'obscurité qui survient avant im jour doux et tranquille. Ce prince grand et bien fait , mais d'une physionomie dure, avait eu un œil erevé à la chasse par le duc de Berry. Son caractère était hautain, son intelligence bornée, ses mœurs dissolues. Nous savons quels immenses avantages il retira du système. Il voulait de grandes richesses, mais pour les dépenser avec magnificence. Vain et absolu, il fut cependant dominé par une femme, la marquise de Prye , qui soumit toutes ses volontés plus encore par la finesse et la supériorité de son esprit que parles charmes de sa beauté et les grâces de sa personne. Elle était fille d'un financier^ Berthelot de Piéneuf , que les taxes arbitraires du régent avaient ruiné. Elle aspirait à refaire sa for-

* Le comte de'Totiloase n*a en qa*an fils , le dqc de Penthièyrei grand-père maternel de Louis*Pbillppe.

tune et à Taugmenter sans cessée Son libertinage n'avait point de frein ; le duc de Bourbon seul l'ignorait y tant elle savait le fasciner.

Madame de Prye prétendit gouverner; mais, dès son dcbuty elle s'aperçut que Tesprit ne supplée pas à la connaissance des affaires. Elle s'adjoignit alors un financier habile , Pâris-Duverney, dont l'expérieuce et les lumières devaient venir au secours de son ignorance. Pâris-Duvei^ney, excellent banquier, liquidateur consommé, manquait des qualité^ de l'homme d'État; formant rapidement des projets, il les exécutait sans en calculer les suites^ et cependant exigeait avec dureté qu'on s'y soumît aveuglément. L'administration de M. le duc, dirigée par ces deux personnages, devait commettre des fautes et des inconséquences sans nombre ^

M. le duc conserva tous les ministres du duc d'Orléans , gens complaisants et souples , disposés à se soumettre en bons courtisans aux volontés de la favorite. Breteuil, honnête homme, mais servile, occupait le ministère de la guerre. Le garde des sceaux, d'Armenonville, et Dodun, contrôleur général, n'étaient pas moins soumis. Le min.istère de

* On accusa madame de Prye de vendre toutes les places que M. le duc accordait à sa sollicitation. Cette accusation manque de preuves , mais elle montre que ses contemporains Pen croyaient capable.

* Madame de Prye , comme le régent, eut ses roués-, à la tête desquels ûgura le duc de Richelieu. Ce seigneur qui avait recherché une grande célébrité dans les fastes de la galanterie , pensait dès lors à la faire servir aux intérêts de son ambition. Nous le verrons, après s^étre efforcé de corrompre les mœurs de son maître, devenir successivement Tami intime de toutes les favorites.

la maison du roi et le ministère de la marine sem- Haient inféodés de père en fils^ Tun à la famille de Saint-Florentin, l'autre à la famille de Pontchar- -ftrain. Les Saint-Florentin, sous les noms de mar- C]uis, puis de duc de La Vrillière, gardèrent le pouvoir pendant tout le règne de Louis XV, et furent les agents les plus actifs et les plus impitoyables des aoiesures arbitraires. À quatorze ans , Maurepas bé- 3nta du ministère de la marine. Depuis les malheurs <3e la guerre de la succession et l'asservissement de la France à l'Angleterre, ce ministère n'était que iKiominal. Maurepas avait infiniment d'esprit, pluB encore de légèreté. 11 vivait dans un temps où tout ^30 résumait en cbansons. Les meilleures et les plus ]^iquantes sortaient de sa plume K Après la mort du ^^ardinal Dubois, le régent confia le ministère des ^sdSaires étrangères au comte de Morville, fils du ^arde des sceaux; ce ministre habile , et délié, sut claire à madame de Prye sans déplaire à l'évêque de Fréjus*.

* Cette légèreté qui traduisait tout en plaisanteries et en chansons, a puissamment servi le philosophisme. Le dénigrement et l'ironie s'étendirent bientôt des personnes aux institutions les plus respectables , et devinrent des armes destructives. Au commencement de nos troubles, on les essaya contre la révolution ; malt elles s'émoussèrent bientôt devant réchafaud.De nos jours, les habitudes du gouvernement représentatif ont rendu la société plus sérieuse; on discute beaucoup, mais on ne rit plus.

* Le travail avec le prince était ordinairement. précédé d*un travail particulier entre le ministre, Pâris-Duverney et madame de Prye. Les difficultés y étaient expliquées et résolues; puis, quand arrivait M. le duc, le ministre s'arrêtait devant Tobstacle , que la marquise bien renseignée avait soin de lever, et le prince s'ébahissait d'admiration devant la sagacité de sa maîtresse et rétendue de ses lumières.

tH HISTOIUB PHflLOSOPmQCE

AuM}«B8tt8 des se^taireB d'État> il y %y^i uâ eoMeil i^rivé^ eofïiposë d« M* le dut)^ d« TtivèqM de Fréjois et du maréèhal de Yillars* Les âffairM importantes de radmioistration se discutaient dans des conseils plus nombreux^ dont le roi désignait lt8 membres. Les ministres n'en faisaient partie ^ue lorsqu'ils y étaient oominatitement appelés^.

Le marécbal de Yillars s y targuait d'uûe franefaite dont k réserve du courtisan arirêtait trop souYtlit Tessor^

Fieury ne contredisait jaroaîs le dût de Bourbon^ et le laissait tolonliets entrer dans dd mautaises voies > afin quoo sentît la nécessité d'une autoiité plus habile 9 se t^scrvant d'ailleurs de découvrir ou roi les fautes de son premier ministre dans les ooH^ versations intimes qu'il avait avec lui. T(9l était so& empilée su^ l'^prit de Louis XV ^ qu'il lae periilit jamais que M. k duo vît le roi en particalieir> 6t l'entnefÎQt des affaires bord dé sa présenôcv Véritable maire du palais ^ mais sans faste ^ sitns aiàgaifîccnce, avec simplicité et la plus apparente modestie, il possédait, en réalité^ la suprême puissance. Ostensiblement > il «e bornait à la conduite des afikires ecclésiastiques et au^ nominations dès bé«ttéfices.

Le premier acte de M. le duc fut une profusioa de grâces. Il fit sept maréchaux de France et ei^ qaante-huit ehévajiers ou coiïimandeurs du Saint- Esprit, dont plusieurs n'avaient d'autres titres que lès faveurs de madame de Prye. Le régeni avait r^ culé devant Une si numbt^euse promotiûù» M. te dwc oublia ce mot si profond de Louis %lV : « Quaad

DD RÈGNE DE LOUIS XV. »t

j'aoéorde xint grâce, je fais trou méeontento el un ingrat. » Avant de publier la promotion des ahev^ liers do Saint-Esprit^ il la commuoiqua à TévÔque de Fréjui. Celui-ci » dont la modestie servait lambi** tioB , raya son propre nom , en disant que sa oaîflh sanee n'était pas assez illustre pour lui donner drs&t à cette £atveur K

Pâris-Duverney signala son activité par de nombreux édite. Comme une partie d'entre euK se rap«* portent à des mesures de finances ^ qui elles-mêmes le lient aux considérations politiques^ nous n'en f^é- •enterons l'ensemble qu'après avoir parlé des événe* ments survenus chez les autres peuples et des rèlà^ tiens que la France entretint avec les puissances de TEurope pendant le ministère de M. le duc. On dé* duira de leur ensemble les considérations philoso*- (èiques qu'elles suggèrent.

Lors de la paix avec l'Espagne ^ on était convenu de la réunion d'un congrès à Cambrai , pour régler^ «ons la médiation de la France et de l'Angleterre ^ Ist prétentions respectives de Traspereur nt du rai dlfispagne* Ce congrès ne s'assembla réellement qu'au commencement de 1724. Plusieu» mois se passèrent à régler des difficultés d'étiquette entre les minisires des puissances. Toutefois ^ l'empereur remplit la promesse qu'il avait faite de donner à l'inSanl don Carlos l'investiture éventuelle des duchés de Parme et de Toscane.

Philippe V« dominé de plus en plus pur sa mé^ lancolie et ses scrupules^ prit la xésolution d'abdâ-

* l'érôqoe de Fréjns était flk d'tm receveur des tâlTIeâ de MèfH.

quer en laissant la couronne à son fils, le prince des Asturles, âgé de 17 ans. Cet esprit faible, dominé par la crainte de remplir imparfaitement ses fonctions de roi, n'hésitait cependant pas à les confier à un enfant. Il appela^ il est vrai, en aide à son fils, une junte de gouvernement, composée d'un certain nombre de grands; mais, par une singulière contradiction, il se réserva de la diriger dans les circonstances importantes qui pourraient sur* Venir.

Le jésuite Daubenton, qui tenait à conserver Tinfluence que sa position lui donnait, s'était toujours opposé au projet du roi. Il mourut peu de jours après le cardinal Dubois. Son successeur, le jésuite Bermudez, Espagnol, homme dur et austère, crut, de son devoir de confirmer le roi dans la pensée dei sacrifier les grandeurs de la terre pour obtenir celles^ de réternité. Philippe exécuta sa résolution le 1 5^ janvier 1724, et se retira à son château de Balsain, avec la reine et son ministre Grimaldo, sans coU" server aucun appareil de la royauté. Cette princesse espérait gouverner la junte , comme elle avait gouverné les conseils du roi son époux. Mais elle éprouva, bientôt que les princes déchus sont un embarras qu'on repousse. Son âme énergique sut cacher le dépit qui la remplissait, et se montrer satisfaite. Un événement imprévu lui fournit Toccasion de déve« lopper ses véritables sentiments. Le jeune roi Louis I*" est attaqué de la petite vérole , à laquelle il succombe sans laisser de postérité. La couronne revenait à rinfaut don Ferdinand, qui n'avait que dix ans, et on tombait dans les inconvénients d'une régence. La reine expose à son époux les dangers que cette

r^ence va faire naître. Une partie des grands a conservé de Taffection pour la maison d'Autriche; ne profiteront-ils pas de la faiblesse d une minorité pour ourdir des complots en faveur de la famille de leurs anciens souverains? Comme père et comme roi, Philippe doit reprendre le pouvoir. Le maréchal de Tesséy' ambassadeur de France , accourt à Balsain pour joindre ses pressantes sollicitations à celles dé la reine; mais le roi se croit engagé vis-à-vis de Dieu , et il charge Bermudez de lui apporter une consultation des plus habiles théologiens de son ordre. Ceux-ci conseillent à Philippe de persévérer dans la vie retirée à laquelle il s'est voué. Alors ^ la reine éclate; elle apostrophe le confesseur devant lé roi, elle le traite de Judas , de traître : « Si elle était en péril de mort, elle aimerait mieux mourir sans sacrements que de les recevoir par les mains d'un si méchant homme. » Laura Piscatori , cette nourrice, qui avait eu l'audace d'attaquer Albéroni et le crédit de le renverser, accourt seconder sa maîtresse. Elle parle à Philippe avec son impétuosité accoutumée. c( Allez donc, dit-elle, vivez dans votre retraite ; mais quand vous verrez tous vos enfants renvoyés à Parme, ou peut-être empoisonnés, et la reine, que j*ai nourrie, sans asile, lorsque vousmême vous vous traînerez vers un couvent en France, vous vous repentirez d'avoir plus écouté un prêtre scélérat que vos devoirs de père et de roi. » La reine, présente à cet entretien, s'apercevant que Philippe pâlissait , craignit l'effet d'un discours si emporté : a Taisez-vous, nourrice, dit-elle, vous

S7i HISTOIRE PHILOSCMPHIQUE

feres mourir le roi. -~ Que m'importe , qu'il meure 9 reprit cette femme: quil meure, ce n*eil qu'un liomme de moins; au lien que , s'il abandonne le gouvernement y ses peuples , ses enfants, son royaume sont p^us. n Laura, s adressant ensuite au père Bermudez, lui dit en face : u Qu'il était un fripon, un faux dévot; que c'était lui qui mettait tous ces scrupules dans l'esprit du roi; qu'elle croif rait rendre un grand service au roi et à la ireine àê le poigni^rder. »

Le roi était ébranlé, mais il tremblait eneova pour son salut. Tessé vient trouver Aldobrandinif nonce du pape, et lui persuade sans peine d'eo^ trer dans ses vues. Le nonce apporte à Philippe un nouvel avis rédigé par quatre docteurs* Ceux-ei décident qu'il doit reprendre le sceptre, sous peina de péché mortel. Le nonce appuie cette décision du poids de son autorité. Philippe se rend, et le 5 eep» tembre il déclare qu'il est de nouveau souverain de l'Espagne.

Le pape Innocent XIII était mort en 1 724, avec It remondfi d'avoir souillé la pourpre &i la donnante Dubois. 11 eut pour successeur un saint religieux, le cardinal Orsini. Porté, maigné sa résistance, sur la chaire de Saint-Pierre, le nouveau pontife ne voulut pour habitation qu'une cellule dans son palais; il conserva sur le trône son habit religieux, et la aim^ plieité d'un cénobite. Les cardinaux français, de Rofaan et de Polignac, n'em*ent aucune influence dans h conciaye. Le pape cependant aiccorda beaivcoup de faveur au cardinal de Polignac, et tépa^oJ^ipiiL le désir qu'il remplaçât à Rome , comme ministre de

France, Tabbéde TeBcin^ nommé récemment areha- ?êque d^Embrun.

Le28]anyler 1735, Vhomme le plus singulier qui

ait jamaU paru sur le trône, le caar Pierre i^ fut

ealeyé à la Russie. H mourut, eomme Dubois, d'un

abcès, suite de ses débauches. Son caractère pré^

sentait le contraste bizarre des qualités d'un grand

homme et des yices d'un barbare. Lçs attentats

eentre son autorité et le soupçon même étaient punis

par des supplices d'une atrocité i^oherchée, et on

vit le souverain lui-même remplir les fonctions du

bourreau, cf Tai réformé mon peuple, disaitril, et je

n'ai pu me réformer moi-même. » On sait qu'il

condamna à mort son propre fils, et c'est au moy^Q

de rigueurs inouïes qu'il fit entrer ses sujets dan^ la

voie de la civilisation. Malgré ses cruautés « lamé^

moire de Pierre I"^ est restée l'objet du respect de CQ

même peuple, et les générations qui lui ont succédé

ae sont inclinées devant son génie; car elles ont vu

se développer les brillantes destinées qu'il leiur $i,vaU

préparées) les Russes, ignorés jusqu'à \^i% çont

devenus une nation prépondérante, et l'inQuenQ^

qu'il leur avait ouverte dans les afifaires de r£urQp§

a^a cessé de s'accroître.

Le czar expira sans avoir désigné de successeur, Le sénat était assemblé pour choisir un souveraJQ i Menzicoff Tentoure de soldats et fait proclamer iniT pératrice de Russie )a czarine Catherine, veuve di9 Pierre.

Charles VI, empereur d! Allemagne > paraissait plun occupé de l'avenir que du présent. Frappé doulour reusement des pertes qpe le^ degeend^Rt^ 4'AQqf

d'Autriche avaient fait subir à sa maison, il crai« gnait qu'après lui ses États ne fussent partagés à titre de droits successifs , par les princes issus des princesses autrichiennes, et que ses propres filles ne fussent dépouillées. Pour éviter le morcellement de sa monarchie 9 il publia en 1724 une loi de succession sous le nom de pragmatique sanction. Dès ce moment, ses soins furent exclusivement consar crés à la faire agréer et garantir par les autres puis-' sauces de TËurope, et toute sa politique se dirigea vers ce but.

On arrivait à l'époque oii la Prusse allait apporter dans les combinaisons politiques son intervention égoïste et toujours mobile au gré de ses intérêts. Frédéric-Guillaume P' préparait le glorieux règne de son fils, en administrant ses États avec dureté, mais avec sagesse; en amassant des trésors, et en créant, dans des proportions redoutables et habilement combinées, une armée soumise à un régime austère, et à une sévère discipline.

L'Angleterre avait perdu Stanhope, mort en 1 721 • Robert Walpole lui succéda, et sous son admini-* Btration, la corruption s'étendit du gouvernement à toutes les institutions. Dans Londres, comme à Paris , un agiotage effréné avait agi sut les mœurs. La compagnie de la mer du Sud, non moins que le système , développa une hideuse cupidité. «Le vice, le luxe, la dépravation qui dominaient le siècle, tandis que l'esprit public et le partriotisme s'éteignaient dans tous les cœurs, avaient préparé les voies de la corruption et de la servitude. Les moyeni» étaient entre les m^^ii^s des ministres.

lis disposaient du trésor public , multipliaient les pensions et les places pour grossir le nombre de leurs créatures, prodiguaient l'argent de la nation sans discernement et sans honte , soudoyaient une armée d'émissaires effrontés pour vanter des mesures que désavouaient la raison et Thonneur, et traitaient de Jacobite quiconque osait douter de la sagesse de leur administration, » {Histoire ^Angleterre ^ par SmoUett.) De tels hommes ne devaient pas plus, au dehors qu'au dedans, dédaigner l'emploi de la corruption ; ils assurèrent à madame de Prye une pension égale à celle que FÂngleterre avait accordée à Dubois.

Georges P' continuait à intéresser les Anglais à la «conservation de ses États d'Allemagne. Son moyen, 'toujours le même, et toujours efficace, consistait à supposer de nouvelles entreprises du Prétendant. Ce fantôme menaçant imposait silence à l'opposition , et le parlement se hâtait d'accorder des subsides et des troupes.

telles étaient les puissances avec lesquelles le duc de Bourbon devait se mettre en rapport* Maia, à côté de son ambition satisfaite, naissaient des inquiétudes et des soucis. Il s'apercevait que Louis XV ne l'aimait pas, et il n'osait se flatter que l'influence de Tévèque de Fréjus ^ui devînt favorable. Il se flatta de se concilier les bonnes grâces du roi, en lui donnant à Chantilly des fêtes magnifiques. Ce jeune prince, timide, un peu sauvage, supportait avec ennui l'étiquette à laquelle il était astreint; les femmes ne produisaient encore aucune impression sur son cour,

Ml HISTOIRE PHILOSOPHIQUI

•t il remarquait à peine les avances dont il était Tobjet. On lui offrit un plaisir plus de son goùl| oelul de la chasse ^ et il ^y livra aveo une ai^ deur qu'il conserva toujours. L'exercice prodi« gieux dont il prit alors rhabitude développa bôq tempérament et le rendit robuste; en môme tempe lessor de son esprit dut se ralentir. Il s'accoutuma à la vie oisive des bois, et son éloignement naturel pour les affaires augmenta. Il entrait dans les eaU euls de M. le due et de madame de Prye d'écarter Louis XV de toute appKcation sérieuse. Quand un intérêt vif, quoique minutieux, s'empare de Tâme, il en bannit la préoccupation des choses importantes. Cependant le premier ministre s'effraya lui-même de son succès. Il essaya de modérer chez son mattra cette activité de la jeunesse qui s'égarait dans les forêts à la poursuite des bêtes sauvages, il ne pa^<vint qu'à lui déplaire.

La jalousie de la maison d'Orléans était pour M. le duc le sujet d'une sollicitude encore plus grande. Du Palais-Royal partaient sans cesse des critiques amères de son administration j onn y parlait de lui qu'avec mépris. Il se vengea par des tracas* séries*, et les deux princes devinrent ennemis. Maïs le duc d'Orléans aurait droit au trône, si le roi venait à mourir sans enfants; M. le duo pouvait dono devenir son «ujet, et tomber dans la dépendance d'un maître offensé. Le prompt mariage de Louis XV'

* 1> duo d'Orléans, en qualité de colonel général de Tinfanteri^ française , av^ât le droit de travailler avec le roi ; M. le duc lui ôta cette prérogative.

* Madame de Frye confirmait M. le duc dam cette pentée. OataPt

DU RËGNE Dfr LOUIB XV.

était le seul moyen d'arrêter oe dangef • Dans plusieurs eonseils Buccestifs, on délibéra aur cette grave question. Le maréchal de Villars insista for*' tement pour le renvoi de Tinfante, qui, n'ayant encore que sept ans^ devait laisser longtemps le tr6ne sans héritier, et l'évèque de Fréjus ne s'y montra point opposé. Il fut décidé qu'on exposerait «n roi d'Espagne les motifs de bien public qui exi<^ geaieat là prompte conclusion d'un mariage. Cette négociation , traitée avec délicatesse et une lenteur convenables y eût probablement réussi. Une circon» etance imprévue en brusqua le dénoûment. Louis XV tomba malade; son indisposition parut d'abord très*' grave, et l'agitation de M. le duc fut extrême. Plusieurs fois dans la nuit, il montait à la chambre du roi pour demander de ses nouvelles , et on l'entendit s'écrier :u le n'y serai pas repris; s'il se rétablit, je le marierai sur-le-champ. » Deux saignées détermi-* nèrent la guérison, et on arrêta le prompt départ de l'infante.

Pour épargner au maréchal de Tessé le désagré** ment de notifier à la cour de Madrid cette f&cheuss nouvelle, on le rappela, et l'abbé de Livry, ministre de France en Portugal, reçut l'ordre d'aller remettre i Philippe les lettres du duc de Bourbon qui lui annonçaient le retour de l'infante. L'abbé de Livry

rhitérét de la conserration de son pouroir, elle nourrissait une nre raicoBe contre le roi d'Espagne^ Elle. avait exigé que J'aia^ bassadeur de France sollicitât la grandesse pour^on mari, et Pbi*lippe avait r^eté cette demande avec le mépris qu^élle méritait. « Pour qui nous prend M. le duc, réponditril , de nous proposer ée réeempenisr radollère. »

se jette aux pieds de ce monarque et il lui explique en pleurant l'objet de sa mission. Philippe V, indigné ^ refuse d'ouvrir les lettres, chasse Tabbé de Livry de sa présence et de l'Espagne , donne ordre à tous les Français de quitter le royaume , renvoie immédiatement mademoiselle deBeaujoIais, dernière fille du régent y fiancée à l'infant don Carlos. Cette princesse rejoignit à Burgos la jeune reine , veuve de Louis I*^, qui revenait aussi en France. Nous verrons bientôt les suites du mécontentement du roi et de la colère de la reine d'Espagne. L'infante partit le 5 avril 1725 et reçut sur la route les honneurs dus au rang auquel elle avait été destinée.

On s'occupa aussitôt du choix de la compagne qu'on donnerait à Louis XV. M. le duc eut l'idée de marier le roi à sa sœur, mademoiselle de Yermandois, princesse jeune, belle et spirituelle. Celle-ci laissa échapper la couronne, parce qu'elle osa mapquer du dédain à madame de Prye. La maîtresse persuada à son crédule amant qu'une si haute union soulèverait contre lui des jalousies furieuses qui finiraient par ébranler son pouvoir; elle lui fit surtout redouter l'ambition de la princesse de Condé sa mère, qui abuserait de son crédit sur sa fille devenue reine. Pour montrer sa grandeur, la Providence veut quelquefois que les plus petites causes produisent d'importants résultats.

En définitive, M. le duc et madame de Prye se décidèrent à chercher, dans une famille peu impor^ tante, une princesse qui ne dût qu'à eux son élévation.

Ce ne fut pas sans étonnement qu'on vit le

choix se fixer sur la fille d'un gentilhomme polonais^ roi improvisé pendant quelques moments par Charles XII. Stanislas Leczinski, après avoir subi toutes les vicissitudes de la fortune, était retiré à Weissembourgy dans une commanderie de Tordre de Malte, où il vivait d'une pension de mille livres par semaine, que lui faisait la cour de France. Lorsqu'il apprit le bonheur inespéré qui survenait à sa famille, il s^élança dans la chambre où étaient réunies sa femme et sa fille : « Mettons-nous à genoux, «'écrîa-t-il, et remercions Dieu. — Est-ce que vous seriez rappelé sur le trône de Pologne? dit sa fille. — C'est bien mieux que cela^ vous êtes reine de France. »

Marie Leczinska, douce ^ pieuse, attachée à ses devoirs, d'un esprit plus sensé qu'étendu, n'avait pas de beauté, mais on admirait sa fraîcheur et l'élégance de sa taille. Née en 1703 , elle était plus âgée de sept ans que le roi. L'humble position de cette princesse et la docilité de son caractère rassuraient ï'évêque de Fréjus contre une rivalité de pouvoir entre la femme du roi et son précepteur; il donna volontiers son assentiment à une union qui laisserait son ambition sans entraves. Louis XV n'avait que quinze ans, et la possession d'une femme occupait peu son esprit. Il laissa agir ses ministres, peu soucieux de leur choix, occupé seulement de l'ennui que lui donnerait la représentation à laquelle les fêtes de son mariage l'obligeraient. L'opinion publique ne se montra pas indulgente. Elle blâma sans ménagement un mariage disproportionné par Fâge , peu convenable sous le rapport de la naissance et

Me HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

delà position, et qui f sans procurer aucune allianee au payst lui imposait la charge d'une famille dé;chue. On était loin de prévoir que ce même mariage enrichirait la France > quelques années plus tard^ d'une grande et belle province.

Marie Leczinska fut mariée par procureur dans la cathédrale de Strasbourg le 15 août 1725* Le duo d'Orléans, premier prince du sang, représenta la roi à cette Cérémonie , qui fut renouvelée à Vaf rivée de la reine, le 4 septembre suivant. Cette princesse partit de Strasbourg aussitôt après la bénédiction nuptiale* A cetleépoque, les communications n'étaient pas encore devenues faciles , et la nouvelle souveraine ne voyageait qu'à petites journées. Le marquis d' Argenson , dans ses Mémoires , donne une curieuse et triste description de ce voyage.

(c En ce moment, il s'agissait des moissons et doi récoltes de toutes sortes qu'on n'avait encore pu amasser à cause des pluies continuelles. Le iniuvre laboureur guettait un moment de sécheresse pour les recueillir; cependant il était occupé d'une autre manière.

c( On avait fait marcher les paysans pour racoom^ moder les chemins par où la reine devait papier, et ils n'en étaient que pires , au point que Sa Majesté faillit plusieurs fois se noyer.

« Le chevaux des équipages étaient sur les dente. On avait commandé les chevaux des paysans à dix lieues à la ronde pour tirer les bagages. Les seigneurs et dames de la suite , voyant leurs chevaux harassés, prenaient goût à se servir des misérables bêtes du pays» On les payait mal , et on ne les nourrissait

ou RÈGNE DE LOUIS XV. M7

pâB du tout. Quaud left ^hevaut commandée n'af rivaient pas^ ou faisait doubler la traite aui chevaux du pays dont ou était saisi. J'allai me promener le fiôir^ après souper, sur la place de Sézanne. 11 y eut Xin moment sans pluie. Je parlai à de pauvres paysans» Leurs chevaux> tout attelés , passaient la nuit en plein Hif . Plusieurs me dirent que leurs bétes n*avaient rien mangé depuis trois jours. On en attelait dit là tiû on en avait commandé quatre ; juge2 combien il ttï périt. Notre subdélégué commanda dix-neuf cents chevaui au lieu de quinte cents qu'on luidemandait^ «t par la sage précaution d'un oi&cier qui craint que le service ne manque sous lui. »

Marie arriva le cœur navré de toutes les calamités dont elle avait été témoin. Elle voulait refuser là nombreuse maison dont on prétendait rentourer^ et tur consacrer la dépense au soulagement des pro^ tin ces qu'elle venait de parcourir. Le maréchal de Yillars appuya de toutes ses forces les vœux de la reine ^ mais l'étiquette > cette souveraine absolue des petits esprits , l'emporta sur les convenances de Thu^ inanité^

* La maison de la reine fut composée d^une dame d^honncutii une dame d'alours , douze dames du palais, un grand aumônier^ un premier aumônier, un premier genlilbomme, un chevaliir d'honneur, un chancelier, un sunntendanl des affaires et un se-^ crétaire des commandements , enfin une princesse «urintendante de la maison. On eût voulu que la bonne réputation de ces dames justifiât le choix dont elles étaient honorées; on y. porta de Tattention quand il s'agit de la nomination de la dame d'honneur et de la dame d'atours ; mais on n'y regarda pas de si près pour les dames du palais. Il eùi été trop diiCcile, dit MaaisiiUn dans ses Mémoires, d'en remplir les places deleoiiBasîiT^ochabtes. Ma-

Morville avait pressenti que l'insulte faite au roi et à la reine d'Espagne par le brusque départ de Tinfante, exciterait chez eux un profond ressentiment. Il n'avait pas dissimulé au premier ministre que cette démarche précipitée jetterait l'Espagne dans les bras de l'Autriche, et ranimerait peut-être le feu de la guerre. Mais Fambition dans un esprit borné est imprudente et aveugle. Celle de M. le duc ne devait pas être longtemps satisfaite. Un an encore passé et une chute honteuse punira son égoïsme étroit et mal avisé. Ces grandes leçons , données par l'histoire y se répètent souvent. Les peuples pâtissent, Dieu est là qui les venge.

Les prévisions du ministre des affaires étrangères n'étaient pas hasardées. Il savait que le roi d'Espagne, fatigué des lenteurs du congrès de Camrbraiy avait envoyé secrèteiQent à Vienne le baron de Ripperda^ pour traiter avec l'empereur. Une négociation était entamée , et se suivait avec la lenteur et les précautions que les intérêts de l!Espagne exigeaient. Mais le renvoi de l'infante rompit toute mesure. Philippe Y déclina aussitôt l'intervention

dame de Prye en faisait partie. L'ëvéque de Frëjuis , après s^étre fait prier longtemps, accepta le titre de grand aumônier de la reine.

* Le baron de Bipperda , ambassadeur de Hollande près de Philippe V, quitta le service de cette puissance pour entrer à celui de l'Espagne et embrassa la religion catholique. Intrigant habile» mais brouillon et emporté, il fît une brillante fortune que ses violences et ses indiscrétions lui fîrent bientôt perdre. Il mourut dans les régences barbaresques , où , après s^être fait musulman , il essaya d'établir une religion nouTelle mélangée de christianisme, de judaïsme et d'islamisme.

de la France , et sur le refus de l'Angleterre de rester seule chargée de la médiation , les ministres espa« ^Dols au congrès furent rappelés. Ripperda reçut l'ordre de terminer, à quelque prix que ce fût, et le* 30 avril il signa quatre traités, un avec le corps germanique, et trois avec Tempereur.

Dans le premier, le corps germanique reconnaît «n la personne de Tinfant don Carlos le droit héré^ fiitaire'à la succession des États de Toscane, Parme «t Plaisance.

Le traité conclu avec l'empereur confirmé' celui <le-la quadruple alliance; le roi d'Espagne renonce a toute revendication de la couronne de France, et «ède à la maison d'Autriche les province^ que ses ^prédécesseurs avaient possédées en Italie et dans les IPays-Bas; l'empereur abandonne toutes ses prétendions sur l'Espagne; il garantit à Philippe V et à sa <lescendance Fordce de la succession établie par le 'traité d'Utrecht, et il accorde la réversion des duchés de Toscane > Parme et Plaisance à l'infant don Carlos; de son côté, le roi d'Espagne promet son concours à l'exécution de la pragmatique sanction. Enfin, l'empereur s'engage à employer ses bons offices aup'rès du roi de la Grande-Bretagne pour obtenir qu'il restitue à l'Espagne Gibraltar et l'île dé Mînorque.

Les deux dernières conventions consistaient, l'' en un traité de commerce par lequel la cour de Madrid accordait sa protection et les privilèges les plus favorables à la compagnie d'Ostende'; 2*" dans un traité

* La compagme flamande des Indes, dite la compagnie d*0s«

m !n*rO!*E PfflLdSOPMlOBE

â'âllfafieé éntn \eÉ detii éontùnùt» poTtAM àtàptiU^ tioû de dewurd récipit>quéE^ en câà que Vûûé ou l'âth ixa fût attaquée.

Philippe V montra une joie démesurée dé Taccorfl €(ondu avec Tempereur. Ses scrupules lui inspiraient des doutes sur la validité du testament de Charles 11; ût pour se croire rai légitime d'Espagne, il lui fallait lai renonciation libre et formelle de4a maiscm d'Autriche; il Venait de l'obtenir.

Les articles avaient été rédigés par les ministris éé^l'èmpereur pour le plus grand avantage de l'Autriche* Ceux qui étaient relatifs à la compagnie d'Oih tende nuisaient évidemment au commerce espagnol par la concurrence qu'elle ferait naître* Le roi d'Ëdpagne avait réclamé avec vivacité contre rétablisse- -ment de cette compagnie; «et maintenant il lui aidc^l^dait les mêmes privilèges qu'à ses «propre» -sujets. Le traité était d'ailleurs en opposition avee ceu:& de MuB||eretd'(Jtreèht^ qui limitaient aux seuk navifres espagnols et hollandais U liavigation danis^ les merB orientales et le transport des marchandises de c^ contrées.' Philippe V allait plus loin encore > il autorisait les navires de la compagnie d'Ostende à parcourir des côtes sur lesquelles il n'avait pas le droit d'envoyer ses propres vaisseaux. L'agitation firt grande en Hollande à la nouvelle de cet arrangemeû*, et l'ambassadeurde leur» Ha,utes Puissances adressa des plaintes ér^ergiques au cabinet de Madrid^ -L'An»glelerre les appuya^ Ainsi , à l'aigreur existant éxittfe

tende, avait été établie en 4748 par un Français, le capitaine Mervieile , de Sainl-Maio. Charles VI érigea cette société eu com- "pagtiïQêê Six mille action») le 49 âécembte 471V.

m aégnè dé lows xt. m

lés eaew dô Vétsàllleè et de Màdfid, *e jofgflâlfetit le faîùuvâlg ttJuloir pfêàUttiê de rAUlridhé et le W€- «Oiiteatêrilfent des pulssàiiceâ rtiaritifflëô. On eiîtré* Voyait \e^ causes d'une èonflagràtioti générale.

Le duc de Bourbon fit fdrô, tfiaîs sànà éUdcès , pftf ràtiibûssèideur d'Atigleterfe et le nonce dii pàpë , dèS démarches auprès du roi et de là Iréine d'EspâghtJ jjdtirtâéhel'de caltnei? leurressentînlëtît. Lënàâtédhal de Villârs écrivit àPhilippfeV.Saletti^ lui fût i*ênvtr}rée «anà ett*e décachetée. 11 en âlrait adi*eësé uA duplicata à Grimaldoi Ce ministre lui répondit que ToffeûSë *taît trop grave polit* être réparée par Uii alltrè l}û* celui qui l'aVâit commise j qil'ôti ne reèètràlt Iftl etcuses du duc de Bourbon que s'il les portait luitftème à Madrid. Philippe publia ùtie dédâTàtiôtt ôÙ il disait i a La France a fait là guerre au roi d'Espâ» goe, parce qu'elle se trouvait ftiécontenle du cardlûal Aibéroni^ et il a rènVoyé ce ministre poUl^ lie paft pàrafire ingrat envers Une uatioU qui avait tant dé fois Vôrsé sott daug pour son jservicé. Lé ^(filVéf^ &ement de YtAMë parut satisfait dé <iet éloigUëmentj l'union des deux rOyaUtUCë ëU devint plUë fcrrte par la double alKaUce" qui se fit alors entre les deux couronnes > et qui devait assurer uUe pàil étemelle entre ces deUx nations. Cependant , au bOûi de quatre an^i liei roi d'Espagne (pour n'avoir pàâ voulu éèoûtèr les propositions basscë que le prëftiiéf ministre lui a fait faire par l'ambassadeur) se voit ôUtragé par te même miniëtre qui a l'audace ^ 6attS autre raiéôU que celle d'un Vil intérêt et de la vengeance, 4è renvoyer l'infante^ malgré les assurancei qu'il a données du contraire âu roi d'ËspagAé $ afflPMtl

si peu connu que non-seulement les têtes couronnées, mais même les moindres particuliers n'y ont jamais été exposés. C'est contre un tel ministre que le roi d^Espagne est indigné , et qu'il demande au roi de France la même satisfaction qu41 lui a donnée lorsqu'il à exigé , les armes à la main, l'éloignement du cardinal Albéroni. »

M. le duc, désespérant d'adoucir la cour d'Espagne, donna ses soins à empêcher une rupture avec l'Autriche. On crut convenable d'envoyer à Vienne un ambassadeur extraordinaire , et le choix tomba sur le duc de Richelieu , regardé comme le seigneur le plus «brillant de son époque ^ En arrivant à Vienne, il déploya un grand faste, et le prit de si haut avec Ripperda , qui prétendait avoir le pas sur lui , que celui-ci poussé à bout et effrayé, disparut de Vienne sans prendre congé. Ripperda courut à Madrid se vanter à la reine d'avoir obtenu le consentement de Tempereur au mariage de don Carlos av.ec sa fille aînée, Marie-Thérèse. Ainsi, tous les anciens États de la maison d'Autriche auraient été réunis un jour dans la main des Bourbons d'Espagne. Mais ce n'était qu'une illusion dont il berçait sa souveraine pour augmenter près d'elle son crédit* Elle le fit nommer premier ministre; il obtint le titre de duc, et la reine, flattée dans sa passion favorite , l'élévation de ses enfants, s'attacha plus que jamais à l'Autriche.

* Je citerai un fait qui peint les mœurs du temps. Il était du bon ton de faire des dettes et de ne pas les payer. Le doc dje Richelieu obtint, avant son départ, un arrêt de sur^éancc qui, jusqu^à son retour de Vienne, le mettait à Tabrides poursuites de ses créanciers. Ainsi la considération de Thomme public s^accommodait du titre de banqueroutier.

Le duc de Richelieu entreprit une diplomatie de boudoir^ croyant agir par les femmes sur les ûiinistres de l'empereur, et pénétrer leurs secrets par la même ^oie. Mais il avait affaire à des hommes graves, et la légèreté brillante de Tenvoyé français obtint peu <ie succès.

L'union de FAutriche, forte par sa position, et jpar ses armées, avec l'Espagne qui dispose des x*ichesses du nouveau monde, excite l'inquiétude non moins que l'étonnement des cabinets de l'Europe. Celui de Versailles redou-te une guerre à laquelle les deux puissances confédérées semblent «le -préparer. Georges craint pour son électorat. de IBanovre; il s'alarme du danger que lui ferait courir le Prétendant, s'il venait à être soutenu en même ^emps par l'Espagne et TAutriche. La forfanterie de IRipperda et l'abondance inconsidérée de ses paroles, lui avaient donné l'éveil. « Si le roi Georges, disait l'ambassadeur de Philippe, soutient la France, nous savons bien les moyens de mettre le Prétendant sur le trône... Le roi Georges doit savoir à qui il se joue; car, nous avoiis en main de quoi pousser avec efficacité les intérêts du Prétendant. »

Le roi d'Angleterre s'empresse de se rendre sur le continent. Le traité de Vienne déplaisait au roi de Prusse. Georges s'abouche avec ce prince et avec des négociateurs français, et le 3 septembre 1725, un traité' d'alliance et de garantie réciproque des possessions des hautes parties contractantes et des intérêts commerciaux de leurs peuples, est signé à Hanovre entre les trois cours d'Angleterre, de Prusse et de France. Ainsi , la précipitation insultante du

!^ HISTQIPP PHlLO$OPHIQqS

4VC dç jBQurbpa dans le reqvpi de Vipfante sub^i*donnait de pouveau U France am^ conyenancçB do l'AogletçrrÇt Toutefois, la position des choses cem-^ i^andjiit; \s^ prudepce. Les forces des souyerains, qui ^v^ept pigné le traité de Viepne et celui de Hanovr^^ se trouvaient dans une proportion à peu près égalfii et» de pwt ^t d'autre, on se ^entait porté à, ne rien

brusquer.

M, le duc arwt, par précaution, devoir garnir dp troupes la, frontière d'Espagne. l*>rwée fut anginentée d^ vingtrcinq mille hommes i et on ordonna la formation de spixantq régiments do milice.

Dans la lutte diplomatique qui s'établit, la ÇQUr impériale fqt-lA plus heureuse on }a plqs habile* l« flollandç, malgré le tort qu'elle devait éprouver dw clauses du traité de Vienne relatixes a la compagnie d'Ostende.j affectait des lenteurs pour se dQPQOi: dfi l'importance^ et eUje n'accorda SQn adhésion çiu trsttté 4e QanQvre qu'à la ^ de 1 726. Ifi rpi de Pm^SQ «Q montra sana cesse vacillant dans la foi jurée, flottant entre sa jalousie cpntre TÂulriche^ et la.çnintd que cette puissance lui inspirait* (^ Russie. .^iait les divisions afin d'intervenir, et déjà çUe ouvrait dçs relations ^veç les États, du Midi^ dans l'esppir d'étendre sa prépondérance,

A Madrid^ Ripperdas'effor^it d'exciter de lafrQÎn deur entre l'Angleterre, la France et la ^ollande^ au moyen de fausses confidences faites auiç ministres de ces puissances. Mais son étourderie et rindisçrç7 Uon do ses discours ôtaient tPUto créance à çeç insinufttions. L'ambassadeur d^Ang;lf)^rre l>meqft à lui confier les stipufationp du traité d'aUiaqcQ

de l'Espagne avec T Autriche , dont la principale consistait à obliger T Angleterre à restituer Gibral^ tar.

Cependant de ténébreuses intrigues s'ourdissaient dans le cabinet du premier ministre de Philippe V. On duc de Wharton , chassé d'Angleterre à cause de sa mauvaise conduite et de ses dettes , homme non moins inconsidéré que Ripperda, courait de Pétersbourg à Rome et à Madrid , pour lier la partie en faveur du Prétendant. Il est dangereux pour les dynasties exilées de recueillir à leur service des hommes que leur pays rejette et qui déprécient la cause à laquelle ils se rallient. L'ambassadeur anglais, milord Harrington, avertit Georges dé ees menées. H lui apprit que la Russie avait accédé au traité de Arienne, et que trois vaisseaux russes étaient arrivés à Cadix , chargés de munitions dé guerre; on réunissait des dépôts d'armes dans les porta, espagnols I et la czarine faisait équiper une flotte qui devait se réunir à cello d'Espagne et se portei^f^vec elle sur les côtes d'Angleterre. A laré'^ %Qp#ea de ces nouvelles, le gouvernement anglais IHritune de ces résolutions spontanées et énergiques qui tranchent les difficultés avant qu'elles aient eu \b temps, de s'aggraver. Il expédia trois escadres; runoi dans les mers d'Amérique , devait s'opposer au retour des galions du Mexique , une autre vers la Méditerranée , chargée de surveiller les côtes d'Espagne, et la troisième 9 dans la Baltique , qui contraignit immédiatement les vaisseaux russes à rentrer iàw le port d^Revel et les y bloqua. Ce mouvement d^il^Çjproduisit jine vive sensation en Europe, et la

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